Lettre 790 : Pierre Bayle à un correspondant anonyme

[Rotterdam, février 1691]

[...] Je ne sortirai point de cette matiere sans vous assurer que tous les pas de M. B[ayle] par rap[p]ort à la première nouvelle qui courut de la 2 e édition [de l’ Avis] ont consisté à écrire à un homme qui demeure depuis long-tems à Paris et qui est ordinairement fort instruit des nouvelles de littérature* [1]. Il lui écrivit vers la fin du mois de février dernier, et le pria de s’informer si la nouvelle que Mr de Beauval avoit reçûe touchant l’impression de l’ Avis aux réfugiez avec privilége [2] avoit quelque fondement, il lui apprit le crime d’Etat que Mr J[urieu] lui faisoit touchant ce livre depuis plus d’un mois, et lui marqua même que s’il ne découvroit rien qui confirmât la nouvelle, il se contentât d’écrire ici qu’il n’avoit rien découvert. / Mr B[ayle] n’aïant pas gardé sa lettre, ne se souvient qu’en gros de cela. Celui à qui il l’a écrite, ne lui a point répondu, on le prie ici de la renvoïer, et on s’offre de la rendre publique ; car il paroîtra clairement par la teneur de cette lettre, que Mr B[ayle] souhaittoit à la vérité que la nouvelle de la 2 e édition fût vraie [3], mais qu’il ignoroit absolument que cette édition se fît. Marque évidente qu’il n’a eu aucune part à ce qui s’est fait pour cette édition, dont ses accusateurs avoüent que la première feuille a paru au commencement de mars.

Notes :

[1] Il s’agit sans doute – si elle a existé – d’une lettre perdue adressée à Nicaise. On peut penser aussi à François Pinsson des Riolles ou à M. de Lesseville, dont nous ne connaissons aucune lettre depuis celle du 8 février 1686 (Lettre 510). On sait d’ailleurs maintenant que cette lettre, si elle a existé, n’ôte rien à la responsabilité de Bayle en ce qui concerne la première édition de l’ Avis aux réfugiés, dont il était lui-meme l’auteur. Nous saisissons cette occasion pour mieux identifier M. de Lesseville, correspondant parisien de Bayle depuis février 1686 (voir Lettre 510). Il s’agit sans doute du fils de Nicolas Leclerc (†1652) et de Marie-Madeleine de Suramond (†1699), qui s’appelle Nicolas II Leclerc de Lesseville, seigneur du Mesnil, de Thun et Durand, et qui eut une carrière parlementaire brillante. Il fut conseiller au Châtelet en 1666, conseiller en la Cour des Aides le 12 mai 1672, au Grand Conseil en 1674, président au Parlement en 1677, conseiller (1677) puis président (1706) en la cinquième Chambre des enquêtes du Parlement de Paris, conseiller d’honneur, reçu le 18 juin 1704. Il mourut le 12 février 1737, âgé de 95 ans. Il avait d’abord épousé Marie-Marguerite Lallemant, fille de Gabriel, conseiller audit Parlement, et de Valentine Bailly et, en secondes noces, Marguerite-Louise Vaillant ; il eut neuf enfants du premier lit, dont trois morts jeunes, et six filles par le second mariage, dont la cadette, Anne, épousa le 20 septembre 1718 Claude-François Bidal, marquis d’Asfeld, lieutenant-général puis maréchal de France. La famille des Leclerc de Lesseville était alliée avec celle de Valentin Conrart et des Arnauld : voir La Chesnaye-Desbois, s.v., N. Schapira, Un professionnel des lettres au XVII e siècle : Valentin Conrart, une histoire sociale (Paris 2003), p.92, et M. Bennini, « Mémoire, implantation et stratégies familiales : les Leclerc de Lesseville (XVI e-XVIII e siècle) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54/3 (2007), p.7-39.

[2] Sur cette édition parisienne avec privilège, voir l’annonce faite dans l’ HOS de Basnage de Beauval, février 1691, p.279-280 (Lettre 789).

[3] La feinte de Bayle (voir Lettre 789, n.1) se révèle complexe et il se trouve obligé de multiplier les démonstrations à partir de lettres perdues qu’il était de bonne foi lorsqu’il demandait des informations sur une nouvelle édition parisienne de l’ Avis aux réfugiés, tout en cachant qu’il était lui-même reponsable de la première...

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