Lettre 598 : Pierre Cureau de La Chambre à Pierre Bayle

A Paris ce 11 e juillet 1686
J’attandois une occasion aussi favorable qu’est celle cy du retour de Mons r de S[aint] Disdier en Hollande [1] pour me donner l’honneur Monsieur de vous asseurer de mes respects et pour vous temoigner ma reconnoissance de la continuation de vos bontez que vous avez portées jusqu’à l’exces. J’ay cru ne pouvoir pas mieux vous temoigner combien j’y estois sensible qu’en vous donnant la connoissance du fils aisné de Monsieur Bontemps gouverneur de Versailles [2] qui vous doibt aller voir dans deux mois et avec qui vous trouverez un homme de lettres fort scavant et fort poli et tres persuadé de vostre merite [3]. Je ne vous exhorte pas à les bien recevoir puisqu’ils portent leur recommandation avec eux et que vous faites les / choses de trop bonne grace pour que vous ayez besoin que l’on vous y excite. Mais • ce que je vous conseille en bon amy c’est qu’à l’occasion de la [vi]s[i]te que vous doibt rendre Mons r Bontemps vous preniez la peinne de m’escrire là dessus de maniere que je puisse monstrer vostre lettre à Mons r son pere où vous vous estendiez un peu sur le chapitre du fils qui a quelque teinture des belles lettres et de la philosophie[,] ce qui ne scauroit manquer à produire un tres bon effet pour vous [4]. Car vous n’estes pas à ignorer que Mr B[ontemps] est favori du prince, le meilleur et le plus chaud amy qu’il y ait au monde quoyque froid et tout de glace en apparence. Vous ne ferés pas mal aussi de leur donner / tous vos ouvrages pour mettre dans la bibliotheque de Versailles. Je voudrois de tout mon cœur vous y pouvoir transporter moy mesme. Je le ferois avec plaisir pour vous y faire recevoir la recompense que vous meritez. S’il y a quelque chose capable de la differer [c’]est l’acharnement que vous avez[,] permettez moy ce mot que je vous prie de prendre en bonne part[,] à tousjours parler en faveur des protestans quoyque vous soyez leur pensionnaire[.] Il me semble que vous devriez plus garder de mesures que vous ne faites avec les catholiques [5]. A cela pres vos Nouvelles sont dans une appretation [ sic] universelle. L’on nous a dit icy qu’il se faisoit un journal nouveau en Amsterdam [6]. J’en ay de la joie parceque cela vous donnera de l’emulation et la gloire d’un nouveau triomphe auquel applaudira plus que personne, Monsieur, vostre tres humble et tres obeissant serviteur La Chambre A Monsieur/ Monsieur Bayle/ A Roterdam

Notes :

[1] Sur Alexandre Toussaint Limojon de Saint-Didier, écuyer et homme de confiance du comte d’Avaux, l’ambassadeur de la France en Hollande depuis la Paix de Nimègue, voir Lettre 500, n.1. Bayle avait mentionné dans les NRL son Histoire des négociations de Nimègue (Paris 1680, 12°), sa relation de La Ville et la République de Venise (Paris 1680, 12°) et sa Lettre d’un philosophe à son ami sur le grand œuvre (La Haye 1686, 12°), dont il existe une édition moderne, éd. B. Husson (Bonneuil-en-Valois 2007, 8°).

[2] Alexandre Bontemps (?-1701), premier valet de chambre de Louis XIV, intendant de Versailles et gouverneur de Rennes : voir F. Bluche, Louis XIV (Paris 1986), p.688-690 ; son fils ainé s’appelait Louis-Alexandre Bontemps ( ?-1742) : voir Lettre 665, n.1.

[3] Il s’agit de l’abbé Charlan : voir Lettre 665, n.1.

[4] Il est possible que Bayle ait écrit une telle lettre à Pierre Cureau de La Chambre sur la visite à Rotterdam de l’abbé Charlan avec son élève Louis-Alexandre Bontemps, mais toutes les lettres de Bayle adressées à cet ami parisien sont perdues.

[5] Conseil donné par tous les lecteurs catholiques des NRL : voir H. Bost, Un « Intellectuel » avant la lettre : le journaliste Pierre Bayle (Amsterdam, Maarssen 1994), p.155-156.

[6] Sur la Bibliothèque universelle et historique de Jean Le Clerc, voir Lettre 582, n.6.

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