Lettre 516 : Père Ange de La Brosse à Pierre Bayle

D’Amsterdam 15 e fev[ri]er 1686

Souffrez, Monsieur, que j’use de la liberté, que vous avez accordée à vos amys, de vous dire mes sentimens touchant ce mot que vous avez avancé contre Mr l’ eveque de Castorie dans vos Nouvelles du mois de janvier touchant les plaintes de Mrs les parans de feu Mons r Jansenius contre le P[ere] Hazard (poussez peûtêtre (ditez vous) par Mr l’ eveque de Castori[e] [1]). Pour moy je me persuade que dans cette rapidité d’ecrire, qui ne vous est pas moins naturelle, que les beaux tours, ce mot n’aura eté qu’un ( lapsus calami) ce qui me fait esperer que vous voudrez bien le reparer de la maniere la plus douce qu’il vous sera possible, d’autant plus que je me rens garand que ce prelat n’a aucune part à ce fait ; • et que vous pouvez hardiment informer le public du contraire : je ne vous dis pas que nôtre prelat vous en aura l’obligation, puisque c’est de mon chef que je vous demande cette grace mais si vous avez la bonté de me faire un mot de reponse là dessus, et me communiquer ce beau / tour d’équité, que j’attens de vous, j’en fairay ma cour à Sa Grandeur [2], et jugez par cet aveu, si je vous en seray redevable : je suis Monsieur votre tres humble et tres obeiss[ant] ser[viteu]r

  De Labrosse

A Monsieur/ Mons r Baile professeur/ A Roterdam. •

Notes :

[1] Voir le compte rendu par Bayle, NRL, janvier 1686, art. VIII, du Factum pour les petits-fils et héritiers de feu Jean Otto Acquoi, et petits-neveux de feu Illustrissime et Révérendissime Messire Cornelius Jansenius, évêque d’Ipre, demandeurs. Contre le Père Cornelius Hazart, prêtre, jesuite à Anvers, et M. Antoine Hoefslaegh, prêtre et censeur de livres à Anvers, défendeurs (s.l.n.d., 4°) : la plainte portait sur une calomnie grossière contenue dans l’ouvrage Le Triomphe des papes de Rome (Anvers 1681, folio, 3 vol.), où le Père Hazart « révélait » que Jean Otto d’Acquoi, le père de Jansénius, avait été protestant et que Jansénius, lui-même, lors de la conférence de Bourgfontaine, avait comploté avec l’abbé de Saint-Cyran afin de débarrasser la foi des mystères inutiles... Le polémiste jésuite reprenait les accusations sans fondement lancés par Jean Filleau de La Boucheterie dans sa Relation juridique de ce qui s’est passé à Poictiers touchant la nouvelle doctrine des jansénistes (Poitiers 1654, 8°). Bayle avait ajouté que les petits-neveux de Jansénius et les arrière-petits-fils de Jean Otto d’Acquoi avaient « peut-être » été « poussés » à porter cette plainte par l’évêque de Castorie, Jean-Baptiste van Neercassel, qui était un ami de Port-Royal. Sur celui-ci, voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

[2] Ange de La Brosse était carme déchaussé et il desservait la paroisse catholique d’Amsterdam : c’est donc certainement auprès de Jean-Baptiste van Neercassel, évêque de Castorie, qu’il comptait faire valoir l’effet de ses remontrances contre les insinuations du journaliste huguenot des NRL.

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