Lettre 645 : François Lamy à Pierre Bayle

[Saint-Denis, le 16 octobre 1686]
Il y a longtems, Monsieur, que j’atends une voye seure pour vous envoyer les deux derniers volumes de La Con[n]oissance de soi même [1]. En voicy une à la quelle on pretend que je me puis fier, je vous prie donc trez humblem[en]t de les agreer, d’en faire la critique et d’avoir la bonté de m’en dire votre sentiment. Je ne say si vous avez reçu une lettre assez ample que j’eus l’honeur de vous écrire il y a prez de nœuf [ sic] ou dix mois [2][.] / Qu’il est desagreable de ne se parler que de si loin, et par tant de dificultés ! Soyez toujours bien persuadé, Monsieur, que je vous honore singulierement et que je suis de tout mon cœur en J[ésus] C[hrist] votre trez humble et trez obbeissant serviteur François Lamy
de S[ain]t Denis en France ce 16 octob[re] 1686
 A Monsieur/ Monsieur Baile/ A Roterdam

Notes :

[1] François Lamy (1636-1711) était entré dans l’ordre des bénédictins en 1659. En 1671, Claude Bretagne le décida à enseigner la philosophie aux jeunes religieux, et il consulta « un fameux disciple de M. Descartes », sans doute Rohault, avant de donner son premier cours de logique, qui semble avoir été influencé par la Logique de Port-Royal. La première lettre conservée de Lamy à Malebranche (Malebranche, OC, xviii.244-248) laisse supposer que leur amitié date de 1674 et qu’elle fut interrompue par un « refroidissement » entre 1678 et 1680. A Paris, Lamy fréquenta l’académie de Bourdelot et put s’y mettre au courant de toutes les controverses qui marquaient l’histoire de la nouvelle philosophie. Il soumit à Malebranche en 1684 une version manuscrite de son premier ouvrage proprement apologétique, Le Nouvel athéisme renversé, qui devait être publié, à l’initiative de Bossuet et avec l’approbation de Fénelon, en 1696. Un délai semblable et inexplicable caractérise la publication de l’ouvrage dont il est question dans la présente lettre. En effet, la lettre autographe porte clairement la date de 1686, alors que le traité De la Connoissance de soi-même ne devait être publié qu’à partir de 1694 (Paris 1694-1698, 12°, 5 vol.). Lamy évoque une lettre adressée à Bayle neuf ou dix mois auparavant, c’est-à-dire au début de l’année 1686, et le ton de la lettre, la demande faite à Bayle de lire l’œuvre manuscrite et le fait même qu’il n’envoie que les deux derniers volumes de son traité laissent supposer qu’il avait pu engager une correspondance avec Bayle déjà avant cette date : cette correspondance éventuelle antérieure ne nous est pas parvenue. Sur le bénédictin, voir J. Zehnder, Dom François Lamy, moine bénédictin et religieux de la congrégation de Saint-Maur, 1636-1711. Un représentant de la vie intellectuelle française entre 1680 et 1710 (Zug 1944) ; A. McKenna, De Pascal à Voltaire, p.528-544 ; C. Senofonte, Il cogito offuscato. Il cartesianismo problematico di François Lamy (Firenze 1997) ; et l’édition critique de sa correspondance avec Jean-François de Saint-Laurens, La Religion défenduë par la raison sur l’immortalité de l’âme et sur quelques autres importantes vérités. En plusieurs lettres réciproques, éd. M.G. Zaccone Sina (Firenze 2003).

[2] Cette lettre de Lamy à Bayle est perdue.

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