Lettre 746 : Pierre Bayle à Jacques Lenfant

A Rotterdam le 25 de mai 1690

J’ai veu avec la plus grande joye du monde, Monsieur, les nouvelles marques que vous m’avez données de l’honneur de votre souvenir [1] malgré la paresse effroiable qui s’est emparée de moi, et qui m’a empeché si inexcusablement de repondre à la derniere lettre que j’avois receüe de vous il y a tres long tems [2] ; je tacherai de me vaincre desormais, et de vous montrer que je voudrois faire bien d’autres sacrifices à votre merite, si j’en avois l’occasion.

L’illustre Monsieur de Spanheim [3] fait une chose digne de lui, et de sa grande application aux belles choses, d’assembler dans sa / maison une fois toutes les sepmaines les personnes de lettres qui sont à Berlin. Je voudrois que nous eussions ici un grand nom qui assemblast pareillement ce qu’il y a dans cette ville de gens d’étude, il y a du plaisir et du profit dans ces conferences plus qu’on ne sauroit dire.

Je ferai avec joye ce que vous souhaittez de moi, autant que je le pourrai, mais franchement je ne vois pas que nous soions à la source ; on n’imprime quasi en ce pays ci que de petits livres sur les matieres du tems [4] ; on ne reçoit rien de France, et les livres d’Angleterre sont si peu communs chez nos libraires, qu’on n’en sauroit quasi rien si ce n’etoit que les journalistes qui en recoivent ou un exemplaire ou un extrait, nous les font conoitre. Si j’avois eu le tems de parcourir les livres que M. Leers vient de recevoir de Londres apres une tres longue attente, je vous en entretiendrois agreablement, mais je ne sai sinon qu’il y a un in-folio qui est un recueil de lettres ecrites par Vossius, et à Vossius [5], un autre de meme taille qui est une histoire des ecrivains ecclesiastiques par le Docteur Cave sous le titre de Scriptorum ecclesiasticorum historia literaria [6], un in-4° qui est une histoire de la tradition ecclesiastique concernant les livres apocryphes et les versions de l’Ecriture en langue vulgaire par le docte Usserius [7] ; un 8° qui est un ouvrage de Dodwel sur s[aint] Irenée [8], et un traitté anglois de M. Boyle sur les effets et les qualitez de l’air [9]. Je suis fort persuadé que les lettres de Vossius nous aprendront plusieurs belles choses, ou touchant l’erudition ou touchant l’histoire literaire, mais je ne doute pas qu’on n’en ait laissé qui ne meritoient pas de voir le jour, car la seule que j’ai leüe entiere à l’ouverture du livre non encore relié ne m’a paru contenir qu’une priere à Cunæus [10] de vouloir recevoir chez lui un pensionnaire fils d’un des magistrats d’Amsterdam, ou en cas que toutes ses chambres fussent occupées, de le placer chez son collegue Vienius  [11].

Je ne sai si vous savez que le P[ere] Preslet de l’Oratoire est le veritable editeur des Elemens de mathematiques qu’on a attribuez au P[ère] Mallebranche [12]. Ce P[ère] Preslet en a donné une nouvelle edition en 2 vol[umes] 4° et dans la preface il releve avec assez de force, quoi qu’en se moderant fort en apparence, ce que M. Wallis avoit dit de ces Elements de mathematiques, et contre M. Descartes qu’il pretendoit avoir dérobé d’un Anglois nommé Hariot tout ce qu’il avoit dit de meilleur sur l’algebre [13] ; on lui soutient qu’il y a de la jalousie contre la gloire de la France, mais que cette jalousie n’empechera pas que cette gloire ne lui demeure.

Pour le livre contre M. Pelisson [14], je vous dirai confidemment que l’auteur en est connu de plusieurs personnes tant au lieu où il reside qu’ailleurs, et ainsi on aura pu dans vos quartiers* vous le nommer sans se tromper, et vous faire conoitre que c’est une personne en qui vous devez vous interesser particulierement. Son livre est bon et le public generalement parlant l’a trouvé plein de feu et de raisons. Il est vrai que ceux qui condamnent la tolerance de certains heretiques n’ont pas aprouvé les principes de cet auteur et qu’ils ont trouvé qu’il avoit trop hardiment desap[p]rouvé nos reformateurs, et condamné la république de Genève touchant Servet. Mais je n’ai pas aperçu que ç’ait été autre chose que discours de conversation, ni qu’on ait sous ce pretexte-là cherché à lui faire des affaires. J’en serois bien faché, car je l’aime et je le considere tres particulierement. Ce ne sont pas toujours les sentimens qu’on debite dans un livre qui nous font des ennemis, c’est plutot ceux pour lesquels on conteste avec chaleur tete à tete contre des particuliers. C’est pourquoi je conseille toujours à ceux qui veulent vivre en repos, de ne pas entrer en de vives disputes pour des sentimens particuliers avec ceux qu’ils voient et frequentent. Votre lettre au reste dattée du 6 mai si c’est nouv[eau] st[yle] a tardé trop en chemin[ ;] il n’y a que peu de jours que je l’ai receue.

Je suis Monsieur votre tres humble et tres obeissant serviteur Bayle

Notes :

[1] La lettre de Jacques Lenfant à laquelle Bayle répond ne nous est pas parvenue.

[2] La dernière lettre que nous connaissions de Lenfant à Bayle est celle à laquelle Bayle répondit le 13 janvier 1689, en se félicitant de la nouvelle de son arrivée à Berlin : voir Lettre 720. Cependant, il est probable que Lenfant a écrit d’autres lettres entre temps, mais elles ne nous sont pas parvenues ; toutes ses lettres après la date du 16 juin 1685 sont perdues.

[3] Entre 1680 et 1684, Ezéchiel Spanheim avait séjourné en France en tant qu’envoyé spécial du grand électeur Frédéric Guillaume de Brandebourg (voir Lettre 13, n.15) ; il avait été nommé ministre d’Etat en 1685. Après la Révocation de l’édit de Nantes, il vint en aide aux huguenots, les accueillant même dans son hôtel particulier de Paris. Il fit connaître l’édit de Potsdam qui leur offrait l’asile à Berlin. Au moment de l’entrée des troupes françaises dans le Palatinat en septembre 1688, il y eut une rupture diplomatique entre la France et le Brandebourg : Charles Colbert de Croissy lui fit remettre ses passeports le 24 janvier 1689, et il quitta la France au mois d’avril. A Berlin, Spanheim profita de son désœuvrement pour rédiger ses Mémoires ; on lui reprochait sa trop grande sympathie à l’égard de la France, et il fut écarté des affaires pendant le reste de la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Comme on le voit par ce témoignage de Lenfant, il combla ce repos forcé grâce aux études et aux réunions savantes ; il devint adjoint de Wartemberg comme intendant de la bibliothèque électorale.

[4] Nouvel écho de la Dissertation sur les libelles diffamatoires et de l’ Avis aux réfugiés : voir Lettre 739, n.9.

[5] Paul Colomiès venait de publier le recueil Gerardi Joan. Vossii et clarorum virorum ad eum epistolæ. Opus omnibus philologiæ et ecclesiasticæ antiquitatis studiosis utilissimum (Londini 1690, folio) : Bayle avait déjà donné cette référence à Ménage : Lettre 738, n.18.

[6] William Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria a Christo nato usque ad sæculum XIV, digesta. Accedunt scriptores gentiles christianæ religionis oppugnatores ; et cujusvis sæculi breviarium. Inseruntur suis locis veterum aliquot opuscula (Londini 1688-1689, folio, 2 vol.) : voir Lettre 738, n.17, où Bayle donnait déjà cette référence à Ménage.

[7] James Ussher, Historia Dogmatica Controversiæ inter Orthodoxos et Pontificios De Scripturis Et Sacris Vernaculis [...] Accesserunt Ejusdem Dissertationes II. de Pseudo-Dionysii Scriptis, et de Epistolâ ad Laodicenos ; antehac Ineditæ. Descripsit, Digessit, et Notis atque Auctario locupletavit Henricus Wharton, A.M. Reverendissimo in Christo Patri ac Domino, Archiepiscopo Cantuariensi, à Sacris Domesticis (Londini 1690, 4°).

[8] Henry Dodwell, Dissertationes in Irenæum. Auctore Henrico Dodwello A.M. historices in Academia Oxoniensi prælectore Cambdeniano. Accedit fragmentum Philippi Sidetæ, hactenus ineditum, de catechistarum Alexandrinorum successione, cum notis (Oxoniæ 1689, 8°). Sur cet ouvrage, voir Lettre 567, n.6, et 601, n.5.

[9] Robert Boyle, An essay of the great effects of even languid and unheeded motion. Whereunto is annexed an experimental discourse of some little observed causes of the insalubrity and salubrity of the air and its effects (London, Oxford 1685, 8°). Bayle avait mentionné ce livre dans sa lettre du mois de juin 1686 adressée à Boyle : il en avait vu le titre et attendait avec impatience la traduction : voir Lettre 572, n.7.

[10] Dans le recueil réalisé par Paul Colomiès (cité ci-dessus, n.5) des lettres de la correspondance active et passive de Vossius, Gerardi Joan. Vossii et clarorum virorum ad eum epistolæ, p.213, voir la lettre de G.J. Vossius à P. Cunæus du 9 février 1633. Petrus Cunaeus (1586-1638) occupa les chaires de latin, de science politique et de droit à l’université de Leyde depuis 1612 jusqu’à sa mort. Il est connu surtout par son ouvrage De Republica Hebræorum libri III (Lugduni Batavorum 1617, 12°). Voir NNBW, i.650-660.

[11] Arnold Vinnius (1588-1657), professeur de droit à l’université de Leyde depuis 1638 jusqu’à sa mort. Voir R. Feenstra et C.J.D. Waal, Seventeenth-century Leyden law professors and their influence on the development of the civil law. A study of Bronchorst, Vinnius and Voet (Amsterdam 1975), p.24-35 et 52-69.

[12] Le Duchat a mal lu le nom de Jean Prestet (1648-1691), oratorien, mathématicien, élève de Malebranche, professeur de mathématiques à Saumur et à Angers, auteur des Elemens des mathematiques, ou principes generaux de toutes les sciences qui ont les grandeurs pour objet (Paris 1675, 4°). La seconde édition parut sous le titre de Nouveaux elemens [...] (Paris 1689, 4°) ; Basnage de Beauval en donne le compte rendu dans l’ HOS, mai 1690, art. XV ; l’ouvrage connut peu de succès et la même impression fut relancée avec une page de titre modifiée en 1701. Voir K. Asselah, Arithmétique et algèbre dans la seconde moitié du XVII e siècle français : les « Eléments » et « Nouveaux éléments de mathématiques » de Jean Prestet (thèse Paris VII 2005) ; A. Robinet, « Jean Prestet ou la bonne foi cartésienne (1648-1691) », Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 13 (1960), p.95-104, qui signale les querelles de Prestet avec Arnauld, ainsi qu’avec Tschirnhaus, Rolle et Ozanam, et qui appuie sur cette analyse une appréciation de la position des malebranchistes par rapport aux jansénistes, aux leibniziens, aux technicistes pré-cartésiens et aux anciens cartésiens.

[13] La campagne contre la Géométrie de Descartes partit de France, lorsque Beaugrand communiqua à Mersenne un écrit contenant une accusation de plagiat à l’égard l’ Artis analyticæ praxis, imprimé à Londres, après la mort de Harriot en 1631 (voir le Troisième factum publié par P. Tannery, Mémoires scientifiques, éd. J.-L. Heiberg et H.-G. Zeuthen (Toulouse 1926), vi.223). La méthode de Harriot comportait en effets quelques ressemblances avec celle de Descartes, notamment dans la présentation des équations ; mais elle lui était inférieure pour ce qui touche les racines négatives et la règle des signes. Sans doute mis au courant de cette accusation, Descartes demanda à Huygens communication du livre de Harriot, « à cause », dit-il, « qu’on m’avait dit qu’il contenait un calcul pour la géométrie, qui était fort semblable au mien » : voir la lettre de Descartes à Mersenne du 3 mai 1638, Mersenne, Correspondance, vii.201. Huygens aurait remis le livre à Descartes lorsqu’il se rendit le 4 mai 1638 aux environs de Harlem. Lorsque Descartes prit connaissance du livre de Harriot, sa Géométrie était publiée depuis 1637. Toutefois l’accusation de plagiat fut reprise plus tard dans le cercle de Roberval, auquel, d’après Montucla, Cavendish aurait signalé vers 1646 le prétendu plagiat de Descartes. Par la suite, toujours porté à exalter la gloire de ses compatriotes, Wallis dans son Treatise of algebra both historical and practical (Londres 1685, folio), reprit le même motif, reprochant à Descartes d’avoir pris le meilleur de sa méthode de géométrie analytique à Harriot, avec un abondant éloge des méthodes et des inventions de ce dernier. Suite aux protestations des Français, et notamment de Prestet, Wallis consacra, dans ses Opera mathematica, II, De algebra, Præfatio ad lectorem (Oxoniæ 1693, folio), une addition à la défense de Harriot ( De Harrioto addenda), maintenant ses allégations, et soutenant qu’à tout le moins, « apud Harriotum prius extitisse quam Cartesium quæ sunt utrique communia ». Prestet, dont la première édition des Eléments était étroitement limitée à la méthode cartésienne, devait être sensible à ces griefs. Dans la Préface de la deuxième édition de ses Nouveaux éléments des mathématiques ou principes généraux de toutes les sciences qui ont les grandeurs pour objet (vol. II), il en défend l’étendue et la fécondité, ajoutant que « ce n’est que sur de vaines conjectures ou par un mouvement d’envie que des gens ont voulu faire croire de son vivant même qu’il avait tiré sa méthode des autres, et particulièrement de la méthode d’un certain Harriot Anglais, qu’il n’avait jamais lu, comme il le déclare dans une de ses lettres. Et lorsque Monsieur Wallis, un peu trop jaloux de la gloire que la France s’est acquise dans les mathématiques, vient renouveler cette accusation ridicule, on est en droit de ne le point croire, puisqu’il parle sans preuve ». D’autre part, dans le second volume de ses Nouveaux éléments des mathématiques de 1689, Prestet répond aussi pour son propre compte : le Treatise of algebra de Wallis reprochait à Malebranche, auquel il attribuait les premiers Nouveaux éléments de Prestet (1675), de plagier des ouvrages antérieurs, et les qualifiait de « collection out of all or most of the writers of this nature, especially from Vieta’s time downwards. But for the most part, without troubling his reader with the names of the authors where he found those things by him collected (except his two country-men, Vieta and Descartes) and without adding any great matter of his own, to what was before taught by others ». Prestet revendique la propriété de son livre, et déclare pour sa défense que, quand il a composé ses premiers Eléments (1675), il n’avait guère lu que Descartes ; et que, lorsqu’il apprit l’existence du livre de Wallis, il ne connaissait même pas Harriot de réputation. Il remercie ironiquement son adversaire : « je suis redevable à ce savant homme du témoignage obligeant qu’il rend à mes écrits, en prétendant qu’ils sont un assemblage de ce que tous ou la plupart des auteurs ont écrit sur cette matière. On peut bien croire qu’il est connaisseur, puisqu’il y a plus de 50 ans qu’il a commencé de s’appliquer aux mathématiques, qu’il en a employé plusieurs avec beaucoup de succès et de gloire à les enrichir de divers ouvrages, et qu’il en a soigneusement étudié l’histoire » ; après quoi, ayant tout de même allégué les inventions qu’il juge siennes, Prestet refuse d’entrer en contestation avec Wallis. Sur Jean Prestet, voir A. Robinet, « Jean Prestet ou la bonne foi cartésienne (1648-1691) » ; K. Asselah, Arithmétique et algèbre dans la seconde moitié du XVII e siècle français ; Voir aussi J.-E. Montucla et J. Lalande, Histoire des mathématiques (Paris 1799-1802, 6 vol.).

[14] C’est Gédéon Huet qui, constatant le silence de ses coreligionnaires, avait entrepris de répondre à la Réponse d’un nouveau converti, publiée anonymement en 1689 et qu’on attribuait généralement à Paul Pellisson-Fontanier ; sa réfutation porte le titre : Lettre écrite de Suisse en Hollande pour suppléer au défaut de la Réponse qu’on avait promis de donner à un certain ouvrage que M. Pellisson a publié sous le nom d’un nouveau converti, touchant les récriminations, qui y sont faites aux réformez, des violences que les catholiques emploient pour la conversion de ceux qu’ils appellent hérétiques (Dordrecht 1690, 12°) ; elle comporte une deuxième partie, paginée à part et intitulée : Autre lettre écrite de Suisse en Hollande pour répondre à la seconde partie de l’ouvrage du prétendu nouveau converti, touchant les réflexions qu’il a faites sur ce qu’il appelle les guerres civiles des protestants et la présente invasion de l’Angleterre (Dordrecht 1690, 12°). On constate à quel point Bayle s’exprime avec prudence à propos de Huet : c’est que celui-ci était le beau-frère de Jacques Lenfant. Initialement ministre à Blet dans le Bourbonnais, Huet avait quitté la France en 1685 et s’était établi dans le Palatinat. Il avait été obligé de s’enfuir lors de l’entrée des troupes françaises en 1688 et vint l’année suivante aux Pays-Bas, où il fut nommé pasteur suffragant à Dordrecht. Bayle relève la condamnation par Huet de l’exécution de Servet, condamnation qui suscita une réaction violente de la part de Jurieu. Huet se défendit (voir Lettre 749, n.16), mais nous apprendrons par la lettre de Bayle à Lenfant du 1 er juin 1691 (Lettre 803) que, suite à ses démêlés polémiques, Jurieu réussit à faire suspendre Huet de ses fonctions. Huet devint pasteur adjoint à La Haye en 1693. Voir aussi la notice que Bayle écrit sur Gédéon Huet vers 1690 dans son exemplaire de l’édition de 1686 du livre de Deckherr, De scriptis adespotis (sur cet exemplaire, voir notre tome XIV, annexe II) : « La Lettre ecrite de Suisse en Hollande[,] de quo Mr de Beauval Hist[oire] des ouv[rages] des savan[t]s fevrier 1690, p.253[,] est l’ouvrage d’un ministre nommé Huet natif de Montargis, qui avoit eté d’abord ministre de Blet en Poictou, puis à S[aint-] Lambert dans le Palatinat d’où il se retira en Hollande lors de l’invasion de 1688 et fut etabli à Dordrecht. Il a epousé une fille de Mr Lenfant ministre de Chatillon de quo p.407. Il s’est nommé dans une Apologie de ces lettres. »

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