Lettre 484 : Paul Falentin de La Rivière à Pierre Bayle

De Londres le 22 de novembre 1685

Me permetés vous Monsieur de vous prier de me donner de vos nouvelles [1] et de me mander* l’etat present de nos affaires dans le päys où vous estes[?] Je vous connois sy honnete homme que je suis seur que vous ne me refuserés pas ce plaisir. Les choses sont devenües si tristes et si malheureuses qu’on ne scait plus sous quel ciel on doit vivre, des personnes que j’honnore infiniment et qui s’interessent beaucoup à tout ce qui me regarde m’ont conseillé plus d’une fois de me retirer en Angleterre, mais à vous parler franchement je desespere d’attraper de ma vie la prononciation / de la langue du pays sans quoy il est impossible d’occuper aucun poste[.] Je ne manque point de faveur, je suis recommandé aux plus gros millors de l’Etat et de l’Eglise, mais l’ignorance de la langue sera toujours un obstacle à leurs bonnes intentions et à mon etablissement sans conter qu’il est fort desagreable que je passe ma vie à apprendre des mots, si bien Monsieur que je vous demande en grace et par toutes vos bontés pour moy de me dire si vous croyés que je pûsse m’etablir quelque part dans vos provinces [2], je comprens assés que le grand nombre de ministres qui sont parmy vous rend • tres difficille ce que je vous propose [3] / mais il est si naturel dans l’etat où les saintes rig[u]eurs de la charité de France nous ont mis de chercher à faire quelque chose qu’on ne scauroit blâmer mon dessein ny mes efforts, repondés moy donc mon cher Monsieur je vous en prie, souvenés vous de cette ancien[n]e amitié que vous avés eüe pour moy et de la veneration que j’ay pour votre merite.

  Larriviere

voicy mon adresse

for Mons r de La Riviere ministre in the Corner House of James Street Covent Garden att Mr. Villa at London

 

Hollande Monsieur/ Monsieur Béle professeur/ en philosophie/ A Roterdam •

Notes :

[1] Sur Paul Falentin de La Rivière, l’ancien chapelain de Schomberg, pasteur du Mas d’Azil et des protestants isolés de la région de Toulouse, voir Lettre 77, n.19.

[2] Falentin de La Rivière venait de se réfugier à Londres, et cherchait encore un poste. Par la suite, il devint ministre de l’Eglise londonienne de la Savoie, où les offices se tenaient en français.

[3] Sur les difficultés réelles des pasteurs huguenots réfugiés aux Pays-Bas, malgré les efforts des Eglises wallonnes pour les accueillir, voir D.F. Poujol, Histoire et influence des Eglises wallonnes dans les Pays-Bas (Paris 1902), et H. Bots et G.H.M. Posthumus Meyjes (dir.), La Révocation de l’édit de Nantes et les Provinces Unies (Amsterdam, Maarssen 1986).

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