[Rotterdam, le 27 janvier 1686]

Au très célèbre et très éminent Gijsbert Kuiper

Je vous écris cette lettre non seulement pour vous souhaiter un Nouvel An très heureux et beaucoup d’autres encore pour le bien de la République des Pays-Bas ainsi que de celle des Lettres, mais aussi pour vous informer du nom d’un homme très érudit et très noble que les édits du roi de France ont obligé à se transporter ici. Il s’appelle Monsieur de Flottemanville  [1] et a récemment été ministre de la parole de Dieu auprès des Bayeusains [2] en Basse-Normandie. Il est certainement de taille non seulement à faire de la chaire sacrée le rempart du peuple mais à professer la théologie dans une Académie. Par contre, puisque vos Deventriens avaient besoin d’un professeur de théologie et qu’ils en préféreraient un qui fût capable de remplir en même temps l’office de pasteur français, j’ai cru, homme très distingué, qu’il m’appartenait de vous désigner cet homme comme hautement capable d’orner cette double charge. C’est un prédicateur éloquent, un philosophe exceptionnel, un théologien des plus savants. Assurez-vous de la vérité de ce témoignage et je ne doute pas que vous ne trouviez tous ceux que vous aurez consultés d’accord avec moi sur son mérite. Il brille d’ailleurs au plus haut point par l’honnêteté et l’agrément de ses moeurs. Si maintenant je vous le recommandais plus longuement, je serais un interprète injuste de votre caractère, car il n’est pas nécessaire de solliciter votre faveur à l’égard de ceux qui en sont dignes. Il suffit d’attirer votre attention sur ce qui pourra être avantageux pour le pays et pour cet homme très digne et très noble. Adieu, homme très distingué, et continuez à me favoriser de votre protection.

A Rotterdam, le 27 janvier 1686.

Notes :

[1] Benjamin Basnage avait eu deux fils, Antoine Basnage de Flottemanville et Henri Basnage de Franquenay, qui fondèrent les deux branches de la famille. Les amis de Bayle, Jacques Basnage et Henri Basnage de Beauval, étaient les fils d’ Henri Basnage de Franquenay. Il s’agit dans la présente lettre, non pas de Jacques Basnage, déjà retenu, à cette date, parmi les candidats aux postes de pasteur extraordinaire auprès de l’Eglise wallonne de Rotterdam et nommé officiellement sur ce poste le 3 février 1686, mais ou bien d’ Antoine Basnage de Flottemanville (1610-1691), ancien pasteur de Bayeux, qui devait être nommé en 1691 à Zutphen, où il mourut peu après, ou bien, plus probablement, de son fils cadet, Samuel Basnage de Flottemanville (1638-1721), qui avait partagé avec son père le pastorat de Bayeux et qui, n’ayant pas eu le pastorat de Deventer pour lequel Bayle le recommande ici, succéda en 1691 à son père comme pasteur de Zutphen. « C’est un des plus habiles ministres qui soient sortis de France », dira Bayle de lui ( DHC, art. « Basnage (Benjamin) », rem. B) ; Samuel Basnage de Flottemanville publia, en effet, trois ouvrages d’histoire ecclésiastique et de morale : voir Cerny, Theology, politics and letters, p.16-17.

[2] Les Bayeusains ou Bajocasses sont ici désignés par erreur comme Bajocenses.

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