Lettre 370 : François Janiçon à Pierre Bayle

[Paris,] Ce 19e dec[em]bre [1684]

• J’ay leu vos Nouvelles du mois de nov[em]bre, Monsieur, avec toute la satisfaction que j’ay accoutumé d’en recevoir. L’extrait que vous nous y avez donné du livre de Mr Minot [1] ne me donne point de regret que vous n’ayez pas receu assez à tems celuy que Mr Silvestre [2] vous a envoyé, qu’en une chose seulement. C’est qu’en parlant du Traité de la guerison des fievres par le quinkina par un celebre medecin de Paris que vous ne nommez point, et qui est Mr Monginot [3], vous auriez eu une occasion fort agreable de vous étendre sur ces theses soutenues en la Faculté de medecine de Paris que Mr Silvestre vous a envoyées, et dans lesquelles il a esté parlé de ce febrifuge comme d’un veritable poison. Il y a plus d’un siecle, que cette Faculté fit un decret contre l’antimoine et en deffendit l’usage comme d’un remede tres pernicieux : et au bout de cent ans elle a esté obligée de faire une espece d’amande honorable par un autre decret ou elle a revoqué le premier. Je croy qu’elle sera obligée de faire quelque chose de semblable à l’egard du quinkina sans attandre un si longtems. Il est pourtant vray qu’il y a une grande difference à faire entre un decret, et de simples theses qui y ont esté soutenues, n’estant pas raisonnable d’imputer à toute une Faculté une opinion sur laquelle elle permet de soutenir des theses. Mais il m’est venu dans l’esprit, Monsieur, que vous auréz une occasion asséz naturelle de revenir à ces theses, en ce que dans un de vos journaux precedans vous avez parlé d’un livre qu’on vous avoit mandé* avoir esté imprimé à Paris contre le quinkina, ce qui ne nous a point paru jusques à present : sur quoy vous pourrez dire que ceux qui vous avoient donné, ou envoyé ce memoire devoient s’estre mépris en prenant pour ce livre les theses qui vous ont esté envoyées.

A propos de faux memoires, j’ay toujours oublié à vous mander que vous en avez eu un tel à l’égard de l’ abbé Catelan, duquel vous avez dit quelque part qu’il estoit un des membres de l’Accad[émie] royalle des Sciences [4], ce qui n’est point vray. Et c’est ce qui m’oblige à vous envoyer icy les [no]ms de ceux dont cette Accad[émie] [5] est composée. Pour les mathematiques il y a Mr Huguen [6] et • La Hire [7], pour l’astronomie Mr Cassiny [8], pour la medecine Mrs Perraut [9] et Dodard [10], ce Mr Perraut est le frere de celuy de l’Accad[émie] fran[çaise], pour la chimie Mrs Duclos [11], Bourdelin [12], et Borel [13], pour l’anatomie Mr du Vernet [14] / medecin, et Mery [15] chirurgien des Invalides, pour les plantes Mr Marchand [16] ; Mr l’abbé de Lanyon [17] qui est comme à la teste de cette Accad[émie] est l’introducteur de tous ceux qui y veulent assister de fois à d’autres, Mr Du Hamel [18] qui est pour la physique en est le secre[taire] : Mr Thevenot [19] qui a esté fait garde depuis peu de la bibliotheque est aussy un des membres de cette Accad[émie] puisque c’est à la bibliotheque du Roy qu’elle s’assemble.

Quand vous parlerez du livre du prince de sept ans, Mr de Bemserade [ sic] seroit bien aise qu’il parut que c’est de sa part qu’il vous a esté envoyé : et vous pouvez bien juger à quelles fins [20].

On a • arresté dans l’Accad[émie] fran[çaise] le premier vendredy d’apres Noel pour la reception de Mrs Corneille et Bergeret [21]. Un de mes amis à qui je disois un de ces jours que si j’estois à la place de ce dernier j’aurois grande honte de l’avoir emporté sur Mr Menage [22], me parut aprehender que je ne vous inspirasse quelque chose de ses [ sic] sentimens, et que vous ne disiez sur cela au desavantage de Mr Bergeret : je le rasseuray fort en luy disant qu’il n’avoit rien de tel à aprehender de vostre part ny de la mienne.

Des amis de Mr Menage pestent fort contre Mr Pelisson [23] à qui ils attribuent • principalement l’exclusion qui luy a esté donnée, en disant par tout, comme il a fait hautement, que Mr Menage n’avoit aucune pensée pour entrer dans l’Accad[émie], et qu’il pouvoit bien le sçavoir comme estant un de ses meilleurs, et plus anciens amis. Si j’assiste à la reception de ces deux nouveaux accad[émiciens] comme je l’espere, je vous feray part de ce qui s’y sera passé.

Je receus la semaine passée la lettre de Mr vostre frere [24] que je vous envoye parce qu’il y a quelques articles qui vous concernent, et que vous ne serez peut estre pas faché de voir. Je luy feray reponse samedy prochain Dieu aydant en luy envoyant l’extrait mortuaire qu’il me demande, et en luy rendant compte des commissions qu’il me donne, sur lesquelles je ne croy pas qu’il soit necessaire de vous entretenir icy.

J’ay une grande impatiance de voir la nouvelle édition de l’ Apologie de Mr Arnault par Mr Jurieu [25] dont vous venez de nous donner un si bon extrait. Vous y parlez de quelque livre nouveau d’un Mr Le Fevre [26] duquel vous dites qu’il s’imprime actuellement à la Haye à l’insceu de son auteur. Je serois bien aise de scavoir si l’impression en est fort avancé et dans quel tems on pourra le voir. /

J’ay parlé à un libraire de ce païs de la proposition que vous m’avez faite dans vostre derniere lettre [27] en me disant qu’il y a un homme en vos quartiers* qui se chargeroit de faire rendre icy certains livres entre les mains d’un homme qui voudroit les payer raisonnablement. On m’a repondu à cela que ces termes de payer raisonnablement sont des termes vagues et generaux qui demandent un éclaircissement, c’est à dire, le nom des livres qu’on pretend envoyer, avec le prix qu’on y veut mettre, et si on les doit envoyer en blanc ou reliez. Cependant on ne manque pas de dire par avance qu’on ne manquera pas de les payer raisonnablement, et mesme qu’on peut dès à present en envoyer quelque petit ballot sans attendre d’autre reponse. Si vous jugiez à propos de faire entrer quelque fois des pieces de galenterie da[ns] vos Nouvelles, je pourrois vous en envoyer de fois à autre. L’inconvenient que j’y trouve est qu’il vous en pourroit couster trop à vous les envoyer par la poste : et qu’à vous les envoyer par mer elles n’auroient plus la grace de la nouveauté, et que vous les pourriez v[oir plus] tost dans le Mercure galand. Comme je vous écris aujourd’huy par [la] voye d’un voyageur je vous envoye à tout hazard trois • pieces de cette nature. La fable est de Mr de La Fontaine [28], et pour ce qui est de la lettre elle a esté écrite icy de Londres à Mad e Pellisary par Mr Pavillon l’un des ses bons amis qui accompagna il y a 2 ou trois mois avec Mad e Bourneau Mad lle Bibaud et Mad lle Pellissary dans le voyage qu’elles y fire[nt.] [29] Depuis cette lettre écrite Mad lle Pelissary s’est mariée fort avantageusement à Londres comme vous pourrez l’avoir appris d’ailleurs.

Mr l’abbé de La Roque disoit ces jours passez qu’il vouloit vous envoyer les derniers journaux qu’il a fait[s] depuis la S[ain]t Martin [30], et vous écrire quelque lettre. Si je puis les avoir avant que [de] fermer ce paquet je les y joindray. Vous m’obligerez d’assurer Mr et Mademoiselle Jurieu de mon tres humble service, et de me croire Monsieur toujours tout à vous.

A Monsieur/ Monsieur Bayle/ A Roterdam

Notes :

[1] Jacques Minot, De la nature et des causes des fievres : voir NRL novembre 1684, art. II, et Lettres 321, n.10, et 351, n.4.

[2] Le médecin Pierre Silvestre, qui a déjà fourni un compte rendu de la Neurographia universalis de Raymond Vieussens (voir Lettre 321, n.8).

[3] Voir NRL, novembre 1684, art. V : compte rendu de l’ouvrage de Minot, De la Nature et des causes de la fièvre, où il est fait état de l’ouvrage de François de Monginot, « célèbre médecin de Paris », auteur d’un Traité de la guérison des fièvres par le quinquina : sur ces ouvrages voir Lettres 321, n.9, et 351, n.4. Bayle reviendra sur ce dernier ouvrage dans son compte rendu des Observations des bons et mauvais usages du quinquina dans les fièvres intermittentes, avec la recherche des causes, et du foyer de ces maladies par Guide (Londres 1684, 16°) : NRL, avril 1685, art. VIII. Le médecin François de Monginot est un de ceux qui avaient soigné Joseph Bayle dans sa dernière maladie : voir Lettre 339 (et n.5).

[4] Dans la première édition des NRL, mai 1684, art. IV, Bayle parle de l’ abbé de Catelan comme de « l’un des principaux ornemens de l’Académie royale des Sciences » (voir OD, i.49n.).

[5] Sur la naissance de l’Académie des Sciences et sur les membres ici mentionnés, voir M. Blay et R. Halleux (dir.), Dictionnaire des sciences à l’âge classique (Paris 1998) et F. Bluche, Dictionnaire, aussi bien que les sources que constituent les deux grandes histoires entreprises par les secrétaires de l’Académie : Jean-Baptiste Du Hamel, Regiæ scientiarum academiæ historia (Paris 1698, 1701, 4°), et Fontenelle, Histoire de l’Académie royale des sciences de 1666 à 1699, dans Histoire de l’Académie royale des sciences (Paris 1733, 4°).

[6] Christian Huygens (1629-1695), physicien, astronome et mathématicien, était d’une famille très illustre : son grand-père, nommé également Christian, avait été secrétaire de Guillaume le Taciturne ; son père, Constantin, secrétaire de Guillaume II, féru de philosophie et de science, correspondait avec Mersenne et recevait régulièrement Descartes. Christian fils réfuta les lois cartésiennes de la chute des corps à l’âge de dix-sept ans. Il voyagea ensuite en France et en Angleterre, devint membre de la Royal Society à l’âge de 33 ans, et fut invité par Colbert à Paris pour participer à la naissance de l’Académie des Sciences. Il resta à Paris jusqu’en 1681, date de son retour à La Haye, ville qu’il ne devait plus quitter que pour un seul voyage afin de rencontrer Newton. Excellent mathématicien et géomètre, brillant surtout dans l’application des mathématiques à la physique, Huygens joua un rôle éminent dans l’évolution des sciences de son temps par son traité de la théorie des jeux, De ratiociniis in ludo alea (publié pour la première fois par Franciscus van Schooten, Exercitationum mathematicarum liber V (Lugduni Batavorum 1657, 4°)), et par son traité de mécanique, Horologium oscillatorium (Paris 1673, folio), qui permit des progrès remarquables dans l’observation astronomique et dans la navigation. Avec son frère, ses travaux astronomiques aboutirent à la découverte de Titan, le plus gros des satellites de Saturne, et surtout à celles des anneaux de cette planète. Ses découvertes dans l’optique furent également remarquables, par son application du principe de Fermat au phénomène de la réfraction et par la définition de l’enveloppe des ondes de lumière, aboutissant au « principe de Huygens ». Voir F. Chareix, La Philosophie naturelle de Christiaan Huygens (Paris 2006).

[7] Philippe de La Hire (1640-1718) était le fils de Laurent de La Hire (1605-1656), peintre remarquable qui joua un rôle dans la fondation de l’Académie de peinture et qui, lié à Desargues, participa aux débats sur la perspective linéaire et aérienne. Son fils Philippe fut un des premiers disciples de Desargues. Il passa quatre ans en Italie à partir de 1660. En 1672, il résolut, à la demande d’ Abraham Bosse, une question relevant à la fois de la théorie des coniques et de la technique de la taille des pierres. Il entra en 1678 à l’Académie des Sciences comme pensionnaire astronome et publia un grand traité des coniques, Sectiones conicæ (Paris 1685, folio). En 1692, il publia un grand traité de mécanique théorique et appliquée et participa au débat sur les nouvelles méthodes infinitésimales. A partir de 1682, il habitait à l’Observatoire de Paris, et il publia deux volumes de tables astronomiques (1687 et 1702) et de nombreux mémoires sur ses observations. Il fut nommé en 1682 membre du Collège royal, où il enseigna les mathématiques, l’astronomie et la physique.

[8] Jean-Dominique Cassini (1625-1712) occupait le premier rang parmi les astronomes du siècle. Né à Périnaldo, dans le comté de Nice, il fit des études chez les jésuites de Gênes et s’initia à l’astronomie à l’abbaye de San Fructuoso. Il fut nommé professeur d’astronomie à Bologne en 1650. En 1663, il devint surintendant des fortifications et entra au service du pape. En 1668, Colbert l’invita à Paris pour participer à la création du nouvel Observatoire. Cassini travailla aussitôt au sein de l’Académie des Sciences et s’installa en 1671 dans son appartement dans l’Observatoire. Ses observations astronomiques, de qualité remarquable grâce aux objectifs qui lui furent offerts par les opticiens italiens Campini et Divini, lui permirent d’élaborer une théorie de la réfraction atmosphérique : il étudia la rotation de Jupiter et de Mars et publia ses Ephemerides Bononienses mediceorun siderum (Bononiæ 1668, folio), qui contiennent les tables du mouvement des satellites année par année. Ses observations effectuées à Paris, au moyen d’une nouvelle technologie optique, lui permirent de découvrir des satellites de Saturne et la division de l’anneau de cette planète ; en 1679, il présenta à l’Académie une carte de la surface de la lune. Il développa une méthode pour déterminer les longitudes au moyen de l’observation, de deux endroits différents, de l’éclipse d’un même satellite de Jupiter. Cartésien convaincu, il engagea, contre les observations de Jean Richer et contre la théorie de Newton, une polémique longue et féconde sur la figure de la terre.

[9] Claude Perrault (1613-1688), médecin, architecte, et physicien, frère de Charles (1628-1703), membre de l’Académie française depuis 1671, fut reçu docteur à la Faculté de médecine de Paris en 1641 et exerça la médecine pendant vingt-cinq ans. En 1666, fut créée l’Académie des Sciences et Claude Perrault en fut nommé membre, sur recommandation de son frère Charles, par Colbert. Il se lia d’amitié avec Christian Huygens et se chargea de la direction de l’histoire naturelle des animaux au sein de l’Académie, publiant ensuite des travaux monumentaux : Mémoires pour servir à l’histoire naturelle des animaux (Paris 1671-1676, folio) et des Essais de physique (Paris 1680-1688, 12°). Sectateur des Modernes et ennemi acharné des Anciens, il traduisit cependant, à la demande de Colbert, le De architectura de Vitruve (Paris 1673, 1684, 12°). Critiqué par Blondel, il répondit par son Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des Anciens (Paris 1683, folio). Il participa ensuite, avec Louis Le Vau et Charles Le Brun, au petit conseil qui présidait à l’achèvement du Louvre. L’Observatoire de Paris, achevé en 1672, est aussi de Perrault.

[10] Denis Dodart (1634-1707) fut médecin de la duchesse de Longueville, ainsi que du prince et de la princesse de Conti ; par eux il connut l’abbaye de Port-Royal et confia l’éducation de sa fille Marie-Angélique aux religieuses. Il était aussi l’un des familiers de la marquise de Sablé et de son médecin Noël Vallant, ainsi que des Liancourt, dont il fréquentait l’hôtel de la rue de Seine, à Paris. Grâce à Claude Perrault, il entra à l’Académie des Sciences en 1673. Il s’intéressa de très près à l’étude de la musique et à celle des plantes. En 1676, il publia des Mémoires pour servir à l’histoire des plantes (Paris 1676, folio). Voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

[11] Samuel Cottereau du Clos (1598-1715) naquit à Paris vers 1598 dans un milieu calviniste. Il étudia la médecine et fut nommé médecin ordinaire de Louis XIV. Il entra à l’Académie des Sciences en 1666 comme chimiste et fut l’un des premiers à effectuer des analyses chimiques pour la fabrication de médicaments. Vers 1670, il devint l’adjoint de Claude Bourdelin pour l’examen des propriétés des eaux minérales de France. En 1685, il abjura la religion réformée et se retira dans un couvent de capucins, où il mourut en 1715. Il publia : Observations sur les eaux minérales de plusieurs provinces de France, faites en l’Académie des Sciences en 1670 et 1671 (Paris 1675, 12°) et Dissertation sur les principes des mixtes naturels (Amsterdam 1680, 12°).

[12] Claude Bourdelin (1621-1699), originaire de Villefranche, près de Lyon, vint à Paris pour achever des études de chimie et de pharmacie. Maître apothicaire de renom, il entra à l’Académie royale des Sciences en 1666 en tant que chimiste et fut nommé pensionnaire chimiste le 28 janvier 1699 par Louis XIV. Il ne publia aucun ouvrage mais laissa à l’Académie plus de deux mille analyses de corps de toutes sortes, ainsi que des études des eaux minérales de la France.

[13] Jacques Borelly, dit Borel (?-1689), physicien, chimiste et astronome, était originaire de Villefranche-de-Rouergue. Il était un chimiste réputé parmi les membres de l’Observatoire, et fut à l’origine de la réalisation des globes que le cardinal d’Estrées fit exécuter pour Louis XIV par Coronelli. Nommé membre de l’Académie royale des Sciences en 1674, en tant que chimiste, il publia divers mémoires sur les satellites de Jupiter, sur l’analyse des urines, sur l’action des alcools sur les acides. Il apparaît dans la table des Mémoires de l’Académie des Sciences sous le nom de Borel, d’où la confusion fréquente avec Pierre Borel (1620-1671), l’auteur des Antiquitez de Castres (Castres 1649, 8°) et d’une des premières biographies de Descartes : Vitæ Renati Cartesii summi philosophi compendium (Parisiis 1656, 8°).

[14] Joseph-Guichard Du Verney, dit Du Vernet l’aîné (1648-1730), naquit à Feurs dans la Loire. Fils d’un médecin, il étudia la médecine en Avignon de 1662 à 1667, puis vint à Paris, où il fréquenta la petite académie de l’abbé Bourdelot, médecin de la reine Christine de Suède et du Grand Condé, où il brilla par son éloquence. Excellent anatomiste, il fut chargé d’enseigner l’anatomie au Grand Dauphin et, sur sa recommandation, entra en 1676 à l’Académie royale des Sciences. En 1679, il fut nommé professeur d’anatomie au Jardin royal. Après une étude effectuée avec La Hire, il publia le Traité de l’organe de l’ouïe (Paris 1683, 12°). Il fut nommé premier titulaire par Louis XIV le 28 janvier 1699, puis pensionnaire vétéran le 6 août 1725. La plupart de ses livres furent édités après sa mort : Anatomie de la tête, en tableaux imprimés (Paris 1748, folio), Art de disséquer méthodiquement les muscles du corps humain, mis à la portée des commençans (Paris 1749, 12°), Œuvres anatomiques (Paris 1761, 4°, 2 vol.) ; ce dernier ouvrage comporte son éloge.

[15] Jean Méry (1645-1722) naquit dans le Berry. A dix-huit ans, il se rendit à Paris pour apprendre son métier de chirurgien à l’Hôtel-Dieu et se fit connaître par ses dissections. Nommé académicien anatomiste le 19 avril 1684, puis pensionnaire anatomiste, premier titulaire, le 28 janvier 1699, il devint pensionnaire vétéran le 18 février 1722. On ne connaît de lui que deux ouvrages : Observations sur la manière de tailler dans les deux sexes pour l’extraction de la pierre, pratiquée par frère Jacques. Nouveau système de la circulation du sang par le trou ovale dans le fœtus humain, avec les réponses aux objections qui ont été faites contre cette hypothèse (Paris 1700, 12°), et Problèmes de physique : I. sçavoir si la géneration du fœtus dépend ou non de sa nourriture : II. s’il y a ou non entre lui et la femme une réciproque circulation ; III. si le fœtus se nourrit d’un prétendu lait de la matrice ou du sang de sa mère ; IV. si, devenu fort, il suce ou non ce lait supposé ; V. si sa vie dépend ou non de celle de sa mère. VI. sçavoir, si l’enfant sort de la matrice, parce qu’il est privé d’aliment, ou parce qu’il en est chassé par la contraction de cette partie (Paris 1711, 4°).

[16] Nicolas Marchant (?-1678) fut nommé académicien botaniste en 1666. Docteur en Médecine de l’Université de Padoue, il fut attaché à Gaston d’Orléans comme « premier botaniste ». Grâce à l’appui de celui-ci, il devint, jusqu’à sa mort, « Directeur de la culture de Plantes du jardin Royal », poste créé pour lui dans le Jardin par Colbert. Selon Albrecht von Haller, Bibliotheca botanica (Tigurii 1772), ii.683-684, Nicolas Marchant rédigea, sur commande du duc d’Orléans, un Index Stirpium à partir de plantes récoltées en France entre 1649 et 1659. Après la mort de Gaston d’Orléans, il entra en 1660 au service du Roi, mais sa fonction exacte n’est pas connue. Il rédigea de nombreuses descriptions dans le cadre de sa participation au grand projet entrepris dès 1667 par l’Académie des Sciences : la rédaction d’une Histoire des plantes – projet inachevé, abandonné par l’Académie en 1694 et jamais publié. Toujours dans le cadre de ce projet, il collabora à la rédaction et à la publication des Mémoires pour servir à l’histoire des plantes établis par Denis Dodart (Paris 1676, folio). Ses travaux portent sur les fougères, prêles, mousses et hépatiques. Le botaniste italien Micheli, au début du siècle, lui dédia un genre de plantes, celui des hépatiques nommé Marchantia, genre retenu par la suite par Linné, et, en taxinomie moderne, la famille des hépatiques est d’ailleurs nommée Marchantiaceæ. Voir Y. Laissus, « Les Plantes du roi. Note sur un grand ouvrage de botanique préparé au siècle par l’Académie royale des Sciences », Revue d’histoire des sciences, 22 (1969), p.193-236.

[17] L’abbé de Lanion, mathématicien, correspondant de Leibniz et de Huygens, auteur, sous le pseudonyme de Guillaume Wander, des Méditations sur la metaphysique (Cologne 1684, 12°) publiées par Bayle dans son Recueil de quelques pièces curieuses concernant la philosophie de M. Descartes (Amsterdam 1684, 12°), p.267-333. Voir G. Rodis-Lewis, L’Individualité chez Descartes (Paris 1950), p.109n., et M. Chastaing, « L’abbé de Lanion et le problème cartésien de la connaissance d’autrui », Revue philosophique, 141 (1951), p.228-248.

[18] Jean-Baptiste Du Hamel (1624-1706), aumônier du roi, premier historiographe de l’Académie des Sciences, enseigna d’abord la philosophie au collège oratorien d’Angers. Il publia de nombreux ouvrages de théologie et une édition de la Bible. Dans le domaine des sciences, il publia d’abord son Astronomia physica (Paris 1660, 4°), constituée, à l’instar du célèbre ouvrage de Galilée, de dialogues entre un cartésien, un défenseur des Anciens et Simplicius, qui tente de concilier les philosophies anciennes et modernes. Il publia ensuite, dans le même esprit, De consensu veteris et novæ philosophiæ (Paris 1663, 4°), qui connut un grand succès. Il devint le premier secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences (1666-1697) et rédigea à ce titre la Regiæ scientiarum academiæ historia (Paris 1698, 1701, 4°). Spécialiste de l’anatomie, il fut nommé pensionnaire anatomiste en 1699. Grâce à ses qualités de latiniste, il participa à des missions diplomatiques (négociations d’Aix-la-Chapelle en 1668) et accompagna le marquis de Croissy dans ses voyages aux Pays-Bas et en Angleterre, ce qui lui permit de rencontrer Boyle et Oldenburg à Londres.

[19] Melchisédec Thévenot (1620-1692) venait d’être nommé garde de la bibliothèque du roi en 1684.

[20] Bayle devait rendre compte des Œuvres diverses d’un auteur de sept ans, ou Recueil des ouvrages du duc du Mayne, qu’il a faits pendant l’année 1677 et dans le commencement de 1678 (Paris 1678, 4°) : NRL, février 1685, art. IX. Benserade était intéressé par la mention de son nom, car le duc du Maine allait peut-être poser sa candidature à l’Académie française : voir Lettre 353, n.3. Et Bayle signale, en effet, que c’est « l’illustre M. de Benserade » qui lui a fait présent du livre.

[21] Sur ces élections à l’Académie française, voir Lettres 352, n.8 et 14, et 356, n.4 et 5.

[22] Janiçon revient ici sur ses réflexions dans la Lettre 352.

[23] Paul Pellisson-Fontanier (1624-1693), membre de l’Académie française depuis 1653, premier commis de Nicolas Fouquet, avait gagné une certaine notoriété parmi les huguenots à cette époque en se chargeant, après sa propre abjuration, de la « caisse des conversions ». Jurieu avait publié une lettre très cynique de Pellisson dans sa Politique du clergé de France (Cologne 1681, 12°).

[24] Lettre 363. On voit que cette lettre a survécu parce qu’elle a été envoyée par Janiçon à Pierre Bayle ; la réponse de Janiçon à Jacob ne nous est pas parvenue.

[25] Il y a ici une confusion de titres. Il s’agit certainement de la nouvelle édition de l’ Apologie pour la morale des reformez (1675) de Pierre Jurieu, en réponse au livre d’ Arnauld, Le Renversement de la morale de Jésus-Christ par la doctrine des calvinistes touchant la justification (1672) : cette nouvelle édition parut en 1685 chez Arnout Leers à La Haye (in-8°, 2 vol.), comportant, en seconde partie, la Justification de la morale des réformez contre les accusations de M. Arnaud, qui répondait à la nouvelle attaque d’ Arnauld : Le Calvinisme convaincu à nouveau de dogmes impies (Cologne 1682, 12°). Le théologien de Port-Royal ne laissa pas cette Justification de Jurieu sans réponse, répliquant par sa Défense du livre intitulé « Le Calvinisme convaincu de nouveau » (Louvain 1691, 12°).

[26] Janiçon lui-même était à l’origine de cette publication : voir Lettres 318, n.8, 335, n.13, et 352, n.2.

[27] Cette lettre de Bayle à Janiçon ne nous est pas parvenue.

[28] De nouvelles fables de La Fontaine circulaient dans les cercles de l’Académie en attendant leur publication dans une édition augmentée de ses œuvres. Nous ne saurions identifier celle qui est désignée ici par Janiçon.

[29] Madeleine Bibaud, fille de Jacques Bibaud, originaire de La Rochelle, conseiller du roi et directeur général de la Compagnie des Indes occidentales, était veuve de Georges de Pellissari (?-1676), trésorier général de la Marine, des galères et des fortifications des places maritimes de France : voir J.A. Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises (Genève 1836 [reprint 1976]), iii.367 ; O. Douen, La Révocation, iii.378 ; M lle Pellissari désigne sa fille Angélique Madeleine, devenue la seconde femme de Henri Saint John, Lord Battersea, dont le fils, né d’un premier lit, est Lord Bolingbroke (1678-1751) – il est d’ailleurs vraisemblable que ce dernier devait à sa belle-mère son excellente connaissance du français. S’il est vrai que, comme l’indique Douen, Madeleine Bibaud passa en Angleterre en 1686 avec son fils Barthélemy et sa fille Julia, puis qu’elle se réfugia en Suisse, où elle mourut avant 1690, les informations de Janiçon permettent de conclure qu’un premier séjour londonien a eu lieu en 1684, au cours duquel est intervenu le mariage d’ Angélique Madeleine. Il n’a pas été possible d’identifier le Pavillon qui écrit de Londres. On peut en revanche conjecturer que M me Bourneau est la coreligionnaire qui sera embastillée le 2 mars 1686, et libérée le 11 : voir O. Douen, La Révocation, iii.37.

[30] Voir Lettre 368, la lettre annoncée ici de l’ abbé de La Roque à Bayle, datée du 15 décembre.

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