Lettre 638 : Daniel de Larroque à Pierre Bayle

• [Oxford, septembre-octobre 1686 [1]]
Comme ma lettre mon cher Monsieur n’a plus trouvé Mr Le Gendre à Londres [2], je vous l’envoie par la poste, ne pouvant différer jusqu’à ce que je vous envoie mes papiers, dont j’attens depuis longtems la copie, fort inutilement jusqu’icy. J’ay écrit à Mr Alix [3] à l’occasion de quelque chose que j’avois à luy mander*, et luy ay fait un précix de vos raisons, que je ne doute pas qu’il ne goûte. Il va faire imprimer des notes sur le N[ouveau] T[estament] pour recompense de celles qu’il avoit faites sur le Vieux, et qui sont malheureusemen [ sic] perdûës. J’ay fait un voiage de 4 jours à Windsor pour laisser passer quelques fêtes academiques qui avoient fermé pour ce tems la bibliotheque d’Oxford. J’y ay vû le docteur Vossius [4], qui est assurément un homme d’un caractère fort singulier, mais pourtant fort agréable, j’ay passé chez luy toutes les apresdinées et y ay beaucoup ry. Il est fort communicatif et a l’esprit remply d’une infinité de choses propres à instruire et à divertir. Sa bibliotheque quoy qu’il y en ait de plus nombreuse[s] est pourtant parfaite en un genre, c’est qu’elle ne manque d’aucun bon livre et qu’elle n’en a presque pas de mauvais, il a des manuscrits rares et en grand nombre. Mr Bonnet [5] qui le voit tous les jours m’a dit que le docteur avoit refusé des jesuites depuis deux mois 20 000 écus de sa bibliotheque. Il me monstra un fort beau • Froissart manuscript du tiers plus ample que celuy qui est imprimé [6]. Depuis que je ne vous ay écrit j’ay aussi vû les manuscripts de la bibliotheque du chevalier Cotton [7] dont vous connoissez sans doute le nom, il y en a un grand cabinet tout remply mais la plus grande partie regarde l’histoire saxone et angloise qui comme vous savez a une • grande affinité. Le fils de ce chevalier doit estre à present en Hollande avec le doct[eur] Chamberlane [8] dont vous avez parlé dans vos Nouvelles, et le docteur Smith [9] dont vous considerez le mérite / par luy mesme et que je vous prie de considerer pour l’amour de moy, c’est un parfaitement honnête homme, fort savant, qui connoît parfaitement bien les livres et qui est pour les étrangers d’une civilité extraordinaire, il a esté fort content de ce que vous avez dit de son dernier ouvrage [10]. Nous devons avoir icy le doct[eur] Parker [11] pour evêque[ ;] c’est un habile homme et de beaucoup d’esprit, ennemy irreconciliable des presbyter[iens] et pas episcopal comme les autres ; il dit, que l’Eglise anglicane est divisée en 2 branches savoir l’ancienne et la nouvelle [12] ; la 1 ere à ce qu’il prétend croioit la transubstantiation, et il se dit, à ce que l’on m’a assuré chef de celle là, et l’autre ne la croid pas, il nomme celle cy la nouvelle, et dit que le docteur Steeleengfleet [13] en est le chef. Je ne croy pas avoir grand commerce* avec ce prélat, à qui sans doute feu mon père a déplû [14]. Il paroit depuis quinze jours un folio en anglois, qui a pour titre La Vie de l’archevêque Uscher primat d’Irlande, avec une collection de 300 lettres écrites à luy et par luy, aux plus savans hommes d’Angleterre et de delà la mer. Le tout publié par le doct[eur] Parr son chap[e]lain et celuy à qui il a confié ses papiers en mourant[ ;] le livre imprimé à Londres sans permission meriteroit d’estre traduit, et je m’y emploirois de tout mon cœur si j’en avois le tems, ou que quelque libraire me paiât grassement pour cela. Je vous en diray quelque chose à mesure que cela se presentera à ma memoire. Uscher ou Usserius [15] comme le nomment les étrangers naquit à Dublin l’an 1580 d’une famille considerable, à l’age de 15 ou 16 ans il avoit fait tant / de progrez dans la chronologie, qu’il en composa alors en latin une de la Bible jusqu’au livre des Rois si belle qu’il n’y avoit presque pas de différence entre ce qu’il fit alors, et ce qu’il écrivit depuis sur ce sujet dans ces [ sic] Annales, excepté que dans ce dernier ouvrage il s’étend d’avantage sur l’histoire profane. Ses parents l’avoient destiné à l’étude des loix civiles, mais contre son inclination, c’est pourquoy apres la mort de son pere qui arriva l’an 1598 il se consacra à la theologie, et fut fait prestre à l’âge de vint ans, ayant reçû les ordres d’Uscher son oncle archevêque d’Armach qui crut qu’il pouvoit faire quelque chose contre les canons ecclesiastiques en faveur d’un merite si extraordinaire, vû surtout le besoin que l’Eglise avoit d’un si grand homme. J’avois oublié de dire qu’à l’âge de 18, ou 19 ans, un fameux jesuite [16] qui estoit alors dans les prisons de Dublin, aiant defié en dispute les plus hardis protestans, Uscher accepta le défy, et disputa avec tant de force en 2 conférences que le jesuite n’osa plus reparoître, Uscher luy reprocha cela par une lettre imprimée dans ce volume. Le jesuite fit depuis ce tems là tant de cas de son antagoniste, que voicy comme il en parle dans un livre imprimé prodiit quidam octodenarius, præcocis sapientiæ juvenis, de abstrusissimus rebus theologicis, cum adhuc philosophica studia vix emensus, nec ex ephebis egressus etca. Estant fort jeune, il lut Le Rempart de la foy de Stapleton  [17]qui le mit dans une grande perplexité par la multitude des passages tirez de l’antiquité et que l’autheur cite avec une extrême confiance, de sorte que cela le fit résoudre dès qu’il seroit dans un âge un peu plus avancé d’examiner luy mesme ce que les Anciens avoient pensé sur le sujet de la religion. / Il commença à vin[g]t ans la resolution sage qu’il avoit prise dans sa grande jeunesse de faire cet examen, qu’enfin il acheva à trente huit ans. C’est de là que nous sont venus tous ces fameux ouvrages qu’il publia dans tout le cours de sa vie, et qui sont aujourd’huy l’admiration des savans, mais qu’on peut dire qui ne sont que des ebauches d’un plus grand qu’il préparoit sous le nom de Bibliotheque theologique, et qu’il recommanda en mourant au docteur Langbaine [18] son meilleur amy pour le mettre au jour dans l’état qu’il jugeroit à propos. Cet amy s’aquitta autant qu’il put de sa promesse, il transcrivit ce vaste ouvrage, il remplit ce qui manquoit en plusieurs lieux, et il y a aparence qu’il auroit poussé jusqu’au bout son travail si sa mort qui arriva en 1657 n’en eust troublé le cours. Mr l’evêque d’Oxfort [19] mort depuis peu au grand regret de tous ceux à qui ses rares vertus et son grand savoir estoient connus, tâcha de suppléer à ce qui manquoit encore, et à reparer des breches considerables qui s’y trouvoient •, mais une certaine fatalité a voulu que tous ces soins ayent esté jusqu’icy en quelque facon inutiles puisque l’ouvrage reste enfin caché dans la fameuse bibliotheque • de l’université d’Oxford qui toute pleine qu’elle est de gens du plus éminent savoir • n’en voit pourtant point qui veuillent mettre la derniere main à une piéce si utile au public et si nécessaire à l’Eglise. Un aussi grand mérite que celuy d’ Uscher ne pouvoit pas manquer de luy faire des envieux, et comme il y avoit peu de choses en luy qui donnassent lieu à l’envie, ses ennemis furent réduits à l’accuser d’estre puritain, nom de secte odieux à l’Eglise et à l’Etat d’Angleterre. Cette calomnie vint jusqu’aux oreilles du roy Jaques, qui apres avoir ouy les raisons dont ce grand / homme se défendit, conçut une si grande es[time pour lui qu’il] le fit evêque de Meath en Irelande, dont le [siège se trou]va alors va[c]ant, d’où 5 ans apres il passa à celuy d’Armach que la mort du docteur Hampton [20] le dernier archevêque • mettoit sans prelat. Comme tous les soins d’Uscher ne tendoient qu’à l’avancement de la religion et des sciences, il travailla surtout à amasser grand nombre de manuscrits, dont le Pentateuche samaritain, le 1 er qui ait jamais paru dans ces païs icy, et le Nouveau Testament syriaque plus parfait que ceux qu’on avoit vûs auparavant, ne sont pas les moins considérables ; il les receut d’Alep par le moien d’un marchant anglois qui demeuroit alors dans ces païs là. L’an 1631 il publia son Histoire de Gotteschalc qui est le 1 er livre latin qui ait esté imprimé en Irlande [21], et qui est un[e] histoire des controverses mûës dans le 9 me siecle au suject de la prédestination, eceûil où bien des gens se perdent ; il fait voir dans ce livre par le têmoignage de Flodoart [22] et de plusieurs autres écrivains de ce tems là que les points sur lesquels le savant moine estoit condamné par Hincmar et par Raban deux archevêques fameux [23], estoient defendus comme ortodoxes, et conformes à l’Ecriture et aux Peres, par s[ain]t Remy archevêque de Lion, qui aussi bien que Prudence evêque de Troye, et Ratramne moine de Corbie [24] écrivit pour la défance de ce solitaire, contre Jean Scot Erigene [25], qui pour combatre Gotteschalc [26], avoit composé son traité du franc arbitre que Florus diacre de Lion [27] refuta au nom de toute son Eglise. L’autheur fait voir dans la suite de cette histoire la constance de Gotteschalc, qui malgré les prisons auxquelles il fut condamné par le concile de Mets et dans lesquelles il mourut, si je ne me trompe ne voulut jamais se retracter, mais au contraire composa deux confessions de foy par lesquelles il paroît qu’il n’a jamais soutenu les sentimens que ces [ sic] ennemis luy imputent. / L’an 1632 il publia son Sylloge veterum epistolarum hrybernicarum [28], • qu’il commence à l’an 592 et qui finit en 1180. Cet ouvrage avoit esté précedé par un petit traité anglois de ce même autheur touchant l’ancienne religion des Irlandois [29] • sous lesquels ils comptent les Ecossois septentrionaux, et les Anglois dans lequel il avoit dessein de faire voir l’opposition de la relig[ion] romaine avec celle qu’on professoit autrefois dans ces païs là. En 1639 il donna enfin au public les Antiquitates eccles[iasticarum] britannicarum [30], dont il avoit • jusques alors differé l’impression parce qu’il trouvoit toujours à ajoûter, et au[x]quelles cependant il fut obligé de faire des additions et des corrections qui se voient à la fin ; on peut dire que c’est l’histoire la plus éxacte qu’on pût faire de l’origine des Eglises d’Angleterre puisque commencant sa relation par ce que les Anciens ont avancé de quelques commencemens de christianisme porté dans ces isles, environ 20 ans apres la mort de J[ésus] C[hrist] il la pousse non seulement jusqu’à la succession des evêques mais mesme jusqu’à son parfait établissement, c’est à dire vers la fin du 7 me siecle. L’an 1640 ce prelat passa en Angleterre avec sa famille pour donner ordre à quelques affaires domestiques dans l’esperance de retourner le plûtôt qu’il luy seroit possible, mais cette espérance s’est trouvée vaine dans la suite, n’ayant jamais revû sa patrie depuis ce tems là, • les troubles d’Irlande dont ce païs sembloit estre menacé depuis longtems, ayant enfin éclaté de l’étrange manière que tout le monde sait, dans ces désordres tous ces [ sic] biens furent pillez, excepté sa bibliotheque qui s’estant trouvée dans une espèce de forteresse évita la fureur des conjurez. L’université de Leide ayant appris l’infortune de ce grand homme luy offrit la charge de professeur honoraire avec des appointemens plus considerables qu’à l’ordinaire, et le cardinal de Richelieu en mesme tems le pressa de se retirer en France avec une promesse d’une pension considérable et / d’une liberté assurée pour sa religion, il n’accepta aucune de ses [ sic] offres, et le roy pour le recompencer, luy laissa en commande l’evêché de Carlisle, mais dont les guerres d’Angleterre le déposséderent aussi. Je ne vous diray plus rien de ses livres cela me mene trop loin, j’adjouteray seulement qu’estant une fois tombé entre les mains des rebelles comme il se sauvoit d’une place à un[e] autre avec ses papiers, il fut pillé, demonté de dessus son cheval, et tous ses manuscrits dispersez, qui furent pourtant tous retrouvez par les soins que la noblesse du voisinage prit de les faire redemander publicquement par les ministres dans les eglises[ ;] parmy ces papiers il y avoit un manuscrit touchant les vaudois [31] qu’il estimoit extremement, et un catalogue des roys de Perse qui luy avoit esté communiqué par Elikmannus [32]. Quelques mois apres cet[te] avanture il tomba malade d’une maladie que les medecins crurent mortelle mais qui ne le fut pourtant pas, il dépença le peu qu’il avoit alors et il se trouva si reduit qu’il n’avoit plus de quoy se su[b]venir, si quelques personnes ne luy eussent envoié assez d’argent pour se retirer chez la contesse douairiere de Peterborough [33] chez qui il demeura jusqu’au jour de sa mort. Il estoit à Londres lorsque les rebelles par une action la plus énorme qui ait jamais esté vûë commirent le meurtre du roy [34], il en fut si touché que ce jour là fut toujours pour luy depuis un jour de jeune, il disoit que ce crime réjaillissoit et sur la nation et sur la religion, et fournissoit aux catholiques de justes armes contre les protestans. Comme la maison où il logeoit regardoit sur l’échafaut où ce grand prince finit ses jours[,] ayant esté sollicité d’y jetter les yeux il le fit apres l’avoir d’abord refusé, il • entendit le discours du roy mais lorsqu’il le vit se mettre apres cela en état et qu’on luy coupoit les cheveux, il ne put plus soûtenir la vûë d’un si barbare spectacle, il s’evanoûit, et lorsqu’il fut revenu à luy apres que ses domestiques l’eurent porté en son lit, il ne fit que fondre en larmes. Ayant esté une fois voir Cromwel [35] à la sollicitation de quelques gentilhommes, pour s’opposer à quelque chose qu’on vouloit faire contre les loix de l’Eglise anglicane, il / le trouva entre les mains des chirurgiens qui mettoient une emplâtre sur son estomac[.] Cromwel le pria de s’asseoir • jusqu’à ce qu’il pût parler à luy, et pendant que les chirurg[iens] estoient occupez autour de luy, il dit à l’archevesque, si on pouvoit une fois nétoier ce qui [...] je serois bientost en bonne santé, à quoy le prelat répondit, le mal est enraciné il va jusqu’au cœur, il faut l’ôter tout à fait ou vous ne serez jamais bien, à quoy l’autre repartit, paroissant un peu déconcerté, vous avez raison, cela est vray, et puis soûpira. Ce discours apparemment dêplut au prétendu protecteur, puisqu’il refusa à Uscher tout ce qu’il demandoit. Ce prelat estant de retour dit au doct[eur] Parr, ce fourbe m’a manqué de parole, mais il ne se glorifiera pas longtems dans son iniquité, le roy reviendra, je ne saurois voir cela mais pour vous vous le pouvez. • Peu de tems apres ce grand homme alla à Rygate, pour dire adieu à ses amis qui le virent alors pour la dernière fois ; il pensoit perpétuellement à la mort et il avoit accoûtumé tous les ans de marquer sur son almanach, vis à vis le jour de sa naissance celuy de son âge, de sorte que dans le dernier on trouva écrit, maintenant âgé de 75 ans, ensuite de quoy il y avoit mes jours sont remplys, et apres en lettres capitales RESIGNATION. Ses présentimens ou pour mieux dire sa prédiction eut son accomplissement, car le 20 du mois de mars, estant tombé malade d’une maladie qu’on crut sa gout[t]e ordinaire, apres 14 jours de souffrance il finit enfin sa vie avec des sentimens d’une extraordinaire piété. Ayant esté ouvert apres sa mort, on trouva que les medecins s’estoient trompez dans le jugem[en]t qu’ils avoient fait de son mal ne s’estant pas aperçu que c’estoit une pleuresie. Si le catalogue des ouvrages imprimez d’ Uscher, n’estoit pas si long je vous en envoirois une copie. Je ne vous parle point de l’appendice de sa vie qui est inseré dans le même volume, et qui est une deffence de quelques unes de ses op[ini]ons sur la discipline de l’Egl[ise] angl[icane] contre le docteur Heilin ecrite par le doct[eur] Parr [36]. / Je croiois d’abord que je pourois vous envoier quelques unes des principales remarques que je ferois en lisant les lettres qui suivent, mais elles sont toutes en general si pleines de vaste érudition que je n’ay pu me déterminer sur aucune. Je r’envoie cela à nos amis de Hollande qui entendent l’anglois, et qui ne doivent pas manquer de pourvoir leur cabinet de ce livre là quoy que fort cher, outre que comme il y en a grand nombre de latines, vous pouvez vous même satisfaire une partie de vôtre curiosité. Je vous marqueray seulement quelques endroits de deux lettres qui me paroissent assez divertissantes, et qui regardent nos bons amis les moines et les jésuites pendant les troubles d’Angleterre. Ils s’exercoient dans les roiaumes étrangers, dans les controverses des presbyteriens, independans, anabaptistes, et même des athées, et quand ils marquoient • avoir fait des progrez assez considerables ils venoient en Angleterre, avec ordre de dire quand on leur demanderoit qui ils estoient et de quel païs ils venoient, qu’ils estoient de pauvres chrétiens qui avoient fuy delà la mer pour la religion, et qui revenoient maintenant, parce qu’ils avoient heureusement apris qu’on leur [a]ccordoit liberté de conscience. L’an 1646 il vint tout à une fois une centaine de ces dévots là, qui estoient presque tous soldats dans l’armée du Parlement et qui entretenoient correspondance avec les catholiques qui estoient dans le party du roy, lorsqu’ils eurent fait connoissance avec eux. Apres estre devenus familiers entr’eux, ils se demanderent mutuellem[en]t pourquoy chacun estoit dans tel party, les royalistes surtout demandoient aux autres s’ils avoient dessein de se faire puritains, ne connoissant point le dessein des nouveaux venus qui les eurent bientôt gagnez • en leur monstrant des bulles secretes qui leur servoient de direction, et à la vûë desquelles il fut conclu d’un commun accord qu’il n’y avoit pas de meilleur moien pour troubler l’Eglise anglicane que de prétexter la liberté de conscience. La lettre où tout cecy est raconté est la 283 écrite par l’evêque de Derry alors exilé, à Mr Usserius. / Que dites vous Monsieur de ce petit négoce là, ne vous paroît il pas bien evangelique, et n’est ce pas une chose bien glorieuse pour la religion romaine de voir le soin qu’elle prend de s’avancer par des moiens bien plus sages que ceux des premiers chrétiens qui ne faisoient rien en cachette contre la religion paienne, et qui s’exposoient par là à des peines que ceux cy prennent bien soin d’eviter de peur d’augmenter le martyrologe qui ne seroit assurément point si gros qu’il est si l’Eglise avoit esté gouvernée par de telles gens. La 2 de lettre dont je vous ay promis de parler est de fra-Paolo à l’abbé de S[ain]t-Medard [37] qui luy demandoit des conseils pour lire et pour bien juger de l’Antiquité, je veux dire des sentimens des Anciens, et auquel apres avoir donné tous les sages conseils qu’on peut donner, il dit que selon son jugement il n’y a pas de meilleure voie à prendre quand on • a des difficultez sur ces sortes de matieres, que de consulter des jesuites, et ensuite prendre le contraire de ce qu’ils déciderond. Si cette voie là est sure nous sommes bien assurez que les janssenistes et nous sommes dans le bon chemin, car on ne peut pas marcher dans une route plus contraire[ ;] il adjoûte sur ce que l’abbé luy écrivoit que le Parlement aportoit tous ses soins à deffendre l’entrée du royaume au[x] jesuistes, qu’il croioit qu’il n’y avoit point de surveillans assez fins pour les empescher, et qu’au reste on ne sauroit dire lorsqu’ils font le plus de mal, si c’est ou quand ils sont absens, ou quand ils sont présens, et que pour luy il commençoit à croire qu’on ne les avoit rappellez en France que pour éviter qu’ils ne fissent plus de mal de loin que de pres. Sa lettre est dattée de Venise de l’an 1608 et la mienne d’Oxford de l’an 1686. Car je sens par la lassitude de ma main qu’il est tems que je vous dise adieu jusqu’au revoir. J’envoiray incessamment mes papiers quand le copiste me les aura rendus. Le docteur Bernard se plaint du silence de Mr Leers, à qui il avoit je croy écrit pour la reimpression de son traité De ponderibus et mensuris qu’il a augmenté [38]. / Je vous prie de remercier pour moy Mademoiselle Jurieu [39] du succez de sa négotiation. Je rends mille graces à Mr Banage [40] de son présent qui m’est extrèmement cher et à cause de l’autheur et à cause de l’ouvrage qui est fort digne de luy. Mandez moy je vous prie comment se porte Mr Paëts, je ne pense jamais à son triste accident sans un sensible* déplaisir [41], c’est une personne d’un mérite rare et pour qui j’ay la plus profonde estime qu’on puisse avoir. Je vous prie aussi d’assurer Madame et Mademoiselle Paëts de mes tres humbles respects, et n’oubliez pas aussi M rs Paëts les fils [42]. Si vous voiez Mr de Coningham [43] faites luy je vous prie bien compliment, je le conte fort au nombre de mes meilleurs amis, mes complimens aussi je vous prie à Mr et à M ad Rou, au[x] chers Du Rondels et Tugnac [44]. Je serois fort aise de savoir quel est l’azile de Mr de S[ain]t Maurice et de sa famille [45]. L’apendice de la vie d’ Uscher que je viens de lire exactem[en]t est une parfaitem[en]t bonne piece par où il paroit dans les reproches de l’accusateur contre ce prelat que l’accusé estoit fort dans les sentimens des presbyteriens, et l’autre presque papiste [46] s’il ne l’est tout à fait, cela soit entre nous, il fait procez à Uscher pour 5 ou 6 choses 1 o sur ce qu’il ne croit pas la consécration du jour du dimanche d’authorité absolument divine, 2 o parce qu’il ne croioit pas l’absolution des péchez par le prestre authoritative, 3 o parce qu’il restraignoit le merite de la mort de J. C. aux seuls élus, 4 o parce qu’il ne croioit pas la présence reelle localle dans le sacrem[en]t qu’il dit estre l’opinion de l’Eglise anglicane et de 3 evêques qu’il nomme, 5 o parce qu’il n’expliquoit pas ces paroles du symbole il est descendu aux enfers, d’une descente reelle en corps et en ames aux lieux des damnez Mon adresse est chez Mr de La Fuye [47] marchand dans le Strand neare Chereing Cross London A Monsieur / Monsieur Bayle professeur en / philosophie et en histoire chez Mr / van der Hoost marchant / A Roterdam  

Notes :

[1] Cette lettre est constituée par un mémoire sur James Ussher (ou Usher) (1581–1656), archevêque anglican d’Armagh et primat d’Irlande entre 1625 et 1656, dont la vie composée par Parr « paroît depuis 15 jours ». La lettre contient une allusion aux NRL de juillet 1686, cat. v, et elle mentionne le fait que le successeur de Fell à l’évêché d’Oxford est désigné, mais non encore installé. Gigas (p.688) la date de la « seconde moitié de 1686 », mais le dernier détail que nous venons de citer permet un peu plus de précision, car le successeur de Fell, Samuel Parker, fut nommé à l’évêché d’Oxford le 22 août/ 1 er septembre et consacré au palais de Lambeth le 17/27 octobre (voir The Diary of John Evelyn, ed. E.S. de Beer (Oxford 1955), iv.519, n.2). Par ailleurs, à la p.507-508 du même tome, Evelyn mentionne l’impression du livre de Parr (achevée le 24 avril 1686), en s’indignant que l’édition ait été saisie par les autorités ; l’éditeur signale (p.508, n.1) qu’au bout de plusieurs mois le livre put être mis en vente mais sans donner la date précise où l’ouvrage fut mis en circulation, de sorte que la référence faite par Larroque à ce détail n’a pu nous servir à dater plus exactement la présente lettre.

[2] Il s’agit sans doute de Le Gendre, sieur de Collandres, marchand, dont le frère Philippe était ministre à l’Eglise wallonne de Rotterdam : voir Lettres 536, n.5, et 549, n.1.

[3] Sur Pierre Allix, réfugié à Londres, ministre de l’Eglise réformée française de Threadneedle Street, voir Lettre 580, n.4. Il devait publier prochainement, non pas des notes sur le Nouveau Testament, mais des Réflexions sur les cinq livres de Moïse, pour établir la vérité de la religion chrétienne (Londres 1687, 8°), recensées par Jean Le Clerc dans la BUH, mai 1687, art. XVI ; cet ouvrage fut suivi d’une seconde partie intitulée : Réflexions sur les livres de l’Ecriture Sainte, pour établir la vérité de la religion chrétienne (Amsterdam 1689, 8°), recensée par Basnage de Beauval dans l’ HOS, décembre 1688, art. III. Les deux volumes parurent également en anglais : Reflexions upon the books of the Holy Scripture, to establish the truth of the Christian religion (Londres 1688, 8°, 2 vol. ; Amsterdam 1689, 8°, 2 vol.).

[4] Isaac Vossius (1618-1689), autrefois bibliothécaire de la Cour de Suède, s’était éloigné de Stockholm en 1654 et avait quitté Christine de Suède au moment de la conversion de la reine au catholicisme en 1655. Il s’exila en Angleterre en 1670 et devint chanoine de Windsor : c’est le poste qu’il occupait lors de la visite de Larroque. Sa collection, qui constituait « la meilleure bibliothèque privée au monde », fut léguée à l’université de Leyde ; Paul Colomiès devait établir le catalogue de ses manuscrits : voir H. Browne, “ Un cosmopolite du grand siècle : Henri Justel”, BSHPF (1933), p.187-201, et Lettres 13, n.4, et 474, n.5, et sur Colomiès, Lettre 243, n.3 et 11, et E. Jorink et D. van Miert (dir.), Isaac Vossius (1618-1689) between science and scholarship (Leiden, Boston 2012).

[5] Il s’agit probablement de Frédéric Bonnet (ou Bonet) (1652-1694), fils aîné du médecin genevois Théophile Bonet (1620-1689) et de Jeanne de Spanheim. En effet, ce fils est décrit comme un grand littérateur et profond numismate, qui fut employé pendant douze ans dans des affaires d’Etat par les rois d’Angleterre Charles II, Jacques II et Guillaume, ainsi que par les rois de Prusse Frédéric Guillaume et Frédéric. Il serait donc naturel que Larroque l’ait rencontré à Windsor auprès de Vossius. Son frère, Louis-Frédéric Bonnet (1670-1761), seigneur de Saint-Germain, docteur en droit et en médecine, membre de la Royal Society et de l’Académie des sciences de Berlin, fut ambassadeur de la Prusse en Angleterre.

[6] Il existe plus d’une centaine de manuscrits de la Chronique de Jean Froissart. La première édition imprimée parut chez Anthoine Everard : Le Premier (-quart) Volume de Froissart des Croniques de France, d’Angleterre, d’Escoce. D’Espaigne, de Bretaigne, de Gascongne, de Flandres. Et lieux circunvoisins (Paris vers 1498, folio, 4 vol.). Larroque a pu lire l’ouvrage dans une édition de 1559 ou de 1574 ou dans celle de 1674 : voir Jean Froissart, Histoire et chronique memorable (Paris 1674, folio, 4 vol.).

[7] Sir Robert Cotton (1586-1631) rassembla une collection très riche de manuscrits de la période anglo-saxonne et du Moyen-Age qui fut léguée à la nation britannique en 1700 et qui constitua l’une des collections du British Museum au moment de sa fondation en 1753. Le catalogue de travail de cette collection fut dressé par Joseph Planta, A Catalogue of the manuscripts in the Cottonian library, deposited in the British Museum (London 1802, folio).

[8] Edward Chamberlayne (1616-1703), docteur en droit, élu fellow de la Royal Society en 1668, auteur de Angliæ notitiæ, or, The Present State of England, together with divers reflections upon the antient state thereof (London 1669, 12°). Bayle en avait annoncé la traduction latine par Thomas Wood, Angliæ notitiæ, sive præsens status Angliæ succinctè enucleatus (Oxonii 1686, 12°), dans les NRL, juillet 1686, cat. v. Cet ouvrage sera une des sources de Voltaire pour ses Lettres anglaises ou Lettres philosophiques  : voir l’édition établie par G. Lanson et A.-M. Rousseau (Paris 1964) et par O. Ferret et A. McKenna (Paris 2009).

[9] Sur Thomas Smith, fellow du collège de Magdalen – collège catholique – à Oxford et adversaire de Richard Simon, voir Lettres 487, n.4, 567, n.8, et 568, n.12.

[10] Thomas Smith, Miscellanea (Londini 1686, 8°), ouvrage que Bayle avait signalé rapidement dans les NRL, juin 1686, cat. x.

[11] Samuel Parker (1640-1688), évêque d’Oxford, fit ses études à Wadham College et à Trinity College, Oxford, où il perdit ses convictions presbytériennes et embrassa l’épiscopalisme. Ayant mené sans heurt une carrière de prêtre anglican, il fut finalement nommé en 1686 (à la mort de John Fell) à l’évêché d’Oxford par le roi Jacques II et imposé comme président de Magdalen College, Oxford, par la commission ecclésiastique. Il passait pour être catholique mais semble n’avoir été que défenseur de l’autorité suprême du roi en tant que chef de l’Eglise anglicane. Il paraît avoir été très profondément affligé par la décision du roi de remplacer par des catholiques les fellows de son collège qui en avaient été expulsés pour non-conformisme. Il publia de nombreux ouvrages portant sur la doctrine et sur la politique de l’Eglise, parmi lesquels, Tentamina physico-theologica de Deo (Londini 1665, 4°) ; An Account of the Nature and Extent of the Divine Dominion and Goodnesse (Oxford 1666, 4°) ; A Free and Impartial Censure of the Platonick Philosophie (Oxford 1666, 4°) ; A Discourse of Ecclesiastical Politie (London 1671, 8°) ; A Demonstration of the Divine Authority of the Law of Nature and of the Christian Religion (London 1681, 4°) ; The Case of the Church of England (London 1681, 8°). Voir G.J. Schochet, « Between Lambeth and Leviathan : Samuel Parker on the Church of England and Political Order », in N. Phillipson et Q. Skinner (dir.), Political Discourse in Early Modern Britain (Cambridge 1993), p.189-208 ; « Samuel Parker, religious diversity and the ideology of persecution », in R.D. Lund (dir.), The Margins of Orthodoxy : Heterodox Writings and Cultural Response (Cambridge 1995), p.119-148 ; J. Jewell, Authority’s Advocate : Samuel Parker, Religion and Politics in Restoration England, Dissertation Ph.D., Université de Florida, 2004.

[12] Ce que Larroque désigne comme « l’ancienne et la nouvelle » Eglise anglicane correspond sans doute à ce qu’on appelle « High Church » et « Low Church ». Il s’agit de deux conceptions de la nature de l’Eglise, de la liturgie et du rôle du clergé, confrontant tradition et réforme, épiscopalisme et presbytérianisme. Il est inévitable que les commentateurs cherchent à ranger les personnages marquants de l’Eglise anglicane dans l’un ou l’autre camp, mais des éléments des deux conceptions pouvaient très bien coexister chez une même personne. Voir W.H. Hutton, The English Church. From the accession of Charles I to the death of Anne (London 1903, 1913) ; G.R. Cragg, The Church and the age of reason (London 1965) ; I.M. Green, The Re-establishment of the Church of England (Oxford 1978) ; J. Spurr, The Restoration Church (Yale 1991).

[13] Edward Stillingfleet (1635-1699), fellow de St John’s College, Cambridge, évêque de Worcester dès 1689, controversiste qualifié par le grand érudit Richard Bentley d’« esprit vaste et pénétrant », favorisait un compromis entre l’épiscopalisme et le presbytérianisme et attaquait la doctrine catholique. Il se fit particulièrement connaître par sa controverse avec John Locke, qu’il accusait de porter atteinte au dualisme de l’âme et du corps. Voir J.W. Marshall, « The ecclesiology of the Latitude-Men 1660-1689 : Stillingfleet, Tillotson and “Hobbism” », Journal of Ecclesiastical History, 36 (1985), p.407-427 ; W. Speck, Reluctant Revolutionaries (Oxford 1988) ; J.A.I. Champion, The Pillars of Priestcraft shaken. The Church of England and its enemies, 1660-1730 (Cambridge 1992).

[14] On ignore pourquoi Matthieu de Larroque avait déplu à Edward Stillingfleet. Ce qui précède autorise à penser que ce sont des raisons ecclésiologiques ou à cause des positions qu’il défendait sur la sainte cène dans son Histoire de l’eucharistie.

[15] Sur James Ussher (1581-1656), on peut consulter R. Buick Knox, James Ussher, archbishop of Armagh (Cardiff 1967) et A. Ford, James Ussher : theology, history and politics, in early modern Ireland and England (Oxford 2007).

[16] Le « fameux jésuite » se nommait William Malone (1586-1656). Voir James Ussher , An Answer to a challenge made by a Jesuite in Ireland : wherein the judgement of antiquity in the points questioned is truly delivered, and the noveltie of the new Romish doctrine plainely discovered (London 1625, 4°) : nouveau titre : A Printing of and Reply to « The Jesuites challenge » by W.B. [William Malone]. On ne connaît pas d’édition séparée de The Jesuites Challenge, écrit de quatre pages qui précède la réponse d’Ussher.

[17] Thomas Stapleton (1535-1598), professeur de théologie à Louvain, A Fortresse of the faith. First planted amonge us Englishmen, and continued hitherto in the universall Church of Christ. The faith of which time Protestants call, Papistry (Antwerpe 1565, 4°).

[18] Sur la « bibliothèque théologique » projetée par James Ussher et Gerard Langbaine (1609-1658), provost de Queen’s College, Oxford, voir Richard Parr (1617-1691) [auteur principal], The Life and acts of the Most Reverend Father in God, James Usher, late Lord Arch-bishop of Armagh, Primate and Metropolitan of all Ireland : with a collection of three hundred letters between the said Lord Primate and most of the eminent persons for piety and learning in his time, both in England and beyond the seas (London 1686, folio) : cet ouvrage biographique offre en conclusion une évaluation des qualités de James Ussher, suivie d’un compte rendu de ses ouvrages.

[19] John Fell, évêque d’Oxford : voir Lettre 587, n.8.

[20] C’est Christopher Hampton (1552-1625) qui précéda Ussher comme archevêque d’Armagh.

[21] Voir James Ussher, Gotteschalci et Prædestinatianæ controversiæ ab eo motæ, historia : una cum duplice ejusdem confessione, nunc primum in lucem edita, etc. (Dublinii 1631, 4º). Pour les œuvres de Godescalc (ou Gotteschalc), voir D.C. Lambot, O.S.B., Œuvres théologiques et grammaticales de Godescalc d’Orbais, textes en majeure partie inédits (Louvain 1945).

[22] Flodoard (894 ?- 966), ecclésiastique rémois, auteur d’une histoire très détaillée de l’Eglise de Reims, qui fut traduite en 1580 : L’Histoire de l’Eglise metropolitaine de Reims premierement escrite en latin (non encore imprimé) par Flodoard jadis chanoine d’icelle Eglise : et maintenant traduite en françois par Maistre Nicolas Chesneau doyen et chanoine de S. Symphorian audit Reims. En ceste histoire le lecteur bien affectionné remarquera par qui les premiers commencemens de la foy et religion chrestienne ont esté jettez en cette province : consequemment le progrés, et continuation d’icelles. Edition premiere (Reims 1580, 4°).

[23] Hincmar (806-882), archevêque de Reims, se mit à la tête du parti qui regardait comme hérétiques les doctrines prédestinationistes de Godescalc (ou Gotteschalc) et réussit à le faire arrêter et emprisonner en 849. Rabanus Maurus (776 ou 784-856), archevêque de Mayence en 847, savant théologien, prit part lui aussi à la condamnation de Godescalc en soumettant son cas à la juridiction de Hincmar.

[24] Ratramne de Corbie fut moine à l’abbaye de Corbie au IX e siècle. On sait peu de chose de sa vie et il ne nous est connu que par ses ouvrages tels que le De Corpore et sanguine Domini ( Patrologia latina, cxxi.125-170) sur la question de l’Eucharistie, qui fut inscrit à l’Index en 1559. En 1655, Jacques de Sainte-Beuve, théologien proche de Port-Royal, professeur royal en Sorbonne, entreprit la réhabilitation de Ratramne. Profitant de ses travaux, l’abbé Jacques Boileau donna en 1686 une édition du traité avec une traduction française et une importante annotation : Traité du corps et du sang du Seigneur, composé en latin, il y a plus de huit cens ans, par Ratramne ou Bertram, [...] traduit en françois, avec des remarques (Paris 1686, 12°). Le souci de retirer aux protestants l’appui de Ratramne empêcha l’abbé Boileau de saisir la vraie pensée de l’auteur qu’il commente. Sa thèse principale – que Ratramne polémique non contre Radbert mais contre un auteur inconnu, où Boileau veut voir Jean Scot Erigène – est fausse. Daniel de Larroque fait ici allusion à la controverse que suscita l’ouvrage De Prædestinatione dei libri duo ( Patrologia latina, cxxi.13-80) ; en effet, Ratramne tint dans cette querelle une place importante aux côtés de Godescalc contre l’évêque de Reims Hincmar : voir DTC, xiii.1780-1787.

[25] Jean Scot Erigène, philosophe et théologien du IX e siècle, que Charles le Chauve nomma à la tête de l’école du palais, certainement avant l’année 847, car c’est à cette date que Prudence quitta la cour pour devenir évêque de Troyes. Il rédigea, à la demande de Hincmar, un traité sur la prédestination qui s’insère dans le De Divisione naturæ. Godescalc avait admis une double prédestination des élus au bonheur éternel et des réprouvés à la damnation. Ce fut le point de départ de discussions où s’engagèrent tous les théologiens de ce temps : voir DTC, v.401-434.

[26] Moine à l’abbaye de Fulda, puis à l’abbaye d’Orbais au diocèse de Soissons (province ecclésiastique de Reims) au IX e siècle, Godescalc fut en correspondance avec Ratramne de Corbie. Il développa la doctrine de la double prédestination, pour laquelle il fut condamné en 848 comme hérétique, fouetté et emprisonné. Il composa dans sa captivité deux professions de foi ( Patrologia latina, cxxi.346-350 et 349-366). Hincmar, son métropolitain, soucieux de démasquer les erreurs de Godescalc, combattit, en 849, sa théorie de la prédestination dans un opuscule aujourd’hui disparu, Ad reclusos et simplices. Des hommes influents de l’Eglise gallo-franque, saint Prudence, évêque de Troyes, Ratramne de Corbie et saint Rémi, évêque de Lyon, attaquèrent l’opuscule et, sans prendre explicitement parti pour Godescalc, soutinrent la théorie de la double prédestination. Godescalc, que la prison et les mauvais traitements avaient rendu presque fou, mourut en 868 ou 869 : voir DTC, vi.1500-1502.

[27] Né vers la fin du VIII e siècle, Florus (?-vers 860) reçut sa formation à l’école cathédrale de Lyon, dont il prit ensuite la direction. En qualité de diacre, il devint le conseiller de trois évêques de Lyon, Agobard, Amolon et saint Rémi. Son œuvre est variée : théologie, droit canon et poésie. Il combattit les thèses de Godescalc d’Orbais et de Jean Scot Erigène sur la question de la prédestination.

[28] James Ussher, Veterum Epistolarum hibernicarum Sylloge (Dublinii 1632, 8°).

[29] James Ussher, A Discourse of the Religion anciently professed by the Irish and Brittish (London 1631, 4º).

[30] James Usher, Britannicarum ecclesiarum antiquitates. Quibus inserta est pestiferæ adversus Dei gratiam a Pelagio Britanno in ecclesiam inductæ hæreseos historia (Dublinii 1639, 8°, 4 vol.).

[31] Ces travaux de James Ussher sur les vaudois sont restés inédits.

[32] Nous n’avons su préciser l’identité d’Elikmannus ni localiser son catalogue des rois de Perse.

[33] La comtesse de Peterborough, femme d’un catholique qui finit par se convertir au protestantisme, tenait Ussher dans le plus grand respect et le protégeait. Il passa les neuf ou dix dernières années de sa vie chez elle.

[34] Après un procès qui dura du 20 au 27 janvier, l’exécution de Charles I er eut lieu le 30 janvier 1649 devant le palais de Whitehall. Voir C.V. Wedgewood, The Trial of Charles I (London 1964, 1983).

[35] Oliver Cromwell (1599-1658), Lord Protector de l’Angleterre après l’exécution de Charles I er , combattit, en effet, les anglicans et chercha à imposer la doctrine des « puritains » calvinistes minoritaires, d’où sa méfiance à l’égard de James Ussher. Voir C. Hill, God’s Englishman. Oliver Cromwell and the English Revolution (London 1970).

[36] Voir Richard Parr, The Life of James Usher, late Lord Archbishop of Armagh ; with a collection of three hundred letters between the said Lord Primate and most of the eminentest persons [...] in his time (London 1686, folio, 5 vol.). Cet ouvrage fut également publié, semble-t-il, sous un titre et une tomaison légèrement modifiés : The Life and Acts of the Most Reverend Father in God, James Usher, late Lord Arch-bishop of Armagh, Primate and Metropolitan of all Ireland : with a collection of three hundred letters between the said Lord Primate and most of the eminent persons for piety and learning in his time, both in England and beyond the seas collected and published from original copies under their own hands (London 1686, folio, 4 vol.). Un appendice défend, contre le pamphlet de Peter Heylin (1559-1662) intitulé Respondet Petrus, l’orthodoxie des opinions et des actions d’ Ussher à l’égard de la doctrine et de la discipline de l’Eglise anglicane.

[37] Cette lettre de Pietro Sarpi à François Hotman, abbé de Saint-Médard de Soissons, datée du 22 juillet 1608 et portant sur l’étude de la théologie et de l’histoire ecclésiastique, fut traduite par Richard Parr et se trouve dans son ouvrage, The Life and Acts of the Most Reverend Father in God, James Usher, late Lord Arch-bishop of Armagh, Primate and Metropolitan of all Ireland : sur cet ouvrage, voir la note précédente.

[38] Cette nouvelle édition annoncée devait paraître finalement à Oxford : Edward Bernard, De mensuris ponderibus antiquis libri tres, editio altera, purior et duplo locupletior (Oxoniæ 1688, 8°) ; la première édition avait paru en appendice à l’ouvrage d’ Edward Pococke, A Commentary on the Prophecy of Hosea (Oxford 1685, folio).

[39] Hélène Du Moulin, épouse de Pierre Jurieu. Nous ne connaissons pas la nature de la « négociation ».

[40] Jacques Basnage, venait de publier deux ouvrages : Considérations sur l’état de ceux qui sont tombés, ou lettre à l’Eglise de *** sur sa chute (Rotterdam 1686, 12°), et sa Réponse à M. l’évesque de Meaux sur sa lettre pastorale (s.l. 1686, 12°).

[41] Larroque avait fait la connaissance d’ Adriaan Paets le fils : voir Lettre 481, p.105 et n.7. Nous ignorons la nature de l’accident auquel il fait allusion.

[42] Adriaan Paets (1631-1685) eut trois enfants de son premier mariage avec Marie de Lange : Sophie (1654-1711), Adriaan (1657-1712) et Vincent (1658-1702). Voir A.E. Engelbrecht, De vroedschap van Rotterdam, 1572-1795 (Rotterdam, 1973), p. 208.

[43] Sur Alexandre Cunningham, que Bayle avait recommandé auprès de Jean-Georges Graevius, voir Lettres 481, n.6, 566, n.2, 617, n.1, et 1420, n.3.

[44] Jean Rou et Jacques Du Rondel appartenaient tous deux au cercle des correspondants réguliers de Bayle. « Tugnac » désigne Esaïe Tugnat  : il avait été reçu au ministère en 1681 et avait été nommé pasteur à Chauny en Picardie ; réfugié aux Pays-Bas à la Révocation, il arriva à Maastricht en juin 1685 et y devint professeur de philosophie. Voir H. Bots, «  Les pasteurs français au Refuge  », n° 385.

[45] Sur Jacques Alpée de Saint-Maurice, qui avait été le collègue de Bayle et de Larroque à l’académie de Sedan, voir Lettre 114, n.9 ; après la Révocation, comme tant d’autres Sedanais, il s’était réfugié à Maastricht, où il fut, jusqu’à sa mort, pasteur et professeur de théologie.

[46] Les historiens sont d’accord sur le calvinisme de la théologie d’Ussher et sur le romanisme d’ Heylin. Ussher, cependant, était sincère et tolérant, alors que l’esprit d’Heylin était essentiellement partisan. La conception de l’Eglise anglicane favorisée par Heylin est restée très influente dans les milieux anglicans de tendance romaniste.

[47] Nous n’avons pas réussi à identifier plus précisément M. de La Fuye, marchand dans le Strand à Londres : il s’agit certainement d’un réfugié huguenot.

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