Lettre 765 : Vincent Minutoli à Pierre Bayle

[Genève, le] mardi 7 [novem]bre / 28 [octo]bre [16]90

Pour commencer, mon ch[er] Mr à vous amasser les arrerages des nouvelles voici la suite de celles du Piemont dés ma dern[iè]re [1].

Turin 21 [octo]bre. On détacha hier de nôtre camp de Moncalier deux regimens d’infanterie espagnole dont l’un est celui du marquis Litta [2] pour aller renforcer Suse, sur ce qu’il avoit paru quelques françois au Mont-Cenis. Il n’y a que quelques jours que les vaudois ont pillé l’abbaye de Pignerol [3] avec quelques terres des environs, et pris des mulets du gouvern[eu]r de cette place là, apres avoir tué les soldats qui faisoient dans une forét voisine le bois qu’ils devoient charger, et l’on ajoûte qu’ils se sont saisis du passage de la vallée de Lemina [4]. Le 15 du courant les François ont brûlé une partie de Casal-grasso pour n’avoir pas payé la contribution [5], et le jour suivant ils en ont fait autant de 5 ou 6 cassines près de Sommerive comme aussi de quelques cazernes de bois tout contre Ceresole qu’ils ont pillée et où le plus grand mal a été l’épanchement qu’ils ont fait par terre, de tout le vin nouveau les habitans ayant de longue main mis leurs autres effets à couvert dans les places fortes.

Turin 28 [octo]bre. Hier on nous vint dire ici que les François avoient levé leur camp de Raconis [6] et étaient partis de là divisés en trois corps, quelques uns croyent que cela menace Lormagrole mais la foiblesse de leur armée et le voisinage de la nôtre nous empéchent de le croire. On veille d’ici à la conservation de Suse [7] sur laquelle on tient que les François ont du dessein et que c’est ce qui leur fait tenir à Chaumont le regiment de Vendôme et un autre[.] Cependant la garnison étant d’environ 4 m[ille] hommes les ennemis n’ont pas jusqu’ici là près des forces suffisantes pour l’attaquer. On estime que nous ne tarderons pas de recevoir ici un gros renfort de cavalerie qui vient d’Allemagne [8] mais si elle en use comme celle que nous avons déja elle ne servira qu’à nous perdre puis qu’il est impossible de décrire les maux que nous font les reitres qui sont cause que la campagne n’est plus habitée et que personne ne voyage plus en assurance. Le gouvern[eu]r de Pignerole a fait faire cette semaine une sortie sur les vaudois [9] qui rodoient autour de là, mais quoi que les François fussent soûtenûs d’un bon corps de cavalerie il leur a falu laisser une trentaine de leurs morts et un officier de marque que les vaudois ont pris prisonnier. J’aurois dû déja vous marquer par ma precedente comment les François ont pillé le beau lieu de Sanfré appartenant à Mr le marquis de Caraglio beaufrere du gouvern[eu]r de Monmeglian [10]. Cette terre qui est à un mille au dessus de Sommerive et deux au dessous de Brà avoit payé la contribution convenüe et le jour d’apres avoir û parole de Mr de Catinat qu’ils pouvoient y demeurer en toute assurance ils furent miserablement pillés. Le château qui est le plus beau de tout le Piémont et meublé à y recevoir le plus grand prince a été entierement vuidé de tout et ce qui est plus par le transport de 2800 sacs de bled appartenant au marquis sûd[i]t mais non contens du pillage ils n’ont rien laissé d’entier brisant jusqu’aux vitres et aux tuilles et ce qu’on plaint beaucoup c’est qu’ils n’ont pas épargné la voute d’un sallon qui venoit d’étre peinte de frais de l’excellente main du celebre cheval[ie]r Isidore [11].

Le courrier d’hier ne m’apporta rien de ce païs là d’où j’infere avec assés de certitude qu’il ne s’y étoit rien passé depuis qui valut la peine d’étre écrit.

Nous avons ici une demi douzaine de vos braves de la bataille de Fleurus [12] qui ont û le bon-heur de s’échaper dans les longues marches qu’on leur fait faire vers les frontieres / plus éloignées des leurs, il y a un canonnier[,] un chirurgien et quelques sergents, on leur fait ici beaucoup de caresses[ ;] quand on les aura habillés et qu’ils se seront un peu remis de leurs souffrances ils reprendront avec plaisir la route de leur patrie.

J’ai recu votre chere lettre du 24 [13] et je vous remercie bien fort de tout son precieux contenu[ ;] l’incluse p[ou]r Lausane [14] part en méme tems que cette réponse et j’ai fait l’extrait des questions touchant feu Mr de Mayerne [15] pour le remettre à un ami qui aura soin de le faire remplir en ménageant pour cela les momens au[x]quels il pourra voir l’illustre [...] de medecin laquelle ne dispute le terrein depuis si longtems avec la grande destruction qu’à l’aide des excellens electuaires [16] et elixirs dont cet habile homme a laissé le secret à ses proches qui ne sont que collateraux.

L’ami pacificateur [17] se rejoüit de la diligence promise et il souhaite plus que tout que le gr[and] eveque de Salisburi [18] puisse devenir son ami lect[eu]r. J’ai lû depuis quelques jours le morceau de la 7 eme conference qui concerne les refugiés, et quoi qu’il ne satisfasse pas ceux qui croyent qu’ils n’auront de liberté que quand ils auront enchaîné la France, il ne laisse pas que de plaire extremement à d’autres plus moderés qui voudroient déja voir l’heure et le jour de l’execution de ce projet en ce qui les regarde [19]. Vous en aurez bien tôt la communication. J’ai bien opinion que comme les autres six ont passé sous les yeux de Mr de Smeltau [20] il pourroit en avoir regalé quelques uns de ces M rs du congrés s’il ne les a produites au congrés méme[ ;] pour Mr de Groeben il nous en dira sa pensée à son loisir, mais on souhaite fort d’avoir celle du prelat de dela la mer [21].

Selon toutes les apparences l’Hongrie se va reperdre [22], mais je croi avec beaucoup d’autres que le protestantisme y gagnera soit par les Eglises qu’il possedera en ce roy[au]me là soit par la detestation que cela va augmenter par tout pour les jesuites qui ont causé cet effroiable aveuglement.

Les Suisses sont derechef assemblés en diette génerale pour resoudre comment ils obvieront à l’amplification de l’enceinte des fortifications d’Huningue [23] où la France voudra toûjours tenir une petite armée pour bien fermer cette avenue et pour faire de là les incursions qu’elle jugera à propos. Dieu veuille qu’ils trouvent des expediens de prudence qui previennent l’alteration de nôtre repos.

L’illustre Arnaud [24][,] plus fameux que le janseniste[,] m’est déja venu embrasser deux fois depuis 4 jours dans mon cabinet[ ;] il voudroit bien m’engager au debrouillement des memoires qu’il a ramassez de leur expedition miraculeuse [25] et il me trouveroit d’assés bonne volonté pour cela mais l’embarras est que le recit ne vaudroit rien si l’on en tronquoit ce qui peut déplaire à la France et que de déplaire à la France n’est jamais l’affaire ni de nos particuliers ni de nôtre public, et moins encore dans la conjoncture que jamais et je prévoi bien que tout ce que je pourrois y faire se reduiroit à quelques avis et à quelque / revision, encore y auroit il à craindre d’étre impliqué car vous savés que depuis 1000 ans nous ne faisons rien qui ne soit et observé et interpreté et ainsi le plus sur seroit d’envoyer les memoires un peu degrossis et rangés en païs de liberté comme le vôtre pour exercer quelqu’une de ces bonnes plumes desœuvrées de M rs vos refugiés[,] c’est le conseil que je lui donnerai s’il m’en reparle, les papiers vaudroient bien le port de 3 ou 4 paquets raisonnables et je croi que ni l’auteur ni le libraire ni [ sic] perdroient rien.

Auriés vous quelqu’éclaircissem[en]t sur la raison pourquoi Ciceron donnoit à Antoine le sobriquet de Teucris disant souvent dans ses Lettres à Atticus Teucris illa lentum negotium [26]. Il est vrai que cette lenteur et ces remises dont il se plaint peuvent avoir rapport à la durée du siege de Troye à ce compte là vôtre presomptüeux Saxon avec son voyage decennal avec lequel vous m’avés fait rire à la Rocolles, s’il vous en souvient, sera aussi une sorte de Teucris [27].

Il n’y a rien dans le Mercure gal[an]t de [septem]bre de fort propre à repaître la curiosité savante. Il y est parlé d’un livre nouveau intitulé Les Philosophes à l’encan [28], consistant en deux dialogues dont le 1 er n’est qu’une traduction de celui de Lucien mais le 2 d est destiné à parler des autres philosophes celebres dont Lucien n’a rien dit et cela avec les remarques fait comme une espece d’histoire des philosophes.

Comme Mr de Visé s’est fait une loi de rapporter dans chaque Mercure une des medailles qui font l’histoire du Roi celle qu’il donne dans ce tome est la prise de Bude [29]. La ville y est representée en ville forcée où tout est fumant du feu qui a fait la bréche et de celui qu’on [a allumé] à l’assaut[.] Le soleil paroit au dessus avec les mots Me stante triumphant et dessous ou dans l’exergue il y a L. armis, armistitio L. / Buda capta / 1686 [30].

Ces deux L L veulent dire Leopoldi et Ludovici[,] par où vous voyés qu’on se donne la gloire non seulement de ce qu’on fait, mais encore de ce qu’on n’empéche pas les autres de faire. Mais cela ne regarde pas proprement la medaille, où ce que je trouve de defectueux est que le Me stante triumphant avec le soleil n’est point une idée qui puisse fournir au lecteur la raison pourquoi[,] le soleil s’arrétant[,] les imperiaux prennent Bude[,] cela n’ayant rien de necessairement vray dans le naturel s’il étoit possible[,] ni rien peut étre qui le soit si infailliblement dans le symbolique[,] s’arrétant sans le commandement d’aucun Josüe [31]. Il y a une autre signification du mot Stare qui donne lieu à une devise bien parlante et où il y a une idée plus claire que le soleil de l’autre. C’est quand un homme de lettre[s] s’étant fait un Mecenas se compar[e] au lierre appuyé à un mur ou à un arbre en lui disant Te stante virebo [32].

Tout à vous. Dites moi ce que vous savés de Mr d’Ablancourt [33]. /

Ce que vous venés de lire ayant resté 2 ou 3 ordinaires sur ma table à cause de la quantité des autres lettres qu’il a falu que j’écrivisse il est juste que je vous dise quelque chose de plus recent touchant le Piémont et vous allés bien juger par les 2 extraits suivant que le duc de Savoye demeure attaché aux interêts de la Ligue [34].

 

Turin le 24 [octo]bre

Les François continüent à saccager, ravager et brûler le païs, ils sont encore campés à Pancalier et à Polanghera [35] et ils ont donné les étapes à la Tarantaise pour 12 m[ille] h[ommes]. Presentement ils n’ont que 25 m[ille] h[ommes] qui campent aux d[ernie]rs lieux mais ils se font fort d’avoir bien tôt ici une armée de 45 m[ille] h[ommes] et de pousser ce païs à l’extremité. Mr de Chanlai doit étre arrivé à Pignerol, et l’on dit qu’on y attend aussi Mr de Vauban [36]. Nôtre armée est campée sur le glacis de cette ville. Elle devoit aller ces jours passés à Moncalier, mais cette resolution n’a point encore été executée. Les troupes de Baviere devoient partir aujourd’hui pour s’en retourner en Baviere, mais elles ont reçu un courrier de Bruxelles qui leur a porté l’ordre de demeurer ici, et nous en sommes bien aises tant parce qu’elles sont à l’épreuve que parce que nous en avons besoin. Les ennemis ont tiré quantité de blé de ce païs et ils l’envoyent en France[.]

 

Turin le d[ernie]r [octo]bre

Les François camptent encore à Polanguire [37], d’où ils ont envoyé un gros détachem[en]t à Saluces [38] et c’est ce qui a fait courir le bruit qu’ils avoient décampé pour aller à Coni. On n’a pas encore penetré leur dessein mais il faut qu’il éclate en peu de jours la saison quoi que belle étant fort avancée. Nôtre armée assés nombreuse et en bon état s’est enfin avancée à la plaine de Moncalier d’où elle les observera et il n’y a pas apparence qu’au monde qu’ils ont, Coni soit un os qu’ils puissent ronger[,] Mr de Bagnase s’étant jetté dedans avec 4 m[ille] h[ommes] outre tous les religionnaires [39]. Il faut pourtant qu’il y aît quelque dessein en campagne puis qu’ils ont sorti de Pignerol leur artillerie. Ils continüent à lever des contributions du plat païs, mais depuis nos dern[iè]res ils n’ont pas brûlé. On a envoyé ce matin à nôtre armée 7 ou 8 chariots chargés de cuirasses et de casques. S.A.R. a û d’Espagne une remise de 100 m[ille] écus dont 50 m[ille] seront payés à Génes et 50 m[ille] à Milan.

Je crains bien mon tr[ès] ch[er] Mr que les alliés ne soient encore une fois en ce païs là les dupes de Mr de Catinat qui va leur attraper Ast en faisant semblant d’en vouloir à Coni [40]. Ast qui est entre Coni et Alexandrie sera bien tôt fort entre ses mains, rafraîchira Cazal, contiendra le Piémont / et bridera le Milanois. Mr de Larrai [41]étoit bien allé en Cour representer au Roi de la part de Mr de Catinat l’impossibilité de s’établir en Piemont à cause de la saison, mais la Cour qui veut des decisions parce que la guerre traînée en longueur la desole a commandé qu’on restât et de risquer plûtôt tout que de manquer de prendre des quartiers* delà les monts pour preuve et pour fruit en même tems de la victoire, ainsi ce va étre au plus fort et il y aura encore là du sang répandu à moins que quelqu’un ne mollisse.

Vous serés surpris que je ne vous aye point encore rendu de compte de la 1 re partie de la Morale chrêtienne par nôtre Mr Pictet [42], quoi qu’il m’aît fait la grace de m’en faire present mais il faut que je vous avoüe que je n’ai pas encore û le tems de la lire ayant donné tous ces jours à ecrire des lettres pour l’Italie en faveur de Mr le prince Charles de Holstein [43] neveu de vôtre nouveau gener[a]l, qui nous quitta lundi apres un sejour de 4 mois que S[on] A[ltesse] a témoigné d’avoir passé à son gré chés moi. Outre l’honneur de cette connoissance et le plaisir de sa conversation qui est tres aimable j’en ai recüeilli ce fruit que mon 3 e fils qui étoit 4 eme il n’y a pas long tems s’en va page du prince d’Anhalt Harzgerode frere de M e la duchesse sa mere [44]. La nouvelle edition de Pope-Blount in 4 o est achevée [45], mais Mr de Tournes ne m’a pas encore envoyé l’exemplaire qu’il m’en a promis, tout le changem[en]t qu’il y a est qu’on a traduit en latin tous les témoignages cités en françois, en italien et en anglois, n’arrivant pas toûjours que tous les savans de l’Europe en sachent toutes les langues.

Comme j’ai vû les lettres dont je vous destinois la copie sur la retractation episcopale [46] courir déja dans les gazettes, j’ai crû que je ne ferois pas bien d’en grossir le paquet. Si vous croyés qu’il y aît ici quelque chose qui vaille la peine d’étre communiqué à Mr l’historiographe et aux deux chers freres  [47] que j’embrasse tendrement vous leur en ferés part avec mes tres humbles salutations.

 

A Monsieur / Monsieur Baile professeur en / philosophie et en histoire / A Rotterdam / franco p[ort] Rhinhause

Notes :

[1] La dernière lettre de Minutoli portant des nouvelles du Piémont est la Lettre 762 du 24 octobre 1690.

[2] Pompeo de Gambolò, marquis Litta (1639-1709).

[3] Les vaudois éprouvaient depuis longtemps une grande aversion envers les moines de l’abbaye Sainte-Marie de Pignerol, qu’ils haïssaient en raison de leur richesse.

[4] La vallée du Lemina, qui va de Pinerolo (Pignerol) à Turin.

[5] Le Casalgrasso, au sud de Turin.

[6] Le château de Raconis (Racconiggi) est situé au sud de Turin, entre Carmagnola au Nord et Savigliano au Midi.

[7] Voir la Gazette, n°51, nouvelles de Pignerol du 22 novembre, et n° 50, nouvelle de Paris du 25 novembre 1690 : « On a eu avis que la ville de Suze se rendit le 12 de ce mois. »

[8] Voir la Gazette, ordinaire n° 39, nouvelle de Pignerol du 6 septembre 1690.

[9] Voir la Gazette, ordinaire n° 49, nouvelle de Pignerol du 6 octobre, n° 50, nouvelle de Paris du 25 novembre, et n° 51, nouvelle de Pignerol du 22 novembre 1690.

[10] Charles Thomas Isnard de Castello, marquis de Carail (ou Caraglio), comte de Sanfré et de Montaldo, grand veneur de Savoie, chevalier de l’Annonciade. Le gouverneur de Montmélian, son beau-frère, était Centrio Cagnoli, chevalier de l’Annonciade en 1660. Le château de Sanfrè est situé entre Bra et Sommariva del Bosco.

[11] Il s’agit du peintre Isidoro Bianchi (1581-1662), qui fut actif en Lombardie et surtout dans le Piémont, au service de la cour de Savoie : il a réalisé de grands décors au Palais royal de Turin, au château de Rivoli, au château du Valentin (Turin). C’était un artiste de Cour, un peu attardé, semble-t-il, mais à succès, qui fut fait chevalier de l’ordre savoyard des saints Maurice et Lazare en 1633. On pourrait s’étonner du fait que Minutoli parle de la voûte du salon du château de Sanfrè comme d’une œuvre récente, car, en 1690, le « chevalier Isidore » était mort depuis près de trente ans. Mais Isidoro Bianchi avait des fils, peintres comme lui, et les réalisations de cette dynastie d’artistes pouvaient garder le nom du membre le plus éminent de la lignée. Sanfrè (dans le Piémont, province de Cuneo/Coni) appartenait aux marquis Isnardi di Caraglio. Le château existe toujours, tout près de Sommariva del Bosco, sur la route de Brà et, malgré d’importantes dégradations, il garde des décors intérieurs. Ceux-ci paraissent plus anciens et ils ne sont jamais associés aux Bianchi : le saccage décrit par Minutoli explique peut-être cela.

[12] Sur la bataille de Fleurus, voir Lettre 751, n.22 ; le comte de Dohna-Ferrassières y avait été tué : voir Lettre 761, n.7. Voir aussi la Gazette, extraordinaires n° 26 du 15 juillet et n° 28 du 20 juillet 1690.

[13] Cette lettre datée du 24 octobre 1690 de Bayle à Minutoli est perdue.

[14] Cette lettre, sans doute adressée à David Constant, professeur à l’université de Lausanne, est également perdue.

[15] Théodore Turquet de Mayerne (1573-1654/1655), médecin et chimiste suisse, avait été successivement médecin de Henri IV en France, puis, en Angleterre, de Jacques I er , Charles I er et Charles II.

[16] Electuaires : « Terme de pharmacie. C’est un medicament composé de poudres, ou d’autres drogues incorporées avec du miel et du sucre. » ( Dictionnaire de Furetière, 1690).

[17] Goudet, auteur du projet de paix en Europe : voir Lettre 751, n.17.

[18] Gilbert Burnet, évêque de Salisbury, à qui Minutoli avait demandé à Bayle de faire suivre une copie du projet de paix de Goudet : voir Lettre 751, n.17. Dans La Cabale chimérique, chap. I ( OD, ii.639b), Bayle désigne son intermédiaire pour cet envoi comme étant un « ministre d’une probité reconnue, auteur déjà de plusieurs beaux livres et qui a commerce avec Monsieur l’évêque de Salisbury » : il s’agit sans doute de Pierre Allix, qui avait été nommé chanoine de Salisbury en 1690.

[19] Il s’agit de la « 7 e conférence » du projet de paix de Goudet : les termes de ce projet concernant les réfugiés huguenots étaient un point essentiel, car ils faisaient de ce projet le rival de la stratégie d’alliance de Jurieu avec le parti orangiste. C’est ce qui devait inciter Jurieu à dénoncer par la suite ce projet comme un « complot » contre l’Etat.

[20] Minutoli avait demandé à Bayle de diffuser le projet de Goudet auprès de différentes personnes pour avoir leur avis : voir Lettre 751, n.17.

[21] Gilbert Burnet, devenu évêque de Salisbury après avoir accompagné Guillaume III d’Orange lors du débarquement en Angleterre qui devait lancer la Glorieuse Révolution : voir Lettre 710, n.8.

[22] Sur les événements en Hongrie, voir Lettre 728, n.7.

[23] La construction de la forteresse d’Huningue, près de Bâle, a été entreprise par Vauban en 1680. Dès 1681, les cantons suisses catholiques et protestants s’étaient inquiétés de la menace qu’elle représentait. A l’automne 1690, il est question des « emportements » de Berne à propos des nouveaux projets de construction à Huningue ( Journal de Flournoy, p.71, n.25, p.342, n.183).

[24] Sur Henri Arnaud, voir Lettre 758, n.12.

[25] Henri Arnaud, Histoire de la glorieuse rentrée des vaudois dans leurs vallées, où l’on voit une troupe de ces gens [...] soutenir la guerre contre le roi de France et contre S. A. R. le duc de Savoie [...] Le tout recueilli des Mémoires qui ont été fidèlement faits de tout ce qui s’est passé dans cette guerre des Vaudois, et mis au jour par les soins et aux dépens de Henri Arnaud, pasteur et colonel des Vaudois (Cassel 1710, 8° ; éd. Georges Tourn, Torino 1988) ; T. Kiefner, Henri Arnaud d’Embrun, p.79 ; E. Campi, « Vincenzo Minutoli e l’ Histoire du retour  », p.363-390. Minutoli collabora très étroitement avec Henri Arnaud à la composition de cet ouvrage, comme il est souligné par Bayle dans La Cabale chimérique, chap. II ( OD, ii.640b) : « je n’ai eu commerce qu’avec un illustre ministre et professeur [ Minutoli], dont toutes les lettres sont pleines de pompeux éloges de S[a] M[ajesté] B[ritannique] et d’un tendre intéressement aux affaires des vaudois, au rétablissement desquels il a travaillé d’une maniere fort efficace. On n’a qu’à s’informer de son zéle pour la bonne cause à Mr Arnaud ce fameux ministre des vaudois, qui l’aime et qui l’estime très particulierement, et qui en a parlé sur ce pied-là à un ministre que je nommerai, s’il en est besoin. Mr Arnaud s’est servi de cet ami pour donner la premiere forme aux Mémoires de sa glorieuse expédition ; et il ne niera pas que je lui aye été indiqué par ce même ami comme l’un de ceux qui voudroient bien retoucher l’ouvrage, quand on le feroit imprimer en Hollande. Je me souviens d’avoir parlé à Mr J[urieu] de cette premiere ébauche que faisoit le professeur de Geneve de l’expédition des vaudois. Sur quoi il me dit, que Mr Arnaud lui parloit depuis longtemps de ses Mémoires, et lui promettoit de les envoïer en ce païs. Il voulut biej même que je me chargeasse de faire savoir à mon ami, qu’il recevroit agréablement les mémoires de Mr Arnaud. Il sait fort bien que le projet [de Goudet] m’a été envoyé par cet ami. »

[26] Epithète donnée à Antoine par Cicéron : voir Lettres à Atticus, i.xii.1 : Teucris illa lentum negotium : « cette affaire de Teucris traîne ». Il s’agit apparemment d’une récompense que Cicéron attendait de la part de Gaius Antonius, second fils de l’orateur Marcus Antonius. Cicéron avait défendu Gaius contre l’accusation d’avoir pris part à la conspiration de Catilina. En tant qu’avocat pour la défense, Cicéron ne devait pas accepter de l’argent de la part d’un client mais la mystérieuse « Teucris » avait pu servir d’intermédiaire pour lui apporter d’autres objets de valeur.

[27] Propos concernant une lettre perdue de Bayle à Minutoli qu’il nous est impossible d’interpréter. Sur Rocolles, voir Lettre 25, n.1.

[28] Laurent Bordelon (1663-1730), Lucien de Samosate. Les Philosophes à l’encan. Dialogues (Paris 1690, 12°) : voir l’annonce dans le Mercure galant, septembre 1690, p.159-160.

[29] Sur la prise de Bude par les troupes de l’empereur Léopold I er , voir Lettre 696 ; Minutoli cite ici le Mercure galant, septembre 1690, p.188.

[30] La prise de Bude : c’est le soleil qui parle : me stante triumphant, « je m’arrête et ils triomphent ». Buda capta, L. armis, armistitio L. : « Bude prise par les armes de Léopold et par l’armistice de Louis ». Rappelons que c’est l’empereur Léopold 1 er et ses forces armées commandées par le duc de Lorraine qui prirent Bude : voir Lettre 696, n.1, et le cahier des illustrations de notre vol. VII, n° 10.

[31] Allusion au miracle par lequel Dieu arrêta le soleil pour favoriser Josué dans sa bataille à Gabaon contre la coalition des cinq rois amorites : Josué, 7, 12-13.

[32] « en vous prenant comme mon soutien, je serai plus fort », formule qui évoque l’image du lierre s’accrochant au mur, d’après Minutoli.

[33] Jean Jacobé de Frémont d’Ablancourt, neveu de Nicolas Perrot d’Ablancourt : voir Lettres 81, n.8, et 160, n.127. Minutoli s’intéresse sans doute à l’alliance entre sa propre famille et celle des d’Ablancourt, car, par sa mère, il était le petit-fils du pasteur Charles Perrot (1541-1608), professeur de théologie et recteur de l’académie de Genève, issu de la même famille que l’historiographe et traducteur : voir Dictionnaire des journalistes, art. « Minutoli, Vincent », (art. de J.-D. Candaux).

[34] La Ligue d’Augsbourg.

[35] Pancalieri et Polonghera, à quelques kilomètres à l’ouest de Carmagola.

[36] Dans la Vie de Catinat, p.84, M. de Chanlay est présenté comme un « homme d’esprit, mais important par caractère, et attaqué de la maladie des gens oisifs qu’on peut appeler la manie des affaires d’Etat ». Sur le rôle de Vauban en Dauphiné, voir A. Blanchard, Vauban, p.323-328.

[37] Polonghera : voir ci-dessus, n.35.

[38] Voir la Gazette, ordinaire n° 51, nouvelle de Pignerol du 22 novembre 1690.

[39] Charles-Jérôme del Caretto, marquis de Bagnasco, gentilhomme de la Chambre de S.A.R., était gouverneur du fort de Montmélian depuis 1689.

[40] Coni (Cuneo) est encore dans la partie occidentale du Piémont, à la différence d’Asti, qui se situe à l’est de Turin sur la route d’Alessandria. On craignait que Catinat n’ait l’ambition d’occuper une partie orientale du Piémont pour maîtriser le Milanais.

[41] Louis de Lenet, marquis de Larray (1648-1702). En 1688, il fut nommé commandant en Dauphiné.

[42] E. de Budé, Vie de Bénédict Pictet, théologien genevois, 1655-1724 (Lausanne 1874), ch. 5, fait état d’une première édition de la Morale de Pictet sous le titre Moelle de la théologie, moelle de la morale en 1690, mais nous n’avons pu localiser ni identifier cette édition. Elle a sans doute existé, puisque Minutoli parle positivement du cadeau que Pictet lui a fait de la première partie de sa Morale en 1690, mais la première édition signalée par les bibliothèques date de quelques années plus tard : Morale chrétienne, ou l’art de bien vivre (Genève 1693-1696, 12°, 6 vol.) ; le premier volume de cette édition parut sans nom d’auteur.

[43] Il s’agit sans doute de Charles de Holstein (1680-1729), fils de Christian V de Schleswig-Holstein et de Charlotte-Amélie de Hesse-Cassel. Cependant, nous n’avons su identifier « vôtre nouveau général », dont le prince serait le neveu.

[44] Par sa femme, Suzanne Fabri (1653-1725), qu’il épousa en 1671, Minutoli eut quatre filles et cinq fils : 1) Paul, né en 1673, mort avant son père ; 2) Amédée (1673-1693), officier tué à la bataille de Neerwinden ; 3) Jean Barthélemy, né en 1677, sans profession ni alliance connue, décédé hors de Genève après 1710 ; 4) François Helen (1679-1754), capitaine dans la garnison de Genève ; 5) Joachim Frédéric, qui, né en 1683, fut déshérité par sa mère à cause de sa conduite indigne, se convertit au catholicisme et s’établit à Lucques. Minutoli fait donc ici allusion à son quatrième fils, François Helen, devenu troisième par la mort de Paul : c’est d’ailleurs le seul indice précis quant à la date de la mort de Paul en 1689 ou 1690. Nous ne saurions identifier avec certitude le prince d’Anhalt Harzgerode dont il s’agit, car cette famille est d’une extraordinaire complexité, étant divisée en trois branches : il se peut que « M e la duchesse sa mere » soit Elisabeth d’Anhalt-Harzgerode (1647-1723), épouse de Guillaume (1628-1665), prince d’Anhalt-Coethen, et épouse en secondes noces d’ Auguste (1635-1699), duc de Schleswig-Holstein-Norbourg ; si cette identification est juste, alors le prince d’Anhalt Harzgerode doit être son fils Christian-Charles (1674-1706). Mais ce n’est là qu’une hypothèse fragile.

[45] Sur cet ouvrage de Thomas Pope Blount, voir Lettre 755, n.12. Il ne s’agit pas, cependant, d’une nouvelle édition mais de la première (Londini 1690, folio) ; ce n’est qu’en 1710 que parut une nouvelle édition in-4° à Genève.

[46] Nous avons cherché en vain dans la Gazette la mention de cette « rétractation épiscopale », à moins qu’il ne s’agisse du refus des évêques anglicans « non-jureurs » de prêter serment à Guillaume III : voir Lettres 783, n.13, et 788, n.5.

[47] Jean Rou, greffier auprès des Etats-Généraux et historiographe, et les frères Jacques Basnage et Henri Basnage de Beauval.

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