Lettre 397 : Elie Merlat à Pierre Bayle

[Lausanne, le 22 mars 1685]
 [1] • Monsieur

J’ay leû le Traitté des cométes, les Remarques genérales sur l’« Histoire du calvinisme », L’Esprit de Monsie[ur] Arnaud, les Nouvelles de la republique des lettres, etc. Cela me fait prendre la liberté de vous prier de lire un Traité du pouvoir absolu des souverains [2], que je vous envoye ; et si vous le jugez digne de faire un article dans vos Nouvelles, de le donner à votre imprimeur, après y avoir passé la lime* douce, procurant quelque benefice au jeune homme qui vous le mettra entre les mains, si cela se peut, car, pour moy, je ne travaille pas pour le lucre. Ne vous enquerez point du nom de l’auteur, il doit estre supprimé, et inconnu ; je l’ay recommandé à celuy qui vous donnera le manuscrit, et je vous en prie encore. Mon nom, au reste, ne vaut pas, la qualité que je me donne, avec verité, de

Monsieur

votre trés humble et trés obeïssant serviteur

  N. N.

le 22 mars 1685.

Notes :

[1] Elie Merlat, né à Saintes en 1634, a étudié la théologie à Saumur et à Montauban et avait accompli une peregrinatio academica avant de devenir pasteur de sa ville natale en 1658. La publication de sa Réponse générale au livre de M. Arnaud intitulé « Le Renversement de la morale de Jésus Christ » en 1676 – Bayle avait mentionné cet ouvrage dans l’historique de cette controverse ( NRL, novembre 1684, art. XI) – lui avait attiré une réplique de Philippe Le Féron, grand vicaire de l’évêque de Saintes, et avait entraîné une accusation de sédition. Incarcéré pendant plus d’un an et jugé par le présidial, Merlat avait été déposé de sa charge puis condamné au bannissement perpétuel. En juillet 1680, il était parti pour Genève, puis pour Lausanne, où il avait accepté un poste à l’académie de théologie. Voir D. Poton, « Elie Merlat, pasteur de l’Eglise réformée de Saintes (1658-1680). Une victime consentante de la justice du roi ? », in Les Victimes, des oubliées de l’histoire ?, dir. B. Garnot (Rennes 2001), p.381-390.

[2] Conformément au souhait de Merlat, Bayle va s’employer à faire imprimer le Traité du pouvoir absolu des souverains, pour servir d’instruction, de consolation et d’apologie aux Eglises réformées de France qui sont affligées (Cologne 1685, 12°), publié, vraisemblablement par Leers à Rotterdam, sous la fausse adresse « à Cologne chez Jacques Cassander »), et il en rendra compte dans les NRL d’août 1685, art. VII. La défense de l’absolutisme monarchique à laquelle se livre le pasteur saintongeais correspond parfaitement à l’idée que se fait Bayle des droits du roi et des devoirs d’obéissance des sujets. Voir D. Poton, « Elie Merlat », art. cité, et H. Bost, « Elie Merlat ou la fin d’un monde », in H. Bost (dir.), Genèse et enjeux de la laïcité (Genève 1990), p.31-55, repris dans H. Bost, Ces Messieurs de la RPR. Histoires et écritures de huguenots, - siècle (Paris 2001), p.149-174.

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