Lettre 464 : Pierre Rainssant à Pierre Bayle

A Versailles le 7 me [septem]bre [1685]
 [1] Je crois Monsieur que vous sçavés que Monsieur de Ruvigni a presenté un placet pour Monsieur votre frere [2]. Il me fit l’honneur de m’en venir parler auparavant, mais je n’ay pu le rejoindre depuis ce temps là ni avoir aucunes nouvelles du placet à cause du depart de la Cour. Je ne doute pas que M. de Ruvigni ne fasse ses diligences* pour en avoir de son costé, et qu’il ne vous en informe aussitôt. Cependant j’ecrirai au premier jour pour ce sujet • et je vous ferai sçavoir ce que j’en aurai appris. Je voudrois bien Monsieur avoir asses de crédit pour vous servir promptement et utilement dans cette affaire. Je n’ay point receu votre remerciment à Monsieur l’ advocat general [3] ni les Nouvelles du mois de juillet, il faut que le pacquet ait esté arresté en chemin, les Nouvelles du mois d’aoust ont esté plus heureuses[,] je les ay receues avec les Memoires de feu Monsieur [4] dont je vous remercie. Mais afin que rien ne s’egare à l’avenir vous aurés / s’il vous plait la bonté Monsieur d’adresser vos pacquets à Monsieur Roullier le fils directeur general des postes à Paris [5]. Il y aura plus de seureté par cette voie et je vous prie de commancer par les Dialogues dont vous avés parlé dans vos Nouvelles du mois d’avril article 15[ ;] j’apprens qu’ils sont sortis de la mesme main que les Sentimens des theologiens de Hollande, et c’est ce qui me donne envie de les voir [6]. Je voudrois avoir aussi le Perizonius dont vous avés fait mention [7]. Je suis Monsieur entierement à vous.

  Rainssant

Notes :

[1] L’année est déterminée par les allusions à l’emprisonnement de Jacob Bayle.

[2] Sur les efforts de Bayle pour faire libérer son frère Jacob emprisonné au Château Trompette de Bordeaux, voir Lettres 439, 444. Il avait rédigé un placet destiné à être présenté au roi par Henri de Massue le fils, marquis de Ruvigny, et l’avait envoyé au député général des Eglises réformées par l’intermédiaire de François Janiçon : voir Lettres 449, p.453, et n.2, 455, p..

[3] L’avocat général, Denis Talon, avait envoyé une médaille à Bayle pour le remercier de l’éloge qu’il avait fait dans les NRL de Guillaume de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris : voir Lettre 422, n.3. Si Bayle a bien adressé une lettre de remerciement à l’ avocat général, ce qui semble probable, celle-ci ne nous est pas parvenue.

[4] Les Mémoires de Gaston d’Orléans (1608-1660) venaient de faire l’objet de deux publications par Adriaan Moetjens à La Haye et par Pierre Mortier à Amsterdam : Mémoires de feu Mr le duc d’Orléans, contenant ce qui s’est passé en France de plus considérable depuis l’an 1608 jusqu’en l’année 1636 (La Haye 1685, 12°), et Mémoires de feu Mr le duc d’Orléans, contenant ce qui s’est passé en France de plus considérable, avec un journal de sa vie (Amsterdam 1685, 12°). Voir aussi l’édition critique établie par E. de Bussac et P. Dumaih (Clermont-Ferrand 2004).

[5] M. Rouillé, fils de Louis Rouillé, secrétaire du roi, qui mourut en 1694 : Louvois avait confié à cette famille la direction générale des Postes du royaume.

[6] C’est dans les NRL d’avril 1685, cat. xiv, que Bayle avait donné un bref compte rendu des Entretiens sur diverses matières de théologie composés par Charles Le Cène et par Jean Le Clerc (voir Lettre 411, n.1), et ce dernier était, en effet, l’auteur des Sentimens de quelques théologiens de Hollande dirigés contre Richard Simon : voir Lettres 406, n.6, 411 et 416, n.4.

[7] Jacob Voorbroek, dit Perizonius ou Accinctus, Animadversiones historicae, in quibus quamplurima in priscis Romanorum rerum, sed utriusque linguae auctoribus notantur, multa etiam illustrantur atque emendantur, varia denique antiquorum rituum eruuntur & uberius explicantur (Amsterdam 1685, 8°), dont Bayle traduit le titre en l’abrégeant : Observations historiques sur les auteurs grecs et latins : NRL juin 1685, art. I. Perizonius (1651-1715) était fils d’Anton, professeur d’hébreu à Deventer. Soutenu par Heinsius et Graevius, il fut nommé professeur d’histoire et de rhétorique à Franeker en 1681, et succéda en 1693 à Ryckius dans la chaire de grec, histoire et rhétorique à Leyde. Voir DEDP, art. « Perizonius », par R. de Smet.

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