Lettre 728 : Pierre Bayle à David Constant de Rebecque

A Rotterdam le 8 de may 1689

Voici la 1 ere occasion que je rencontre, mon tres-cher Monsieur, de vous ecrire sans vous exposer aux fraix de la poste depuis que j’ay recu vos deux dernieres [1] egalement remplies et des marques de votre amitié, et de cet esprit vif, enjoüé, et divertissant que j’ay si souvent remarqué en vous dans nos frequentes promenades de Commugni et de Copet [2]. Comme il y a beaucoup plus de refugiez qui viennent de Suisse icy, qu’il n’y en a qui aillent d’icy chez vous, il n’est pas etrange que j’aye eté si long tems à rencontrer une commodité* favorable pour vous faire reponse, mais tout vient à point qui peut attendre. Aujourd’hui je puis vous ecrire par un de mes anciens amis et mon allié [3], qui ayant suivi M. le prince à son expedition d’Anglet[erre] [4] avec tous les autres officiers refugiez a eté fait lieutenant dans l’un des 3 regimens francois que l’on leve en Angleterre, et qu’il s’en va en Suisse pour y faire des soldats [5]. Vous avez admiré sans doutte* aussi bien que moi l’heureuse revolution qui est arrivée dans les affaires generales, au grand avantage des protestans et meme des catholiques qui ont eté nos plus cruels persecuteurs, je veux dire les princes de la maison d’Austriche, à qui il semble que le nouveau roy d’Angleterre va redonner leur ancien credit, comme pour reparer le tort qu’ils ont cru avoir recu de ses ancetres [6]. Dieu veüille que si cette maison se releve, ce soit sans ces noires et cruelles maximes de persecution qui l’ont renduë le fleau de Dieu si long tems, et depuis peu meme en Hongrie sur les Eglises protestantes [7].

Je suis de votre gout sur [les] / explications de l’Apocalypse ; on y a eté trompé tant de fois, et leurs auteurs sont si peu d’accord entre eux qu’il ne faut les regarder que comme des jeux d’esprit. Voiez neanmoins combien celles de Mr Jurieu ont trouvé fort à propos une ressource de vrai-semblance dans le grand remuement qui est arrivé tout d’un coup et sans qu’on s’y attendist, par toute l’Europe [8]. Ne diroit on pas que la providence veut ici tenter la foi des incredules, en leur fournissant des amorces tres capables de les ebranler, et de les faire dechoir de la regle du bon sens [9]. Mais c’estoit bien pis quand les relations que nous recevions de Geneve ne nous parloient que de 4 ou 5 cens prophetes, la plupart enfans, dont on disoit des merveilles [10]. Si ce bruit s’etoit confirmé, et si cette affaire n’avoit pas eu un facheux echec, • je ne sai pas où nous aurions peu nous cacher pour eviter les insultes, nous qui avions paru durs et difficiles* à croire. Mais au reste est-il vrai que Mr Merlat ait preché de toute sa force que c’etoit pur ouvrage de demon [11][?] Cela est capable de le rendre plus odieux que son Traitté du pouvoir absolu des souverains, etrangement mal mené dans les dernieres Pastorales de Mr Jurieu [12].

M rs Banage qui vous font mille complimens n’ont point recu le paquet dont vous m’avez parlé, et il faut qu’on ne l’ait pas remis à l’homme de Des-Bordes à Francfort [13], car encore que Des-Bordes ne soit pas l’imprimeur de Mr Banage l’avocat [14], il n’a pas laissé de lui faire tenir plusieurs choses qui lui etoient adressées pour lui.

Je vous ai parlé fort sincerement sur votre Ciceron [15], car je suis persuadé que les notes en sont choisies, judicieuses, et savantes, et cela me fait vous combattre mon cher Monsieur, sur le dessein que vous dites avoir pris de ne faire plus imprimer quelque chose apres le traitté De juramentis [16]. Vous changerez de dessein si vous m’en croyez, et vous m’en devez croire asseurement puis qu’outre mon titre d’ancien nouveliste de la Republique des Lettres qui m’engage à etre le solliciteur et l’agent des interets publics de cet Etat / là, je conois autant qu’un autre ce que vous valez et dequoi sont capables les grandes forces de votre esprit.

Lors que Mr Chauvin ecrivoit que ma charge lui etoit asseurée [17], il faloit qu’il crust ou que je ne vivrois pas long tems, ou que je ne serois pas en etat de l’exercer, car sans l’un ou l’autre de ces 2 cas la chose ne pouvoit pas lui etre asseurée, et apparemment il eust eu bien de la peine à me succeder quand meme ces cas seroient arrivez, car comme cette ville n’a fait l’etablissement des lecons publiques que comme par accident à la recommandation d’un magistrat [18] qui vouloit nous servir icy Mr Jurieu et moi fraichement venus de Sedan où le Roy nous avoit chassez, je doutte fort qu’apres nous on continuë la pension quoi que n’etant que de 500 francs pour chacun, ce ne soit pas une charge fort pesante pour la ville, mais apres tout on est menager, et on a cent sortes de depenses à faire plus utiles à la ville. Quoi qu’il en soit Mr Chauvin tres-capable d’une profession non seulement dans une Ecole illustre mais aussi dans une Academie, a pu voir que l’ evenement* n’a pas justifié ce qu’il avoit ecrit à Lausanne. Je suis seul icy à professer publiquement la philosophie.

Pour revenir aux nouvelles publiques (car c’est un point où l’on ne peut manquer de revenir quelque digression que l’on fasse, vous l’eprouvez sans doutte à Lausanne dans la conversation, aussi bien que nous icy) on voudroit bien icy que vos cantons fissent comme sous le regne de Louis XII, lors que la France etant accablée de tous cotez par l’Angleterre, l’Espagne, • l’Italie, et l’empereur, ils profiterent de la conjoncture et allerent en grand arroi* assieger Dijon [19], mais au lieu de cette diversion puissante, on fait courir le bruit qu’ils se tiendront neutres. Ils ont sans doutte leurs raisons, on doit presumer cela de personnes aussi sages que celles qui sont au gouvernement, et dont la conduitte est depuis long tems merveilleuse, puis que votre Republique sans [se]ntir les incommoditez de la guerre, conserve la reputation de tres belli[queuse] / [e]t se fait faire la cour par toutes les autres.

Je felicite Monsieur votre ainé de sa promotion et je saluë tendrement votre chere epouse et toute la famille [20]. Une autrefois ma lettre sera moins serieuse, la conjoncture du tems ne m’a pas permis dans un si petit espace de prendre un air un peu badin. Tout à vous mon tres cher Monsieur.

 

A Monsieur/ Monsieur Constant f[idele] m[inistre]/ d[u] s[aint] E[vangile] et professeur/ A Lausanne

Notes :

[1] Ces deux lettres de Constant à Bayle ne nous sont pas parvenues. La dernière lettre de Bayle, où il évoquait une lettre antérieure de Constant, est celle du 18 janvier 1689 (Lettre 719).

[2] Bayle garde un souvenir ému du temps qu’il a passé à Coppet près de Constant : voir aussi Lettres 749 et 761.

[3] Il s’agit de Jean de Bayze, à qui Bayle avait adressée une lettre en Angleterre au mois de février 1689 : voir Lettre 722. En effet, nous apprendrons par une lettre du mois d’octobre 1689 (Lettre 735) que Jean de Bayze a fait une « petite course » à Genève.

[4] Guillaume III d’Orange lors de l’expédition de la « Glorieuse Révolution » en Angleterre.

[5] Il s’en va en Suisse afin de lever des troupes pour les besoins de l’armée de Guillaume III d’Orange.

[6] Après avoir constaté que la Glorieuse Révolution (« les affaires generales ») s’est accomplie au « grand avantage » des protestants, Bayle ne peut pas s’empêcher d’ajouter « et même des catholiques » : dans cette formule paradoxale on sent poindre une insinuation récurrente de l’ Avis aux réfugiés. En effet, dès l’« Avertissement », l’éditeur prétendu de l’ Avis constate avec une fausse ingénuité : « La très-auguste Maison d’Autriche, dont le zèle pour sa religion est assez connu, et tous les princes catholiques d’Allemagne ont applaudi à cette bienheureuse révolution et la maintiennent le plus qu’ils peuvent. Les moines et les jésuites mêmes par toute l’Europe, excepté en France, ou approuvent, ou du moins ne témoignent pas qu’ils désapprouvent cela : “ Non hæc sine numine Divum”. » (éd. G. Mori, p.132). Et plus loin, dans sa conclusion, l’auteur, catholique prétendu, constate l’« alliance objective » entre Guillaume III d’Orange et la maison des Habsbourg contre la France.

[7] Au cours des années 1670, de nouvelles persécutions contre les protestants provoquèrent un soulèvement révolutionnaire dans les possessions hongroises des Habsbourg. Menés par Thököly, allié avec les Turcs à partir de 1682, les rebelles hongrois avaient remporté une série de victoires sur les forces de l’empereur Léopold I er . Mais les armées de l’empereur repoussèrent les attaques et l’effondrement des forces insurgées de Thököly fut rapide. De violentes représailles furent engagées contre les chefs rebelles et la diète hongroise fut contrainte de décréter l’hérédité de la couronne hongroise au sein de la dynastie des Habsbourg. Voir aussi Lettres 647, n.3, et 770, n.11 et 12.

[8] Tout en approuvant le scepticisme de Constant à l’égard de l’annonce de « l’accomplissement des prophéties » de l’Apocalypse, Bayle feint d’applaudir l’enthousiasme de Jurieu à l’égard de l’expédition en Angleterre de Guillaume III, salué comme un « nouveau David » : voir Jurieu, Lettres pastorales, III e année, éd. R. Howells (Hildesheim 1988), lettre IX, p.72, et lettre XVII, p.131b. Or, la dénonciation de cette vision huguenote du héros protestant et le rôle de Jurieu dans l’élaboration de cette vision constituent des thèmes majeurs de la Lettre d’un nouveau converti et de l’ Avis aux réfugiés, et cette même hostilité de Bayle à « l’option orangiste » devait éclater dans l’article « David » du DHC : voir W. Rex, Essays on Pierre Bayle and on religious controversy (La Haye 1965) ; H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle ». La bataille entre Pierre Bayle et Pierre Jurieu devant le consistoire de l’Eglise wallonne de Rotterdam (Saint-Etienne 2006), Introduction, p.33-47, 62-66.

[9] Forte expression du scepticisme de Bayle à l’égard des prophéties de Jurieu : son compte rendu de L’Accomplissement des prophéties dans les NRL, mars 1686, art. VI, avait été neutre, comme le relèvent Baudelot de Dairval et l’ abbé Charlan (Lettres 604, p.46, et 665, n.1) ; une remarque de Beausobre laisse entendre qu’en privé Bayle était plus dur à l’égard du prophétisme de Jurieu : voir Lettre 584, n.5. Dans sa lettre à Constant du 29 juillet 1688, Bayle restait encore assez distant, se contentant de relever l’intention du synode flamand de censurer « sa doctrine de mille ans » : Lettre 716, p.471. Il s’exprime donc plus clairement dans la présente lettre, après avoir attiré l’attention, dans l’« Avis du libraire » de la Lettre d’un nouveau converti, sur les réfutations très sévères de Pellisson (voir aussi Lettre 724, n.4 et 5). Son hostilité radicale à l’égard du prophétisme de Jurieu éclatera dans La Cabale chimérique : voir Lettre 808, n.53.

[10] Les manifestations de prophétisme survenues en Dauphiné furent utilisées par Jurieu comme argument en faveur du caractère inspiré de la résistance des protestants français en lien avec ses spéculations eschatologiques (voir son récit des extases d’ Isabeau Vincent, la bergère de Crest : Lettre pastorale du 1 er octobre 1688 ; voir aussi les Lettres pastorales du début de l’année 1689). Or, depuis ce moment et même dès 1688, Genève vit arriver de jeunes Languedociens qui se disaient prophètes, ébranlant les certitudes de certains pasteurs de la Vénérable Compagnie et de nombreux réfugiés français. Du milieu de ces derniers provint une Lettre de Genève contenant une relation exacte au sujet des petits prophètes du Dauphiné (13-22 février 1689) imprimée à Rotterdam chez Abraham Acher. Pellisson ne manqua pas d’enfoncer un coin entre Jurieu et Genève à ce propos : le pasteur savait bien qu’il faudrait des miracles pour justifier une mission extraordinaire et la séparation de l’Eglise : « La Republique de Geneve, dont il faut loüer la bonne-foi, a découvert et condamné l’imposture des petits prophetes. » ( Les Chimères de M. Jurieu, IIe partie, p.10). Sur les troubles et les questions suscités par ces informations et leurs répercussions, voir O. Fatio, « L’Eglise de Genève et la révocation de l’édit de Nantes : un prophétisme suspect », in Genève au temps de la révocation de l’édit de Nantes (Genève-Paris 1985), p.248-252. Le soupçon – dénué de fondement – selon lequel il existerait une « fabrique de prophètes » organisée à Genève et plus ou moins liée aux intérêts des puissances protestantes apparut à cette époque. Il continua de s’exprimer pendant et après la guerre des Cévennes sous les plumes catholiques ( Brueys, Louvreleul, Fléchier) : voir P. Joutard, La Légende des camisards (Paris 1977), p.72-76.

[11] Dans le Traité du pouvoir absolu des souverains de 1685 (p.6), Elie Merlat avait affirmé qu’« il n’y a rien de plus déplorable que la condition d’un homme que le faux zéle anime à la mort, de qui la bonne intention dégénére en pure hypocrisie, et qui fait d’une rebellion opiniâtre et criminelle une action de piété héroïque ». Il poursuivait en soutenant « que cette déplorable erreur enchante une infinité de gens ; qu’elle est presque aussi commune que damnable ; et que plusieurs, qui croyent être martyrs ou confesseurs de Jesus Christ en souffrant pour sa cause sont souvent les martryrs de leur pure opinion et de leur fausse générosité ». Au début de l’année 1989, Merlat publia un sermon prononcé à Lausanne les 11 et 13 janvier précédents : Le Moyen de discerner les esprits. Ou sermon Sur la I. Epitre de S. Jean, chap. 4 vers. I. « Bien-aimés, ne croyez pas à tout Esprit ; mais éprouvez les esprits, s’ils sont de Dieu » (Lausanne [Genève], David Gentil [Jaques Stoër], 1689). Il y déclara sans nuance que les phénomènes de prophétisme survenus en Dauphiné étaient inspirés par le démon. Or, dans sa Lettre pastorale datée du 15 avril 1689, après avoir attaqué Antoine Arnaud, Jurieu s’en prend à Merlat dans un passage qui traite davantage de l’obéissance politique que de l’inspiration prophétique : « Notre grande affaire presentement est de nous justifier dans l’esprit des peuples des noires accusations que l’on nous fait d’être les ennemis naturels des souverains, de ne vouloir point reconnoître de roy legitime qui ne soit ortodoxe, d’être insatiables de seditions, de fouler aux pieds tous les droits les plus sacrés quand il s’agit d’avancer nôtre religion. Et tout cela par rapport à l’Angleterre où les protestans étant redevenus les maîtres après une oppression de trois ou quatre ans, ont déclaré le thrône du royaume vacant par la fuitte de Jaques II et par la violation des loix et ont mis en sa place Guillaume prince d’Orange et Marie d’Angleterre son épouse, fille du roy Jaques. Les François vos compatriotes ne se lassent point de nous envoyer libelles sur libelles où cette matiere est touchée de la maniere la plus odieuse : on traite l’action des Anglois et du prince d’impieté, de crime execrable, de rebellion affreuse, d’usurpation detestable et violente, et luy de Neron, de Herodes et de nouveau Cromwel. Nous savons que c’est l’abbregé des sermons qu’on vous fait tête à tête dans toutes les conversations aussi bien que dans le public. […] Premierement nous vous avoüerons que pour conserver nôtre inviolable fidelité à nos princes, nous n’avons pas besoin des maximes outrées de ce particulier qui a écrit depuis quelque tems sur le pouvoir absolu des souverains. Il a trouvé à propos de faire le procés à nos bien heureux ancestres sur ce qu’ils ont été contraints de prendre quelquefois les armes pour la defense de leur vie et de leur religion ; de faire regarder ceux qui sont morts dans les guerres de religion comme de vrays martyrs du demon, qui en mourant ont pretendu mourir pour la cause de Dieu, et qui sont morts par un tres juste supplice ; de condamner comme coupables d’une tres mauvaise et tres dangereuse erreur nos synodes nationaux qui ont quelquefois loüé ceux lesquels ont porté et portoyent les armes dans les guerres de religion. De soutenir enfin que les roys peuvent tuer et massacrer les innocens à leur plaisir. » L’expression « martyrs du démon » (nous soulignons) renvoie à la question des prophètes et inspirés, mais la polémique tourne aussi autour de l’absolutisme. Elle se prolonge dans la Lettre pastorale du 1 er mai 1689, où ces deux thèmes sont repris : le texte est consacré pour l’essentiel à la question politique (p.129-134), mais Jurieu répète ses attaques contre la prédication de Merlat touchant le discernement des esprits : « Nous avons un des nôtres qui, en deux ou trois grands sermons ; s’est efforcé de prouver que ces enfans étoient possedez du demon. C’est ce que j’ai appelé une impiété et une folie, et je ne m’en rétracte point. Car il faut étre dans une disposition d’esprit qu’on ne sçauroit définir pour attribuer aux inspirations du demon de longs discours pleins de vérité et de pieté. (p.135). Pour une approche générale de l’attitude de Merlat, voir W. Grossmann, « Elie Merlat on discernment of false inspiration », Revue de synthèse, IV, 4 (1990), p.423-433.

[12] L’hostilité d’ Elie Merlat à l’égard de la Glorieuse Révolution découlait de sa défense du « pouvoir absolu » du souverain dans son Traité du pouvoir absolu des souverains, pour servir d’instruction, de consolation et d’apologie aux Eglises réformées de France qui sont affligées (Cologne 1685, 12°) ; Bayle avait aidé à la publication de cet ouvrage et en avait donné un compte rendu flatteur dans les NRL, août 1685, art. VII. Or, Jurieu s’en était pris très durement à l’auteur de la Réponse d’un nouveau converti et à Merlat dans les Lettres pastorales (3e année, Lettres XV, XVI, XVII, XVIII, Rotterdam avril-mai 1689, 4°), et Merlat avait révisé son sentiment dans un sermon imprimé en 1689 : Le Moyen de discerner les esprits, ou sermon sur la 1 re épître de S. Jean [...] (Lausanne 1689, 8°). Bayle relève cette palinodie dans l’ Avis aux réfugiés (éd. G. Mori, p.192-193) et, dans sa lettre à Constant du 26 juillet 1690 (Lettre 749), il constate avec amertume que Merlat a abandonné ses convictions et s’est soumis à l’autorité de Jurieu. Comme l’indique G. Mori (éd. citée, p.18, n.42), Merlat devait composer une réfutation de l’ Avis aux réfugiés qui resta manuscrite : La Balance juste, ou réponse à l’auteur de l’« Avis aux réfugiez » (Lausanne BCU, ms U 555/14/01). Bayle allait chercher à faire pression sur lui par l’intermédiaire de David Constant pour qu’il ne publie pas cet écrit : voir sa lettre à Constant du 18 février 1692 (Lettre 856) : « Je souhaitte que vos prieres obtiennent de Mr Merlat la suppression de ce qu’il a mis dans son avertissement sur notre querelle, et si vous le jugez à propos, vous lui pouvez dire que je l’en supplie, et lui en aurai de l’obligation, et que si nonobstant vos prieres et les miennes il n’en veut rien faire, je serai obligé d’apprendre au public qu’il ne se connoit point en preuves [...] ».

[13] Le représentant de l’imprimeur amstelodamois Henri Desbordes à la foire de Francfort.

[14] Henri Basnage de Beauval.

[15] David Constant, M. T. Ciceronis de Officiis libri tres ; item Cato M., vel de Senectute ; Laelius, vel de Amicitia ; Paradoxa stoicorum ; Somnium Scipionis, emendati et notis aucti a Davide Constantio (Genevae 1688, 12°) : sur ce recueil, voir Lettres 707, n.7, et 716, n.2.

[16] Nous ne saurions préciser de quel ouvrage il s’agit ici : peut-être du traité de Jeremias Setzer, Tractatus de juramentis, in libros V distributus, dont une nouvelle édition avait paru quelques années plus tôt (Lipsiae 1672, 4°) ; du traité de Maïmonide, Tractatus de juramentis secundum leges hebræorum (Heidelbergæ 1672, 4°), traduit en latin et annoté par Johann Friedrich Mieg, ou bien encore du Tractatus theologicus de juramentis et Jesuitarum æquivocationibus (Tubingæ 1625, 4°) de Théodore Thumm. Enfin, Robert Sanderson, évêque de Lincoln, publia également un livre De juramenti promissorii obligatione (Oxonii 1646, et Londres 1647, 1670, 1676, 1683, 8°), qui connut une traduction anglaise : A Discourse concerning the nature and obligation of oaths (London 1716, 8°) ; il fut bien connu à cette époque et il se peut donc que Constant ait été tenté d’en proposer une édition ou une traduction française. En tout cas, il ne semble pas avoir donné suite à son projet malgré les encouragements de Bayle.

[17] Etienne Chauvin avait remplacé Bayle à l’Ecole Illustre pendant sa maladie, soit entre février 1687 et février 1688 ; sur sa carrière, voir Lettre 716, n.7.

[18] Adriaan Paets, qui avait pris l’initiative du projet de créer une Ecole Illustre à Rotterdam à la suggestion de son neveu, Johannes van Zoelen, un ancien élève de Bayle à Sedan : Voir H. Bost, Pierre Bayle (Paris 2006), p.155-156.

[19] Le traité de Dijon du 14 septembre 1513 mit fin à la tentative de conquête par les Allemands, Suisses et Franc-comtois du duché de Bourgogne, et fut signé du côté suisse par Jacques de Watteville, avoué de Berne, et du côté français par Louis II de La Trémoille. Louis XII refusa de ratifier ce traité sous prétexte que le général de La Trémoille avait agi sans avoir reçu les pouvoirs suffisants et que certaines clauses étaient attentatoires à sa royale majesté : l’abandon du duché de Milan et du comté d’Asti était tout à fait inacceptable. En fait, il semble que Louis II de La Trémoille ait signé ce traité pour mettre fin au siège de Dijon en ayant bien conscience qu’il ne serait jamais ratifié par le roi mais en estimant que c’était la seule façon d’éviter la prise de la ville. Voir P. et G. Houdry, Le Siège de Dijon de 1513 (Nancy, Montreuil 1999).

[20] Samuel Constant (1676-1756) devait commencer ses études de théologie à Lausanne, Zurich (1692) et Genève (1695), puis y renoncer pour s’engager au service de la Hollande, se distinguant à la bataille de Ramillies (1706) et prenant part à toutes les batailles de la guerre de Succession d’Espagne : voir Stelling-Michaud, ii.554.

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