Lettre 79 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Rouen,] le 9. mars 1675 [1]

M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere],

• Dés avoir achevé la reponse aux lettres du caddet [2], je commence celle que je dois aux votres [3]. Mais permettez moi qu’auparavant je vous supplie de prendre soin de luy, et de luy inspirer une certaine ambition qui luy fasse regarder la vaste etendue des belles lettres comme un bien patrimonial duquel il peut et il doit se mettre en possession. C’est un pays de conquete ; montrés le luy du haut de votre esprit, comme autrefois Dieu fit voir à Moyse la terre de Canaan, et faites luy bien comprendre qu’il s’en doit avoir • non seulement la veuë comme Moyse , mais aussi la jouissance, comme Josué [4]. Dites luy ce q[ue] tant de chansons disent aux belles, qu’il faut profiter du printems de nos beaux ans, et que ceux qui veulent etre quelq[ue] chose, doivent sur tout se garentir de ces contretems facheux, qui font que nos intentions ne sont bonnes que quand la saison de les effectuer est passée et que nous ne sommes jamais en etat de bien faire, sans avoir l’imprudence de n’y faire pas réflexion On diroit que ces 2 choses se fuyent l’une l’autre, tant on les voit rarement ensemble, et pour retourner aux chansons ; il y en a une dans Horace, où un homme q[ui] avoit eté beau se plaint de n’avoir pas eu dans son enfance les sentimens qu’il avoit alors, et de ce qu’au tems où il avoit les intentions portées à se divertir, il n’avoit plus sa beauté

Quæ mens est hodie cur eadem non puero fuit ?

Aut cur his animis incolumes non redeunt genæ [5] ? Horat[ius] Od[arum] libr. 4, 10

On parle là selon l’esprit du paganisme, qui non seulement toleroit l’amour infame des garsons, mais aussi en faisoit une galanterie publique. Appliquant à l’ame ce qui est dit du corps dans ces vers, mettez le caddet en une posture qu’il n’ait jamais sujet de se demander, pourquoi n’ai je pas fait • dans ma jeunesse ce que je connois presentement que je devois faire, ou pourquoi ne redeviens je jeune presentement que je connois mon devoir ? Au reste co[mm]e je n’ai point Horace, je crains d’avoir mal rangé ses vers. Je ne me souviens pas en quel lieu de ses Odes il a parlé de la sorte, et ainsi ne le cottant* pas je ne vous soulage point de la peine de chercher à verifier si je me suis mepris. Quand on fait des lettres aussi negligemment que je fais, ce seroit un miracle qu’il n’echappat beaucoup de fautes. Je me souvins une heure apres avoir mis à la poste mon dernier paquet, que je m’etois serv[i] de l’infinitif passif sanci au lieu de sanciri, et que j’avois ecrit  [6], avec un accent aigu sur la penultieme, au lieu d’un circumflexe. D’autres gens que ceux à qui j’ecrivois m’auroient fait le procez sans remission. Mais j’ay eu à faire asseurement à des juges favorables. Voila un terrible preambule.

En relisant les lettres q[ue] vous m’avez fait la grace de m’ecrire depuis 5 ou 6 mois je trouve plusieurs choses sur lesquelles je devrois me reflechir, comme le bonheur que vous avez d’avoir d’aussi illustres confreres au voisinage et qui vous sont amis de longue main, et la reputa[ti]on que vous avez acquise en prechant da[ns] / Montauban [7]. Mais comme il est naturel de croire que ces choses me touchent sensiblement, vous me pardonnerez si je n’y insiste pas d’avantage.

Je vous ay deja dit quel etoit ce pretendu milord [8] qui m’avoit retiré de ches Mr le comte de D[ohna] et vous savez à cette heure que ce n’etoit qu’un marchand, riche à la verité mais neantmoins marchand en toutes façons. Je dois vous dire quelque chose du comte. C’est un seigneur d’une des plus anciennes maisons d’Allemagne, et fort illustre par son merite personnel. Sa pieté, sa moderation, sa justice si rares parmi les grands seigneurs, sont tout à fait exemplaires. Il a infiniment de l’esprit et du brillant, une grande et prodigieuse lecture, enfin sans le flatter on peut le mettre parmi les savans. Madame la comtesse a toutes les belles qualitez des Francoises sans en avoir les defauts. Car elle a l’esprit fin et delicat, un agrement singulier à tout faire et à tout dire, une grande douceur, et une grande beauté, mais au lieu que les dames de France donnent presque toutes dans le jeu, dans la coqueterie et l’amourette, et dans les divertissemens de la plus folle depense, sans se soucier du qu’en dira t’on, celle dont je parle ne fait son capital que de la pieté, (mais d’une pieté gaye et nullem[en]t chagrine) de l’amour de son mary, et de conserver sa reputation exempte des morsures des medisans, par une conduitte toute sage, et toute vertueuse [9]. Si bien que c’est une maison d’où les jeux, les debauches et l’injustice ont eté bannies, pour laisser toute la place à la vertu. Cela etant vous vous etonnerez que je n’y aye pas resté davantage, car vous me connoissez pour etre naturellem[en]t ennemy de la debauche. Il faut vous satisfaire sur ce point. Vous saurez donc que Mr le comte ayant eu le malheur d’etre decheu non seulement du poste qu’il avoit à Orange [10], mais encore de tout ce q[ue] son merite lui pouvoit faire legitimem[en]t esperer, sa maison se voit accablée sous les depenses qu’il a faites pour la relever de sa premiere cheute. De là vient q[ue] ceux qui sont aupres de luy ne peuvent se promettre que de petits gages pour le present, et presque point de recompenses pour l’avenir [11]. D’ailleurs son chagrin de se voir avec un cœur ambitieux et porté aux grandes choses, eloigné des occasions de paroitre et confiné dans un coin de la Suisse, l’a tellement changé qu’on a plus de sujet de s’affliger avec lui que d’admirer la beauté de son esprit, et de profiter dans sa conversa[ti]on.

En mon particulier j’etois tellement occupé apres 3 garsons que j’avois à instruire et à gouverner qu’il ne me restoit aucun moment pour vaquer à mes etudes. J’etois à la campagne, sans livres, sans converser avec des gens de lettres, je ne pouvois esperer d’en sortir qu’apres q[ue] mes disciples auroient achevé d’etudier, ce qui alloit à 4 ou 5 ans. Je ne voyois pas que Mr le comte feut en etat de faire jamais voyager ses fils avec moi, si bien que faisant reflexion que je n’apprenois rien, que je ne gagnois presque rien, que ma jeunesse se passoit, et avec elle, les occasions de s’etablir quelque part, je pris la p[remi]ere occasion qui se presenta de gagner la capitale. Mais mon malheur se melant dans toutes mes avantures, j’ai plus perdu q[ue] gagné au change, si ce n’est que je suis venu dans une ville où je suis à portée d’accepter ce q[ue] nos [a]mis negocieront à Paris [12], au lieu que chez Mr le comte les frais d’un long voyage / auroient eté un obstacle à la bonne fortune, si elle eut voulu m’appeller à soi. J’eus quelque regret de quitter un lieu où j’etois fort aimé et fort consideré, mais enfin d’autres considera[ti]ons l’emporterent, entr’autres le desir d’apprendre, car [n]o[n] seulement le manque de livres et de conversation savante m’empechoit de profiter à Copet, mais aussi me faisoit oublier ce q[ue] j’avois deja appris. Si bien que si mon etoile porte que je sache un jour quelque chose, il faut que je l’acquiere doresenavant. J’y travaillerai quand je serai à la capitale, et par la lecture et plus encore par la frequenta[ti]on des doctes. C’est un de mes etonnemens qu’on louë dans vos quartiers* ce que j’y ecris, car modestie à part, quand je m’examine je me trouve un ignorant fieffé. Ne vous mettez pas en peine de me procurer de lettres pour Mr Justel [13], j’en aurai d’icy. Pour d’autres je ne les refuse pas, comme vous diriez celles de Mr Martel l’avocat [14].

J’oubliai à vous parler de Mr Banage dans ma precedente [15], car etant passé du latin au francois comme vous avez veu, mes mesures* furent toutes brouillées. C’est un jeune homme de tres belle esperance et que vous verrez peut etre un jour à la tete de cent volumes. Il est presentem[en]t à l’Academie de Sedan, où il a soutenu des theses sous Mr Le Blanc De fidei justificantis essentia et na[tur]a [16]. Il doit venir à Paris le mois de may prochain. Vous fairez bien de luy repondre, et ce commerce de lettres vous vaudra mille nouveautez qu’il vous ecrira, car c’est un helluo librorum. Envoyez moi la lettre et je la luy ferai tenir. Le livre dont vous m’ecrivez que Mr Martel avocat vous entretint, De anima brutorum [17] est fort beau à ce qu’on m’a dit. Mr Du Hamel qui est secretaire de l’Academie royale des sciences a ecrit depuis peu en latin De corpore animato , et on imprime à Rouen un autre traitté de sa composition, De consensu veteris et novæ philosophiæ  [18]. On a deja publié en francois le Parallele de la philosofie de Des Cartes et d’Aristote [19], et Mr Niort n’a pas* long tems harangua à Paris dans le college des 4 Nations sur ce texte quod Carthesius est peripateticus [20].

Je vous remercie de la reponse que vous avez pris la peine de faire aus questions que je vous avois proposées, marquées chacune de son numero. La curiosité des adversaires vous doit faire tenir en garde, car toutes leurs conjectures ne sont qu’un leurre pour tirer le vers du nez à celui qui ne sera pas assez circonspect. Optimu[m] erit si nemini concredatur arcanum, cujus notitia plus allatura sit, documenti quam utilitatis. [21] Je suis bien aise de ce q[ue] vous m’asseurez q[ue] le cadet etudie bien. Il faut le faire esperer qu’il voyagera, à tout le moins sous les auspices de la pedagogie, et s’il se resout à accepter ce parti, il n’a qu’à faire de bonnes provisions, car pour enseigner une chose, il la faut savoir tres bien. Les ouvrages du P[ere] Rapin sont fort propres à ragouter* les esprits mais croiriez vous que ses Reflexions sur la poetique [22] fussent melées de beaucoup de fautes ? Il le faut bien, car on vient de mettre a[u] jour des remarques sur ces reflexions qui font voir qu’il s’est lourdem[en]t trompé en mille / endroits [23]. Le P[ere] Rapin averty qu’on imprimoit contre luy, fit tant de diligence que ses reflexions parurent reveues et corrigées, aussi tot q[ue] la critique. Neantmoins cela n’empechera pas le public de savoir qu’à tout le moins il s’est trompé dans la premiere edition. Ces remarques sont victorieuses pour la pluspart, et on en donne au pauvre Rapin à dos et à ventre*. Voici une de ses beveües. Il traduit ces 2 mots grecs d’un passage d’ Eustathius , par ceux cy, co[mm]e ecrit Appion . Cependant il n’est nullem[en]t parlé dans tout ce passage d’ Appion le grammairien contre qui Joseph a fait un livre [24]. Eustathius veut dire que le peintre Euphranor (si je ne me trompe) etant entré dans l’auditoire d’un regent qui [e]xpliquoit Homere, peignit Jupiter, dés qu’il fut sorti, selon l’idée q[ue] lui donna de ce dieu la lecon qu’il venoit d’entendre, de sorte que , veut dire • s’etant retiré il peignit : Et le P[ere] Rapin s’est fort équivoqué d’avoir pris pour un nom propre, le participe du verbe  [25]. Je tiens d’un ho[mm]e [26] qui en doit etre creu que ces remarques sont du jesuite Vavasseur indigné contre son camarade de ce qu’il n’avoit pas loüé ses vers latins ; que Mr le president de Lamoignon amy des jesuites en general, et du P[ere] Rapin en particulier, avoit pacifié le different de ces 2 peres et fait consentir Vavasseur à la suppression de son livre [27]. J’ay de la peine à croire que cela soit ainsi ; car les jesuites se soutiennent fort les uns les autres.

J’ay leu depuis quelques jours les Memoires de la duchesse Mazarin  [28], qui sont bien ecrits et assez curieux. Elle y fait l’histoire des persecutions de son mary qui l’obligerent à se retirer en Italie [de]guisée en homme. Presq[ue] toutes les nieces du cardinal Mazarin sont ruinées de [r]eputation. Celle qui vient de faire les Memoires dont je parle et qui est la belle Hortense, apres mille querelles contre son mary, et apres s’etre sauvée en habit d’homme comme une abandonnée, s’est veu reduitte d’accepter une pension de 24 m[ille] livres que son mary qui ne la veut plus voir, luy fait tenir tous les ans, son mary, dis je qui a herité du cardinal Mazarin plus de 20 millions en epousant cette femme qui est presentement si diffamée [29]. Sa sœur, la connetable Colomna celle là meme que le Roy a fait semblant de vouloir epouser, s’enfuit il y a 3 ou 4 ans de la maison de son mary, et a erré travestie, et couru le monde fort long tems [30]. Une autre sœur, asavoir la duchesse de Bouillon vient tout presentement de se faire chasser par son mary, à cause des pratiques qu’elle persistoit d’avoir avec des gens qu’elle aimoit un peu trop [31]. Parce que le chevalier de Vendome [32] vient de se retirer en Angleterre quelques uns s’imaginent q[ue] c’etoit le galant de la duchesse de Bouillon, mais il y a quelques speculatifs qui lachant la bride à leurs conjectures, croient q[ue] la retraitte du chevalier est causée par la recherche q[ue] le Roy veut faire faire de la mort du fils du duc de Vitry qui fut tué de nui[t] il y a 2 ou 3 mois dans la Place royale [33]. Le bruit de la ville a eté q[ue] ce jeune seigne[ur] aya[n]t soupé au cabaret, et se retirant fort tard se mit à casser les lanternes de la Place royale et qu’ayant relancé de personnes qui luy representoient qu’il ne faloit pas gater ainsi des choses faites p[ou]r la commodité publique, il en avoit eté tué. Cependant on croit que ce fut un vrai duel, et que le chevalier de Vendome y a bonne part. Tuus ære et libr[a]. [34]

Notes :

[1] Immédiatement postérieure aux Lettres 77 et 78, la présente lettre est écrite de Rouen. Elle date donc certainement du mois de février : voir les arguments exposés dans la Lettre 77, n.1.

[2] Cette remarque confirme que la Lettre 79 a été composée après les lettres 77 et 78 adressées à Joseph et datées par Bayle du 7 et du 8 mars ; un peu plus loin dans cette même lettre, une autre remarque de Bayle confirme qu’il est toujours à Rouen.

[3] Ces lettres ne nous sont pas parvenues.

[4] Voir Nb 27,12-13 et Dt 34,1-4.

[5] Voir Horace, Odes , IV.x.7-8 : « Pourquoi n’avais-je pas, enfant, mes pensées d’aujourd’hui ? Ou pourquoi, avec mes sentiments actuels, mes joues ne retrouvent-elles pas leur éclat ? » Bayle cite de mémoire en effet comme il le dit un peu plus loin : le troisième vers commence : « Vel cur … ».

[6] Bayle avait adressé une lettre latine à son frère le 31 janvier (Lettre 75), accompagnée d’autres lettres également latines adressées à Laurent Rivals (Lettres 73) et à Pierre Du Cassé, sieur de Pradals (voir Lettre 78, n.11). C’est sans doute dans la lettre perdue adressée à Pradals qu’il avait commis la bévue évoquée ici.

[7] Sur la prédication de Jacob Bayle à Montauban, voir Lettre 72, n.20.

[8] A Rouen, Bayle fut employé par Mme de La Rive, veuve d’un négociant, le « prétendu milord » auquel se réfère Bayle. Visiblement, au Carla, l’imagination ne manquait pas.

[9] Sur la piété de la comtesse de Dohna et sur sa rencontre avec Jean de Labadie, pasteur d’Orange entre 1657 et 1659, voir T.J. Saxby, The Quest for the new Jerusalem. Jean de Labadie and the Labadists, 1610-1744 (Dordrecht 1987).

[10] Sur la chute d’Orange, voir Lettre 23, n.2.

[11] Sur la situation financière relativement difficile des Dohna, voir Lettre 36, n.2, et Lettre 81, n.16. Il semble que ce soit à juste titre que Bayle n’a pas escompté avoir de perspectives d’avenir s’il restait à Coppet. Tout laissait présager, du reste, que ses élèves embrasseraient jeunes la carrière des armes et ne pousseraient pas loin leurs études.

[12] Il est clair que le poste de Rouen n’a représenté dans l’esprit de Bayle qu’une étape pour se rapprocher de Paris. Il fondait ses espoirs d’y trouver du travail sur les relations qu’y avait son père, par exemple le pasteur Claude. En fait, ce fut Ribaute, le tailleur originaire du Carla, qui lui trouva un poste.

[13] Henri Justel (1620-1693), secrétaire du Roi, lettré et bibliophile parisien, était réformé. Il allait gagner l’Angleterre en 1681 et y devenir bibliothécaire de Charles II ; il sera par la suite un correspondant de Bayle. Justel entretenait une correspondance active avec de nombreux lettrés. Voir H. Browne, « Un cosmopolite du Grand Siècle : Henri Justel », BSHPF (1933), p.187-201 ; R. Ternois, « Les débuts de l’anglophilie en France : Henri Justel », Revue de littérature comparée, 13 (1933), p.588-605, et P. Dally, « Les conférences d’Henri Justel », Bulletin de la société du arrondissement, 35 (1935), p.54-64 ; G. Treasure, « “That great and knowing virtuoso” : the French background and English refuge of Henri Justel », in R. Vigne and C. Littleton (dir.), From strangers to citizens : the integration of immigrant communities in Britain, Ireland and Colonial America, 1550-1750 (Brighton 2001), p.205-213.

[14] Thomas Martel, fils du cousin germain du professeur de théologie de Montauban-Puylaurens, avait longuement habité Paris avant de se retirer à Montauban. Dans la capitale, il avait connu Gassendi et fréquenté tout le milieu des libertins érudits : voir R. Pintard, Le Libertinage érudit, p.332-33, et n.17 ci-dessous.

[15] Il s’agit de la Lettre 75 : seule la partie latine de cette lettre nous est parvenue.

[16] Sur les thèses de Jacques Basnage, soutenues sous Le Blanc de Beaulieu, voir Lettre 67, n.5.

[17] Thomas Willis (1621-1675), De anima brutorum quæ hominis vitalis ac sensitiva est, exercitationes duæ, prior physiologica ejusdem naturam, partes, potentias ac affectiones tradit, altera, pathologica morbos qui ipsam ac sedem ejus primariam, nempe, cerebrum et nervosum genus afficiunt, explicat eorumque therapeias instituit (Londini 1672, 8° ; Amstelodami 1674, 12°). Sur le rôle joué par Willis, disciple anglais de Gassendi, dans le débat sur les « animaux machines », voir H. Busson, La Religion des classiques (Paris 1948), p.169, 177, 185. L’intérêt que Thomas Martel prit à cet ouvrage rend assez vraisemblable qu’il soit l’auteur de « A letter concerning a way for the prolongation of human life », publiée dans les Philosophical transactions, 58 (25 avril 1670), p.1179-84.

[18] L’ abbé Jean-Baptiste Du Hamel (1624-1706), pendant un certain temps oratorien, puis aumônier du Roi, et professeur au Collège royal, était secrétaire de l’Académie des sciences depuis 1668. Il s’agit de son De corpore animato libri quatuor, seu promotæ per experimenta philosophiæ specimen alterum (Parisiis 1673, 12°) ; son manuel De consensu veteris et novæ philosophiæ libri quatuor (Rothomagi 1675, 12°) ; la première édition fait l’objet d’un compte rendu dans le JS du 16 septembre 1669, mais la deuxième ne sera recensée que le 2 décembre 1675. Sur Du Hamel, voir H. Busson, La Religion des classiques, surtout p.71-73.

[19] René Le Bossu, génovéfain (1635 ?-1680), Parallèle des principes de la physique d’Aristote et de celle de René Des Cartes (Paris 1674, 12°). Le Bossu avait des sympathies pour le cartésianisme. Le JS du 8 avril 1675 parlera du livre de Le Bossu ; vu la date de sa lettre, il est clair que Bayle se fait écho de renseignements obtenus par voie orale. Notons que dans les Conversations de l’académie de monsieur l’ abbé Bourdelot (Paris 1672, 12°) figure un « Parallèle de la physique d’ Aristote et de celle de M. Descartes », livre ii, p.279-350.

[20] Nous n’avons pas trouvé de source imprimée sur ce M. Niort, qui avait fait une conférence sur le thème : « Que Descartes est péripatéticien ». Apparemment Bayle se fait ici l’écho d’informations provenant d’une des mercuriales de Ménage et parvenue à Rouen par son correspondant, Emeric Bigot. Sur le collège des Quatre-Nations, H. Lemonnier, Le Collège Mazarin et le palais de l’Institut - siècle (Paris 1921)

[21] Bayle s’exprime en latin probablement par prudence : « Il vaut mieux ne confier à personne un secret dont la divulgation apporterait plus de préjudice que d’utilité ». Par « adversaires », il faut entendre ceux des catholiques tenus pour malveillants à l’égard du pasteur Bayle et des siens.

[22] Bayle fait allusion aux ouvrages suivants : R. Rapin, Réflexions sur la poétique d’ Aristote et sur les ouvrages des poètes anciens et modernes (Paris 1674, 12°) ; l’ouvrage connut très vite une seconde édition au titre un peu modifié : Réflexions sur la poétique de ce temps et sur les ouvrages des poètes anciens et modernes (Paris 1675, 12°), dont il existe une édition critique procurée par E.T. Dubois (Genève 1970) ; Réponse aux Remarques [du P. F. Vavasseur] sur les réflexions touchant la poétique (s.l.n.d., 12°).

[23] François Vavasseur (1605-1681), jésuite comme Rapin, dont il avait été le professeur, fut ulcéré de voir son ancien élève juger qu’aucun moderne n’avait brillé dans l’épigramme, car il en avait fait sa propre spécialité. Il se vengea de cette insulte par omission en publiant (anonymes, comme d’ailleurs les ouvrages de Rapin) des Remarques sur les réflexions touchant la poétique (s.l.n.d., 12°), dans lesquelles il relevait acerbement certaines bévues, en particulier celle de la réflexion xxviii de Rapin, que cite Bayle. Rapin répondit par une Réponse aux remarques sur les réflexions touchant la poétique (s.l.n.d., 12°), et Vavasseur publia, toujours anonymes, des Remarques sur les nouvelles réflexions touchant la poétique (Paris 1675, 12°). Cette querelle littéraire entre deux confrères divertit les cercles lettrés parisiens. Bayle y fera une allusion rapide dans la Critique générale, iv.7, et il y reviendra dans le DHC, art. « Rapin », rem. F.

[24] Dans le Contre Appion ou de la haute antiquité du peuple juif, Flavius Josèphe avait cherché à démontrer l’extrême ancienneté de la religion juive à l’encontre des allégations d’un grammairien égyptien.

[25] Eustathius (auteur byzantin du siècle, dont l’ouvrage grec fut traduit en latin à la Renaissance), [ Commentarii in Homeri Iliadem et Odysseam ] (Romæ 1542-50, 4 vol. folio), i.145 ; l’ami de Bayle a lu apparemment la première édition de Vavasseur, Remarques sur les nouvelles réflexions (Paris 1675, 12°), où l’on trouve toutes ces remarques critiques et à laquelle il fait allusion dans les NRL, sept. 1684, art. IV.

[26] Bayle tire son information d’un des lettrés rouennais et on peut conjecturer que ceux-ci étaient renseignés, entre autres, par Gilles Ménage. Les deux premières éditions du Menagiana comporte une brève allusion à cette querelle : Menagiana, [éd. A.Galland et Goulley de Boisrobert] (Paris 1693, 8°), p.70-71 ; Menagiana, ou les bon mots, les pensées critiques, historiques, morales et d’érudition de M. Ménage, recueillies par ses amis, deuxième édition établie par Faydit de Riom (Paris 1694, 12°, 2 vol.), p.74-76. Dans la troisième édition, Menagiana, ou les bons mots et remarques critiques, historiques, morales et d’érudition de M. Ménage, recueillies par ses amis, troisième édition plus ample de moitié et plus correcte que les précédentes (Paris 1715, 12°, 4 vol.), i.207-211, la notice est plus complète et comporte le renvoi à Ménage, Anti-Baillet, ou critique du livre de M. Baillet intitulé Jugemens des savans (La Haye 1688, 12°, 2 vol.), i.337-338, où Ménage explique la querelle des deux jésuites : « M. Ménage […] dit avoir su du P. Vavasseur lui-même que le sujet de son mécontentement venait de ce qu’ayant fait deux gros livres d’épigrammes, le P. Rapin n’avait pas laissé de dire dans ses Réflexions sur la poétique « qu’il est si rare de faire d’admirables épigrammes, que c’est assez d’en avoir fait une en sa vie ». Les ouvrages auxquels Vavasseur fait ici allusion sont les suivants : De Epigrammate liber et Epigrammatum libri tres (Parisiis 1669, 8°), qui connut une nouvelle édition (Parisiis, 1672, 8°), et Appendix ad tres epigrammatum libros (Parisiis 1675, 8°). Bayle fera allusion à ces ouvrages dans les NRL, juin 1684, art. IV, et sept. 1684, art. IV.

[27] Comme préfet des études au collège de Clermont, Rapin avait été chargé de l’éducation des deux filles du président Guillaume de Lamoignon, d’où les contacts ultérieurs étroits du jésuite avec le milieu lettré qui gravitait autour du magistrat (voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.). Sur la suppression du livre de Rapin, voir Sommervogel, vi.1450, §§26, 27, et viii.506, §47.

[28] La duchesse de Mazarin était Hortense Mancini (1646-1699), une des nièces du cardinal Mazarin. Sur sa fuite en Italie déguisée en homme, voir Hortense Mancini et Saint-Réal, Mémoires D.M.L.D.M. (Cologne 1675, 12°), p.121. Voir aussi G. Mongrédien, Une aventurière du Grand Siècle : la duchesse Mazarin (Paris 1952), et Lettre 85, n.20.

[29] Le mariage d’ Armand-Charles de La Porte, duc de La Meilleraye (1663-1713), fils d’un cousin germain du cardinal de Richelieu, eut lieu en février 1661, sous la condition que le marié adoptât le nom de duc de Mazarin. La séparation définitive du couple, singulièrement mal assorti, intervint en 1671. En 1675, la duchesse alla s’établir en Angleterre et tint à Londres un brillant salon. La plus grande partie de sa dot colossale était restée aux mains de son mari, un extravagant bigot.

[30] Marie Mancini (1639-1714), autre nièce du cardinal Mazarin, dont, tout jeune, Louis XIV avait été épris, avait épousé Laurent-Onufre Colonna, grand connétable du royaume de Naples, en 1661 et, en 1672, avait quitté son mari pour courir l’Europe.

[31] Une autre sœur de la duchesse de Mazarin, Marie-Anne (ou Marianne) Mancini (1649-1714), avait épousé, en 1662, Godefroy-Maurice de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon et neveu de Turenne. Elle anima un salon parisien à l’esprit non-conformiste, protégea La Fontaine et préféra la Phèdre de Pradon à celle de Racine. Les difficultés conjugales que mentionne Bayle ici se soldèrent par un court séjour de la duchesse dans un couvent, motivé par l’indiscrétion du comte de Louvigny, fils cadet du maréchal de Gramont, qui l’avait compromise. Elle eut beaucoup de liaisons scandaleuses, et, au moment de l’affaire des poisons, fut reléguée quelque temps à Nérac, car elle avait rencontré la Voisin. Toutefois, le duc de Bouillon ne crut pas un instant que sa femme avait songé à l’empoisonner et fut un mari plus accommodant que ses beaux-frères. Sur la duchesse de Bouillon et ses sœurs , on peut consulter l’ouvrage ancien d’A. Renée, Les Nièces de Mazarin (Paris 1857).

[32] Philippe, chevalier de Vendôme (1655-1727), frère cadet du duc Louis Joseph, de ce nom, grand prieur de France en 1678, commença très jeune une vie de débauche que Saint-Simon a stigmatisée dans ses Mémoires.

[33] Le jeune Louis-Marie de L’Hôpital, comte de Châteauvillain, fils du duc de Vitry, fut tué à vingt et un ans dans la nuit du 20 novembre 1674, très probablement dans un duel. Lors d’un épisode analogue, l’année suivante, Louis XIV devait déplorer que le Parlement de Paris n’eût pas fait des recherches plus poussées pour identifier « l’assassin » de Châteauvillain. Voir la lettre de Mme de Sévigné à sa fille du 25 décembre 1675, éd. Duchêne, ii.198, et M. Cuénin, Le Duel sous l’Ancien Régime (Paris 1982).

[34] L’expression latine signifie « tout à vous » : voir Lettre 13, n.73.

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