[Rotterdam, le 24 fevrier 1686]

Au très érudit et très aimable Théodore Jansson van Almeloveen Pierre Bayle fait ses compliments

La lettre que vous m’avez adressée il y a six ou sept jours m’a été livrée peu de temps après [1], avec les dix premières feuilles de la lucubration de Decker de la seconde édition de laquelle le monde lettrée vous sera redevable [2]. Malheureusement il m’est arrivé d’apprendre par votre dernière lettre que celle de Blarus [3] envoyée recommandée n’était pas venue entre vos mains, car vous y auriez vu certaines corrections se rapportant à ces pages qui ont déjà été envoyées à la presse. Vous verrez d’ailleurs, aimable Monsieur, quelle était mon intention. Elle reste toujours celle de vous écrire une lettre où seront annotées les choses qui sont traduites par Decker autrement qu’il ne le faut et celles qui doivent les remplacer. Cette lettre sera très courte et des plus pleines de courtoisie et de respect, de façon à donner espoir qu’il ne sera pas mécontent de ce que j’aurai fait. Cette lettre, si elle en vaut la peine, pourra être renvoyée à la fin du livre en guise d’appendice, si vous n’êtes pas d’un autre avis, docte Monsieur, mais pour que cela soit possible il sera nécessaire, après que toutes les feuilles auront été imprimées, qu’elles me soient envoyées au plus vite, et pendant que les imprimeurs travailleront à établir la table des noms, que je compose ma lettre et que je vous l’envoie de sorte qu’elle soit imprimée à temps. Vivez longtemps et aimez-moi, vous qui m’êtes cher et que je recommande vivement aux muses et aux lettres.

Cela me plaît beaucoup que, ayant lu le livre de Placcius [4] que jusqu’ici je n’avais pas vu, vous désiriez préparer certaines choses pour les insérer dans vos mélanges. S’il y a quelque chose que je puisse contribuer, je le fournirai volontiers. En attendant, j’ajoute ceci, que je ne peux pas m’occuper de ma lettre avant d’avoir vu si les corrections de la première addition ont été faites par l’auteur même dans la deuxième. C’est pour cette raison qu’il veut que toutes les feuilles soient échangées avec moi mais aucun retard n’est à craindre de la part de l’imprimeur. Un ou deux jours me suffiront.

Notes :

[1] Des premières années de ses échanges avec Bayle (1684-1691), aucune des lettres d’ Almeloveen ne nous est parvenue.

[2] Sur le livre de Deckherr, voir Lettre 514, n.2.

[3] Nous n’avons su découvrir qui peut être désigné par ce nom de Blarus.

[4] Vincent Placcius (pseudonyme Nomicus Pacemetus Analyticophilus, Nicetas Spilius) (1642-1699), De scriptis et scriptoribus anonymis atque pseudonymis syntagma Vincentii Placii. In quo ad sesquimille omnis generis argumenti linguarumque scripta, partim nullis, partim falsis nominibus praefixis antehac edita, genuinis suis atque veris auctoribus restituuntur (Hamburgi 1674, 4°), dont certains exemplaires comportent à la fin le texte du Danois Johan Rode, Auctorum suppositorum catalogus et, de Petrus L. Scavenius, Catalogus auctorum qui suppresso vel ficto nomine prodierunt, textes édités par Vincent Placcius. Bayle s’était référé à cet ouvrage de Placcius dans les NRL de juin 1684, art. III : voir aussi Lettre 350, n.8.

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