Lettre 848 : Pierre Bayle à Gilles Ménage

A Rotterdam le 7e janv[ier] 1692

Monsieur,

Si votre seconde lettre n’eust pas prevenu la reponse que je voulois faire à la precedente [1], je vous eusse fait savoir que Monsieur Leers m’avoit promis d’envoier à Gand dès que les glaces permettroient aux bateaux d’y aller, votre livre [2], et de le recommander là puissamment, afin qu’il fut envoié à l’Isle [3] par voye seure, apres quoi il n’y avoit nul risque à craindre. Je lui ai montré votre nouvel ordre qui est qu’on vous l’envoie par la poste à l’adresse de Monsieur Roullié [4] etc. Il m’a dit que si vous le voulez absolument il le fera, mais qu’il croit vous devoir avertir au prealable que l’on arrete ici à la poste par ordre des bourgmestres tous les gros paquets, et qu’ainsi il y a à craindre pour celui cy. Je l’ai prié d’en parler aux bourgmestres, de leur montrer que c’est un livre italien imprimé à Paris depuis long temps et où il ne s’agit d’aucune affaire d’Etat ; et d’aller faire le paquet à la veuë des commis à la poste. Il m’a promis de le faire et en cas qu’il obtienne asseurance que le paquet partira ; il le mettra dès aujourd’hui à la poste, autrement nous attendrons nouvel ordre et nous vous donnerons le tems de faire prier Monsieur Rouillié d’ecrire un mot à son correspondant d’ici pour lui recommander nommément un tel paquet que Monsieur Leers leur montrera contenant un livre italien intitulé Mescolanze, et qu’il fermera en leur presence. Je vous souhaite, Monsieur, une heureuse année et que pour le moins vous arriviez sain et sauf au commencement du 18 e siecle. Je ne vous demandois pas le jour de la mort de Montmaur [5], mais seulement l’année ; je vous remercie tres humblement des eclaircissemens touchant le funus parasiticum de Monsieur Rigault [6], et suis avec un profond respect, Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur Bayle

Permettez moi de vous suplier d’envoier l’incluse [7]

Notes :

[1] Ces deux lettres de Ménage à Bayle sont perdues ; l’une d’elles est la Lettre 838, que nous ne connaissons que par un résumé.

[2] Gilles Ménage, Mescolanze, publié d’abord à Paris en 1678, venait de connaître une nouvelle édition chez Reinier Leers : Mescolanze, seconda edizione, corretta, ed ampliata (Rotterdamo 1692, 8°) : voir Lettres 726, n.11, 727, n.2, et 736, n.1.

[3] Lille.

[4] Sur M. Roullié le fils, directeur des Postes, voir Lettre 464, n.5.

[5] Sur la mort du « parasite » Pierre de Montmaur, voir Lettre 838, n.3.

[6] Il s’agit sans doute d’une allusion par Ménage à un ouvrage de Nicolas Rigault, Funus parasiticum, sive L. Biberii Curculionis parasiti, Mortualia (Lutetiæ 1601, 4°).

[7] Nous apprendrons par la lettre du 10 janvier de Bayle à Ménage (Lettre 849), qu’il s’agit d’une lettre adressée à Daniel de Larroque : voir Lettre 849, n.5.

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