Lettre 444 : Pierre Rainssant à Pierre Bayle

A Versailles le 20 juillet [1685]
 [1] Je croiois, Monsieur, que l’affaire dont vous m’ecrivés, estant d’une province du departement de M. de Chasteauneuf [2], j’en aurois nouvelle en son bureau, et j’y courrus des que j’eus receu votre lettre [3]. Mais personne ne me put dire là ce que c’estoit, ni par quel ordre Monsieur votre frere estoit arresté. Depuis ce temps là j’ay sceu d’ailleurs que cette affaire estoit de ches Mgr de Louvois [4], et j’attens M. Du Fresnois son premier commis [5], qui n’est pas presentement à Versailles. Nous verrons à son retour quelles mesures on pourra prendre. Cependant, Monsieur, il est assés à propos, il me semble, que vous m’envoyés un modele de placet avec les noms, et les qualités de l’accusé, et ce qu’il vous plaira d’y mettre. Je le donnerai moi mesme au seigneur et l’appuirai de mon mieux. M. Pelisson à qui j’en ay parlé, et qui est du Conseil où ces matieres là se traittent [6] m’a desja promis sa protection sur cela aussi bien que sur le debit de / 
vos Nouvelles, dont il est charmé, et pour lesquelles il s’interesse avec ardeur. Cette derniere affaire depend de Mgr le chancellier [7] uniquement. Son medecin [8] agira au pres de lui pour cela, et s’il y a la moindre ouverture j’irai moi mesme lui en parler. Et je me ferai un tres grand honneur de travailler à la publication d’un aussi bon livre que le votre, qui est d’autant plus souhaité presentement que l’esprit de partialité n’y regne plus comme dans les premieres Nouvelles où l’on a pris des raisons contre vous pour en empescher le debit en France. J’ay donné parole • que vous demeureriés dans cet equilibre jusqu’à la fin, et je crois, Monsieur que vous ne me desavouerés pas.
Vous devés avoir receu un paquet et une medaille [9] que je vous adressai la semaine passée. Pour moi je n’ay point receu vos anecdotes [10][.] Je suis Monsieur tres veritablement à vous.

Notes :

[1] L’année découle de l’objet de la lettre : l’emprisonnement de Jacob Bayle.

[2] Balthasar Phelypeaux, marquis de Châteauneuf, était secrétaire d’Etat chargé des affaires de la RPR : voir Lettre 439 n.3.

[3] La lettre envoyée par Bayle à Rainssant sur l’arrestation de son frère Jacob ne nous est pas parvenue ; Rainssant y avait répondu une première fois le 12 juillet (Lettre 439).

[4] Il n’est pas établi que Louvois ait ordonné l’arrestation de Jacob Bayle. En revanche, on sait que, le 27 juin, il a ordonné le transfert du pasteur à Bordeaux. Voir Archives de la Guerre, 745 ; BSHPF, 34 (1885), p.283.

[5] Hélie Du Fresnoy (1614-1698) occupait la charge de premier commis au secrétariat de la Guerre sous les ordres de Louvois. Il était déjà en poste sous les ministères de Sublet de Noyers et de Le Tellier, et le restera sous Barbezieux.

[6] Le conseil des affaires générales des protestants, placé sous l’autorité du marquis de Châteauneuf.

[7] En sa qualité de chancelier de France – poste qu’il occupait depuis 1677 –, Michel Le Tellier (1603-1685), père de Louvois, autorisait ou interdisait les publications dans le royaume.

[8] Nous n’avons su identifier avec certitude le médecin du chancelier Michel Le Tellier : il s’agit peut-être de Denis Dodart, proche de Port-Royal (voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.).

[9] Il s’agit de la Lettre 439 ; sur la médaille, voir Lettres 422, n.3, et 439, n.10.

[10] Par « anecdotes », Rainssant désigne sans doute les NRL.

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