Lettre 594 : Hilaire-Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre à Pierre Bayle

A Paris ce 8 e juillet [1686 [1]]
Enfin Monsieur je suis hors des mains des imprimeurs et leur diligence* vient de me rendre un livre qui devroit estre public depuis six mois [2]. J’avoüe que ma patience a bien esté à l’epreuve et que ces retardemens m’ont inspiré bien du degoust pour le mestier. Mais enfin m’en voyla quitte, et il n’y faut plus songer. Dans le fond peutestre cette lenteur m’estoit tres avantageuse et peutestre aurois je deu souhaitter qu’elle eust assez duré pour derober entierement au jour un livre, dont le succez* incertain peut tourner • à ma confusion. Je ne suis point assez prevenu en ma faveur pour le croire d’un grand merite ; mais peutestre le suis je assez pour n’y voir pas mille defauts grossiers dans toute leur difformité, et la sincerité du public scaura m’ouvrir les yeux, lorsque je n’en pourray plus profitter. Quoy qu’il en arrive, Monsieur, je vous en envoye un exemplaire, que je vous prie de recevoir avec quelque complaisance, comme un gage de l’estime que j’ay pour vous. Je me croiray trop heureux si ce petit ouvrage / peut vous plaire ; et le suffrage d’un homme de vostre goust sera la pierre de touche de mon livre : je veux dire qu’il m’asseurera de son prix, et me repondra de sa destinée. Jugés donc Monsieur si je dois desirer de le meriter, quand la seule envie de gagner quelque part dans vostre estime ne m’y porteroit pas. Ce n’est pas là seulement où cette envie voudroit le borner, et elle seroit plus satisfaite, si elle pouvoit joindre à un pareil merite, celuy de vous estre utile à quelque chose. Faittes m’en naistre seulement les occasions Monsieur, et vous jugerés par mon exactitude et par mon empressement de l’estime que j’ay pour vous. Du moins faittes moy la grace d’en estre persuadé, et d’avoir ainsy quelque bonne opinion de moy, si je ne puis vous en faire concevoir par aucun autre endroit, que par celuy d’estre, Monsieur, vostre tres humble et tres obeissant serviteur. Longepierre

Notes :

[1] Cette lettre accompagnait l’envoi d’un livre dont Bayle devait rendre compte dans les NRL, septembre 1686, art. I, ce qui permet de fixer la date avec certitude.

[2] Il s’agit de la dernière publication de Longepierre : Les Idylles de Bion et de Moschus, traduites du grec en vers françois, avec des remarques (Paris 1686, 12°), qui fut recensée dans le JS du 19 août 1686 et dans les NRL du mois de septembre 1686, art. I.

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