Lettre 620 : à

[Rotterdam, août 1686]
Au très éminent et très érudit Jean Georges Graevius Pierre Bayle fait ses compliments La lettre que vous avez cru ne pas m’avoir été livrée m’est parvenue il y a six ou sept jours par le courrier ou poste quotidienne [1], et ayant observé que l’ouvrage posthume de Vavasseur [2] vous serait le bienvenu, j’ai cherché des moyens de vous l’envoyer. Ils m’ont manqué jusqu’ici, mais aujourd’hui l’un de nos libraires qui envoyait un fascicule à Utrecht a promis d’inclure celui que je vous envoie et qui vous sera certainement remis par le destinataire du fascicule principal. Je me félicite grandement, très éminent Monsieur, de pouvoir vous envoyer ce petit volume en cadeau, aucun paiement n’étant nécessaire. Adieu et aimez-moi qui vous estime et vous aime extrêmement. Monsieur Jurieu est passé par votre ville hier en allant à Clèves pour saluer l’Électeur sérénissime [3]. Monsieur Du Bosc [4] vous fait ses compliments ainsi que notre Henricius [5], chez qui j’ai dîné hier avec Gronovius [6]. Cela s’est passé avec beaucoup de gaieté entre six ou sept convives choisis, lequel nombre étant plus propre à favoriser et à exciter plus ou moins de gaieté.

Notes :

[1] Seules trois lettres de la correspondance de Bayle avec Graevius nous sont parvenues ; celle à laquelle il est fait ici mention, comme beaucoup d’autres, est perdue ; Bayle y avait fait allusion dans sa lettre du 14 juillet 1686 : voir Lettre 599.

[2] François Vavasseur était mort en 1681. Il s’agit ici d’un recueil de ses poésies latines éditées par le Père Jean Lucas, S.J. : Multiplex et varia poesis, antea sparsim edita, nunc in unum collecta. Accesserunt ejusdem nondum editæ Observationes de vi et usu verborum quorumdam latinorum (Parisiis 1683, 8°) : outre les poésies de Vavasseur, Elegiarum liber, Heroicorum liber et Liber [IVtus] epigrammatum, le recueil comporte des vers à la mémoire du Père Vavasseur par le Père Jean Commire, Gilles Ménage, Jean-Baptiste Santeuil et les Pères Jean Martini et Jean Lucas. Entre la première et la deuxième partie, on a relié : Petri Joannis Perpiniani, [...] Aliquot epistolæ [...] proferre in lucem cœperat [...] Franciscus Vavassor.

[3] Ce voyage avait une importance capitale sur le plan politique. En août 1686, Jurieu partit pour Clèves, où Guillaume III d’Orange et Frédéric-Guillaume I er de Hohenzollern, duc de Prusse, dit « le Grand Electeur », devaient se rencontrer officiellement afin de resserrer leurs liens politiques et personnels. C’est la négociation de l’alliance anti-française qui devait préparer la « Glorieuse Révolution » : voir W. Troost, « William III, Brandenburg and the construction of the anti-French coalition », in The Anglo-Dutch moment, Essays on the Glorious Revolution and its world impact, éd. J. Israel (Cambridge 2003), p.299-333. Jurieu prêcha au culte où assista le Grand Electeur et « toute la Huguenotterie était là » selon les termes de l’ Electrice Sophie de Hanovre. On voit à cette occasion que Jurieu faisait figure de prédicateur et de porte-parole des huguenots à la Cour de Guillaume III d’Orange. Voir aussi, H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle », Introduction, p.23.

[4] Pierre Du Bosc avait été nommé troisième pasteur de l’Eglise wallonne de Rotterdam le 28 octobre 1685 : voir Lettre 473, n.12.

[5] Sur Jacob Henricius, co-recteur de l’Ecole latine de Rotterdam, qui habitait la Hoogstraat à Rotterdam, voir Lettre 426, n.2.

[6] Le grand érudit Jacob Gronovius (1645-1716), ami de Henricius, habitait Leyde, mais il avait épousé une Rotterdamoise, Anna van Vredenburch, en 1680. Sur lui, voir P.C. Molhuysen et P.J. Blok (dir.), Nieuw Nederlandsch Biographisch Woordenboek (Leiden 1912), i.986-989.

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