Lettre 632 : Pierre Rainssant à Pierre Bayle

En Cour, ce 22 sept[embr]e [16]86
J’ay receu, Monsieur, la critique que vous avez pris la peine de m’envoyer [1] ; mais depuis ce temps là je n’ay rien receu de v[ot]re part, quoy que par v[ot]re billet vous me mandiez que le 2 de [c]e mois vous m’envoyriez v[otr]e journal, et celuy de M. Le Clerc [2] etc. Il peut estre que le pacquet aura esté arresté en chemin, quoy qu’il ait esté addressé à Monsieur Roullié le fils [3], comme sans doute il l’aura esté. Obligez moy de me renvoyer les mesmes livres, et afin que je les puisse recevoir sans difficulté, ayez la bonté de les couvrir d’une enveloppe addressée à Monseigneur de Barbezieux, conseiller du Roy en tous ses Conseils et secretaire d’Estat [4]. C’est le fils de Mgr de Louvois, comme vous sçavez, et il me les rendra seurement. Monsieur de La Reynie m’a envoyé le pacquet qui estoit addressé à Mr Heuch [5]. / Je voy bien qu’il ne faut plus se servir de cette addresse, puis qu’elle est si embarassante[.] Voicy une lettre de Mr Baillet [6], et une autre d’un fascheux qui vous envoye quelques vers [7], qui ne sont pas de sa façon, comme vous le verrez. Je vous demande la continuation de vos bonnes graces, et suis, Monsieur, veritablem[en]t à vous. •

Notes :

[1] Dans sa lettre du 14 août 1686, Rainssant avait réagi à l’annonce par Bayle d’une critique par Gilbert Burnet de l’ouvrage d’ Antoine VarillasHistoire des révolutions arrivées en Europe en matière de religion (Paris 1686-1690, 4°, 6 vol.) : « La petite critique de Monsieur Burnet sera bonne sans doute tout ce que ce docteur écrit estant excellent. » (Lettre 612, p.71). Il s’agit sans doute ici du même ouvrage : Gilbert Burnet, Reflections on Mr. Varillas’s History of the Revolutions that hav[e] happ[e]ned in Europe in matters of Religion. And more particularly on his ninth boo[k] that relates to England (Amsterdam 1686, 12°), qui avait été traduit la même année par Jean Le Clerc sous le titre : Critique du neuvième livre de l’Histoire de M. Varillas, où il traite des révolutions arrivées en Angleterre en matière de religion (Amsterdam 1686, 12º). Varillas devait réagir à cette critique par une Réponse de M. de V. à la critique de M. Burnet sur les deux premiers tomes des « Révolutions arrivées dans l’Europe en matière de religion » (Paris 1687, 8°), qui provoqua la réplique de Burnet, A Defence of the Reflections on the ninth book of the first volum[e] of Mr. Varillas’s « History of Heresies ». Being a reply to his Answer (Amsterdam 1687, 12°), accompagnée de la traduction de la défense par Jean Le Clerc de sa préface à sa traduction des Reflections et suivie par une Continuation of Reflections on Mr. Varillas’s History of Heresies. Particularly on that which relates to English affairs. In his third and fourth tomes (Amsterdam 1687, 12º). Bayle devait donner le compte rendu de la première Critique de Burnet dans les NRL, octobre 1686, art. IX.

[2] Le périodique de Jean Le Clerc , Bibliothèque universelle et historique (Amsterdam 1686, 12°), paraissait depuis le mois de janvier 1686 : voir Lettre 582, n.6.

[3] Sur Rouillé le fils, contrôleur des Postes, voir Lettre 464, n.5.

[4] Louis-François-Marie Le Tellier (1668-1701), marquis de Barbezieux, troisième fils de François-Michel Le Tellier (1641-1691), marquis de Louvois et de Courtenvaux, ministre et secrétaire d’Etat. A l’âge de vingt-trois ans, au moment de la mort de son père en 1691, Barbezieux devint ministre de la Guerre.

[5] Après avoir été l’intendant du duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne, Gabriel Nicolas de La Reynie (1625-1709) fut nommé en 1667 premier lieutenant général de police de Paris ; depuis 1680, il était conseiller d’Etat. On voit ici un bel exemple de sa largeur d’esprit en ce qui concerne les ouvrages destinés aux membres de la Cour ; il avait déjà agi avec une certaine générosité lors de la condamnation de la Critique générale de Bayle : voir Lettre 219, n.13. Le paquet désigné par Rainssant avait été adressé à « M. Heuch » : il s’agit sans doute du marchand banquier parisien Michel Heusch, cité dans les lettres de Samuel Robert, Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, vol. XXXVII (Paris 1907).

[6] Cette lettre d’ Adrien Baillet est perdue ; sa dernière missive connue date du mois d’août 1686 : voir Lettre 621, n.1.

[7] Nous ne saurions identifier ce correspondant « fâcheux » – le terme s’inspire de la pièce de Molière – de Bayle, qui lui envoie des vers, car sa lettre, envoyée par l’intermédiaire de Rainssant, ne nous est pas parvenue.

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