Lettre 427 : Jacob Bayle à Pierre Bayle

[Le Carla,] ce sam[edi] 12 may 1685

J’arrivay hier au soir de Toulouse M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere], où je fus voir aux • Muraz Mr Belveze mon beau frere [1] et Mr Rivals mon bon amy qui sont là avec Mrs Martel et Peres profess[eurs] Mr Arbussy [2], Mr La Vernhe min[istre] de Revel [3] et Mr Quinquiri son collegue [4], et Mr Causse min[istre] de Soreze [5]. Mon dessein estoit de vous ecrire de là mesme pour ne pas perdre le courrier ; mais comme il y eût occasion de parler à plus[ieu]rs de Montauban qui peuvent me servir à l’affaire du consulat de feu mon oncle [6], je fus contraint malgré moy d’employer le tems à faire une [ sic] acte à mes garens, et à ecrire plusieurs lettres et divers memoires sur ce sujet, et ainsi le tems fut absorbé. Si j’eusse peu aller jusqu’à Montauban, j’aurois eü le loisir d’ecrire. Mais je n’ay pas cru qu’il falut passer Toulouse, et tout le monde m’a confirmé dans ce dessein. Ma p[remi]ere raison est, que j’aurois fait perdre à toutes les Eglises voisines qui n’ont plus que mon troupeau la consolation qu’elles recoivent, (or j’aime mieux abandouner à la fureur des poursuivans ce que j’ay à Mont[auban] que de priver de mes exhortations chretiennes tant de pauvres ames desolées qui sont à la veille de les perdre). La 2 e que le clergé de Mont[auban] faisant decreter [7] les ministres qui paroissent là[,] bien que ce ne soit pas pour y chercher domicile, je me serois exposé au danger d’etre decreté, et cela sans avoir la consolation de l’etre pour la cause commune qui expose tous nos ministres à la prison. Je suis donc revenu graces au Seig[neu]r pour precher demain 2 fois à ceux des Bordes, de Sabara[t,] Camarade et Gabre qui se rendront icy au dimanche qui leur est marqué, le Mas d’Azil y ayant esté dim[anche] dernier [8], selon l’ordre que nous leur avons douné de ne venir pas icy tous à la fois tant parce que le temple ne les peut pas contenir quand il seroit une autrefois aussi grand, que parce que la grande foule empecheroit de bien discerner ceux que l’on pourroit faire glisser, ou comme relaps ou comme fils de convertis, ou autrem[ent] ce qui attireroit plus vite la ruine de ce petit lieu reservé encore par une grace du cie[l] toute-particuliere.

Par ce que je viens de vous dire vous concevés l’etat où nous no[us] trouvons : Mrs de Larbont, de Miramont et autres gentilshommes les plus eloignés viennen[t] à nos exercices avec leurs familles [9]. Je tache de les edifier selon ma petite portée. [Je] me souviens qu’en dounant la cene de Paque au 1 er dimanche (car nous l’avons douné 3 dimanches de suitte) j’exposay les paroles de J[esus] Ch[rist] or depuis cette heure je ne boiray p[lus] de ce fruit de vigne etc. [10] et dans l’application je fis voir à chaq[ue] co[mmun]iant que si toutes l[es] fois qu’on celebre la co[mmun]ion on doit penser que ce sera la derniere, l’exemple de tant d’au[tres] Eglises qui n’ont plus l’avantage d’y participer nous doit presque persuader que depuis c[elle] cy nous n’en celebrerons aucune autre etc. Cet endroit fut fort touchant et fit pleu[rer] amerem[ent] l’auditoire. Le soir je prechay sur ce q[ue] l’on chanta le cantiq[ue] et que Jesus, al[la] à la montagne, et q[u’il] dit je fraperay le berger et les brebis du troupeau etc. [11] J’app[li]quay cela à la mort du fils de Dieu, mais en suitte, je l’appliquay à l’etat de nos p[as]teurs et de nos troupeaux. Et enfin (car c’etoit le 1 er jour que je prechay depuis mon reto[ur] apres la mort de m[on] p[ere] [12]) je l’appliquay à ce qui regardoit cette affliction particuliere, et montray qu’en frapant le past[eur] le troupeau estoit dispersé, et qu’il n’avoit peu s’assembl[er] ni pendant sa maladie, ni depuis sa mort. Ces circonstances estoyent extremem[ent] touch[antes.] Je vous en diray une autre parce que je sçay que ces particularités ne vous deplais[ent] pas. Le dim[anche] de la 2 de cene j’expliquay le passage de Jeremie sur ce q[u’i]l est predit qu’on verra celuy qui aura esté percé et qu’on en sera en amertume etc [13][.] Dans l’application je montray q[ue] l’agneau ne pouvoit etre mangé sans les herbes ameres ; et que presentem[ent] Die[u] nous faisoit tremper le morceau dans ce plat amer, d’une maniere plus particuliere pour rendre notre Paq[ue] plus conforme à celle de son Israel. Je representay à propos de ce duei[l] que pour aller à la table, il faloit passer par la valée de Baca, que tous ceux qui ven[oyent] de leurs demeures les plus eloignées pouvoy[en]t bien s’appliquer le ps[aume] 84 que l’on fit cha[nter] à mesure qu’on communia [14]. Le soir je prechay sur Hebr[eux] 11 où il est dit q[ue] par foy Moyse celebra la Paq[ue] afin que celui qui detruisoit les 1 er nés, ne touchât les Isra[elites] [15]. Je fis dans l’appl[ication] une comparaison de notre etat avec celui des anciens, et pour l[a] bien appliquer à la dispersion de ce colloque je remarquay que

le petit canton com / posé de sept Eglises, comme l’Asie Mineure [16], estoit maintenant reduit à une seule, les six ayant esté frapées. J’ajoutay qu’il faloit craindre q[ue] le mesme glaive q[ue] Dieu avoit mis an [ sic] la main d’un ange pour abatre les autres [17], frapat sur nous, et que nous ne serions pas epargnés. Je remarquay q[ue] la gloire de Dieu qui estoit dans le temple ne disparut pas tout à coup, qu’apres avoir quitté la porte orientale etc elle se posa sur la montagne. Cette gloire (ajoutois je) a disparu deja dans les autres endroits. La voicy posée sur cette montagne. Mais helas je crains que c’est pour nous quitter bien tôt. Ce mouvem[ent] fut si sensible pour les plus ignorans d’entre le peuple, qu’outre les pleurs q[ue] cela arracha des auditeurs sur le champ, chacun parla en suitte, et plus[ieu]rs jours apres, de ce q[ue] la gloire de Dieu s’estoit arretée pour q[ue]lq[ue] tems sur notre petite montagne.
Du mardy soir 5 juin 1685

 

Je voulois continuer ma reponse croyant d’avoir une occasion favorable à vous l’envoyer promptem[ent] mais ayant eu avis qu’on ne partiroit pas si tôt pour Toulouse j’interrompis dès lors mon occupation et pensay aux predications qu’il me faloit faire le lendemain. Depuis cela il m’a esté impossible de reprendre cette tache si douce pour moy, parce q[ue] les affaires domestiques, et le soin de toutes nos Eglises voisines m’ont assiegé, et insensiblement j’ay veu couler quelques semaines sans pouvoir vous écrire de la maniere que je l’avois resolu. Il est mesme arrivé une chose qui nous a mis dans un trouble effroyable ; et je m’en vay vous l’apprendre en peu de mots. Le jeudy matin 24 du mois de may, je fus me promener à la vigne qui nous reste encore à Icart avec mon c[ousin] de Naud[is] [18] contre ma coutume. Un quart d’heure apres q[ue] no[us] y fûmes on me fit appeller deux ou 3 fois de suitte et mesme avec beaucoup de presse parce que quelques Mrs de Montauban estoyent à la maison : la providence de Dieu voulut q[ue] je ne m’empressasse pas à repondre à tant de sollicitations. Ce delay servit à decouvrir la trahison de ceux qui me demandoient qui sous pretexte de civilité me vouloyent mettre la main au colet, comme il parut en ce que tandis q[ue] le chef faisoit des honnetetés à ma femme 4 ou 5 autres se tinrent aux portes et au degré, et sous pretexte de prendre un deserteur mirent le pistolet sur l’estomac de s[ieu]r Olivier bourgeois [19] croyant que c’etoit le ministre. [L]’allarme fut dounée ; et l’on m’envoya des gens qui me firent retirer doucem[en]t aux [P]oissez ches le s[ieu]r de Sedailhas, et de là au bois de la Greside, à Castanés et au voisinage [d]u Fustié [20]. Nos parens demanderent au prevost de Montauban nommé S[ain]t[-[Sauveur [21], ce [q]ue c’etoit ; il dit qu’il n’y avoit rien contre moy, qu’il cherchoit un deserteur, qui s’etoit [re]fugié ches moy à ce qu’on luy avoit dit, qu’il ne vouloit q[ue] parler à moy et me [donner] un acte de la part de Mr le procur[eur] g[ene]ral pour scavoir en vertu dequoy je [serv]ois les Eglises de voisinage etc. On ne se fia pas à ses protestations on luy [de]manda son pouvoir, il ne montra rien, mais il dit q[ue] si on alloit à Pamie[r]s, et [à] Toulouse où il seroit, on en seroit pleinem[ent] instruit. Ses archers vouloyent rompre [le]s portes, il leur dit qu’ils n’avoyent point d’ordre et qu’il le leur defendoit. Il se [re]tira à 4 heures p[ou]r aller à Pamiers, et fut faire mille excuses à ma femme [de] l’allarme qu’il luy avoit causée dans l’etat où elle est [22]. Il dit à quelques Mrs [d]e mes amis qu’asseurem[ent] il ne mettroit rien dans le [proces] verbal qu’il luy faloit faire [qu]i me portat aucun prejudice.

[C]omme* toutes ces choses se furent passées de cette sorte on voulut q[ue] je me tinsse [c]aché de peur que ces gens n’eussent quelq[ue] pouvoir qu’ils avoient refusé de montrer [p]our revenir et pour me surprendre par cette feinte ou dans mon lit, ou lors que [je] serois au temple. Ainsi on trouva bon d’envoyer à Pamiers ches Mr le gouvern[eu]r [23] [e]t à Toulouse p[ou]r scavoir si c’estoit par l’ordre du parl[emen]t q[ue] ce prevost avoit fait [ce]tte incartade. Il n’y eut rien au parlem[en]t ni ches Mr le gouverneur. On sceut [m]esme q[ue] Mr de Rieux [24] en avoit esté surpris et qu’il avoit protesté qu’il n’en sca[v]oit rien ; le conseil de Toulouse fut q[ue] rien n’ayant paru je precherois le dim[anche] [su]ivant, comme je le fis par la grace de Dieu et le matin et le soir. Le lundy matin on fit partir 2 hommes pour aller à Montauban voir si cela s’etoit fait [p]ar l’ordre de Mr l’intendant [25] ; on sceut qu’il n’en scavoit rien ; et le s[ieu]r S[ain]t[-] Sauveur prevost montra à ses amis le [proces] verbal où il declaroit seulem[ent] qu’ayant envoyé [quelques] sem[aines] auparavant 4 ou 5 archers p[ou]r prendre un deserteur (c’est le s[ieu]r Etienne [D]umas [26]) on luy auroit rapporté q[ue] la foule des gens de la Relig[ion] p[retendue] r[eformée] qui se / rendoyent au d[it] lieu et ches le s[ieu]r B[ayle] min[istre] avoyent empeché qu’ils ne l’eussent pris, q[ue] sur cela il estoit venu luy mesme pour le chercher etc. Un homme qui a du pouvoir sur l’esprit du prevost vid [ sic] le d[it procès] verbal, et on trouva que ce n’etoit rien. Le procure[ur] du Roy de Montauban [27] entre les mains de qui il le mit dit que cela n’engageoit ni peu ni trop le ministre etc.

Ces Mrs estant de retour j’ay continué mes fonctions dans toute la semaine passée, et dim[anche] dernier 3 juin je dounay la 1. cene de Pent[ecôte] esperant avecq[ue] la grace de Dieu de la douner, si nous subsistons 2 ou 3 dimanches encore. Il est vray qu’on nous menace de jour en jour, et qu’on tache de nous faire coupables de quelques contraventions. Mais on n’a pas peu encore y reussir ; Dieu ne l’ayant pas permis parce q[ue] notre heure n’est pas encore venüe. Vous jugés bien que toutes ces choses avec les exemples de ce qu’on fait à nos freres, me disposent asses bien à me tenir prêt pour quand il faudra [28]. L’affaire du Mas d’Azils n’est point jugée [29]. On croit qu’on demande le temple au Roy pour en faire une eglise, aprés cela le parlem[ent] jugera la contreman[de], car le conseil n’a pas esté q[ue] Mr Bourdin [30] se remit. Il se tient caché. On me dit qu’il vint dimanche incognito et qu’il ouyt le preche du matin de la maison de s[ieu]r Mar[tin] qui joint le temple, et qui est comme celle de Simon qui touchoit à la synagogue [31]. Il se retira et je ne l’ay point veu. Le s[ieu]r La Riviere est allé faire la cene à Mazeres [32] avec plus[ieu]rs Mrs et dames de Toulouse car Mr le gouverne[ur] a eu ordre de permettre à ceux de Mazeres de recevoir tous ceux des autres lieux qui y voudront aller. Nous avons eü Mrs Passet [33] et une de leurs femmes avec plus[ieu]rs autres etrangers. Mad e de B[rassard] ma b[elle] mere est icy depuis 5 ou 6 jours. Elle y sera jusqu’aux couches de sa fille qui iront apparem[ent] au mois de juillet prochain.

Tout ce qui m’est arrivé a douné lieu à mille conjectures sur mon sujet. Les uns pensoient que c’estoit un ordre du Conseil, que peut etre j’avois ecrit quelq[ue] chose etc[.] Moy qui ne me sentois en rien coupable et qui scavois q[ue] mes lettres expliquoient mes sentimens respectueux à l’egard des puissances, estois dans une fermeté inebranlable[.] Je savois q[ue] toutes mes lettres vo[us] avoient esté rendues, et que toutes les votres etoyent venues jusqu’à moy. Ainsi je ne craignois rien, et ce qu’on detient Mr de Brueil frere de Mad e de Rambouillet sous pretexte de commerce de lettres [34] ne m’allarmoit pas, ni l’affaire de Mr Guignard ad[voc]at d’Agen [35] qui est aussi aux Haut[s] Murats pour avoir eu commerce avec le d[it] Mr de Breuil ; parce que nos lettres etant purem[ent] d’amitié et de literature et ne parlant ni peu ni prou des affaires d’Etat, j’avois l’asseurance qui nait du nil conscire sibi nullâ pallescere culpâ [36]. Cela n’empecha pourtant pas que le mesme jour de l’esclandre on ne fit vuider la maison par les soins de quelques amis affidés. Tous les livres et m[anu]s[crits] furent cachés soigneusem[ent] ; les meubles ont aussi esté presq[ue] tous emportés, et cela ob majorem cautelam [37], bien qu’on asseure que dans le jugem[ent] des parlemens on n’en veut pas aux min[istres] ni à leurs biens. Nous sommes heureux d’avoir un evesque qui a beaucoup d’houneur et de conscience [38], et qui bien qu’il souhaitte la destruction de nos temples, dit qu’il n’emploira jamais des moyens tels que ceux que d’autres ont employés. Il a les Nouvelles de la rep[ublique] des lettres. Il loue l’esprit de l’auteu[r] et dit qu’il parle tres bien. Si l’auteur avoit occasion de parler de luy d’une manier[e] adroite, à sa façon, apparem[ent] cela luy seroit agreable. Il scait l’hist[oire] ecclesiastiq[ue] et s’en pique, c’est un endroit propre à le louer, comme on l’a sceu faire à l’egard de Mr Le Bret [39], quoy que quelqu’un m’a dit q[ue] l’avertissem[ent] qui fait la retractation n’est pas asses fort pour retablir l’avance faite au 1 er ou 2 d cayer, dans l’endroit où on parloit de son Histoire universelle. Mais comme je n’ay encore veu q[ue] les 2 1 ers cayers je ne puis pas dire ce q[ue] j’en croy. Je vis à Toulouse entre les mains d’un des min[istres] des Hauts Murats les dites Nouvelles q[ue] Mr de Lacger ou Mr de Rapin avoit pretées aux prisouniers [40]. Tous en parlerent avec grand eloge, et mesme les profe[sseurs] en theol[ogie.] Asseurem[ent] le stile et les manieres de l’auteur ; et le tour fin qu’il empl[oye] presque par tout, luy attirerent de grandes loüanges. Je serois bien malheure[ux] que cela m’attirât des affaires, et que mon attachem[ent] aux interets d’un tel ecriva[in] fut cause d’une disgrace telle que plus[ieu]rs mesme à Toul[ouse] soubçounerent d’ab[ord] / [sans] fondement [41].

Si j’avois eü quelques momens à moy j’aurois dressé un petit a[br]egé de la vie de mon p[ere] pour vous l’envoyer, mais comme il eut falu parcourir ses papiers je n’ay pas peu le faire ; cela vous sera envoyé s’il plait à D[ieu] en son tems[.]

Je vay parcourir votre lettre du 12 mars où il y avoit une petite page pour ce cher defunct [42]. On m’a dit q[ue] le paquet des Nouvelles a esté rendu à son adresse. Je ne l’ay pourtant pas receu, mais seulem[ent] une petite Methode de Mr Le Fevre [43] p[ou]r apprendre les hum[anités] grecq[ues] et latines, et le ser[mon] de Mr Jurieu qui est à la tete de son Exam[en] de l’Euchar[istie] [44] dont le s[ieu]r Lafage se chargea à Paris [45]. Cette Methode servira p[ou]r les enfans du cousin de N[audis] [46][.] Je seray bien aise de recevoir l’autre et qu’il contint la dern[iere] ed[ition] de la Crit[ique] et les 2 tomes qui la suivent [47]. Comme cela m’etoit promis, sans doutte je le recevray.

Vos eclaircissemens sur le nom des auteurs de plusieurs livres nouveaux me dounent beaucoup de plaisir, et me sont d’une utilité considerable[ ;] continues toujours à me les douner ainsi. Mr Martel me fit voir les Prophet[ies] de Cotterus, de Christine et de Drabicius q[ue] Mr Justel luy douna, l’ayant eu de Comenius qui le porta luy mesme à Paris [48] et qui y en debita plus[ieu]rs exemplaires.

Puis q[ue] vous aimés les particularités qui regardent le petit neveu [49], je vous apprens qu’il est fort grand pour son âge qu’il est agreable, et qu’il fait deja notre divertissem[ent] et celuy de tout ce lieu, il a beaucoup de vivacité, et j’espere qu’il aura si Dieu le benit quelques dons considerables.

Je vous preparois les 14 tomes des gaz[ettes] [50] reliés, et mesme les 8 ou 10 tomes qui sont venues depuis et qui ne sont pas reliés, mais tout cela est pele mele dans des quaisses et dans des sacs. Je voudrois avoir fait exactem[ent] mon catalogue tandis que j’etois en repos. Ne negligés pas de faire une copie du vôtre [51] quand vous aurés q[ue]lq[ue] loisir ce qui ne vous arrivera guere.

Au 1 er jour je repondray à celle du 9 avril [52]. Si j’avois les papiers que j’ay laissés à Montauban je saurois où c’est qu’on parle du Syllabus libror[um] et epistolar[um] [53][.] Mr Du Bourdieu fils avoit choqué beaucoup de gens par sa conduite. Je suis bien aise qu’il ayt edifié les gens en faisant la Cene à Lunel [54] ; car il protesta de luy mesme devant la table de la communion que tous ces bruits etoyent faux, et que s’il ne disoit pas la verité, il vouloit q[ue] le sacrem[ent] luy tournât à condamnation etc. Son pere a fait dit on quelque livre d’usage pour les lieux privés de l’exercice [55], car on dit qu’il montre le moyen de pratiquer les vertus chretieunes [ sic] en un tel etat. Je fis voir à Mr Belveze [56] que l’on ne doit pas penser à chercher de l’employ en Hollande. Son affaire a esté jugée. On a interdit l’exercice de Mausac, parce que le P[ere] Videt doctrinaire ne s’assit pas dans le banc des cathol[iques] parce que le d[it] banc estoit rempli [57][.] L’information n’etoit fondée q[ue] sur cela. J’ay les 2 petits factums dressés avant le jugem[ent] [58].

Comme je receus sam[edi] dernier des mains de Mr Passet votre dern[iere] lettre en datte du 14 may [59] je dois vous le faire scavoir. Ce que vous y dites de la mort de n[otre] t[res] b[on] et t[res] h[onoré] p[ere] m’a fort consolé. Puis qu’il n’y a plus q[ue] vous et moy de toute nostre famille unissons par de nouveaux nœuds nos coeurs et nos affections. Ma f[emme] y tiendra bien sa partie, car elle a pour vous une estime et une tendresse toute particuliere. Notre cher cousin de N[audis] nous rend mille bons offices. Notre petit est de jour en jour plus aimable, il fait des plaintes lors qu’il void le cabinet depourveu, et qu’il [n]’y trouve que des planches et point des livres où il puisse trouver ce qu’il appelle moumous. Je repondray à tout ce que vous me marqués dans cette lettre. Je ne vous diray pour la fin sinon q[ue] notre cousin de Cabanac est parti pour le rendés vous des troupes qui se fait pres de Bayoune sous Mr de Bouflers [60]. Le s[ieu]r Lafage est icy pour reigler ses affaires [61]. C’est un bon garcon, mais malheureux et etourdi. Le s[ieu]r Dutilh a pris 4 cens francs, qu’il disoit avoir envoyés au s[ieu]r Carla. Il est cause q[ue] ce pauvre garcon est revenu icy. Il a jouy du reste de ses biens, et il n’est pas en estat de luy faire raison [62]. Mr Dusson a receu visite de Mr de Bonrepos, et de Mr [d]e S[ain]t Martin colonel [63]. Ce Mr de Bonrepos a affecté des manieres de grandeur qui ont choqué la parenté. Je croy que l’occupation du frere à recevoir ces nouveau venus [m]’a douné quelque relache pour payer 62 l[ivres] t[ournois] qui luy sont deues des 2 cens qu’il [ba]illa au pauvre cadet par lettre de change [64]. Jamais homme plus interessé [q]ue celuy là sur un tel chapitre. Mes respects tres humbles au celebre Mr J[urieu] [et] à son illustre epouse[.] Tout à vous M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere.]

Notes :

[1] Guillaume Belvèze, pasteur à Meauzac, avait épousé Isabeau de Brassard, fille du pasteur de Montauban Isaac Brassard et sœur de Marie, l’ épouse de Jacob : U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, i.120. Il fut incarcéré aux Hauts-Murats, la prison de Toulouse, en attendant son jugement et celui de son Eglise (voir ci-dessous n.2 et 3).

[2] Les pasteurs de Puylaurens, Elie Rivals et Théophile d’Arbussy, et deux professeurs de l’Académie, Antoine Pérès et André Martel, avaient été décrétés de prise de corps par le juge de Villelongue le 9 décembre 1684. Après avoir pris congé de leur Eglise le 28 décembre, ils s’étaient constitués prisonniers dès le lendemain et avaient été incarcérés dans les cachots du parlement de Toulouse. Ils furent ensuite ramenés à Puylaurens pour y être jugés pour des faits basés sur des témoignages notoirement faux à propos d’accueil de nouveaux convertis relaps, et condamnés le 5 mars « à faire amende honorable et déclarer que témérairement et malicieusement ils ont contrevenu aux édits du roy ». Ils étaient bannis du royaume à perpétuité, leurs biens étaient confisqués, l’exercice de la RPR était définitivement interdit à Puylaurens et les condamnés devaient payer les dépens, soit 1 340 livres. Le même jour, l’Académie de théologie avait été supprimée. Les quatre ministres ayant fait appel de ce jugement, ils étaient à nouveau détenus aux Hauts-Murats. L’arrêt de suppression de l’exercice leur avait été signifié le 15 avril. Ils devaient obtenir gain de cause en appel dans l’affaire des relaps, mais furent condamnés à quitter le royaume (M. Grandet, André Martel, p.42). Rivals ira se réfugier à Amsterdam, Martel à Berne, Pérès en Angleterre, d’ Arbussy en Suisse puis aux Provinces-Unies (U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, i.116). Reverdy, notaire de Revel, a consigné en mai 1685 quelques notes qui corroborent l’analyse de Jacob Bayle et fournissent de précieuses indications sur l’atmosphère qui règne alors dans le Pays de Foix et les colloques voisins : « La providence divine a permis qu’en l’année dernière on a démoli, interdit et abattu les temples des villes de Castres, de Mazamet et de Saint-Amans ; et à cause de ce les fidèles du corps de ces Eglises sont en désolation. L’Eglise de Puylaurens, ayant été attaquée en la personne de ses membres, qui sont en prévention du crime qu’on les accuse, d’avoir reçu le nommé Falmous et sa femme qui sont relaps dans le temple. Sur le décret de prise de corps contre eux lancé par le juge de Puylaurens, s’étant remis prisonniers sur la fin de l’année 1684, ils ont été détenus jusqu’au mois de mars suivant, et par sentence du dit juge, les sieurs Martel, Pierre [Pérès], Arbussy et … ministres ont été condamnés à faire amende honorable et autres peines, et l’exercice interdit dans ladite Eglise et le temple abattu ; de cette sentence il y a eu appel au parlement et à cause de cette affliction les fidèles de la dite église ont fréquenté nos exercices et aux autres villes voisines. » Texte publié par U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.15-17, puis par P.A. Barrau, « L’Eglise réformée de Revel au siècle », BSHPF, 51 (1902), p.627-631.

[3] Isaac de Lavergne (ou La Vernhe), ministre de Revel, et son collègue Quinquiry sont accusés d’avoir reçu au culte un relaps. Le présidial de Castelnaudary, le 24 septembre 1685, prononce un arrêt de destruction des temples de Sorèze et de Revel, mais libère les pasteurs. La Vernhe quittera la France à la Révocation et se réfugiera à Deventer : voir Haag, et U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.117.

[4] Guillaume Quinquiry « ne fut relâché de la prison où il était […] qu’au mois de janvier 1686 » : U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.117 ; il se réfugiera d’abord à Neuchâtel, puis à Hameln : voir Guillebert, « Le refuge dans le pays de Vaud, 1685-1860 », BSHPF, 9 (1860), p.152 ; et « Le refuge dans le pays de Neuchâtel, 1685 », BSHPF, 10 (1861), p.323.

[5] Pierre Causse, ministre de Sorèze, décrété de prise de corps par le juge de Puylaurens, sera jugé en juin : U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.17 et 117.

[6] François Bruguière de Ros, mort le 2 novembre 1682, oncle maternel de Jacob et Pierre, avait été syndic du Carla et membre actif de l’Eglise réformée. Son fils, Michel Bruguière de Bolle – cousin germain de Jacob et Pierre –, qui a exercé des fonctions consulaires, est progressivement devenu catholique. Voir C. Pailhès, « Coexistence religieuse au siècle au sein des familles du Pays de Foix », in C. Pailhès (éd.), Tolérance et solidarités dans les pays pyrénéens (Foix 2000), p.328.

[7] Il a déjà été question de l’action virulente menée par le chanoine Le Bret, prévôt de l’église cathédrale de Montauban. Malgré la prudence des pasteurs qui sont encore autorisés à exercer leur ministère – U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.23, mentionne, pour le colloque de Foix, « Vieu, ministre des Bordes, Olivier de Sabarat, Bourdin du Mas d’Azil, Dugavé de Camarade, Bayle du Carla et Houlez de Saverdun » – et la vigilance des anciens qui empêchent les nouveaux catholiques de venir aux prêches et de prendre part à la communion, des arrêts sont pris contre leurs églises : 2 avril, suppression du temple et du pasteur de Saverdun ; 9 et 10 avril, interdiction de l’exercice et démolition des temples à Camarade, à Sabarat et aux Bordes ; seuls restent autorisés les cultes au Mas d’Azil et au Carla (sur la situation à Mazères, voir n.32). L’exercice sera supprimé au Carla lorsque Jacob sera arrêté (10 juin) ; en juillet, le pasteur Charles Bourdin sera arrêté, condamné, interdit d’exercer son ministère et banni pour avoir toléré la présence de nouveaux catholiques au culte. Une abjuration solennelle forcée sera organisée, et le temple du Mas d’Azil sera rasé au début du mois d’août : voir U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.25, et A. Wemyss, Les Protestants du Mas d’Azil. Histoire d’une résistance (1680-1830) (Toulouse 1961), p.79.

[8] Proches du Mas d’Azil et du Carla, Les Bordes, Sabarat, Camarade et Gabre sont des villages où les temples avaient déjà été détruits à cette date (voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.7-8). Or, les pasteurs n’ayant pas le droit de desservir les Églises interdites, ce sont les fidèles qui se déplacent (par la suite, une déclaration du roi en date du 5 juillet 1685 leur interdira d’aller à l’exercice hors de l’étendue du bailliage ou de la sénéchaussée où ils ont leur domicile : voir E. Benoist, Histoire de l’édit de Nantes, v.177). Le risque est donc grand que se glisse dans l’auditoire tel nouveau converti dont la présence constitue un délit et fournit ensuite un prétexte aux autorités pour supprimer l’exercice. Voir E. de Gabre, « Interdiction du pasteur, du culte réformé et du temple du Mas d’Azil », L’Ariège pittoresque, 105 (1914), p.2. Comme en témoigne Reverdy, la situation est comparable à Revel, qui accueille les fidèles de Puylaurens dont l’exercice a été supprimé : « Le vendredi 16 mars 1685 un grand nombre de fidèles de Puylaurens sont venus en cette ville pour y entendre la prédication du matin faite par monsieur Lansquier, sur la nouvelle qu’on avait d’intenter procès et accusation contre notre église pour le même fait que dessus. Le juge de Puylaurens en ayant informé, il y a eu le dit jour prière à deux heures, faite par monsieur Quinquiry ministre ; notre église se voyant dans l’épreuve, a demandé par prières et humiliations sa grâce, et, avec beaucoup de fidèles de Puylaurens, a continué ses prières le samedi 17 du dit, par monsieur Quinquiry, à deux actions de grâce soir et matin. »

[9] Il s’agit de Pierre Du Cassé de Pradals, Jean-Claude Du Cassé de Larbont et François Du Cassé de Malecasals, qui habitaient au château de Larbont, non loin du Mas d’Azil : voir Lettre 13, n.62. On trouve un Bertrand Miramont, de Mazères, jugé en août 1688, dans la liste des forçats et galériens publiée par G. Tournier, Les Galères de France et les galériens protestants des et siècles (Musée du Désert 1944), ii.198.

[10] Matthieu 26, 29.

[11] Matthieu 26, 31.

[12] Jean Bayle était mort au Carla le 31 mars 1685. On ignore où Jacob est parti à cette époque. Le dimanche de Pâques était le 22 avril.

[13] « Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem, l’Esprit de grâce et de supplications ; et ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont percé, et ils en mèneront deuil, comme quand on mène deuil d’un fils unique ; et ils en seront en amertume, comme quand on est en amertume à cause d’un premier-né. » (Zacharie 12, 10 dans la traduction de David Martin). La référence à Jérémie est un lapsus de Jacob Bayle.

[14] « O que bienheureux est l’homme dont la force est en toi, et ceux au cœur desquels sont les chemins battus ! Passant par la vallée de Baca, ils la réduisent en fontaine ; la pluie aussi comble les marais. » (Psaume 84, 5-6, dans la traduction de David Martin). La vallée de Baca est considérée comme une vallée déserte, et parfois désignée comme une « vallée de pleurs ». Elle est ici une métaphore de l’épreuve envoyée par Dieu à son peuple.

[15] Hébreux 11, 28.

[16] Les sept Eglises d’Asie Mineure sont celles auxquelles l’auteur de l’Apocalypse (ch. 2-3) est chargé d’adresser une lettre.

[17] Voir Ezéchiel 11, 23.

[18] Icard : un lieu-dit à cinq kilomètres au nord du Carla. Sur le cousin Jean Bruguière de Naudis, voir Lettre 10, n.41.

[19] Il s’agit sans doute d’un parent de Samuel Olivier, pasteur de Sabarat : voir Lettre 6, n.1.

[20] Nous ne saurions identifier plus précisément le sieur de Sedailhas habitant aux Poissez. Castanès est un lieu-dit à l’est du Carla : Jacob s’éloigne de son village en gagnant les Fustiés, hameau qu’il dessert en tant que pasteur.

[21] Il s’agit sans doute d’un prévôt de la connétablie de Montauban, nommé Saint-Sauveur  : nous n’avons su l’identifier plus précisément.

[22] Marie Brassard est enceinte d’une fille qui naîtra le 20 juillet. Elle s’appellera Paule, sera baptisée à Mazères le lendemain de sa naissance et mourra quelques semaines avant son oncle, en septembre 1706 (sur son frère aîné, voir n.49). Plus loin, Jacob fera de nouveau allusion à la condition de sa femme.

[23] En 1685, il n’existait pas de gouverneur à Pamiers. Le gouverneur de la province, le pays de Foix, siégeait à Foix : en 1685, c’était Gaston de Lévis-Léran (les Lévis-Léran deviendront par la suite Lévis-Mirepoix). Il y eut aussi des « gouverneurs particuliers » des places fortes (par exemple, à Foix, il y eut un gouverneur du château de Foix), mais Pamiers n’était plus place forte depuis 1629. Lévis-Mirepoix se trouvait-il alors dans une résidence appaméenne ? C’est peu probable : il siégeait soit à Foix, soit chez lui, au château de Lagarde, près de Mirepoix. Peut-être faut-il ponctuer « à Pamiers, chez Mr le gouverneur, et à Toulouse » (dans la phrase suivante on comprend que « à Toulouse » signifie auprès du parlement) ; « à Pamiers » pourrait signifier auprès de la sénéchaussée présidiale de Pamiers ; et le gouverneur du pays de Foix représenterait une troisième instance.

[24] « M. de Rieux » est l’évêque de Rieux, Antoine-François de Bertier : voir Lettre 77, n.11.

[25] De décembre 1684 à janvier 1691, l’intendant de la généralité de Montauban est Urbain Le Goux de La Berchère. Il a succédé à ce poste à Nicolas Du Bois de Baillet, qui l’avait quitté dès février 1684. Voir A.-M. de Boislile (éd.), Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants des provinces (Paris 1874), i.613 et 615. Le Goux de La Berchère devait jouer un rôle important dans les abjurations massives des notables et artisans de Montauban en août 1685, deux mois avant la Révocation : la prise de contrôle de la ville par le pouvoir catholique est analysée par C. Rome, Les Bourgeois protestants de Montauban au XVIIe siècle. Une élite urbaine face à une monarchie autoritaire (Paris 2002).

[26] Nous ne saurions identifier plus précisément Etienne Dumas ; sa famille habitait Le Carla ou les environs : voir Lettre 134, n.30.

[27] Il s’agit vraisemblablement du procureur général du parlement de Toulouse (dont nous ignorons le nom). Celui-ci s’était déjà illustré par ses efforts pour interdire l’exercice du culte réformé au temple vieux de Montauban en accusant les pasteurs ( Isaac Brassard, Thomas Satur, Pierre Isarn de Capdeville, Jean-Pierre Saint-Faust et François Repey) d’avoir accueilli des relaps au culte. Ces pasteurs avaient publié en 1683 un factum pour leur défense (non daté : BPF Ms 194/3) : voir R. Garrisson, Essai sur l’histoire du protestantisme dans la généralité de Montauban (Musée du Désert 1935), p.185-198.

[28] Jacob ne se fait pas d’illusion sur l’aboutissement de toutes ces mesures. Dans son pamphlet Ce que c’est que la France toute catholique sous Louis le Grand (S[aint-]Omer 1686, 12°), Bayle dénonce la multiplication des tracasseries avant la révocation de l’édit de Nantes : « […] rien n’a été plus-indigne d’une bonne et sage politique, que la manière dont vous avez travaillé à nôtre renversement. Je ne parle pas du tort que vous avez pû faire à l’Etat […] Je ne parle que de vos maniéres. […] Vit-on jamais plus de machines inutiles et mal-concertées que l’on en voit dans cette révolution. Combien d’arrêts qui ne signifient rien ; que de vetilles et que de minuties rêglées fort sérieusement, publiées, affichées et enregîtrées. Je n’ai pas conté tous les arréts qui ont été donnez contre nous depuis le mariage du Roi, je sai seulement qu’ils peuvent composer plusieurs volumes, mais je croi pouvoir dire avec verité, qu’il n’y en qu’un qui ne soit pas une piéce hors d’œuvre, et une fausse démarche. C’est l’édit du mois d’octobre dernier qui a révoqué tous ceux de pacification. » (éd. E. Labrousse, Paris 1973, p.45).

[29] L’affaire du Mas d’Azil (voir n. 8) sera jugée au parlement de Toulouse le 24 juillet 1685.

[30] Sur Charles de Bourdin, voir Lettres 5, n.5, et 18, n.14. Une mention de l’arrestation d’ André de Bourdin se trouve dans une lettre (AN, série TT 252, II, p.15) publiée par R. Garrisson, Essai sur l’histoire du protestantisme dans la généralité de Montauban (Musée du Désert 1935), p.313-315. L’ évêque de Rieux écrit qu’il y a eu trois pasteurs au Mas-d’Azil : Bourdin père, décédé, Bourdin fils, arrêté, et La Rivière « que j’ai fait arrêter cette Pâque » [1685]. Mais il ne précise pas la date de l’arrestation de Bourdin.

[31] Cette contiguïté est déduite de Luc 4, 38.

[32] Il s’agit du pasteur Paul Falentin de La Rivière : voir Lettre 101, n.2. A Mazères, un capitaine de dragons ayant décidé d’assister au culte, les anciens craignent qu’il soit considéré comme un nouveau converti relaps et que sa présence serve de prétexte à l’interdiction de l’exercice. Pour éviter ce risque, les protestants ont eux-mêmes fermé leur temple depuis le début de l’année. C’est ce qui explique que le temple de Mazères soit, en juillet 1685, le seul encore debout à trente lieues autour de Montauban. Voir U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.23-25 ; P. Duffaut, Histoire de Mazères (Mazères 1998) ; C. Pailhès, « Catholiques et protestants en pays de Foix au temps des Bayle (vers 1630-1685) », in H. Bost et P. de Robert (éd.), Pierre Bayle, citoyen du monde. De l’enfant du Carla à l’auteur du Dictionnaire (Paris 1999), p.61.

[33] Sur Passet, qui faisait parvenir aux Bayle les arrêts du Conseil, voir Lettre 192, n.17. Un sieur Passet, marchand « nouveau converti » habitant Toulouse, fut arrêté et conduit à Genève : voir U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans la Haut-Languedoc, i.176.

[34] Sur M. Du Breuil, frère de M me de Rambouillet, emprisonné aux Hauts-Murats, voir Lettre 339, n.26. Anne Le Moutonnier, femme de Nicolas de Rambouillet, sieur du Plessis, conseiller et maître d’hôtel ordinaire du roi, qui se retire au Danemark à la Révocation, sera enfermée au couvent de Bellechasse le 5 février 1686, puis confiée (27 novembre) à la duchesse d’Aumont (Douen, iii.258s). Opiniâtre, elle sera ensuite chassée du royaume en 1688 (Haag).

[35] Nous n’avons pas pu identifier plus précisément M. Guignard, avocat d’Agen.

[36] Horace, Epîtres, I.i.61 : « n’avoir rien à se reprocher, n’avoir pas à pâlir d’une seule faute ».

[37] « pour plus de sûreté ».

[38] Il s’agit à nouveau de l’évêque de Rieux, Antoine-François de Bertier : voir ci-dessus n.24.

[39] Sur Henri Le Bret, voir Lettre 339 in fine et n.27.

[40] Lacger et Rapin étaient les avocats des prisonniers de Toulouse. On trouve un Lacger du Roc, originaire de Puylaurens, dans la liste des réfugiés originaires de Haut-Languedoc, Bas-Quercy et Pays de Foix : voir U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.355. Jacques de Rapin, né en 1613, avait été avocat à la chambre de l’édit à Castres jusqu’en 1679, puis s’était retiré à Toulouse. Il eut six enfants, dont l’un allait devenir l’historien Paul de Rapin-Thoyras. Très engagé dans la vie des Églises réformées, Jacques de Rapin devait mourir en août 1685, quelques semaines avant la Révocation : voir R. de Cazenove, Rapin Thoyras. Sa famille, sa vie et ses œuvres. Etude historique (Paris 1866), p.85-107.

[41] Au début de l’année, les NRL ont été interdites en France : voir Lettre 383, n. 4, 10, 11 et 12.

[42] Cette lettre du 12 mars de Pierre adressée à Jacob et à Jean Bayle est perdue.

[43] Tanneguy Le Fèvre, Méthode pour commencer les humanités grecques et latines (Saumur 1672, 12°).

[44] Pierre Jurieu, Examen de l’eucharistie de l’Eglise romaine. 2e édition. Augmentée d’un sermon sur I Cor. XI, 23 « Du Juge des controverses » (Rotterdam 1683, 12°).

[45] Sur La Fage, originaire du Carla, qui avait un temps accompagné son maître Lauzun, en prison, voir Lettres 68, n.13, et 203, n.7. Un Abraham Lafage est mentionné dans les actes du synode des Églises wallonnes de Bois-le-Duc (17 septembre 1697) parmi les pasteurs qui doivent être examinés au synode suivant ( BCHEW II (1887), p.59).

[46] Jean Bruguière de Naudis eut deux fils, Charles et Claude Jean-François (AD Ariège, 34 J 42) ; voir aussi Lettre 163, n.27.

[47] Jacob espère trouver dans « l’autre paquet » la Critique générale de l’Histoire du calvinisme, dont la 3 e édition date de mai 1684, et les Nouvelles Lettres de l’auteur de la Critique générale, en deux volumes, parues en mars 1685.

[48] Il a déjà été question du Lux in tenebris, hoc est prophetiae donum quo Deus ecclesiam evangelicam (in regno Bohemiae et incorporatis provinciis)… ornare, ac paterne solari dignatus est, submissis de statu ecclesiae in terris praesenti et mox futuro, per Christophorum Cotterum Silesium, Christinam Poniatoviam Bohemam et Nicolaum Drabicium Moravum, revelationibus vere divinis ab anno 1616 usque ad annum 1656 continuatis (s. l. [Amsterdam] 1657, 4°) : voir Lettre 269, n.18. Il s’agit ici de la 2 e édition de cet ouvrage, publié à Leyde en 1665 sous le titre de Lux e tenebris et signé par Comenius : elle était précédée de lettres ouvertes adressées à l’empereur Léopold, au pape Alexandre VII, aux princes en général, et à Louis XIV en particulier. Le pasteur Redinger avait offert un exemplaire de l’ouvrage à l’archevêque de Paris, et un autre à Louis XIV par l’intermédiaire du comte de Comminges. Le roi avait demandé à la Sorbonne d’examiner l’ouvrage, mais son jugement n’a pas été conservé. Voir A. Heyberger, Jan Amos Comenius. Sa vie et son œuvre d’éducateur (Paris 1928), p.101-102 et 255-256. Plus tard, Bayle expliquera que Comenius, qui résidait aux Provinces-Unies en 1657, cherchait la protection de Louis XIV, auquel il envoya le recueil des visions de Kotterus, de Christine Poniatovia et de Drabicius, publié à Amsterdam ( DHC, « Comenius », rem. E, et « Kotterus », rem.F, et « Drabicius »). On ignore dans quelles circonstances Martel et Justel se sont rencontrés. M. Grandet, André Martel (1618-1698), p.43, cite ce passage de la lettre de Jacob mais ne fournit aucun commentaire à ce propos.

[49] On se souvient que Jacob Bayle et Marie Brassard ont déjà un fils né et baptisé vers la fin de l’année 1683 (voir Lettre 244, n.3). En effet, dans sa lettre du 9 janvier 1684, adressée à Jacob (Lettre 244), Pierre fait état de la réception de trois lettres de celui-ci datées du 22 septembre, du 1 er octobre et du 15 décembre 1683. Il semble, d’après l’ordre et la teneur de la lettre de Pierre, qu’il ait appris la nouvelle de la naissance du fils de Jacob par la lettre du 22 septembre : le fils serait sans doute né en septembre 1683. Il mourra le 15 octobre 1685 et sera inhumé le lendemain : voir le registre paroissial du Carla, AM Le Carla, et C. Pailhès, « Coexistence religieuse au siècle au sein des familles du Pays de Foix », art. cit., p.328. Nous donnons ici des précisions supplémentaires aux informations fournies par la Lettre 244, n.3.

[50] C’est apparemment pour tenir son frère informé des nouvelles tracasseries imposées aux huguenots que Jacob avait l’intention de lui envoyer des recueils de la Gazette.

[51] On ne saurait identifier avec certitude ce que Jacob entend par son « catalogue ». Puisqu’il est en train de faire le bilan de la famille après la mort de Jean Bayle, il se peut qu’il désigne par là une chronologie de sa vie, un document de la nature du Calendarium carlananum que Bayle a constitué (voir notre volume i.xxviii-xl).

[52] La lettre du 9 avril adressée par Pierre à Jacob Bayle est perdue.

[53] Syllabus Librorum et Epistolarum doctorum aliquot ac piorum virorum, ex quibus videri potest, quam non sit difficilis controversiarum in religione conciliatio, si controvertendi studium vitetur (Amsterdami 1642, 8°).

[54] Jean-Armand Du Bourdieu (1648-1720), pasteur de Montpellier comme son père Isaac, semble avoir donné l’impression qu’il aurait envisagé d’abjurer. Les convertisseurs catholiques se flattaient d’y parvenir : voir « Lettres inédites de plusieurs prélats relatives aux conversions de calvinistes sous le règne de Louis XIV », BSHPF, 1 (1852), p.114-115. Cependant, Du Bourdieu devait rester inébranlable et s’exiler en Angleterre à la Révocation. Le bourg de Lunel appartient au colloque de Montpellier.

[55] Isaac Du Bourdieu ne semble pas avoir publié l’ouvrage que Jacob lui attribue. Il pense très probablement à La Pratique des vertus chrétiennes, ou le devoir de l’homme, avec des dévotions particulières et des prières pour toute sorte d’occasions, de Richard Allestree : voir Lettre 161, n.19. Une traduction française en avait été publiée à Rouen en 1651, 8°, puis à Saumur en 1680, 8°. Une édition revue et corrigée de ce livre (Londres 1719, 8°) est attribuée à Jean-Armand Du Bourdieu , le fils d’ Isaac : FP 2 , v.566.

[56] Guillaume Belveze, pasteur de Meauzac (voir n.1 et 57), suivra le conseil de son beau-frère puisqu’il se réfugiera à Londres. Il mourra à Bristol en 1713.

[57] La petite église de Meauzac est la dernière qui subsiste dans le colloque du Bas-Quercy ; à Montauban, qui en était le centre, l’exercice a été définitivement supprimé depuis juin 1683. Au moment où Jacob écrit, l’exercice vient d’être supprimé à Meauzac : U. de Robert-Labarthe, Histoire du protestantisme dans le Haut-Languedoc, p.40. Dans ce cas, le prétexte de la condamnation n’est pas l’accueil des relaps (l’argument le plus souvent invoqué, voir U. de Robert-Labarthe, p.18-19), mais le fait que l’ecclésiastique qui vient contrôler le contenu de la prédication n’a pu trouver place sur le banc censé lui être réservé.

[58] Ces factums n’ont pas été conservés aux Archives départementales de l’Ariège.

[59] Sur M. Passet, voir ci-dessus, n.33. La lettre de Pierre du 14 mai est également perdue.

[60] Depuis le 23 mars, quarante-sept compagnies d’infanterie commandées par le duc Louis-François de Boufflers (1644-1771), officiellement mobilisées pour faire face à la menace espagnole, sont aux portes du Béarn. A partir de la fin du mois d’avril, l’intendant Foucault utilise ces troupes pour obtenir la conversion des « religionnaires » au catholicisme. Ces dragonnades sont d’une redoutable efficacité : fin juillet, il n’y aura plus de protestants en Béarn. Michel Bruguière de Cabanac, qui s’est converti au catholicisme en 1678 à l’occasion de son mariage avec Marthe de Commenge, originaire de Saint-Ybars, est un cousin de Jacob et Pierre du côté maternel : voir C. Pailhès, « Coexistence religieuse au siècle au sein des familles du Pays de Foix », p.329.

[61] Sur La Fage, voir ci-dessus n.45.

[62] Nous comprenons que le sieur Dutilh est parti en escroquant le sieur Carla fils de 400 francs, qu’il prétendait lui avoir envoyés. Le jeune « Carla » – le fils de Ribaute – serait venu au Carla mais n’a pas pu obtenir qu’on lui rende la somme due. Dutilh est un nom courant dans la région. De 1663 à 1695 au moins, un Michel Dutilh exerce comme notaire au Carla, mais on ignore s’il s’agit ici de lui.

[63] Sur Salomon d’Usson, son frère François d’Usson de Bonrepos, et leur cousin M. de Saint-Martin d’Usson, militaire, voir Lettre 246, n.18.

[64] Salomon d’Usson, trop occupé à recevoir ses invités, Bonrepos et Saint-Martin d’Usson, n’avait pas pensé à réclamer les 62 livres tournois qui lui étaient encore dues sur les 200 qu’il avait avancées à Joseph Bayle lors de l’arrivée de celui-ci à Paris pour prendre son poste de précepteur : voir Lettres 221, n.9, et 363, p. et n.8.

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