Lettre 758 : Vincent Minutoli à Pierre Bayle

• [Genève, le 10 octobre 1690]

J’oubliai, mon cher Mons r en vous envoyant l’ordin[ai]re passé l’anagrame venue de Gènes [1], sans que je sache pourtant si c’est là qu’elle a été fabriquée, le petit madrigal qui l’accompagnoit selon la coutume[ ;] voici ce qu’il chante[ :]

Oh, quanto erraste Sire,

Se immitator del Trace

Col fuoco indegno oltraggiator di pace

Gionger credeste alle prefisse mire :

Hor sù credete à me,

Di quà da Monti, o Re,

Il Duca vincerà,

O ferro vi darà [2] .

Me voila comme vous voyés en Piémont[ ;] cependant vous n’en saurés rien de nouveau cet ordin[ai]re puis que le courrier qui en arriva hier au soir ne nous a apporté autre chose que la confirmation de l’evenement de Marsaille sur le parti sorti de Pignerol [3].

Je reçûs hier une lettre de l’illustre ami allobroge [4], que j’aurois dû recevoir il y a 8 jours, parce que dés le changement arrivé, la liberté de nos entretiens nous empéche de plus rien confier à la poste tellement qu’il faut que nous nous prevalions des commodités* par lesquelles il arrive quelquefois que nos dépéches mettent des sept ou huit jours à faire douze lieues[.] Ainsi quelques articles des affaires du païs portés par sa lettre sembleroient n’avoir plus rien qui sentît la nouveauté[.] Cependant parce qu’ils sont surs et qu’ils rectifient les bruits communs, je les regarde encore comme tenant du nouveau. C’est pourquoy je ne fais pas difficulté de vous les donner encore sur ce pied là[.]

Dimanche au soir l er oct[o]bre.

Il est vray que Mr de S[ain]t Ruth [5] a été sur le petit S[ain]t Bernard[,] qu’on y a chassé une garde avancée[,] dont un gentilhomme du païs qui la commandoit nommé Paperin a été tüé, et qu’un capitaine de cavalerie du régiment du Plessis nommé Fautriere [6] a passé tout à fait la montagne jusqu’à un hameau / de peu de maisons nommé La Tuile qui est au pié de l’autre côté[,] où il s’est arrété parce que l’entrée difficile du païs est immediatement au delà de ce hameau, et ils n’ont pas songé à s’y presenter. Le marquis de Sales [7] est à Pierre-Encise, et son frere a l’une de ses terres pour prison. Milord Moncassel [8] qui va bien tôt à la cour tirera infailliblement le marquis d’affaire car il s’en fait une d’honneur.

Un frere du presid[en]t de Chamousset capit[ai]ne du regiment de Chablais[,] apres avoir longtems erré dans les montagnes de la Maurienne[,] où il a commandé le dernier pour la défendre, guetté depuis trois semaines avec des soins inconcevables par Mr de S[ain]t Ruth pour l’empêcher d’aller à Monmeillan[,] y est entré lui trentiéme malgré trois mille hommes en gayant la riviere d’Isère jusqu’au cou.

Miolans rendu[,] Monmeillan est fort menacé [9][,] car il vient force troupes nouvelles à Mr de S[ain]t Ruth qui ne peuvent étre que pour cela, les chemins du Piémont où ils disent qu’ils veulent aller, leur étant fermés par deux mille hommes qu’on a mis sur le Montcenis, et deux autres mille qu’on a envoyés à la Val d’Aôte.

De Suisse nous n’aprenons point encore que la Diette soit separée, il y a méme apparence qu’elle durera à cause d’une pretendue amplification de la forteresse d’Huningue laquelle on ne souffrira jamais, mais dont apparemment la France abandonnera le dessein si tant est qu’elle l’aît û, plutôt que d’aigrir M rs les cantons.

M rs de Basle ont trouvé bon de convertir à l’usage des povres et au soulagement de ceux qui avoient souffert depuis peu d’une grosse inondation les six cens louis d’or donnés par Mr le Dauphin aux 4 deputés de cette ville là qui l’ont été complimenter à Brisac, ayant donné 150 louis à chacun et 50 à l’interprete.

L’electeur de Saxe [10] a été 3 jours incognito à Zuric et en est parti dés que l’incognito cessoit[,] qui n’a pourtant pas été tel qu’il n’aît / été complimenté du public, qui lui preparoit de grands honneurs s’il n’en eût prevenu l’embarras par sa retraite.

Mr Arnaud le ministre [11] y a été regalé et a obtenu que quelques proposans françois qui y sont allés demander la faveur de l’examen, ne l’auroient qu’à condition qu’ils iroient servir aux vallées.

Nous avons ici Mr Meyer [12] [,] stadthalter de Zuric[,] deputé de cette ville là comme Mr Imhof [13] l’est de Berne [14], il eut hier sa prem[iè]re audience du Conseil, et desormais je pense qu’ils tiendront des conferences avec des personnes que le Conseil commettra, pour aviser de ce que la conjoncture veut que nous fassions[.]

On m’a dit que Mr Gautier [15] de Monpellier ou autrement de Berlin [16] est en ces quartiers. Voici une petite pasquinade que l’on vient de me remettre par laquelle je vois que les Mess rs les Saxons se veulent faire un grand nom[.] Vous avés oüi parler du pietisme de Dresde et de Leipsic[ ;] c’est une reforme exterieure à peu près à la labadienne [17] que Mr Spenner [18] non moins fameux predicateur que genealogiste vouloit introduire et qui a été frondée par un parti dont je pense que le ministre Carpzovius [19] est le chef. Pour Thomasius [20] vous savés l’éclat qu’ont fait ses écrits.

Molinos Italos Spennerus Saxones Orbem

Ludwicus, doctus Thomasius angit et urit

Ille Quietismo, nimiâ pietate secundus,

Tertius igne gravi, censurâ quartus acerbâ [21] .

En voilà assés mon tres cher Mons r pour ma bigarrure d’aujourd’hui[.] Il ne reste qu’à vous dire un mot des vues de l’auteur du proiet de la paix generale [22]. Comme il se sent encouragé par ce qui lui revient de divers endroits, il se pourra qu’il achevera son ouvrage et songera à le donner au public apres que quelque bonne main y aura fait quelques / reparations necessaires pour la politesse en quoi personne ne pourroit si bien reussir que vous.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Mardi 10 [octo]bre / 30 [septem]bre 90 /

 

La feüille ci contre pourra étre coupée afin que vous n’ayés pas la peine de la faire copier pour Mr Groeben [23] . J’en étois en cet endroit quand le genereux ami qui veut faciliter nôtre commerce* [24] m’a apporté vôtre precieuse lettre [25] que j’ai devorée mais que je n’ai pas encore lüe, ce sera le ragout* non seulement de mon délassement apres les dépéches pour ce courrier mais encore de plusieurs jours consecutifs.

Je vai bien charmer Mr l’ abbé de S[ain]t Real par l’endroit qui le concerne et dont il pourra être bien tôt témoin oculaire puis que je lui ai donné avis à Chamberi que j’ai depuis cinq jours dans mon cabinet une dépéche pour lui qui ne doit point toucher à la terre de France[.] Si c’est ce que nous nous imaginons[,] je vous dirai dans la dern[iè]re confidence qu’il se pourra bien faire que vous vous verrés, autrement ce sera Paris qui l’attirera pour l’impression de son ouvrage sur les Lettres à Atticus [26][.]

Voici la 5 ème • conference où le plan du projet [27] commence à se bien dénoüer, je ne doute point qu’on ne goûte en vos quartiers le genie de l’auteur dont l’intention est toujours droite et qui trouve si jolîment les moyens de contenter tout le monde, si tout le monde étoit assés sage pour savoir se contenter. Je vous ai envoié la 6 ème mardi passé [28] et l’on en demeurera là jusques à ce qu’on aît û au vray vos avis et sentimens de même que des personnes intelligentes à qui vous aurés communiqué le tout. C’est avec un plaisir charmant que vôtre lettre me fait revenir de l’allarme qu’un Flamand m’avoit donnée de la mort de mon cher ami Mr Jean Hulft Resident à Bruxelles pour L[eurs] H[autes] P[uissances] [29]. Si vous pouviés lui faire voir la piece[,] l’autheur m’en sauroit bon gré, parce que ce Mr Hulft est un tres habile connoisseur, vous ne serés peut être pas marri qu’un compliment de salutation qu’il vous en coûtera pour moy vous fasse faire une si bonne connoissance si vous ne l’avés déja.

Je vous embrasse tendrem[en]t, comme étant plus que jamais tout à vous etc.

J’oubliois de vous marquer, que nous recevons aujourd’hui 4 cens pionniers bernois.

Notes :

[1] Voir la lettre de Minutoli du 3 octobre 1690 (Lettre 756).

[2] « Oh ! combien vous vous trompâtes, sire, si, imitateur du Thrace et indigne violateur de la paix par le feu, vous crûtes arriver à vos fins prévues : eh bien ! croyez-moi, de ce côté des Monts, ô Roi, le duc vaincra ou vous périrez par l’épée ».

[3] Voir la Gazette, n° 49, nouvelles de Pignerol du 6 octobre 1690.

[4] « Allobroge », allusion à l’ancien peuple gaulois qui habitait la région entre l’Isère, le Rhône et les Alpes : il s’agit donc de l’ami savoyard de Minutoli, l’ abbé de Saint-Réal : voir Lettre 751, n.4.

[5] Sur le marquis de Saint-Ruth, voir Lettre 752, n.15.

[6] Le chevalier Claude-Marie de Fautriers servit pendant vingt ans en qualité de capitaine de cavalerie dans le régiment de Du Plessis : voir La Chesnaye-Desbois, vi.289.

[7] Sur le marquis de Sales, voir Lettre 752, n.14.

[8] Milord Moncassel, lieutenant général, qui avait servi en Flandres : voir Lettres historiques contenant ce qui se passe de plus important en Europe (La Haye 1694, 12°), p.496.

[9] Situé entre Montmélian et Albertville, le château médiéval de Miolans surplombe Saint-Pierre-d’Albigny et l’Isère, contrôlant une des routes stratégiques d’accès aux Alpes.

[10] Jean-Georges III de Saxe (1647-1691).

[11] Henri Arnaud (1641-1721), né à Embrun en 1643, après avoir servi comme capitaine dans l’armée du prince d’Orange entre 1664 et 1666, il avait étudié la théologie à Bâle, Genève et Leyde puis était devenu pasteur à Maneille et Macel en 1670, à Villar en 1674, à Pérouse en 1679, à Pinache en 1684. En 1686, il avait fui ces vallées du Piémont avec trois mille vaudois au moment où Victor-Amédée II, voulant imiter Louis XIV, leur avait ordonné d’abjurer le protestantisme. Etabli en Suisse, il chercha à revenir en Piémont à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’accession de Guillaume d’Orange au trône d’Angleterre lui fournît le soutien international dont il avait besoin. Fin août 1689, il dirigea la « Glorieuse Rentrée » d’un millier de ses coreligionnaires. Le 14 mai 1690, attaqués par l’artillerie de Catinat, ceux-ci durent leur salut à la neige qui leur permit de se disperser et de se dissimuler. Victor-Amédée II ayant entre-temps rompu avec Louis XIV et s’étant allié à Guillaume III, les vaudois lui servaient dorénavant à contrôler les frontières de la Savoie. Sur ce renversement d’alliance, voir R. Oresko, « The diplomatic background to the Glorioso Rimpatrio : the rupture between Vittorio Amedeo II and Louis XIV (1688-1690) », in Dall’Europa alle valli valdesi, p.251-278. Arnaud fut envoyé par Victor-Amédée II pour demander aux Suisses des soldats et des armes ; sur son séjour à Genève (octobre 1690-début 1691) – il logea chez Minutoli –, voir T. Kiefner, Henri Arnaud d’Embrun. Pasteur et colonel auprès des Vaudois. Une biographie (Gap 1989), p.82-83 ; Journal de Flournoy, p.332 n.150. Arnaud fut pasteur à La Tour en 1690, à Rorà en 1692, à Saint-Jean en 1694. Exilé en 1698, il s’établit à Schönenberg avec trois mille personnes et y exerça comme pasteur jusqu’à sa mort en 1721. Voir aussi le catalogue du Musée du Léman « La Glorieuse Rentrée », 1689-1989. Toute l’histoire des vaudois du Piémont (Nyon 1989), et le récit publié sous le nom d’Henri Arnaud, Il Glorioso Rimpatrio dei Valdesi, éd. G. Gonnet (Torino 1989). On peut suivre l’évolution de la Glorieuse Rentrée des vaudois dans la correspondance entre Bayle et Minutoli dans le présent volume ; un autre commentaire est fourni par la correspondance de Jean-Alphonse Turrettini, cousin d’Arnaud : voir Pitassi, Inventaire Turrettini, n°211, 237, 259, 475, 562.

[12] Andreas Meyer (1635-1711), membre du Grand Conseil de Zurich en 1665, est devenu statthalter (ce mot peut signifier selon les cas lieutenant, substitut de l’avoyer et parfois préfet) en 1675. Il est arrivé à Genève le 27 septembre ( Journal de Flournoy, p.323, n.118).

[13] Daniel Imhof a été envoyé par Berne pour décider avec Genève des mesures de sécurité à prendre et informer Berne des mouvements des troupes françaises ( Journal de Flournoy, p.322, n.116).

[14] Daniel Imhof a été envoyé par Berne pour décider avec Genève des mesures de sécurité à prendre et informer Berne des mouvements des troupes françaises ( Journal de Flournoy, p.322, n.116).

[15] Sur François Gaultier de Saint-Blancard, un personnage clef du Refuge, voir Lettre 341, n.10, et 687. D’après le mémoire sur la famille de Gaultier conservé à Berlin, François Gaultier de Saint-Blancard était revenu de Londres à Berlin le 7 mars 1690, d’où il était reparti le 10 avril pour la Suisse : « et apres avoir parcouru et negocié au nom du r[oi] d’Angleterre dans ces contrées il revint à Berlin le 20 avril 1691 ». Berlin : Huguenotten Bibliothek, Succession Erman, n°51, p.5-9, publié par H. Bost, « François Gaultier de Saint-Blancard, de Montpellier à Berlin, 1639-1703 », dans M. Böhm, J. Häseler et R. Viollet (dir.), Hugenotten zwischen Migration und Integration. Neue Forschungen zum Refuge in Berlin und Brandenburg (Berlin 2005), p.192.

[16] Sur François Gaultier de Saint-Blancard, un personnage clef du Refuge, voir Lettre 341, n.10, et 687. D’après le mémoire sur la famille de Gaultier conservé à Berlin, François Gaultier de Saint-Blancard était revenu de Londres à Berlin le 7 mars 1690, d’où il était reparti le 10 avril pour la Suisse : « et apres avoir parcouru et negocié au nom du r[oi] d’Angleterre dans ces contrées il revint à Berlin le 20 avril 1691 ». Berlin : Huguenotten Bibliothek, Succession Erman, n°51, p.5-9, publié par H. Bost, « François Gaultier de Saint-Blancard, de Montpellier à Berlin, 1639-1703 », dans M. Böhm, J. Häseler et R. Viollet (dir.), Hugenotten zwischen Migration und Integration. Neue Forschungen zum Refuge in Berlin und Brandenburg (Berlin 2005), p.192.

[17] Jean de Labadie, initialement novice dans la Compagnie de Jésus, puis proche de l’Oratoire et de Port-Royal, prit l’habit des carmes en 1650 à l’ermitage de La Graville dans le diocèse de Bazas. Menacé d’arrestation sur ordre de l’archevêque de Toulouse, il se convertit au protestantisme le 15 octobre 1650 et devint pasteur à Montauban entre 1652 et 1657 ; de nouveau menacé, il se rendit à Nîmes, puis à Orange, où il fut nommé pasteur le 28 octobre 1657 et où il exerça jusqu’en 1659 ; c’est à cette occasion qu’il eut la comtesse de Dohna comme disciple. Poursuivi par le vice-légat d’Avignon, Gaspare Conti, et par la Compagnie du Saint-Sacrement, il se réfugia en Suisse entre 1659 et 1666, mais son millénarisme suscita des critiques, ce qui l’incita à accepter l’invitation de la communauté wallonne de Middelburg, où il arriva en 1669. Il y eut l’occasion de dénoncer le comportement scandaleux de Vincent Minutoli (voir Lettres 42, n.1, 2 et 4, 93, n.7), avant d’être lui-même révoqué. La « communauté des saints » qui lui restait fidèle s’installa avec lui à Amsterdam et les « labadistes » connurent alors un essor étonnant. Labadie souhaitait quitter la ville. De ses contacts avec Antoinette Bourignon naquit chez les disciples l’espoir d’un projet d’installation sur l’île de Nordstrand, mais la mystique nordique s’y refusa, dénonçant ces gens qui, à ses yeux, « n’étaient que des fourbes », à la recherche seulement d’accommodements humains. Il semble que Labadie soit revenu à Paris vers 1670-1671 ; puis il se rendit en 1672 à Altona, au Danemark, où il mourut le 6 février 1674. La carrière de Minutoli avait été menacée par les agissements de Labadie, qu’il regarde comme un hypocrite.

[18] Sur Philippe Jacob Spener , le célèbre fondateur du piétisme, voir Lettre 302, n.8.

[19] Initialement ami de Spener, le pasteur luthérien de Leipzig Samuel Benedikt Carpzov (1647-1707) – il avait été alors prédicateur de Cour à Dresde – était devenu, sous l’influence de son frère l’écrivain Johann Benedikt Carpzov (1639-1699), un farouche adversaire du piétisme.

[20] Plutôt que de Jacob Thomasius (1622-1684), célèbre professeur de Leipzig, dont Bayle avait emprunté à Graevius l’ouvrage De plagio litterario (voir Lettre 723, n.1), il semble qu’il s’agisse ici de son fils aîné Christian Thomasius. Bayle avait eu l’occasion de connaître le frère cadet, Gottfried, lors de son voyage aux Pays-Bas : voir Lettres 432, n.2, 435, p.417, et 479, n.1. Christian Thomasius était devenu professeur de droit naturel à Leipzig en 1687 et avait publié un périodique sous le titre Scherzhafte und ernsthafte, vernüftige und einfältige Gedanken über allerhand lustige und nutzliche Bücher und Fragen (Leipzig, janvier 1688 - avril 1690, 8°), qui avait fait scandale par ses dénonciations des savants pédants de l’université et par sa prise de position en faveur des piétistes contre l’orthodoxie luthérienne ; il favorisait également les mariages libres entre luthériens et calvinistes. Quelques mois avant la présente lettre, en mai 1690, il lui avait été interdit d’écrire et d’enseigner à l’université et son arrestation avait été ordonnée. Il venait de fuir à Berlin, où l’électeur Frédéric I er de Prusse lui offra le refuge à Halle ; par la suite, en 1694, il devait aider à y fonder l’université. Voir M. Beetz et H. Jaumann (dir.), Thomasius im literarischen Feld. Neue Beiträge zur Erforschung seines Werkes im historischen Kontext (Tübingen 2003), et F. Tomasoni, Christian Thomasius. Spirito e identità culturale alle soglie dell’Illuminismo europeo (Brescia 2005).

[21] « Molinos afflige et irrite les Italiens, Spener les Saxons, Louis le monde entier, Thomasius le docte – le premier par son quiétisme, le second par sa piété excessive, le troisième par une terrible conflagration, le quatrième par son acerbe critique. » Le quiétisme de Miguel de Molinos, prêtre espagnol, était une espèce de mysticisme trop individualiste et exalté pour plaire aux gardiens de l’orthodoxie catholique tant en France qu’en Italie. Molinos fut accusé, d’ailleurs, à tort ou à raison, d’entretenir une liaison moralement douteuse avec sa disciple française Madame Guyon. Jacob Spener, ministre protestant allemand, promoteur d’un piétisme mettant l’accent sur la piété intérieure, offusqua beaucoup des membres du clergé mais passe pour avoir eu une influence généralement bénéfique. Louis XIV alarma l’Europe par ses ambitions territoriales et dans la formule « grave conflagration » ( ignis gravis) il est possible de voir une allusion aux campagnes militaires littéralement incendiaires de Louvois, suivies par celles de Catinat. Voir aussi, ci-dessus, n.2, l’allusion apparemment analogue dans le défi adressé à Louis XIV par les Piémontais.

[22] Le projet de paix de Goudet : voir Lettre 751, n.17.

[23] Sur le baron de Groeben, à qui Bayle devait envoyer une copie du projet de paix de Goudet, voir Lettre 751, n.18.

[24] Nous ne saurions identifier cet intermédiaire, car il n’a pas été mentionné explicitement dans la correspondance ; Minutoli n’a fait allusion qu’aux jeunes Le Gendre , qui avaient livré à Genève une lettre de Bayle : voir Lettre 756, n.4.

[25] Cette lettre de Bayle à Minutoli est perdue.

[26] Rappelons que Pierre Rainssant s’en était pris à la représentation d’ Atticus par Cornelius Nepos et par Saint-Réal dans son ouvrage Cesarion, ou entretiens divers (Paris 1684, 12°) ; l’« apologie » de Rainssant avait été publié dans Le Retour des pièces choisies, ou bigarrures curieuses (Emmerick 1687, 12°) par les soins de Bayle, qui avait résumé le recueil dans les NRL, décembre 1686, art. IV. A la date de la présente lettre, Saint-Réal préparait son édition des Lettres de Cicéron à Atticus (Paris 1691, 12°, 2 vol.), dont un compte rendu devait paraître dans la BUH de Jean Le Clerc en février 1691.

[27] Le projet de paix de Goudet : voir Lettre 751, n.17.

[28] Minutoli annonçait cet envoi imminent dans sa lettre du 3 octobre 1690 (Lettre 756), mais la lettre qui accompagnait le sixième cahier de Goudet s’est perdue.

[29] Sur Johan Hulft, résident pour Leurs Hautes Puissances des Provinces-Unies à Bruxelles, voir Lettre 752, n.20. La réponse de Bayle à cette question de Minutoli ne nous est pas parvenue.

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