Lettre 567 : Daniel de Larroque à Pierre Bayle

[Oxford, mai 1686]
 [1]

Si je n’avois pas esté depuis un mois à Oxford [2] mon cher Monsieur, je n’aurois pas esté si longtems sans vous écrire, parce que je trouvois tous les jours à Londres des occasions de vous faire tenir mes lettres sans vous en faire coûter du port, ce qui ne peut arriver que rarement icy. Je suis à présent dans le païs de la science, on n’y voit que docteurs et livres. Je loge avec le Docteur Bernard, qui a desjà plus de cent feuilles de son Josephe imprimées [3] ; il m’a promis de me les donner à lire ; il y a une infinité de remarques, qui grossissent assez l’ouvrage pour en faire deux volumes considerables, je ne say s’il restera après cela à Mr Le Moine quelque chose à glaner [4], l’autheur ne l’espere pas, c’est un homme fort savant, il est de l’opinion de Mr Huet à l’égard du passage touchant J[ésus]-C[hrist [5].] Le docteur Dodvel qui a donné le S[aint] Cyprien, avec un volume de dissertations, se prepare à faire voir le jour à S[aint] Irenée avec la mesme escorte [6]. On reimprime icy en folio le N[ouveau] T[estament] grec augmenté d’une infinité de diverses lecons [7]. Le Docteur Smith qui est fort de mes amis, et connu par son livre De hodierno eccclesiæ græcæ statu, vient de publier 4 dissertations, dont une est contre le Pere Simon [8], comme je n’ay pu voir de vos journeaux depuis celuy de janvier, je ne say si vous avez parlé de cet ouvrage là. L’autheur m’a dit qu’on en avoit porté en Hollande. On travaille icy à un Athlas anglois, dont il y a desjà trois volumes [9], mais il y a bien des bévues. Le docteur Walker, principal du collège de l’Université, depuis qu’il s’est déclaré catholique, n’a aucune société avec ses confreres, qui ne le visitent plus [10][.] Tout est fort tranquile icy, et ceux qui vous representent l’Angleterre comme un païs de troubles futurs sont de mauvais astrologues. La Chronologie de l’ evêque de / S[ain]t-Asaph s’imprime, mais en anglois [11], j’en ay vû environ trente feuilles qui me paroissent ne promettre rien d’extraordinaire[ ;] peut estre que la fin justifiéra le jugement du docteur Cave [12].

Je me suis informé de Mr Carera à un gentilhomme de mes amis qui le connoît fort, c’est un athée de profession, intime de Beverland, et qui vit conformément à sa croyance [13].

C’estoit un phosphore que Mr Boyle vous avoit envoié par Aubert [14]. Je vous remercie du soin que vous prenez de me faire connoître au public[.] J’ay vû l’ouvrage de Mr de Brueys, à l’occasion duquel vous avez sans doute parlé de moy [15]. Pour les Liégeois je m’en moque, l’ouvrage pour le dire entre [nou]s a esté assez gouté icy, et Mr de S[ain]t-Evremont m’a fait d’abord l’honneur de dire qu’il ne croioit pas que cela fust de moy [16], les bons moines en ont esté contens à Paris, et ont mandé à Mr Alix de me tenir en haleine [17].

Je pouray envoier dans deux mois en Hollande à Mr Leers de quoy m’aquitter de la promesse que vous avez donnée au public pour moy, à l’égard des œuvres postumes de feu mon pére [18], je crains bien qu’on n’y trouve parmy un peu trop de mon cru [ sic], du reste il y a de bons morceaux. Les adorateurs de Mr Le Sueur [19] gemiront plus d’une fois, quoyque j’envelope assez la critique.

J’attens vôtre livre [20] que Mr de La Motte m’envoie avec un sermon imprimé qu’il a rendu depuis 15 jours à la Savoye avec un succez surprenant [21]. Si vous avez besoin icy de quelques extraits de livres que vous n’ayez point ou mesme de manuscrits, je satisferay votre curiosité, car je demeureray icy du moins jusqu’au mois de [septem]bre. Mandez moy si Mr Banage fait / imprimer quelque chose [22], je suis fort son tres humble serviteur et à Mad[ame] sa femme[.] Assurez je vous prie Mr Jurieu[,] Mesdemoiselles Du Moulin et Jurieu de mes tres-humbles respects. Je meurs d’impatience de voir le livre sur l’Apocalipse [23].

Adieu mon cher Monsieur je suis tout à vous. Je fais mille complimens à Mrs d’ Hucqueville[,] Morice et Ferrand, aussi bien qu’à tous vos confederez.

Je suis tres obéissant serviteur de Mr et de Mademoiselle Rou et de Mr de Marcilly, si vous écrivez à Mr Du Rondel offrez luy je vous prie mes services, aussi bien qu’à Mr Tugnac [24].

Mon adresse est « at Mistris Monfort at Oxford in England ».

 

A Monsieur/ Monsieur Bayle professeur en philo-/ sophie et en Histoire/ A Roterdam/ Hollande

Notes :

[1] Dans la présente lettre, Larroque renseigne Bayle sur la nature du cadeau – un morceau de phosphore – que lui avait envoyé Robert Boyle, annoncé dans la Lettre 481 (voir n.3) ; Bayle devait en remercier Boyle le 6 juin 1686 (Lettre 572), ce qui donne la date approximative de cette lettre.

[2] Sur le séjour de Daniel de Larroque en Angleterre, son voyage à Londres et puis à Oxford, voir Lettres 465, n.12, et 481.

[3] Voir Flavius Josèphe, Antiquitatum Judaicarum libri quatuor priores et pars magna quinti. Cum exemplaribus MSS. collati, et illustrati notis amplissimis E. Bernardi. Item historiarum de bello Judaico liber primus et pars secundi, ad codices MSS. recogniti et emendati (Oxoniæ 1687 et 1700, folio, 2 vol.). L’édition est incomplète et subit des retards.

[4] Sur ce projet d’édition de Flavius Josèphe par Etienne Le Moyne, voir Lettres 75, n.8, et 394, n.7.

[5] Voir Pierre-Daniel Huet, Demonstratio Evangelica, Propositions III, §§XI-XVIII. Il s’agit de prétendues affirmations dans les Antiquités juives de Josèphe impliquant la divinité de Jésus-Christ. Huet a tendance à expliquer l’absence de telle ou telle de ces affirmations de tel ou tel manuscrit comme étant le résultat d’effacements pratiqués par des éditeurs juifs. Mais l’explication des passages en question comme des interpolations d’éditeurs chrétiens est plus convaincante. Nous n’avons pu vérifier l’observation attribuée à Etienne Le Moyne confirmant l’opinion de Huet. Les travaux de Le Moyne sur Josèphe, quant à eux, semblent n’avoir jamais été publiés.

[6] Cette édition des œuvres de saint Cyprien avec, en appendice, les Dissertationes cyprianicæ de Henry Dodwell (1641-1711) avait paru quelques années auparavant (Oxonii 1682, folio) et les dissertations avaient fait l’objet d’une édition distincte (Oxonii 1684, 8°). Ses dissertations sur saint Irénée devaient paraître quelques années plus tard : Dissertationes in Irenæum. Accedit Fragmentum Philippi Sidetæ, hactenus ineditum, de catechistarum Alexandrinorum successione, cum notis (Oxoniæ 1689, 8°).

[7] Il s’agit des débuts de l’impression de l’édition massive du Nouveau Testament grec établie par John Mill (1645-1707), qui ne fut terminée qu’en 1707, neuf jours avant sa mort survenue le 21 juin :  : Novum Testamentum : cum lectionibus variantibus MSS exemplarium, versionum, editionum, SS patrum et scriptorum ecclesiasticorum ; et in easdem notis. Accedunt loca Scripturæ parallela, aliaque , et appendix ad variantes lectiones. Præmittitur dissertatio, in qua de libris N.T. et canonis constitutione agitur : historia S. textus N. Fideris ad nostra usque tempora deducitur : et quid in hac editione præstitum sit (Oxonii 1707, folio). John Mill fut fellow de Queen’s College à l’université d’Oxford de 1670 à 1684 et Principal de St Edmund Hall à la même université à partir de 1685. Le texte de cette édition, la plus renommée du siècle, est celui de Stephanus, imprimé en 1550, avec très peu de variantes. L’appareil critique recueille les informations recueillies par les prédécesseurs de Mill ( Courcelles, Walton et Fell) et développées par lui-même et par d’autres. Les Prolegomena sont divisés en trois parties, qui traitent 1) du canon du Nouveau Testament ; 2) de l’histoire du texte, des citations patristiques et des premières éditions ; 3) du plan de cette édition : voir T.H. Darlow et H.F. Moule, Historical catalogue of the printed editions of Holy Scripture in the library of the British and Foreign Bible Society (London 1911, 2 vol.), ii : Polygots and languages other than English.

[8] Justel avait fait allusion à cette querelle savante dans sa lettre du 4 décembre 1685 (Lettre 487, n.4). Le point de départ de la bataille entre le Docteur Thomas Smith, fellow de Magdalen College à Oxford, et Richard Simon fut l’ouvrage de ce dernier, Fides ecclesiæ orientalis, seu Gabrielis Severi, metropolitæ Philadephiensis, opuscula, nunc primum de græcis conversa (Parisiis 1671, 4°). Simon se sentit pris à partie par Thomas Smith dans son ouvrage renommé intitulé De Græcæ Ecclesiæ hodierno statu epistola (Oxonii 1676, 8°), qui a connu une traduction anglaise : An Account of the Greek Church, as to its doctrine and rites of worship [...] To which is added, an account of the state of the Greek Church under Cyrillis Lucaris, patriarch of Constantinople, with a relation of his sufferings and death (London 1682, 12°) ; Simon répondit dans son ouvrage Antiquitatis Ecclesiæ orientalis [...] (Londres 1682, 12°), édité par Henri Justel, et dans son Histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant, par S. Moni (Francfort 1684, 12°) ; Larroque nous apprend dans la présente lettre que Smith s’apprête à publier ses Miscellaneæ, in quibus continentur, Præmonitis [...] de Infantum communione apud Græcos. Defensio libri de Græcæ Ecclesiæ statu [...] Brevis [...] narratio de vita Cyrilli Lucarii [...] Commentatio de Hymnis matutino et vespertino Græcorum. Exercitatio theologica de causis remediisque [...] dissidiorum, quæ orbem Christianum hodiè affligunt (Londini 1686, 8°), réplique à laquelle Simon allait encore répondre dans son ouvrage : La Créance de l’Eglise orientale, sur la Transsubstantiation, avec une réponse aux nouvelles objections de M. Smith, où l’on fait voir que Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople, qu’il honore du titre de saint martyr, a été un imposteur (Paris 1687, 12°), ouvrage qui allait faire enfin l’objet d’une nouvelle réplique de Smith : Miscellanea in quibus continentur Responsio ad [...] D. Simonii in libro super fide Græcorum de dogmate. Transsubstantiationis cavillationes [ ...] Defensio superioris Dissertationis contra exceptiones D. Simonii in Critica historia Novi Testamenti [...] Commentarius in secundam S. Petri Apostoli Epistolam. (S. Augustinus de Civitate Dei, lib. xx. cap. 18) (Londini 1690, 8°), dont la critique de Simon devait être reprise par J.H. Majus dans son anthologie Selectiores dissertationes quatuor de Scriptura Sacra novo « Historiæ Criticæ Veteris Testamenti » autori R. Simoni oppositæ (Francofurti 1690, 8°).

[9] Voir Proposals for printing a new Atlas : Moses Pitt of London, bookseller, being encouraged by His Most Sacred Majesty, His Royal Highness the Duke of York, his Highness Prince Rupert, both the universities, the Royal Society, and divers others, to undertake the printing of an accurate description of the world (London 1678, folio, une seule feuille) et sa réalisation : The English Atlas (Oxford 1680-1682, folio).

[10] A une époque où l’hétérodoxie religieuse était soupçonnée de sédition, la foi du Docteur Obadiah Walker (1616-1699) inclinait au romanisme. Mais s’il fut interdit aux libraires d’Oxford de vendre son livre, The Benefits of our Saviour Jesus Christ to Mankind, on ne prit pas d’autres mesures contre lui. Après l’accession de Jacques II, il déclara sa foi catholique et profita de la faveur du roi, mais lors de la fuite de celui-ci à l’étranger, Walker quitta Oxford, sans doute pour prendre la fuite à son tour. Il fut cependant arrêté dans le Kent en décembre 1688 et emprisonné jusqu’en 1690. Sorti de prison, il subsista grâce à l’assistance charitable d’un ami jusqu’à sa mort.

[11] William Lloyd (1627-1717), évêque de Saint-Asaph depuis 1680, avait publié précédemment An Historical Account of Church Government, as it was in Great Britain and Ireland, when they first received the Christian religion. Second edition (London, 1684, 8°), mais il ne s’agit sans doute pas ici de cet ouvrage. Voir plutôt les 104 pages de tables chronologiques des années 4713-1051 av. J.-C. (Oxford après 1690 ?, folio) faisant partie d’un ouvrage de William Lloyd jamais publié mais connu sous le nom de Chronologia universalis ou System of chronology. La chronologie de Lloyd est utilisée dans la Bible galloise Y Bibl Cyssegr-lan, sef yr Hen Destament a’r Newydd (Oxford 1690, folio). Il faut noter également l’ouvrage publié sous le nom de son fils, William Lloyd (1674-1719), mais qu’on suppose avoir été écrit pour la plus grande partie par le père : Series chronologica, Olympiadum, Pythiadum, Isthmiadum, Nemeadum, quibus veteres Graeci tempora sua metiebantur ; cum nominibus, quot quot inveniri potuerunt, Olympionicarum, et alium victorum in ludis, quibus hosce singulos insigniverunt ; ad aeras, Urbis conditae, et Nabonassari, (annis regum ex Ptolemaei canone adjectis,) atque etiam ad aeram Christianam vulgarem, accommodata ; per Gulielmum Lloyd (Oxoniae 1700, folio). William Lloyd, père, fut l’un des « sept évêques » (dont William Sancroft) qui, se méfiant de la sympathie que le roi manifestait pour le catholicisme, refusèrent en 1688 de lire en leurs églises la Déclaration royale de Tolérance pour les dissidents religieux. Cette Déclaration fut jugée illégale.

[12] Dr William Cave (1637-1713), chapelain de Charles II, puis, en 1684, chanoine de Windsor, était renommé pour ses ouvrages érudits de patristique : Apostolici (1677), Ecclesiastici (1682) et son Scriptorum ecclesiasticorum historia literaria a Christo nato usque ad saeculum XIV facili methodo digesta (1688 et 1689).

[13] Sur Adriaan Beverland et ses mauvaises fréquentations à Londres, voir Lettre 474, n.5. Bayle avait mentionné Carrera dans les NRL, décembre 1685, art. VI : voir Lettre 474, n.4.

[14] Bayle remerciera Boyle de ce phosphore dans sa lettre du 6 juin 1686 (Lettre 572) ; le cadeau avait été envoyé par l’intermédiaire d’ Aubert de Versé ( voir Lettre 481, n.4). Au sujet du phosphore, voir le JS du 27 mai 1686, qui comporte un « Extrait du Journal d’Angleterre contenant une suite de quelques réflexions curieuses de M. Slare, touchant le phosphore ».

[15] Parlant d’une réimpression du « dernier ouvrage de M. Brueys pour la défense du culte extérieur de l’Eglise catholique romaine » par le libraire d’Amsterdam Pierre Mortier (voir Lettre 546, n.3), Bayle avait indiqué trois mois auparavant que l’auteur « y a joint des réponses générales à deux critiques qui ont été publiées contre les motifs de son changement » et avait ajouté une allusion à Larroque : « On s’étonne qu’il n’ait point sû qu’un troisième auteur a écrit sur le même sujet, comme nous le remarquions dans les Nouvelles de mars 1684 » ( NRL février 1686, cat. xii). Dans la première livraison des Nouvelles, le journaliste avait en effet présenté les Considérations générales de Jacques Lenfant comme la « troisiéme réponse qui a déja été faite au livre de M. Brueys sur les motifs de son changement de religion », après celle de Jurieu, Suite du Préservatif contre le changement de religion, et Le Proselyte abusé, ou fausses vûës de M. Brueys dans l’examen de la séparation des protestans. De cet ouvrage de Larroque – dont il ne nommait pas l’auteur –, Bayle disait alors : « C’est le coup d’essai d’un jeune auteur plein d’esprit, qui fait voir à son adversaire, en le suivant pas à pas, qu’il a fait de lourdes fautes. La raillerie vient quelquefois sur les rangs, un peu forte, mais delicate. L’érudition y tient aussi fort bien sa partie. » ( NRL mars 1684, cat. xii).

[16] Charles de Marguetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Evremond (1613-1703), ayant pris le parti du roi dans la Fronde, fut nommé maréchal de camp en 1652 et mena une carrière militaire jusqu’en 1658. La découverte de sa correspondance et de ses critiques à l’égard de la Paix des Pyrénées l’incita à s’exiler fin 1661 en Hollande et ensuite, définitivement, sur invitation du roi Charles II, en Angleterre. A partir de 1675, il se lia avec la duchesse de Mazarin ; vers la fin de sa vie, il appartenait au cercle littéraire de Dryden, Temple et Swift. Sur sa vie, voir Pierre Des Maizeaux, La Vie de M. Ch. de Saint-Denis, sieur de Saint-Evremont (Paris 1705, 12°) ; Q.M. Hope, Saint-Evremond and His Friends (Genève 1999). Sur sa pensée, voir H.T. Barnwell, Les Idées morales et critiques de Saint-Evremond (Paris 1957) ; L. De Nardis, Il cortegiano e l’Eroe. Studi su Saint-Evremond (Firenze 1964) ; P. Bouysse, Essai sur la jeunesse d’un moraliste : Saint-Evremond (1614-1661) (Paris, Seattle, Tübingen 1987) ; J.-C. Darmon, Philosophie épicurienne et littérature au siècle. Etudes sur Gassendi, Cyrano de Bergerac, La Fontaine, Saint-Evremond (Paris 1998) ; Q.M. Hope, Saint-Evremond, the « honnête-homme » as Critic (Bloomington 1962).

[17] Il s’agit ici de l’ouvrage de Larroque, Les véritables motifs de la conversion de l’abbé de La Trappe, avec qulques réflexions sur sa vie et sur ses écrits, ou les entretiens de Timocrate et de Philandre sur un livre qui a pour titre « Les saints devoirs de la vie monastique » (Cologne 1685, 12°), une attaque contre Rancé que Bayle avait résumée dans les NRL, juin 1685, art. IX. Cet ouvrage étant considéré comme un livre de controverse, dans la mesure où il s’attaque à l’authenticité de la vocation religieuse de Rancé, on peut penser que les « bons moines » de Paris est une formule ironique pour désigner les huguenots et leurs amis restés en France qui ont écrit à Allix pour l’inciter à encourager Larroque à composer de nouveaux livres de ce genre. Larroque allait d’ailleurs composer un nouvel ouvrage critique, cette fois contre Varillas : Nouvelles accusations contre Varillas, ou remarques critiques contre une partie de son premier livre de l’« Histoire de l’hérésie » (Amsterdam 1687, 8°).

[18] Allusion à l’éloge de Mathieu de Larroque, composé par Jacques Basnage , que Bayle avait publié dans le premier numéro des NRL, mars 1684, art. V, où étaient évoqués les compositions à paraître de Daniel de Larroque, dont une dissertation sur la « légion foudroyante ». Or, à la date de la présente lettre, Larroque en préparait la publication, qui devait se faire deux ans plus tard à Leyde, en appendice d’un ouvrage de son père : Adversariorum sacrorum libri tres, opus posthumus. Accessit diatriba de legione fulminatrice, authore Daniele Larroque (Lugduni Batavorum 1688, 8°) : voir Lettre 258, n.22.

[19] Larroque évoque ici Guillaume Le Sueur, prêtre missionnaire, auteur d’une quinzaine d’ouvrages de controverse entre 1660 et 1684 : voir, par exemple, le Nouveau traité qui fait voir la fausseté de la religion prétendue réformée, par sa nouveauté et par son établissement, et la vérité de l’Église romaine, par son antiquité (Paris 1682, 8°) et le Traité succint et convaincant de la transubstantiation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, au sacrement de l’Eucharistie (Paris 1683, 8°).

[20] Il s’agit sans doute du pamphlet intitulé Ce que c’est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand, qui venait de sortir des presses d’ Abraham Wolfgang à Amsterdam, sous une fausse adresse, le 22 mars 1686 : voir Lettres 519, n.1, et 544, n.2.

[21] Il ne s’agit pas ici de Charles Pacius de La Motte (vers 1667-1751), qui, à cette date, venait de compléter ses études de philosophie à Genève sous la direction de Jean-Robert Chouet et en compagnie de Pierre Coste, et qui séjourna à Lausanne et à Zurich avant de s’établir Amsterdam en 1687, mais de Claude Grostête de La Motte (1647-1713). Celui-ci, né dans une famille réformée d’Orléans, frère de Marin Grostête des Mahis, étudia d’abord le droit avant de s’engager dans des études de théologie ; en 1675, il fut nommé pasteur de Lisy, et fut encouragé par Pierre Allix à devenir ministre auprès du maréchal de Schomberg ; il refusa cette position et devait répondre à sa vocation à Rouen lorsque l’édit de Nantes fut révoqué. Il s’exila à Londres et servit l’Eglise française de rite anglican, en compagnie de Pierre Allix et d’ André Lombard (sur celui-ci, voir Lettre 244, n.22), avant de devenir minstre de la Savoie en 1694. Il s’agit ici certainement de son Sermon prononcé en l’église de la Savoie le dimanche 23 mars 1686, sur ces paroles de saint Matthieu : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice », qui fut publié aussitôt (Londres 1686, 12°).

[22] En 1686, Jacques Basnage allait publier des Considérations sur l’état de ceux qui sont tombés, ou lettre à l’Eglise de ... sur sa chute (Rotterdam 1686, 12°) et sa Réponse à M. l’évesque de Meaux sur sa lettre pastorale (s.l. 1686, 12°).

[23] Pierre Jurieu, L’Accomplissement des prophéties : voir Lettre 519, n.4.

[24] Sur Esaïe Tugnac, professeur de philosophie à Maastricht, voir Lettre 195.

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