[Dublin, le 12 décembre 1686]
Très Illustre Monsieur, Puisque, avec la bienveillance dont vous protégez les productions littéraires, vous avez eu une considération peu commune pour nos efforts de débutants [1] ; et par les lettres adressées au très érudit docteur Sylvius [2], vous avez montré envers nous des sentiments d’affection peu ordinaires, la Société de Dublin a trouvé qu’il était juste, et, conformément à la charge que je remplis, j’ai estimé qu’il était nécessaire, d’offrir ces maigres témoignages de l’extrême respect que nous avons pour un homme d’un tel mérite [3]. Jusqu’ici nous ne sommes que dans notre première enfance et si certains de nos balbutiements sont meilleurs que d’autres nous reconnaissons avec gratitude notre très grande dette envers vos publications. Nous avons été favorisés, nous à qui il a été donné de concevoir quelque chose de digne d’un homme d’une telle réputation, et en l’accomplissant de nous élever à son niveau. Vous nous invitez à vous envoyer de nos productions et nous acceptons volontiers, ne doutant pas qu’il ne nous arrive finalement ce qui arrive à ceux qui exercent le commerce parmi les Indiens : en échangeant de pauvres bagatelles contre un or précieux : vous récompensez nos pauvres efforts par les plus utiles inventions du monde lettré. Puisque vous êtes vous-même la source et fontaine des Arts et Sciences, qu’il nous soit permis d’en avoir détourné un petit ruisseau où tout le monde a bu avec un si grand profit. Bref, vous offrez une amitié durable que nous embrassons avec la plus grande reconnaissance ; et si nos études et nos offrandes peuvent ajouter quelque chose à l’avancement des sciences utiles, nous nous féliciterons d’avoir saisi une nouvelle occasion de réaffirmer notre amitié, que nous faisons unanimement vœu de tenir sacrée et inviolée : vivez donc en bonne santé, souvenez-vous de nous et, pour tous les bons offices, de votre tout dévoué Edward Smyth Secrétaire de la Société de Dublin

Notes :

[1] Edward Smyth (?-1720), membre de la Société philosophique de Dublin, devint chapelain de Guillaume III en 1693 et évêque de Down et Connor en 1699. Il fut élu fellow de la Royal Society en 1693. Il fait allusion à la mention par Bayle dans les NRL, avril 1684, art. VI, de la fondation de la Société philosophique de Dublin, évoquée de nouveau au mois de juin 1686, art. IX, in fine.

[2] Bayle avait publié une lettre de Jacques Sylvius (ou Silvius), membre de la Société philosophique de Dublin et de la Royal Society, dans les NRL, juillet 1686, art. VI, « touchant une fille qui a plusieurs cornes en divers endroits du corps », et il devait publier au mois de janvier 1687, art. IV, le compte rendu d’un ouvrage du même auteur : Novissima idea de febribus, et earundem dogmatica ac rationalis cura, mechanicis rationibus suffulta. Accessit dissertatio de insensibili transpiratione mechanicè probata (Dublinii 1686, 12°). Deux lettres de Jacques Sylvius à Bayle ont survécu : celle de mai-juin 1686 (Lettre 570) et celle du 1 er septembre 1686 (Lettre 622), mais aucune de lettres que Bayle a dû lui adresser ne nous est parvenue.

[3] La Société philosophique de Dublin fut fondée en 1683 par William Molyneux, à l’image de la Royal Society. Parmi ses premiers membres, on trouve William Petty, les archevêques Narcissus Marsh et William King, l’évêque George Berkeley ; la plupart des membres émanaient du Trinity College de Dublin. La lettre d’Edward Smyth fut sans doute accompagnée de différentes publications des membres de la Société, car il n’avait pas publié d’ouvrage sous son propre nom à cette date. Bayle avait recensé les Deux essais d’arithmétique politique (Londres 1686, 4°) de William Petty dans les NRL, octobre 1686, art. III, et une lettre de Thomas Molyneux, le frère de William, sur « la dissolution des corps dans les menstruës », parut dans les NRL, août 1684, art. IV : voir Lettres 305, 312, 375.

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