Lettre 394 : Etienne Le Moyne à Pierre Bayle

• [Leyde, le 16 mars 1685]

Je pensois vous ecrire des lundy mais, Monsieur, j’ay eté trompé car le porteur de ce billet, qui devoit partir ce jour là, n’est pas encor parti et il ne se mettra en chemin qu’aujourd’huy qui est vendredy 16 de mars. Je voudrois bien pouvoir faire le voiage au lieu de luy. Un teste à teste éclairciroit bien des affaires, et vous épargneroit la peine de lire un gros livre qui pourra vous ennuier [1]. Pour vous soulage[r] je vous envoie les pages suivantes. Voiés si vous pourrés vous en servir. J’ay de la peine à croire que vous le puissiés faire. Car de la maniére que vous prenés les choses et que vous les tournés, il faut que tout vien[n]e de vous, et que vous examiniés les matiéres dont vous voulés parler, afin de les habiller de la maniére que vous faites ordinairement. Ne faites point mention s’il vous plait dans votre premier journal de l’épitre de s[ain]t Chrysostome à Cesarée [2]. Je craindrois que comme on a refusé un privilege à M. Bigot [3] pour cette piéce, ce ne fust un ambarras au chemin de mon livre, et qu’il n’eust peine à entrer en France. Quand il y sera nous pourrons parler un peu plus librement. Je croy qu’il pourra s’y trouver ou à la fin de ce mois, ou au commencement de l’autre. Apres cela nous chanterons comme il nous plaira. C’est ce qui me fait croire qu’il sera à propos que vous parliés de mon ouvrage, en deux journaux, afin de dire dans le dernier, ce qui sans doute dans le premier ne seroit pas si bien / à sa place. J’ay grand peur que ma mauvoise écriture ne vous fasse de la peine, et que vous n’ayés peine à lire les observations que j’ay griphonnées sur mon ouvrage. Si vous avés besoin de quelqu’éclaircissement, vous prendrés la peine de m’écrire et je tacherois d’écrire d’une maniére plus lisible et plus intelligible. Mon libraire m’a fait savoir qu’il vous avoit envoié un exemplaire de mon livre. Sans cela je n’aurois pas manqué de vous en envoier un de ma part. J’en envoie un à M. Jurieu au quel je vous prie d’offrir aussi mes services. Rendés moy le méme office au prés de M. Paets [4], et en l’asseurant de mes respects, faites moy la grace de luy presenter mon ouvrage. Je vous baise les mains et à toute la société rouennoise [5] et suis tres sincérement tout à vous[.] Le Moyne

Je vous prie de faire imprimer mon nom avec un Y [6]. 

A Monsieur/ Monsieur Bayle/ professeur en philoso/phie, et en eloquence/ A Roterdam

 

Varia sacra, ceu sylloge variorum opusculorum græcorum ad rem ecclesiasticam spectantium. Cura et studio Stephani Le Moine, theologi Leydensis, qui collegit, versiones partim addidit, et notis et observationibus uberioribus illustravit. C’est-à-dire, Recueil de divers traitez grecs, concernant les choses écclésiastiques (Lugdununi Batavorum apud Danielem à Gaasbeeck, 1685, 4°, 2 vol.).

 

Cet ouvrage est composé de trois parties, puisque c’est un Recueil de pieces gre / ques, précédé de longs prolégomenes, et suivi de notes fort amples.

Le recueil n’est pas entierement composé de pieces rares, car l’Epitre de s[aint] Polycarpe, et celle de s[aint] Barnabé, qui y paroissent toutes les premieres, sont assez communes ; mais on y voit d’autres traitez qui sont très-curieux, comme un Traité des conciles œcuméniques, par Germain Patriarche de Constantinople ; la Préface d’Euthymius sur les Pseaumes ; une notice des cinq patriarchats de l’Eglise, par Nilus Doxopatrius ; une conference entre un Chretien et un Sarrazin par Barthelemi d’Edesse ; une conference d’un Grec et d’un Latin, etc. Toutes ces pieces sont accompagnées de leur version latine, et ont été tirées, ou de la bibliotheque de Roi T[rès] C[hrétien] ou de celle d’Oxfort, ou de celle de Leyde.

[Des prolégomenes de cet ouvrage] On peut considerer les prolégomenes comme divisez en quatre parties, et prendre pour la premiere tout ce que nous dit l’auteur, pour nous montrer comment il s’est engagé par hazard à composer cet ouvrage, et comment il l’a conduit au point où nous le voyons. Il ne dissimule pas le chagrin que les Anglois d’Oxfort lui ont causé, en commençant une nouvelle edition de Joseph [7] ; car comme il avoit travaillé toute sa vie à le corriger, et à l’expliquer, il ne pensoit pas que d’autres lui viendroient enlever la gloire de le donner au public. Ayant été prévenu, non sans une grande mortification, il a pris le parti de laisser venir le Joseph que l’on imprime à Oxfort, et de travailler à quelque autre chose en attendant, sçavoir, à la collection de ses Opuscules. Les trois autres parties des prolégomenes sont autant de dissertations, l’une sur s[aint] Polycarpe et sur ses ecrits, la seconde sur s[aint] Barnabé et sur son Epitre, et la troisieme sur s[aint] Hippolyte et sur la plus grande partie des ouvrages qu’on lui attribuë.

[D’une Epitre de s[aint] Barnabé attribué faussement à s[aint] Polycarpe] Avant que de commencer sa premiere dissertation, il nous apprend qu’il n’avoit d’abord aucun dessein de publier les Epitres de Polycarpe et de Barnabé, parce qu’elles étoient déjà assez communes, mais qu’étant arrivé en Hollande, il y trouva un bruit assez répandu et assez surprenant, sçavoir, que M. Rulleus, qui avoit été ministre de M. Paets pendant l’ambassade d’Espagne, et qui étoit allé ensuite voyager en Italie, en avoit rapporté un manuscrit de l’ Epitre de s[aint] Polycarpe, deux fois plus grand que tout ce qui en avoit paru. M. Rulleus en étoit pleinement persuadé, et se préparoit à publier ce rare tresor ; mais la mort l’ayant prévenu, son frere fit présent du manuscrit à M. Le Moyne, qui s’apperçut aussitôt qu’on avoit pris l’ Epitre de s[aint] Barnabé pour un fragment de celle de s[aint] Polycarpe, parce qu’on les avoit trouvées jointes ensemble sans aucune distinction. Le jésuite Turrien, fort sçavant homme, et fort accoûtumé à manier des manuscrits, étoit déjà tombé dans une pareille méprise. Ce qui me fait souvenir que l’on a crû autrefois, que l’ouvrage de Minucius Felix étoit le huitieme livre d’Arnobe, parce qu’on le trouvoit à la suite des sept autres, et que l’on s’imaginoit qu’au lieu d’Octavius, qui étoit son véritable tître, il faloit lire Octavus. On doit être bien-aise que, selon la derniere volonté de M. Rulleus, l’auteur ait fait imprimer ces deux Epitres, car il y a joint plusieurs belles observations, qui n’avoient point encore paru.

[Du martyre de s[aint] Polycarpe et du grand sabat des Juifs] Dans sa premiere dissertation il soûtient que s[aint] Polycarpe souffrit le martyre un jour de grand / sabat, c’est-à-dire, au commencement de l’année ecclésiastique, qui étoit le premier jour du mois de Nifan, selon les Hebreux. Il dit que les Juifs donnoient le nom de grand sabat au premier jour de leur année civile, qui commençoit au mois de Tisri, ou de septembre, et au I. jour de l’année écclésiastique, qui commençoit au mois Nifan, ou de mars. Ces deux jours étoient appelez par préférence , mais le premier jour de Tisri l’emportoit sur l’autre ; si bien que le premier jour de Nisan n’étoit que le grand sabat second : et de là vient, ajoûte M. le Moyne, qu’il est parlé dans l’Evangile de s[aint] Luc, du sabat second premier , qui peut-être est aussi nommé de la sorte, parce qu’on appeloit ce premier jour de l’année hnwh wartbw Sabbathum principii anni. Or parce que war signifie non-seulement caput, mais aussi primum, et que hnw signifie annum et secundum, quelques interpretes traduisirent autrefois, en s’attachant trop à la lettre hnwh war tbw Sabbathum principii anni, par ces autres paroles Sabbathum primo-secundum, ou secundo-primum, que les Grecs ont rendu par . Cette observation paroîtra très-vraisemblable à ceux qui entendent les deux langues. L’auteur ajoûte qu’il y a beaucoup d’apparence, que Polycarpe mourut l’an 167. sous le consulat de Quadratus, et il soûtient cette remarque de chronologie fort sçavamment, contre ceux qui rapportent le martyre de ce Saint à d’autres années ; et pour lever toutes les difficultez, il montre qu’il y a eu plusieurs Quadratus. Il y a eu T. Numidius Quadratus, qui étoit consul l’an 167. et L. Statius Quadratus, qui étoit proconsul dans l’Asie mineure en même temps.

[S’il sortit une colombe du côté de s[aint] Polycarpe] On va voir un éclaircissement fort heureux d’un fait très-considerable. Entre les circonstances de la mort de ce saint martyr, on a parlé d’une colombe qui sortit de son côté, et qui s’envola dans les airs, lors qu’ayant été étendu sur un bûcher, sans que les flammes l’incommodassent, il fut blessé par un soldat. Eusebe ni les anciens ne parlent point de ce miracle : ils disent seulement qu’il fut blessé au côté, et qu’il sortit de la playe une grande quantité de sang. L’auteur conjecture qu’il y avoit autrefois dans l’Epitre de l’Eglise de Smyrne, où le martyre de saint Polycarpe est raconté , ex sinistro latere exivit magna copia sanguinis et que de on a fait qui signifie une colombe ; ensuite de quoi on a crû fort pieusement, et publié fort bonnement, qu’une colombe étoit sortie du côté de saint Polycarpe. Il n’y a rien qui soit plûtôt fait qu’un miracle en certain sens. M. Le Moyne soupçonne aussi que Lucien, qui vivoit du tems de saint Polycarpe, n’a composé son Peregrinus, que pour insulter à ce martyr, et pour tourner les chretiens en ridicules. Il croit que le novus Empedocles, auquel Themistius compare l’empereur Jovinien, est Polycarpe ; et il le prouve par des raisons qui paroissent fort solides, et par la réfutation du sentiment de M. Petit, qui soûtient dans ses Miscellanea imprimez l’an 1682. que cet Empedocle est infailliblement le Peregrinus de Lucien.

[De s[aint] Barnabé] La dissertation sur s[aint] Barnabé n’est pas moins remplie de belles remarques. L’auteur observe qu’il étoit de l’ile de Chypre, où il y avoit un si grand nombre de juifs, qu’une fois ils y massacrerent tous les idolâtres. Ces juifs oc / cupoient les principales villes de l’ile, comme Cyrene et Labithus ; et comme ils alloient souvent à Jerusalem, tant à cause de la facilité du passage, que pour assister aux fêtes solemnelles, ils y avoient leurs synagogues, et ce sont apparemment celles qu’on nomme des Cyreniens et des Libertins dans le 6. chapitre des Actes. Saint Barnabé étant mort en Chypre y fut enterré sous un (qui est l’arbre que nous appelons Caronge, et dont il est fait mention dans l’ Histoire de l’enfant prodigue) et non pas sous un , un cerisier, comme un sçavant interprete l’a crû. On verra ici de très-sçavantes remarques étymologiques mêlées de beaucoup d’arabe. La consideration de saint Barnabé a été cause, que le métropolitain de Chypre a prétendu au droit d’ et d’indépendance de la juridiction patriarchale. M. le Moyne accompagne tout ce qu’il dit de beaucoup d’érudition ; et après avoir remarqué qu’on trouva sur la poitrine de cet Apôtre l’Evangile de saint Matthieu en hebreu, écrit de la propre main de saint Barnabé, il réfute la fausse conséquence que M. Mallet en a insérée, « que les Apôtres ne vouloient pas que les Layques fussent la Sainte Ecriture. » Il loüe M. Arnaud et la vigueur avec laquelle il a réfuté cette conséquence de M. Mallet ; mais au reste il prouve par de puissantes raisons que l’Epitre qu’on attribuë à saint Barnabé, ne lui est pas justement attribuée. Il soupçonne qu’elle est de saint Polycarpe, sans pourtant qu’il veuille rien déterminer sur cela.

[De l’imperatrice Severa] Pour ce qui regarde la dissertation sur saint Hippolyte, l’on y soûtient qu’il n’a pas été martyrisé l’an 230 ; mais plusieurs années après. On le prouve par la lettre qu’il écrivit à Severa, femme de l’empereur Philippe. Elle est nommée Severina dans le Canon Paschalis publié par Scaliger, mais comme il n’y a point d’impératrice Severina, l’auteur pretend qu’il faut lire Seve. Aug. dont on a fait Severina. Il nous avertit, que cette Severa ne doit pas être confonduë avec celle qui étoit femme de Severe, et qui avoit un si grand attachement pour les philosophes, qu’elle-même a été nommée philosophe dans ce passage de Philostrate , c’est-à-dire, Antonin étoit fils du philosophe Julie. Ces paroles ont fait rendre les armes au grand Scaliger, l’homme du monde qui avoüoit le moins que quelque chose l’arrêtât. L’auteur montre qu’il les faut corriger de cette façon , et entendre Antonin Caracalla ; après quoi l’on verra s’évanouïr toutes les difficultez, fondées sur ce que Julie Severe n’a point été femme de l’empereur Marc Aurele surnommé le philosophe, ni par conséquent mere d’Antonin Commode. Ce même passage de Philostrate est une forte preuve à M. Le Moyne, que cette Julie étoit la propre mere de Caracalla, et non pas sa belle-mere, comme on le croit ordinairement ; et il confirme sa pensée par un passage du Cynegetique d’Oppien, dédié à l’empereur Caracalla même.

[Explication de la médaille de ceux d’Apamée] Hippolyte n’écrivit point à cette Julie Severa, mais à Severa fille de Mammée, et femme de l’empereur Philippe, auquel elle communiqua les bons sentimens pour le christianisme, qu’elle tenoit de sa mere. L’auteur ne croit pas qu’après le témoignage d’Eusebe, on puisse révoquer en doute que cet empereur n’ait été chretien ; mais il pense pas que l’on doive prouver ce / sentiment, par la médaille que ceux d’Apamée firent frapper sous son empire. On y voit d’un côté la tête de cet empereur, et de l’autre une arche, quatre personnes et deux pigeons, dont l’un porte un rameau d’olivier. Autour des figures se voyent ces caracteres et au dessous . Tout cela fit juger au celebre M. Falconieri, que cette médaille représentoit le déluge, comme il a tâché de faire voir dans une sçavante dissertation [8]. On lui montre ici qu’il se trompe, et l’on explique la médaille de cette maniere.

L’arche signifie la ville d’Apamée, qu’on nommoit parce qu’elle étoit le grenier et le magazin de tout le païs d’alentour. Les quatre personnes représentent deux habitans d’Apamée, et deux habitans d’Alexandrie. Les colombes et le rameau d’olivier représentent la bonne intelligence, qui étoit entre ces deux grandes villes. Ce qu’il y a de bien certain c’est I. que les caracteres marquez ci-dessus contiennent , ceux d’Alexandrie, si on lit au rebours les trois lettres où M. Falconieri a crû voir le nom de Noé. 2. que l’on voit au bas de la médaille le nom de ceux d’Apamée. Quoi qu’il en soit, si nous en croyons cet auteur, ce n’est pas cette médaille qui doit nous persuader du christianisme de l’empereur Philippe ; il faut se fonder sur les autres preuves qu’il en allegue.

[De s[aint] Hippolyte] Ayant ainsi soûtenu que cet empereur étoit chretien, et que ce fut à l’imperatrice Severa sa femme qu’Hippolyte écrivit des lettres, aussi bien qu’Origene l’avoit fait, l’auteur montre qu’Hippolyte n’est point celui qui contribua si considérablement, et par ses exhortations, et par sa bourse, aux ouvrages qu’Origene composa sur l’Ecriture, comme l’a débité faussement le patriarche Photius. Celui qui fit toutes ces grandes dépenses pour Origene étoit un laïque fort opulent, nommé Ambroise. Hippolyte n’étant qu’évêque n’étoit pas en état de faire en ce temps-là cette dépense. Il n’est pas aisé de décider de quelle ville il étoit évêque, car il est appellé quelquefois évêque de Rome, quelquefois évêque d’Arabie, quelquefois évêque de Port, ou du Port romain. L’auteur examine toutes ces difficultez d’une maniere qui fait voir, qu’il a l’esprit fort pénétrant et une lecture prodigieuse. Il prouve par plusieurs exemples, qu’il y a eu souvent deux évêques dans une même ville, et il croit non seulement qu’Hippolyte a demeuré long-temps en Arabie, mais aussi qu’on lui doit attribuer la conservation des 30. mille Sarrasins, que d’autres prétendent avoir convertis par Nonnus. Il montre qu’on l’a confondu mal à propos avec ce Nonnus, et avec d’autres Hippolytes comme l’autheur le fait voir. Il monstre qu’il ne se nommoit point Nonnus, qu’il n’a jamais été moine, ni diacre asses long tems pour porter seulement ce tiltre. D’où il infere que dans le concile de Rome tenu en 324 il est mal à propos appellé Hippolyte diacre, et asseure que ce Concile ne s’est jamais tenu sous Sylvestre, comme plusieurs autres l’avoient deja remarqué.

Il fait ensuite quelques observations sur les ouvrages d’Hippolyte, dont les noms sont gravés sur cette chaise de marbre qu’on gard[e] aujourd’huy si curieusement à Rome. C’est un des plus beaux monuments de toute l’Antiquité. Dans cette chaise de marbre on voit assis un homme de marbre aussi. Son nom n’y est point gravé, mais on y voit le nom de ses ouvrages qui ont fait reconnoitre que c’etoit Hippolyte car les Anciens attribuent à Hippolyte quasi tous les ouvrages qui sont marqués sur cette magnifique chaise. • Elle fut trouvée sur le • milieu du siécle, dans une basilique de S[ain]t-Laurent dans le diocese de Tivoli. D’où l’autheur infere qu’Hippolyte n’etoit pas evéque du port à l’embouchure du Tibre, • par ce qu’on y auroit trouvé cet illustre monument plutost que dans le diocese de Tivoli. Au reste il remarque que dans les temples on mettoit de semblables monuments et prouve que cette coutume étoit mesme usitée ches les les Hebreux, et les payens, qui ecrivent au milieu de leurs temples contre les murs, et sur des colonnes une infinité d’inscriptions, et d’histoires dont on conservoit en ces lieux sacrés curieusement la memoire. Ce fut de ces monuments que saint Mathieu qui vivoit du temps de Gedeon tira la plus part des • memoires dont il composa son histoire. Il est remarqué qu’il les tira , des lettres des Ammoneens c’est à dire des MFnmc : du temple et des statues du Soleil, • que les Hebreux appellent hmc, et sur lesquelles on écrivoit les plus grands éven[emen]ts de l’histoire des peuples orientaux [9].

Voilà une partie des prolegomenes. Les notes ne sont pas moins chargées de conjectures asses vraysemblables, sur un fort grand nombre d’autheurs. Mais nous • parlerons de cet ouvrage encor une autre fois. •

Notes :

[1] Etienne Le Moyne, Varia sacra, seu Sylloge variorum opusculorum græcorum ad rem ecclesiasticam spectantium. Cura et studio Stephani Le Moyne, theologi Leydensis, qui collegit, versiones partim addidit, et notis et observationibus uberioribus illustravit (Lugduni Batavorum 1685, 4°, 2 tomes) ; Bayle publie le compte rendu proposé par Le Moyne de son propre ouvrage, NRL, mars 1685, art. IX, et un compte rendu du second tome en juin 1685, art. II.

[2] La D[ivi] Chrysostomi Epistola ad Cæsarium se trouve à la fin du premier tome des Varia sacra, i.530-535, où le texte seul est donné sans les notes. Elle avait été trouvée contraire à la doctrine catholique de la transsubstantiation ; elle est commentée dans les NRL, juin 1685, art. II. Une autre édition par Basnage se trouve dans Divi Chrysostomi Epistola ad Cæsarium, monachum : juxta exemplar CL. V. Emerici Bigotii : cui adiunctæ sunt tres epistolicæ dissertationes. I. De Apollinaris hæresi. II. De variis Athanasio suppositiis operibus. III. Adversus Simonium (Roterodami 1687, 8°).

[3] Eméric Bigot, l’érudit que Bayle avait pu fréquenter à Rouen : sur lui, voir Lettres 28, n.10, et 69, n.2.

[4] Adriaan Paets, le protecteur de Bayle : sur lui, voir Lettre 195, n.3.

[5] Il s’agit sans doute des frères Basnage , avec lesquels Bayle était en correspondance : voir Lettre 310, n.9.

[6] Nous respecterons désormais cette demande de Le Moyne, et écrirons son nom avec un « y ».

[7] Sur le projet de Le Moyne et sur l’édition de Flavius Josèphe établie par Edward Bernard à Oxford, voir Lettre 75, n.8.

[8] Voir le JS du 28 août 1667.

[9] L’explication que Bayle donne des « shammanim » mentionnés dans l’Ancien Testament révèle une certaine confusion dont Le Moyne est peut-être partiellement responsable. Celui-ci, ayant identifié les monuments découverts par Sanchuniathon dans des temples aux « shammanim » hébreux, explique que ceux-ci étaient des temples, des piliers ou des autels, ce qui ferait penser que c’étaient parfois des temples situés à l’intérieur d’autres temples. Rien ne permet de le croire. Il est généralement admis que les « shammanim » étaient des piliers ou des autels, érigés, comme le dit Le Moyne, en l’honneur du soleil, le soleil étant appelé « shamash » (chaleur).

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