Lettre 78 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Rouen, le 8 février 1675] [1]

Je viens à votre lettre [2] (m[on] t[res] c[her] f[rere]), et parce que je vous ai deja ecrit mes avis sur la conduitte de vos etudes [3], je ne m’arreterai pas beaucoup sur les premieres pages. Je n’ai point veu le traitté d’horologiografie dont vous me parlez, il doit etre fort curieux et fort instructif, mais j’ai bien veu les Tables chronologiques du meme autheur [4]. Elles sont passables. Mr Roux avocat de Paris de la religion en a fait d’incomparablement meilleures, qu’il a dediées à Mr le Dauphin [5]. Si je vas* à Paris je pourrai vous les envoier. Je vous ai dit mon sentiment sur le blason [6]. Si vous achetez quelque livre du P[ere] Menetrier, prenez garde que ce soit l’abbregé de sa methode [7], et que ce soit de la derniere edition, car les premieres manquent de la meilleure piece du sac qui est une explication des termes propres du blason. Vous me parlez de ce qu’a fait l’ abbé de Brianville, comme d’une methode d’apprendre le blason [8]. Cela est fort vrai, mais il y a cela de remarquable, c’est qu’il ne donne aucuns preceptes ni aucunes regles. Il donne seulement dans un jeu de cartes, les armes de tous les souverains de l’Europe, et dans un petit livret qu’on vent avec les cartes, il blasonne les armoiries qu’elles contiennent, explique la situ[at]ion des pays possedez par les differens princes de la chretienté, et en fait l’histoire fort succinctement. Cette methode est tres bonne, mais il faut prendre ailleurs les principes du blason. Quant à ce que vous desirez savoir s’il y a une 2. partie du Parnasse reformé, je vous repons que cette 2. partie parut il y a deja 3 ou 4 ans sous le titre de La Guerre des autheurs anciens et modernes [9]. Il y a d’assez bonnes choses, mais Le Parnasse reformé tient le dessus. On m’a dit q[ue] Mr Gueret fils d’un procureur au Parlem[en]t de Paris, et autrefois secretaire de l’academie qui s’assembloit chés le defunct abbé d’Aubignac [10], a composé la derniere piece, et peut etre aussi la p[remi]ere.

Ce que vous m’apprenez du galant et savant Mr de Prad[als] m’a extremement rejouy. Puis qu’il vous a ecrit, prenez occasion de lier un commerce de lettres, et soumettez vous à sa censure ; engagez le à vous communiquera ses pensées sur les livres qu’il lira, et à vous les communiquer meme raisonnées s’il en veut prendre la peine. C’est ainsi qu’en usent ceux qui veulent savoir quelque chose, et combien y a t’il de gens doctes à qui les lumieres de leurs amis ont plus eclairé l’esprit, que leurs propres veilles et leurs travaux ? Au reste vous m’avez bien fait rire quand vous m’avez mandé qu’il travaille incessamment à repondre à la lettre que je lui ai ecritte [11]. Vraiment voila bien dequoi etre occupé ! et croyez vous qu’il luy faille plus d’une heure pour y repondre ? priez le de ma part, je vous en conjure, de n’examiner pas cette lettre à la rigueur à moins qu’il veuille m’en donner la critique. S’il jugeoit de moi sur cette piece j’y perdrois contant*. Comme c’est une lettre dont je gardai la minute contre ma coutume (car je vous ai toujours envoyé mes lettres en original) je la voulus / relire un de ces jours. Elle me fit peur, je n’y vis rien de naturel, les pensées y sont tirées par les cheveux, il y a des applications* forcées, tout y est outré, en un mot cela sent son homme frais emoulu de la science du college. Dieu sait si celuy à qui elle s’adresse se croit bien regalé de tant de passages en diverses langues. Tout le mieux qu’il en pensera, c’est que j’y ai affecté furieusement d’etaler beaucoup de lecture. Or vous saurez que les maitres appellent cette sorte d’affecta[ti]ons, marcher sur la pointe des souliers afin de paroitre plus haut.

Vous suivant à la trace comme je fais, je tomberai encore un coup sur le chapitre de vos guerriers, et je vous demanderai encore un coup raison de ce chevalier de Clermont dont l’un d’eux est lieutenant. Vous m’ecrirez, s’il vous plait, s’il est frere de celui q[ui] fut tué à Mastrich [12]. Quant au regiment de Muret je desire savoir de quelle famille est ce Mr Muret qui en e[st] mestre de camp. J’ay oui parler d’un comte de Muret [13] qui fut ou tué ou blessé ce me semble à la bataille de Senef. Seroit ce point celui là ? En tout cas la terre dont il se dit comte n’est assurement pas la ville de Muret sur la Garomne audessus de Thoulouze, où se donna cette fameuse bataille contre les Albigeois dans laquelle un roy d’Arragon fut tué [14]. Vous pouvez vous informer de cela mieux que moi. Et puis q[ue] no[us] sommes sur ce propos informez vous encor ce qu’est devenu le marquis de Carbon [15], frere ou du moins fort proche parent de l’ eveq[ue] de S[aint] Papoul, abbé du Mas [16]. Il me semble q[ue] ce marquis etoit guidon* des chevaux legers ou gendarmes de la reyne. Apres avoir seu le poste qu’il a presentement, sachez un peu quelle maison c’est que celle de Carbon-Monpezat, d’où sont sortis l’ archeveque de Sens [17], et l’ archeveque de Thoulouze d’à present. Ce dernier est le meme qui etoit n’aguere eveque de S[ain]t Papoul[.] Ce n’est pas tout, car ayant deterré cela, je vous prie de vous informer si cette Maison est la meme que celle du marquis de Monpezat [18] qui vient d’etre pourveu de la charge de lieutenant de roy en Languedoc en la place de feu Mr le marquis de Castres [19]. Ou je suis fort trompé ou il vous sera facile de trouver des gens du pays assez eclairez dans les genealogies pour vous satisfaire sur ces points. Si j’avois peu rencontrer par icy un nobiliaire de vos provinces, je ne serois pas en peine de vous faire ces questions. Un nobiliaire est un livre qui traitte des Maisons nobles d’un certain pays. Je ne vous comprens pas quand vous dites d’un de vos braves, qu’il est dans la compagnie de Mr La Barthe de Malide [20] au regiment de Quinson. Car p[remierem]ent je ne sai point que La Barthe et Malide soient une seule personne, j’ai toujours creu q[ue] le premier etoit oncle de l’autre. D[euxiemem]ent je suis fort etonné que Mr La Barthe ne soit pas dans le regiment de Roquelaure [21]. Pour Mr Malide j’ai parlé à des gens qui l’ont veu à Caen commandant le regiment de Roquelaure et etant avec le duc de ce nom, que le Roy avoit envoyé en Normandie p[ou]r commander sur la cote pendant q[ue] la flotte Hollandoise la menaçoit [22]. Vous m’eclaircirez là dessus s’il vous plait, et vous m’apprendrez encore à qui est le regim[en]t de Seissac depuis q[ue] le comte de ce nom a eté tué au combat d’Ensheim pres de Strasbourg le 4 octobre dernier [23]. La maison de Seyssac est en Languedoc pres de / Carcassonne. Je vous disoi dans ma lettre du mois passé combien je me repens de n’avoir eu soin de connoitre mon pays [24] ; je trouve tous les jours mille occasions de m’en mordre les doigts, car comme on s’entretient fort souvent en toutes sortes de compagnies, des affaires generales, s’il s’agit de quelque seigneur qui ait eté tué, ou blessé, ou avancé à quelque charges, on demande d’abord de quelle maison il est, de quelle province, et quels parens il a. Quand c’est un Gascon, on s’attend que je dechiffre toute sa genealogie, cependant je n’ai pas le mot à dire, et c’est un grand sujet de mortifica[ti]on pour moi. Ainsi pour reparer cette breche, j’etudie autant que je puis les histoires genealogiques des maisons de France, mais celles qui s’attachent aux seigneurs gascons sont si rares par icy, que je me vois reduit à prendre le party de vous faire aller à la quete, vous qui etes sur les lieux. Et par là je vous mettrai en etat si jamais vous vous depaisez comme il le faudra faire, de ne temoigner pas cette crasse ignorance des choses de votre pays, que l’on peut remarquer en moi. Ce commissaire que vous appellez Mr de Vervins n’est il pas parent de feu Mr le marquis de Vervins [25] premier maitre d’hotel du Roy, qui epousa la fille du marechal de Fabert [26] ? Voila encore dequoi vous occuper. Cette maison de Vervins pretend etre une branche de celle de Comminge, informez vous si c’est à tort ; car peut etre avez vous dans le voisinage des gentilshommes qui n’en conviendroient pas, croyans eux memes etre de cette maison.

Ce pensionnaire qui doit passer l’hyver ches vous n’est pas seul de son nom qui etudie. Ils sont 2 ou du moins l’ont ils eté. De l’air dont vous en parlez il faut croire q[ue] ce n’est pas le plus jeune qui vous est presentement  [27][.] Mandez moi avec quel succez le plus jeune des deux a fait ses etudes, et quelle mouche a piqué l’autre pour le porter à ce retour vers les livres.

Le livre dont vous me demandez des nouvelles, et qu’on attribue à l’ abbé de Villars, s’intitule Entretiens sur les sciences secrettes, mais on le nomme plus communement Le Comte de Gabalis [28], parce qu’on y introduit un seigneur de ce nom qui dogmatise sur les matieres qu’on s’est proposé de traitter. Quoi qu’on en ait deffendu le debit, il y a pourtant des libraires qui en ont et ne s’en cachent pas. Le livre est tres bien ecrit, jusques là que Mr Menage dans ses Remarques sur la langue francoise [29] le met au nombre de ceux qui doivent regler le bel usage de cette langue. Il y a des dogmes fort dangereux, et des propositions tres hardies, neantmoins l’ autheur se peut tirer d’affaire hautem[en]t* parce qu’il ne fait debiter cette doctrine à son comte de Gabalis, que pour la tourner en ridicule. Vous verrez ailleurs ce que j’ay à vous dire touchant les livres nouveaux. Nous n’avons point ouy parler icy de l’ouvrage de Mr Sarrau [30]. Aussi ne me dittes vous pas si vous l’avez veu imprimé ou seulement manuscrit. / Puis que vous avez plusieurs comedies de l’incomparable Moliere ; je vous conseille d’acheter celle par où il a fini, qui se nomme Le Malade imaginaire [31]. Mais prenez garde q[ue] ce soit de la derniere edition, et que les entr’actes n’y manquent pas. On ne peut pas joüer plus cruellement les medecins, qu’il l’a fait dans cette piece. L’Antiquité n’a rien qui surpasse le genie de Moliere dans le comique, ne vous en deplaise Aristophane, Plaute et Terence. Aussi depuis sa mort ne voyons nous aucune comedie qui vaille la peine de la lire. Haute roche [32] comedien de l’hotel de Bourgogne en fait quantité, mais c’e[s]t un autheur de bale* en comparaison de l’autre.

La chanson que vous m’avez envoyée est fort belle et fort ingenieuse si on regarde la pensée, mais les vers sont pitoyables sur la fin. Car dedans Foix pour dire à Foix ne peut pas etre admis. Outre que Foix, a fait, et voix [33] entassez l’un sur l’autre font que les hemistiches, ou la cesure des vers est presq[ue] rimée. Mais il faut pardonner ces petits defauts aus gentilshommes, car ils ne sont pas poetes de profession.

Quand vous m’ecrivez que vous acheverez 19 ans le 19 juin de cette année vous me semblez avoir oublié le jour de votre naissance, car ce n’est pas le 19 mais l’11 du mois de juin que vous etez venu au monde. Du moins me le semble t’il ainsi. N’ayez pas de grace la pensée que nous ne nous verrons plus, il faut que vous vous mettiez sur le pied d’un jeune voyageur dés que vous aurez apris quelque chose, et quand vous aurez bien etabli le fonde[me]nt de vos etudes, vous ne ferez pas mal d’aquerir en suitte le plus de connoissances que vous pourrez, car qui sait plusieurs choses, trouve bien plus facilement de l’emploi, q[ue] qui n’en sait qu’une, la possedat il à fonds. On veut aujourd huy qu’une meme personne serve à mille differentes fonctions. Jusques là que les laquais ont de la peine à se placer, à moins qu’ils sachent faire la cuisine, proprement habiller, et blanchir le linge. Ce n’est pas une hyperbole. Je connoi de gens à qui un seul garson sert de laquais, de cuisinier, de valet de chambre et de palefrenier. Il en va de meme des emplois plus honnorables q[ue] l’on peut prendre dans les bonnes maisons. Qui n’est propre qu’à une chose passe pour inutile. C’est pourquoi si vous vous proposez de voyager, ne le pouvant pas faire à vos frais, tachez d’apprendre cent petites choses q[ue] l’on croit ne devoir jamais servir. Mais on se trompe d’en juger ainsi. Si vous avez du talent p[ou]r chanter ne le negligez pas, vous aviez la main bonne pour ecrire, il ne faloit pas vous relacher comme vous avez fait. En un mot si j’avois seu peindre, crayonner, bien ecrire, si j’avois eu quelque te[i]nture des fortifications, de l’architecture, de la musique, si j’avois été poete latin [34], asseurement je ne serois pas si mal dans mes affaires que je m’y trouve. Il n’est pas jusques à la danse, jusques à savoir faire des armes qui n’eut peu me bien servir. Si peu que je connoissois d’arithmetique m’a fait beaucoup d’honneur. Prenez vos mesures* là dessus, pendant que vous le pouvéz, car pour moi j’ay passé l’age d’aprendre. Il me faut arreter où j’en suis, et malgré moi borner mes esperances à rien. Je prie Dieu pour v[ot]re prosperité

Le 8. mars.

Notes :

[1] Bayle donne, en bas de la lettre, la date « le 8 mars » : voir notre commentaire sur cette date à la lettre 77, n.1. Dans l’édition OD 2 (1737), les éditeurs insèrent en tête de la lettre : « A Roüen, ce 8 mars 1675 ».

[2] Cette lettre ne nous est pas parvenue.

[3] Voir Lettre 72.

[4] Il s’agit probablement ici du Père Jean François, S.J. (1582-1668), qui fut professeur de philosophie et de mathématiques au collège de La Flèche (Sommervogel, iii.938-939). Il publia la Chronologie divisée en quatre parties. Qui contiennent, La Science des temps par le dénombrement des diverses périodes. L’Art des mesmes par la description et pratique des quadrans démonstratifs des temps. La Science et l’art des communications célestes sur le globe terrestre artificiel, bien divisé et situé (Rennes 1655, 4°). Nous n’avons localisé que cette édition, mais il est vraisemblable que ces divers traités ont été publiés isolément d’abord et que Pierre et Joseph Bayle n’aient pas vu le même opuscule. On notera que, dans sa province reculée, Joseph Bayle n’avait guère accès qu’à des livres assez anciens, et l’on conçoit son intérêt pour un de ces nombreux ouvrages scolaires qui provenaient des excellents professeurs jésuites.

[5] Jean Rou (1638-1711) publia sans encombre ses Tables historiques, chronologiques et généalogiques, contenant ce qui s’est passé de plus mémorable depuis la création du monde (tables imprimées séparément à Paris entre 1672 et 1675 et ensuite recueillies en un volume : s.l.n.d. [Paris 1675], folio : BNF Gr. Fol. G 11) : voir le Mémoire concernant les arts et les sciences de Jean-Baptiste Denis, du avril 1672, p.91-92. L’auteur avait obtenu un privilège et la permission de dédier au Grand Dauphin de Nouvelles tables, plus amples que les premières, et Colbert lui avait alloué la coquette somme de 1800 livres de subvention, car la gravure sur cuivre d’un tel ouvrage était fort coûteuse. Jean Rou avait terminé la rédaction de ses Nouvelles tables à la mi-juin 1675, mais le 27 novembre 1675, il fut arrêté et incarcéré à la Bastille, tandis que ses planches étaient saisies. L’appui de Montausier lui valut d’être libéré en avril 1676, mais ses planches ne lui furent pas restituées. On reprochait à Jean Rou de n’avoir pas manifesté assez de respect à l’égard de certains papes, bien qu’il ait été moins sévère pour eux que Baronius. Voir F. Waddington (éd.), Mémoires et opuscules inédits de Jean Rou (Paris 1857, 2 vol.) et le commentaire de Bayle dans les NRL, janvier 1686, Catalogue, art. VII ( OD, i.480b). Rou devait être plus tard, en Hollande, un ami de Bayle, mais à la date où est écrite la présente lettre, les deux hommes n’étaient pas encore en relation.

[6] Pour le sentiment de Bayle sur le blason, voir Lettre 37, p.220-221, lettre adressée à Jacob Bayle, mais où « vous » concerne toute la famille, à moins qu’une lettre à Joseph où la question était abordée ne nous soit pas parvenue, ce qui semble douteux.

[7] C.-F. Menestrier, Abbrégé méthodique des principes héraldiques, ou du véritable art du blason (Lyon 1661, 12°). A la date où Bayle écrit, la dernière édition de l’ Abbrégé est celle qui fut publiée sous le même titre à Lyon en 1673, in-12°. Aux yeux des spécialistes actuels, Menestrier est à l’origine d’une prétendue « science » héraldique, système complexe de règles contraignantes qui s’est imposé après lui, alors que les usages médiévaux étaient foisonnants et sans rigidité. Sur l’héraldique « didactique » du Père Menestrier, voir M. Pastoureau, Traité d’héraldique (Paris 1979), p.73-74.

[8] Sur cet ouvrage de C.-O. Finé de Brianville, voir Lettre 16, n.12.

[9] Gabriel Guéret (1641-1688), La Guerre des auteurs anciens et modernes (Paris 1671, 12°). On lui attribue Le Parnasse réformé (Paris 1669, 12°), ouvrage qui porte la mention « seconde édition ». On ne connaît actuellement aucun exemplaire d’une édition antérieure. Il faut peut-être voir dans le titre de cet ouvrage une allusion à De’ Ragguagli di Parnaso (Milano 1614, 8°) de Trajano Boccalini (1556-1613) ; sur lui, voir DHC, « Boccalin ». L’ouvrage satirique de Boccalini avait connu un grand succès ; il avait été traduit en plusieurs langues et maintes fois réédité ; ainsi la dixième édition était récente (Amsterdam 1669, 12°, 2 vol.).

[10] Bayle avait eté renseigné par le Mercure galant de janvier 1672 (p.260-267) sur François Hédelin, abbé d’Aubignac, sur ses conceptions littéraires et sur son milieu. Il le donne ici pour mort, mais l’ abbé s’était simplement retiré loin de Paris.

[11] Ni la lettre de Bayle à M. de Pradals ni la réponse de celui-ci ne nous sont parvenues.

[12] Voir Lettre 77, p.64 et n.5 sur le baron de Clermont tué à Maastricht le 30 juin 1673.

[13] La Gazette, extraordinaire n° 100 du 28 août 1674, mentionne la mort de Muret, mestre de camp de cavalerie. Il s’agit de Jérôme Lescuyer, qui avait acheté la seigneurie de Muret, en Picardie, au prince de Condé en 1659. Il etait fils de Jérôme Lescuyer, comte de Gressy, et petit-fils de Jean Lescuyer, sieur d’Oignon. L’attention de Bayle s’explique par sa conjecture – fausse – que le comte de Muret était un Méridional.

[14] Pierre d’Aragon fut tué en 1213 à la bataille de Muret, non loin de Toulouse.

[15] Jean de Montpezat, marquis de Carbon, avait pour mère Marie Rogère de Cominges. En 1664, un Factum (BNF 4° Fm 33.915) le décrit comme « cornette des chevau-légers de la reine régnante ». Nous n’avons pu déterminer le degré exact de parenté qu’il avait avec les prélats dont il sera question dans les notes suivantes. Il semble bien que le surnom de Carbon, adopté par la branche commingeoise des Montpezat, ne provient pas d’une terre, mais d’un sobriquet donné par François  à un Montpezat au teint hâlé, probablement à Jean Carbon de Montpezat, familier de la reine de Navarre (voir Marguerite de Navarre, L’Heptaméron, éd. F. Frank (Paris 1979), i.cxlvii-cliii ; éd. M. François (Paris 1991), p.448, n.16 ; éd. R. Salminien (Genève 1999), p.672 : Jean Carbon de Montpezat figurerait dans l’ouvrage sous le nom de Safredan et sa femme, Françoise de Fimarcon, sous celui de Nomerfide.

[16] Joseph de Montpezat de Carbon (1615-1687), abbé du Mas d’Azil et évêque de Saint-Papoul en 1664, fut nommé au siège archiépiscopal de Toulouse à la fin de 1674. La personne de l’ abbé du Mas d’Azil importait aux protestants de toute la petite région à laquelle appartenait Le Carla, car son attitude d’hostilité plus ou moins intense à leur égard pesait sur leur situation, surtout quand l’ abbé était simultanément un aussi puissant personnage que l’archevêque de Toulouse. Joseph de Montpezat présente un cas singulier d’archevêque excommunié par un bref d’ Innocent XI du janvier 1681 : voir A.-G. Martimort, Le Gallicanisme de Bossuet (Paris 1953), p.364. L’ archevêque venait de mourir quand un nouveau bref papal arriva à Toulouse. Innocent XI, ayant su la maladie du prélat, lui écrivait pour l’adjurer de se repentir : voir Dom Cl. Devic et Dom J. Vaissète (continuée jusqu’en 1790 par E. Roschach), Histoire générale du Languedoc (Toulouse 1872-1892, 4°, 15 vol.), xiii.591-592 et xiv.1356, pièce justificative n° ccccxci. Joseph de Montpezat avait docilement suivi les désirs de la Cour de France et sévi contre les évêques de son archidiocèse qui, soutenus par Rome, s’opposaient à l’extension de la Régale. Il avait également persécuté la congrégation des Filles de l’Enfance, accusées de jansénisme : voir A. Auguste, Les Origines du jansénisme dans le diocèse de Toulouse (Toulouse 1922).

[17] Fils de Jean-Antoine, Jean de Montpezat de Carbon (1606-1685), jusque là évêque de Béziers, fut désigné comme archevêque de Toulouse en mai 1674, mais, le siège de Sens étant devenu vacant par la mort de Louis-Henri de Pardailhan de Gondrin le 20 septembre 1674, Jean de Montpezat fut finalement nommé à Sens (et son frère cadet lui succéda à Toulouse : voir n.16). Le premier soin du nouvel archevêque de Sens fut de rappeler les jésuites dans son diocèse.

[18] Il s’agit de deux familles différentes. Jean-François de Trémolet de Buccelly, marquis de Montpezat, était devenu lieutenant-général en 1651. Il devait mourir en avril 1677, étant à ce moment-là lieutenant du Roi en Bas-Languedoc, charge dans laquelle il avait succédé au marquis de Castries (voir n.19). C’est en faveur de Jean-François de Trémolet que la terre de Montpezat avait été érigée en marquisat en 1665. Marié en 1648, il eut trois fils, dont Jean, qui commandait le régiment de Montpezat et fut tué au siège de Luxembourg en 1684. Montpezat est un nom de terre fréquent dans le Midi et Bayle, qui les associe aux Montpezat de Carbon, illustre bien ce que l’abbé J.J. Expilly observe acidement quand il note que la postérité des Trémolet « affecta le nom de Montpezat » : Dictionnaire géographique historique et politique des Gaules et de la France (Paris 1762-1770, folio, 6 vol.), iv.888. Elle y avait droit, mais c’était là se prêter volontairement à être confondue avec une maison plus ancienne.

[19] René-Gaspard de La Croix, marquis de Castries et baron de Castelnau (1611 ?-1674), gentilhomme ordinaire de la chambre de Louis XIII, devint gouverneur de Montpellier en 1660.

[20] Nous ne sommes pas en mesure d’identifier précisément ce Malide, mais nous le savons membre d’une famille de notables réformés bordelais et proche parent de Jean-Louis Malide, pasteur successivement de La Bastide d’Armagnac et de Casteljaloux, réfugié en Angleterre à la Révocation. Aux Archives départementales du Gers (cote E 425) figure un contrat de mariage de Paul Malide, à Mérac, le 24 août 1683, qui atteste cette parenté Malide / Labarthe que mentionne Bayle, mais ne permet pas de savoir si le Malide en question était frère ou neveu du pasteur. C’est apparemment au cours de quartiers d’hiver de troupes de Catalogne, avant la Paix des Pyrénées, que ce M. Malide s’était trouvé dans la région du Carla.

[21] Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Roquelaure (1617-1683), fils d’ Antoine de Roquelaure, compagnon d’ Henri IV et maréchal de France, devint lieutenant-général en 1650 et « duc à brevet » en 1652. Il était gouverneur de Guyenne quand il mourut. Il a inspiré un portrait haut en couleurs à Tallemant des Réaux, qui souligne son arrogance et sa vantardise : Historiettes, ii.375-83 ; sur son libertinage, voir R. Pintard, Le Libertinage érudit, p.25.

[22] Il doit s’agir du passage dans la Manche en mai/juin 1674 de la flotte hollandaise sous le commandement de Ruyter et de Tromp en route pour Messine. On trouve quelques renseignements dans C. de La Roncière, Histoire de la marine française (Paris 1899-1920, 5 vol.), v.580-83, et quelques échos de la présence de la flotte hollandaise près des côtes de France en juin 1674 dans la Gazette, n° 73 du 23 juin 1674, n° 78 du 7 juillet 1674, et extraordinaire n° 81 : « La Retraite de la flotte hollandaise hors de Belle-Isle et des costes de la Bretagne : avec des particularitez de sa route depuis son depart de Hollande ». Nous n’avons pas trouvé trace de la présence du duc de Roquelaure en Normandie à cette époque, mais elle est parfaitement vraisemblable, étant donné la participation glorieuse de celui-ci à la prise de Maastricht en 1673.

[23] La Gazette consacre de nombreux articles à la bataille d’Entzheim ; voir en particulier les extraordinaires n° 120 du 16 octobre 1674 et n° 123 du 25 octobre 1674, ainsi que le n° 125, nouvelle de Paris du 3 novembre 1674. La mort de Saissac, signalée dans l’extraordinaire n° 123, p.1096, avait été mentionnée dans un passage de la Lettre 77 consacré aux Clermont-Lodève (voir n.5).

[24] Voir Lettre 72, p.46-47.

[25] Le comté de Comminges constituait une partie de celui de Foix, d’où l’intérêt de Bayle. Louis de Cominges, marquis de Vervins, premier maître d’hôtel du roi, avait épousé Anne-Dieudonnée Fabert et mourut en 1663 ; son fils Louis-Joseph naquit après la mort de son père en 1664. Le Vervins « commissaire » mentionné par Joseph Bayle n’était probablement pas un Comminges et pourrait avoir été l’homme de guerre qui, après avoir longtemps rempli les fonctions de major général auprès de Boufflers, devint brigadier d’infanterie en mars 1693 : voir Saint-Simon, Mémoires, xii.265, n.3.

[26] Abraham Fabert (1599-1662), gouverneur de Sedan, maréchal de France en 1658, a laissé une belle réputation de courage et d’intégrité ; sur lui, voir Pierre de Guibours, en religion : le Père Anselme de Sainte-Marie, Histoire de la Maison royale de France, des pairs, grands officiers de la couronne de la Maison du Roy et des anciens barons du royaume (Paris 1726-1733, folio, 9 vol.), vii.391.

[27] Le mot grec signifie « qui vit avec vous ». Il nous a été impossible de déterminer le nom des deux personnes évoquées ici. Sans doute ce jeune pensionnaire était-il venu partager les leçons de latin et de grec que Jean ou Jacob Bayle dispensait à Joseph. Au surplus, la maisonnée pastorale connaissait de telles difficultés d’argent qu’on s’explique qu’elle ait volontiers accueilli un hôte, sans doute payant.

[28] Sur cet ouvrage de l’ abbé Montfaucon de Villars, voir Lettre 36, n.15.

[29] Voir Ménage, Observations sur la langue françoise, xlviii, p.87 (édition de 1672) ; xlix, p.98 (édition de 1675), et le commentaire d’A. McKenna, « Ménage et Bouhours », article cité Lettre 13, n.70. La discussion porte sur le mot « salamandre », forme à employer dans les « compositions relevées », ce qu’appuie l’autorité de l’ abbé de Villars, mais on peut dire « salmandre » dans les « conversations familières ».

[30] Isaac Sarrau, sieur de Boinet (1634-1713), était, à la date où Bayle écrit, ministre de la Chambre de l’édit de Guyenne. L’ouvrage mentionné ici pourrait être un sermon : Jésus priant sur la croix. Sermon sur Luc. xxiii.34 (Saumur 1674, 8°). En 1677, Sarrau devint pasteur de l’Eglise réformée de Bordeaux, qui s’assemblait à Bègles. A la révocation de l’Edit de Nantes, il abjura.

[31] Molière, Le Malade imaginaire, comedie meslee de musique et de danse par Mr. de M. (Cologne 1674, 12°). Sur les éditions de la pièce à cette date, voir Molière, Œuvres complètes, éd. G. Couton (Paris 1971, 2 vol.), ii.1086-1088.

[32] Sur Noël Le Breton, sieur de Hauteroche (1617 ?-1707), voir H. C. Lancaster, A History of French dramatic literature in the seventeenth century (Baltimore 1929-1942, 9 vol.), vi.768-80.

[33] On le sait, la prononciation au siècle ne distinguait pas « ai » de « oi ».

[34] Il n’avait pas échappé à Bayle que la participation de Minutoli à la composition d’épitaphes latines pour des neveux du comte de Dohna avait assuré au Genevois la gratitude et l’appui – fort utile – du seigneur de Coppet : voir Lettres 42, 44, 45, 52 (post-scriptum) et 53.

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