Lettre 89 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

[Paris,] le 1 may 1675

Les louanges excessives qu’il vous a pleu de donner (m[on] t[res] c[her] M[onsieur]) a quelques mechantes lettres que je vous ay ecrittes depuis mon arrivée en cette ville, ont produit le meillieur effet du monde [1], car je les ay toutes prises pour des honneteté de la civilité francoise, et pour des facons de parler qui ne tirent point à consequence, au lieu que si vous en aviez moins dit, j’eusse peut etre receu votre encens comme une chose deuë, et j’eusse tombé dans le piege que vous m’avez tendu. Voilà • que c’est de pousser trop loin le compliment, on ne trouve personne qui s’y fie, et il en va comme des argumens des philosophes, qui ne prouvent rien, lors qu’ils prouvent trop. Si je meritois d’etre proposé en exemple, je vous prierois, Mr, de faire comme mois. Vous savez bien qu’encore que tout ce que vous m’ecrivez soit dans la derniere perfection, et merite toute sorte de louanges, je ne vous loue pourtant point. Que vous me fairiez plaisir d’en user comme cela : mais vous etes plutot né pour servir de modele aux autres • que pour vous regler sur la conduite d’autruy, c’est pourquoi je serois ridicule de vouloir reformer vos manieres par les miennes. Ce n’est pas qu’il n’y ait quelque reforme à faire, ne vous en deplaise, Monsieur, dans votre façon d’agir ; car si je suis injuste en ne vous louant pas, vous l’etes encore d’avantage en me louant. Vous prendrez ceci pour un paradoxe, et vous serez fort excusable dans ce jugement ; de grandes maximes, et de beaux apophtegmes feront pour vous. C’est une maxime dans la morale, qu’il vaut mieux absoudre plusieurs criminels que de condamner un innocent, et il me semble avoir leu entre les apophtegmes d’ Alphonse roy de Castille diligemment receuillis par / Antonius Panormitanus [2], que ce prince avoit accoutumé de dire, qu’il aimoit mieux prendre pour femmes de bien cent femmes de mauvaise vie, que d’avoir mauvaise opinion d’une honete et verteuse dame. Ce sont de beaux sentimens je l’avoue, néantmoins je suis pret à soutenir que c’est une injustice plus pernicieuse de louer ce qui ne le merite pas que de ne point louer ce qui le merite. Deux mots suffiront pour vous eclaircir ce nouveau dogme. C’est qu’en louant une chose indigne, vous donnez de la vanité à un ignorant, cette vanité le fait croire qu’il est deja un tres habile homme, et qu’il n’a que faire de se tourmenter pour le devenir, et sur ce pied* là il est sot toute sa vie ; au lieu qu’en ne louant point les bonnes choses, vous ne desesperez pas ceux qui les ont faittes. Car ou ils se payent par leurs propres mains, en faisant eux memes leur panegyrique, ou ils trouvent des raisons dans leur esprit pour se consoler des eloges qu’ils ne recoivent pas ; ils se retranchent dans leur propre merite ; enfin, ils font si bien qu’ils mettent les autres dans le tort.

• Avouez moi la verité, Mons r , vous avez eu l’alarme bien chaude au quartier* quand je vous ay abordé avec ces trois ou quatre mots fiers et menaçans, je suis pret à soutenir ; je me suis bien doutté que cela vous seroit de mauvaise augure : aussi pour ne vous laisser pas long tems en peine, j’ay ajouté bien vite, que deux mots feroient la preuve de ma proposition. J’aime fort à menager l’esprit de mes amis et à ne les effaroucher pas hors de propos. Cependant vous souffrirez de votre grace que j’ajoute encore deux autres mots, c’est que si ma proposition n’est pas veritable generalement parlant, du moins l’est elle dans le cas particulier de vous et de moi. Car enfin les louanges que je ne vous donne pas ne vous otent rien Monsieur. / Vous demeurez toute aussi honnete homme et tout aussi bel esprit que vous le seriez avec mes eloges ; au lieu qu’en me louant, vous me dérobez tout le profit que je pourrois faire de vos doctes censures, et vous empechez entant que en vous est, que je ne me corrige de mes defauts.

• Que je fus charmé Mons r il y a peut etre un mois d’entendre haranguer monsieur le president de Lamoignon sur le mauvais effet des louanges ! [3] C’est un homme dont l’eloquence est achevée, la voix la plus douce du monde, le stile fort pur, mais sans affectation. Au reste il se possede de telle sorte, qu’on connoit bien que c’est un premier president qui parle, et qui sait fort bien tenir son rang. Or comme la circonstance du tems l’obligeoit de faire mention de la louable coutume qui se pratiquoit autrefois dans la Compagnie, où il se tenoit des assemblées qu’on nommoit la mercuriale, dans laquelle Messrs du Parlement se censuroient les un[s] les autres sur toutes les choses qui paroissoient irrégulieres dans leur conduitte, Mons r de Lamoignon toucha fort adroittement les avantages qui naissoient de cette pratique, et déplorant le non-usage d’une institution si belle, avec cette noble eloquence dont les anciens Romains se servoient sur le declin de leur Republique pour relever l’integrité et la bonne discipline de leurs ancetres, il prit à partie la pernicieuse et damnable complaisance qui regne maintenant au monde, et qui fait qu’au lieu de nous servir de censeurs les uns aux autres, nous ne faisons autre chose que nous entre louer. Il fit voir les inconveniens qui naissoient de cet abus, il dit que le plus grand bonheur du monde seroit de rencontrer un amis sage et fidele, qui nous suivant par tout, nous ouvrît les yeux sur nos défauts, et nous avertît sincerement de tout ce que nous ferions contre l’equité et la charité

Est mihi purgatam crebro qui personet aurem [4] Hor[atius]. Epis[tolarum] . / 
Et poursuivant son discours, il exaggera* le prix d’un ami de cette nature, et conclut que comme il etoit presque impossible de rencontrer ce tresor inestimable, le parti qui nous restoit à prendre etoit d’exercer nous memes sur toute notre vie une severe censure.
Judex ipse sui totum se explorat ad unguem.

Ausoni[us]

 [5] Il y a quelque chose Mr dans ce discours qui condamne votre humeur loueuse ; je vous prie d’y faire reflexion. Mais vous serez plus touché sans doute de ce que je m’en vas* vous dire ; car c’est une chose de fait, au lieu que le reste n’a été qu’un beau discours. C’est que Mr le duc de Montausier [6] n’a jamais voulu souffrir que Mr le Dauphin leut les epitres dedicatoires des livres qu’on luy a presentés [7]. Il lui a deffendu cela plus severement que son medecin les viandes les plus pernicieuses, etant persuadé qu’il n’est rien qui gâte davantage un jeune esprit, que ces louanges prematurées, dont les autheurs sont prodigues. On ajoute que ce sage gouverneur ayant une fois surpris son disciple sur la lecture d’une epitre dedicatoire, ne jugea pas à propos de l’en retirer brusquement, de peur que le nitimur in vetitum [8] ne fit son effet. Il trouva plus utile de rectifier la conjoncture, et voici comme il s’y prit. Ah, Monsieur, que lisez vous là, pouvez vous prendre plaisir à de tels mensonges, ne voyez-vous pas bien qu’on se moque de vous ouvertement ; on dit que vous savez toute chose, que votre enfance a plus de lumieres que la vieillesse des plus habiles, et cent autres méchantes louanges. Pouvez vous nier que cela ne soit faux, et en bonne conscience oseriez vous avouer que vous possedez toutes ces belles qualitez ? Ayant tiré un aveu de monsieur le Dauphin, que c’etoient toutes flateries infiniment eloignées de la verité, il conclut sa leçon par luy donner / une espece de colere contre ces flateurs, qui avoient eu assez mauvaise opinion de son esprit, pour croire qu’il seroit la dupe de leurs faux panegyriques. Un gouverneur moins eclairé que Mr de Montausier auroit fait faire deffense aux autheurs de mentir dans leurs epitres dedicatoires, mais pour luy il n’a eu garde d’attaquer une maladie aussi invetérée et aussi generale que celle là. Les autheurs sont trop incorrigibles, pour esperer de les mettre à la raison. D’ailleurs quelle apparence qu’ils se laissassent debusquer* d’un bien dont ils sont en possession de tems immemorial. Ils se battroient, tanquam pro aris • ac focis [9], afin de s’y maintenir, si bien que le plus court a été pour Mr le duc de Montausier de les laisser jouir de cette partie de leur patrimoine, se reservant d’empecher qu’ils n’en abusent au préjudice de Mons r le Dauphin. Apres cela Mr j’espere que vous ne trouverez pas etrange que je rejette vos applaudissemens, et que ie vous supplie d’exercer une autrefois envers moi votre censure plutot que votre complaisance.

• Cet horrible mal de dents qui vous a si cruellement persecuté, mon cher Mons r , m’a eté insupportable pour bien des raisons. 1°, il vous a fait passer de tres mauvaises heures, et cela suffit pour me le faire détester comme un monstre d’enfer. Secondement, il m’a privé d’une de vos lettres, qui est encore un grand sujet de me le faire regarder comme la plus grande peste de la societé, outre qu’il peut etre assez endiablé (ce qu’à Dieu ne plaise) pour dérober aus promotions de votre academie l’eclat et la gloire qu’une de vos harangues leur apporteroit [10]. Voila trois raisons de bon conte, et si je ne dis pas toutes celles que je pourrois aléguer, car j’ay appris de bon lieu [11] qu’il ne faut jamais epuiser son sujet.

Au reste, de peur que vous n’en prétendiez cause* d’ignorance*, je vous fais savoir que je n’entends dire / que tres-peu de nouvelles ici, et que par consequent je ne serai gueres en etat de vous en fournir. Le Conseil du roy est si secret, et toute la Cour s’est tellement mise sur le pied* de taciturnité, qu’on connoit les bourgeois de Paris aux nouvelles qu’on leur entend dire. Demandez en aux gens qui frequentent S[ain]t Germain ou Versailles [12], ils vous protestent qu’ils ne savent rien de nouveau ; de sorte qu’excepté un tas de fainéans qui ont la routine de conjecturer, et l’impudence de débiter tout ce qu’ils batissent sur quelques mots qu’ils entendent dire chez les grands, tout le monde se pique icy de n’etre point nouvelliste*, mais cet esprit ne durera pas, et le Roy n’aura pas plutot fait eclorre ce qu’il a couvé tout cet hyver, que les nouvelles ne seront plus une marque de roture*. Nous verrons ce qui en sera. Si j’apprens quelque chose, je ne vous en serai pas chiche. En attendant, souffrez Mr que je fasse reflexion sur le jugement precipité que les etrangers font du caractere des François.

Ils conviennent presque tous à les taxer d’une indiscrete et temeraire vanité, d’aymer l’eclat, le faste, la fanfare et choses semblables. Cependant si on compare les gazettes de Paris à celles des autre nations, on verra que nous sommes incomparablement plus modestes et plus reservez que tous nos voisins. On n’y fait point de menaces aux ennemis du Roy, on n’y etale pas ni ses forces ni ses armemens, on n’y fait pas l’almanach de la campagne, on n’y etonne personne par de[s] predictions funestes, en un mot, l’article de Paris et de S[ain]t Germain [13] ne donnent pas le moindre souçon que la France soit en guerre presentement. Pour les autres gazetiers, ils ont une toute autre methode ; ils ne nous parlent / que de ligues, que de grands projets ; leurs menaces vont si loin qu’on diroit que la conquete de la France ne sera que le coup d’essai de l’avant garde de ses ennemis. Ils decouvrent par tout des armées formidables en leur faveur. Tantot le grand duc de Moscovie envoie 100 mille hommes contre la Suede, tantôt il vient de Nortwege 20 000 hommes pour grossir l’armée du roy de Dannemarck, tantôt le Grand Sophi attaque Babylone avec 200 mille combattans, ce qui empechera les Turcs de donner le moindre ombrage à la maison d’Autriche [14], après cela il est facile de juger Mr, si les François donnent dans la fanfare plus que tous les autres. Quelque jugement que l’on fasse de la prudence de notre nation, il est certain que jamais le secret n’a eté mieux gardé dans aucun Etat que dans le Conseil de ce Roy cy, tous ceux qui y sont admis sont impenetrables, et on peut dire de ce Conseil que c’est le coeur de la France dont il n’y a que Dieu qui voye les plis et les replis. Cette pensée m’est fournie par Val[ere] Max[ime] qui parle presque de la même façon du Senat de Rome.

fidum erat et altum Reip. pectus curia, silentiique salubritate munitum et vallatum undique.

L.2.c.2.

 [15] Or vous m’avoueres, Mons r , que ce n’est pas une petite marque de prudence, que cette impenetrabilité-là. Le même autheur que je viens de citer, faisant en peu de mots le panegyrique du Senat romain, appuye sur l’observation du secret,
nunquam taciturnitatem optimum ac tutissimum administrandarum rerum vinculum labefactari volebant [16].

• Me voici, Monsieur, dans un beau lieu commun. Si je ne vous avertissois pas que mon dessein n’est point de le pousser, vous ne croiriez jamais en être quitte pour une page : / Il faut donc que par un petit mot d’avis je vous sauve la peur que ma prolixité naturelle vous pourroit causer en cet endroit. Apres cette petite préparation, je crois que sans vous alarmer trop, il me sera permis d’ajouter cette remarque, c’est que la manière de juger des choses se reglant toujours sur l’air* dont on les conduit, on se persuade icy que l’on ne sait jamais la veritable cause de ce qui se passe à la Cour, parce qu’on est persuadé que le secret est l’esprit general de ce regne. Ainsi on cherche du mystere par tout et quelque probables que soient les raisons qui se debitent, on veut qu’il y en ait d’occultes que le tems peut etre découvrira. C’est le jugement qu’on a fait de la disgrace de Mons r de Lauzun [17], c’est celui qu’on fait de la retraitte de Mad[ame] de Montespan [18]. J’admire que l’on en ait si peu parlé qu’on a fait dans une ville populeuse comme Paris, mais que voulez-vous Mr ? On s’est fait une coutume de croire que la veritable cause des changemens de la Cour est tellement abstruse, que ce seroit peine perdue de la vouloir chercher, et au lieu que dans le train ordinaire, la curiosité s’enflamme à mesure que les choses sont cachées, dans ce cas particulier, on cesse d’etre curieux, dés qu’on ne voit point de jour* à déterrer la verité, outre qu’il est extremement delicat de fouiller dans les affaires amoureuses des roys, et que la politique et le respect ne veulent point que l’on s’en approche sans y être duement appellé, ce que l’on sait en general de cette affaire c’est que tout s’est passé sans rupture, et qu’il y est entré de la dévotion, du moins en apparence. Quant au reste, tous ceux qui ayment la gloire du Roy, ont une joye incroyable qu’il ait heureusement triomphé de tous les pieges / de l’amour et qu’il ait dissipé ce nuage qui ternissoit sa lumiere.

• Comme ce monarque a pris le soleil pour son symbole, il y a un bel esprit qui luy prepare ce que vous allez apprendre, qui s’est souvenu qu’un galant homme de ces derniers siecles, mais sans religion, avoit fondé un revenu sur le plus liquide de ses biens Soli redduci [19], ordonnant par son testament que ce revenu servit pour celebrer un solemnel anniversaire en l’honneur du soleil toutes les fois qu’il se rapprocheroit de nous, qu’on fit un superbe festin ce jour là, et qu’on y but largement, ce furent les seules charges testamentaires à quoi il soumit ses heritiers ; car pour les legs pies, de chapelles, de luminaires, des messes pour le repos de son ame, il n’avoit garde d’en embarasser l’hoirie*, veu les sentimens qu’il avoit de la religion. Un bel esprit donc s’etant souvenu de la pensée de ce dévot du soleil, en prétend faire l’application* au Roy congediant honnetement mad[ame] de Montespan. Mais pour rectifier la dite pensée, il la veut mettre entre les mains de la reyne, dont la pieté est capable de sanctifier les choses les plus profanes, il fera que la reyne erigera en fete le jour que sa rivale luy a eté sacrifiée, qu’elle meme sacrifiera toutes les pompes que la solemnité de ce jour lûy apportera à son soleil recouvré, soli reduci. Il ajustera son application du mieux qu’il luy sera possible, car comme vous savez, Mons r , il ne faut pas se mêler de ces jeux d’esprits, ou il faut s’en tirer honnorabilement.

Si on faisoit un recueil de toutes les representations qui se sont faites du soleil, en veue de ce que le Roy l’a choisi pour son symbole, je croi qu’on formeroit un assez gros livre. Les Francois ballotent* tous les jours ce roy des astres, et le tournent en toute sorte de sens, pour l’appliquer selon la fantasie de chacun aux actions du Roy. / 

Les Hollandois et les Espagnols ne l’epargnent pas pour en faire des applications* outrageuses ; des uns et les autres reussissent quelquefois, mais quelquefois aussi ils n’ont que de fausses pensées. En ce cas ceux qui ont voulu louer, ne choquent pas si fort les connoisseurs, que ceux qui ont voulu médire. Car la médisance ne sauroit plaire, si elle n’est extremement ingenieuse.

• Je ne sais pas quel jugement vous faites à Geneve, Mons r , de plusieurs ecrits qui se publient contre la France. J’en ay leu quelques uns qui m’ont paru bien frivoles. On n’y voit que des lambeaux de feu monsieur Lisola [20], coussus fort grossierement avec quelque lieu commun, et des redites perpetuelles. Ce qu’il y a de beau, c’est qu’on leur fait des responses de côté de la France, qui ne valent guere mieux. Je voulus lire l’un de ces jours quelques uns de ces petits livres, je n’y trouvai que des objections et des responses mille fois rebattues, aussi renvoiai-je bien loin toute cette creme* fouettée* là. Ce qui fait que ces livres sont si méchans, c’est que tant d’un coté que d’autre, il y a des jeunes esprits qui se melent d’ecrire des affaires d’Etat, sans qu’on les en avoue*. Ils savent bien qu’un libraire leur donnera 40 ou 50 pistolles et que pourveu qu’ils injurient bien les ennemis, et qu’ils louent à outrance leur party, on ne leur fera point un crime de leurs sottises, et on ne les ira point rechercher dans leurs tenebres ; car il est à remarquer qu’ils se contentent du présent qui leur est fait par celui qui les imprime et qu’ils ne se nomment point. De cette facon ils ecrivent à coup* seur tout ce qui leur monte à la tete. Cela etant ainsi, on trouve Mr le baron Lisola tout à fait inexcusable d’avoir voulu rendre garant le Roy et son Conseil de toutes les impertinences qui se pouvoient trouver dans des ecrits de cette nature. Car il ne laissoit echapper aucun de ces livres sans y faire des reponses fort etudiées, et il en tiroit souvent des argumens contre la France dont il s’applaudissoit / tout le premier. Un homme de son caractere devoit pourtant distinguer entre les ecrits publiez par ordre de Roy et composé par de personnes avouées*, et les ecrits d’un inconnu qui s’ingere sans aucune vocation dans les affaires d’Etat. C’etoit une supercherie manifeste de decrier la conduitte du Roy et de ses ministres, comme il faisoit continuellement, sur des preuves aussi frivoles que celles qu’il tiroit des ecrits du moindre passe-volant*. Mais il avoit ses raisons. Il savoit qu’en bonne politique il n’est que de ruiner son ennemi. C’est à faire aux particuliers d’observer les formalitez. Quand il s’agit de l’utilité publique, tout devient juste, tout devient honete. Sur ce pied* là, le baron a frappé d’estoc* et de taille*, et fait livre sur livre et il a luy seul, avec sa plume fait plus de mal à la France, que toutes les armées des ennemis. C’est luy qui par des exaggérations malignes du dessein du Roy a mis le coeur au ventre à cent peuples qui ne songeoient à rien moins qu’à la guerre. Il a tellement crié au feu et au meurtre, que presque toute l’Europe eveillée par ses clameurs, est accourue pour eteindre l’embrassement. Il est vrai qu’au lieu de l’eteindre l’on a allumé le feu d’avantage, mais ce n’est pas une affaire pour le baron ; car on pourra le deffendre, en disant qu’on a tout fait selon les formes ; que c’est l’ordinaire pour couper au devant du feu, de ruiner toutes les maisons voisines, et qu’ainsi c’est un procedé fondé en coutume d’avoir sacrifié la frontiere d’Allemagne à la seureté des pays hereditaires [21].

• Il faut avouer que le politique dont je parle etoit un terrible moyonneur de ligues, il s’y entendoit de telle sorte qu’il ne faut point doutter que les ministres de France n’eussent souhaité pour l’utilité de genre humain qu’il eut vecu du tems que les hommes menoient encore une vie sauvage, et qu’il falut tant d’exhortations et de figures de rhetorique pour les obliger à se mettre en communauté. Il y a de gens par icy qui / seroient bien-aises de le voir placé avec avantage dans la vie de Thesée, persuadant aus habitans de l’Attique de venir former un seul corps dans l’enciente [ sic] de la ville d’Athènes [22], et cela au hazard que Thesée n’eut aucune part à la gloire de cette action. En mon particulier, je trouve qu’il est dommage que les anciens Gallois n’ayent eu un homme de cette force lorsque Cæsar les attaqua ; car au lieu qu’il n’eut presque jamais à faire qu’à une province à la fois, il se fut veu une ligue sur les bras qui • auroit peut etre fait detester ce mot autant ou plus que l’a detester plusieurs siecles apres un empereur turc. Ce mot de ligue avoit fait tant de bruit du tems de la bataille de Lepanthe [23], que les Turcs le prirent en horreur, si bien que quelques années apres, le sultan apprenant de la bouche de l’ambassadeur de France que le Roy son maitre faisoit la guerre contre la ligue, lui fit offrir sur l’heure du secours, sans s’informer d’autre chose, croyant que tout ce qui s’appelloit ligue, devoit etre exterminé du monde [24]. Qu’eut il fait s’il eut tenu Mr Lisola qui en etoit un si habile artisan ? Il les mettoit si bien en besoygne les ligues qu’il avoit formées, qu’elles se remuent encore apres sa mort, en vertu du branle qu’il leur avoit donné, et il y faisoit entrer tant de princes que ç’a été une peine non petite à ceux qui ont apporté au Roy les drapeaux et les etendards enlevez aux ennemis, de specifier combien il y en avoit d’un tel souverain et combien d’un tel autre [25].

Qui ne diroit à considérer l’assemblage qu’il a fait de tant de corps differens, que c’est un ouvrage où il a employé toutes les inventions de la mechanique ? Cependant la verité est, qu’il n’• est entré que de coups de plume, et que c’est une plume qui a fait prendre les armes à une bonne partie de l’Europe. Vous Mons r qui savez tant de choses, vous ne serez pas surpris de ce grand effet, vous / souvenant qu’on a dit de Philippe second qu’avec une plume d’oye il avoit gouverné à baguette l’ancien et le nouveau monde [26]. Vous avez leu aussi sans doute dans Boccalin [27] qu’ Apollon et toute sa cour firent des honneurs extraordinaires à ce prince, en faveur de sa plume. Lorsqu’il monta sur le Parnasse, et que cette plume fut posée avec grande ceremonie dans le tresor pour la montrer à tous les curieux, à peu pres comme l’on montre le miroir de Virgile et l’epée de Roland dans le thresor de S[ain]t Denys. Tous les habitans du Parnasse se firent un devoir d’honorer la plume d’un si grand monarque ; et on oublia le chagrin et l’embarras où il les avoit tenus pendant quinze jours, qu’il les chicanna sur le rang et les titres qu’il vouloit luy etre donnez. Si les savans ont ainsi traitté une plume qui ne leur avoit fait que de biens imaginaires, que n’a point deu faire l’ empereur pour honorer la plume de Mr Lisola, de laquelle il a receu tant de services effectifs[?] Ce n’auroit pas été en faire trop que de la baiser à genoux, puis qu’il y eut bien un ambassadeur espagnol qui fit cet honeur à l’epée de Henri [28] quoi qu’elle eut toujours agi contre la maison d’Autriche. Mais l’Espagnol creut devoir cela à la plus glorieuse epée de la chretienité [ sic], comme il s’en expliqua lui meme. Or l’empereur a raison de regarder la plume du baron Lisola, ou comme la plus glorieuse du monde, ou du moins comme la plus heureuse, qui est presque tout un, car en fait d’etat, la gloire se mesure fort sur le pied du bon succez*. Je ne sai si quelqu’un ne proposera pas à Vienne de consacrer cette plume à l’ange tutelaire de la Maison d’Autriche, comme on lit que l’ empereur Caracalla [29] (V[oir] rec[ueil] pr[ose] lettr[es] p[…] [30]). Je trouve tres juste la pensée du P[ere] Bertet [31] qui a introduit le baron leguant sa plume à l’empereur pour remplumer l’aigle imperiale, car apparemment cette plume / etoit sortie de l’aile droitte de l’aigle, et c’est bien raison qu’elle y retourne. Ce qui me fait juger qu’elle venoit de si bon lieu, c’est qu’elle confondoit toutes les autres plumes, comme on dit que les plumes de l’aigle devorent celles des autres oiseaux, quand on les met ensembles, à propos de quoi, je me souviens de la fierté d’un autheur, qui [a] pris la plume de l’aigle pour son symbole avec ce vers,

Penna alias omnes devorat una meas [32].
La plume de Lisola a causé assez de meurtres pour être digne d’un semblable honeur, elle a merité le triomphe, au meme sens que les medecins.

Quand je considere que la plume de Mr Lisola a eté le boulevart* de la maison d’Autriche, je ne puis m’empecher d’admirer le grand sens de cet h istorien romain, qui a dit que les empires se conservent par les memes moyens qu’ils se sont etablis au commencement ( Imperium facile iis artibus retinetur quibus initio partum est. Salust[e] [33]). Quoi ! me direz-vous, Mr, n’est ce pas par des mariages que cette maison est montée à ce haut degré de puissance qui a fait peur à toute l’Europe ? N’a t’on pas dit qu’elle a gagné plus de royaumes lancea carnis quam belli ? [34] Or quelle part a la plume dans tout cela ? Tout beau, Mr, j’avoue qu’en fait de mariages, il faut payer d’autre chose que de plume, et que le lancea carnis est un des principaux ingrédiens. Mais qui m’empechera de dire que le coup de plume qui a servi en divers tems à signer le mariage des princes de cette maison avec les meilleures heritieres de l’Europe, luy a valu tous ces beaux royaumes et toutes ces fertiles provinces, dont elle s’est veue ou se voit encore la maitresse. La France ne s’est pas accreue par cette voie, au contraire les mariages luy ont souvent oté de bons morceaux. V[oir] lettre M. page 773 [35]. Henri n’attribua-t-il pas tous les avantages de la paix de Vervins à la plume avec quoi il en signa la traitte, avec ce / coup de plume, dit il au duc d’Epernon qui avoit eté present à la signature, je viens de faire plus d’exploits que je n’en eusse fait de long tems avec les meilleurs epées de mon royaume [36]. Le cardinal Chigi qui a eté depuis pape sous le nom d’ Alexandre 7 ieme faisoit à peu pres le meme jugement, lorsque pour engager Mr de Longueville à conclure la paix avec l’Espagne selon le projet du comte de Pigneranda, il luy dit en luy portant les articles que ce comte avoit dressez, et en luy presentant une plume, prenez cette plume Mons r, elle en vaut bien la peine. Elle vous couronnera de plus de gloire et de plus de réputation que la fameuse epée du comte de Dunois qui a chassé les Anglois hors du royaume de France [37]. Voilà, ce me semble, repondre pertinemment à votre objection, Mons r . Or puisque c’est par la plume que la maison d’Autriche s’est aggrandie, et qu’elle se conserve, il faut pour le moins que la plume de Mr Lisola soit gardée pour la montre, de meme que nous gardons l’epée de la pucelle d’Orleans comme une antiquaille [38]. J’ay ouy parler d’un homme fort riche qui vouloit acheter au poids de l’or la plume de l’ abbé Lancelot de Peruge [39], mais on ne la seut trouver. Vous etes Mons r la premiere personne à qui j’ay oui parler de cet abbé à l’occasion de ses Hoggidi, qui est un livre fort curieux. Le mal est que cette plume, qui etoit de si bonne trempe qu’elle duroit à la fatigue plus qu’aucun coutre* de laboureur, n’empecha pas que son maitre ne se vint enroler ici peu avant sa mort dans la categorie des savans necessiteux. Mr le baron Lisola a voulu persuader à toute la terre que la sienne ne l’avoit pas enrichi, il nous a appris que malgré tant de veilles et tant de voyages, il ne laissoit pas d’etre pauvre ; qu’il ne falloit pas s’en etonner, puisqu’il avoit preferé le parti de mal-heureux à celui qui avoit le vent en pouppe.

Victrix causa Diis placuit, sed victa Catoni [40].

Quelqu’un a remarqué là dessus que le Roy de France est bien à plaindre d’avoir Dieu pour ami, et le baron / Lisola pour ennemi[.] Je rapporterai a ce propos ce que l’ autheur de L’Evangile nouveau du card[inal] Palavicini remarque p. 52. Ce cardinal parle en ces termes l.5, c. 13. Non ho potuto d’hora in hora non compassionare i Pontifici con venti fra loro contrarii e tutti infesti al corso di lei exetto l’aura dello spirito santo. Si les papes (dit l’ autheur) n’ayant que Dieu pour eux font pitié au cardinal Palavicini, jesuite[,] paroissant ainsi miserables aux autres[,] comment pourroient-ils convertir les Mahometans ? Il faut donc autre chose que le S[ain]t Esprit pour pareilles conversions, et ce seroit fort grande pitié qu’un pape qui n’aurait que cela pour lui [41]. Quoi qu’il en soit on demeure d’accord que ce grand politique n’a pas laissé beaucoup de biens, et c’est à mon avis le plus grand eloge qu’on lui puisse faire ; car c’est mourir comme les Aristides, les Epaminondas, et plusieurs autres grands hommes de l’antiquité, qui laissoient à peine de quoi se faire enterrer, encore qu’ils eussent eu les plus beaux emplois de leur republique. C’etoient de ces gens là qu’un de nos ambassadeurs souhaittoit au roy d’Espagne, car voulant railler l’ignorance des moines de l’Escuriale, il dit au comte duc d’Olivarez […] [42]. Mais si cette pauvreté est glorieuse au baron, elle ne l’est pas à son maitre. Il a eu tort de ne combler pas de biens un ministre si zelé et si capable. J’avoue que le titre de baron de l’empire est fort beau, mais il faut avoir de bien à proportion. Un prince se fait tort quand il laisse ses ministres dans l’indigence, et il faut qu’il suive la maxime de ce roy qui disoit au siens, Faites mes affaires et je ferai les vôtres [43]. Ce sont des devoirs reciproques, et le fameux Ockam qui a fondé une secte parmi les peripat[éticiens], les seut bien in sinuer [ sic] à l’ empereur Louis de Baviere. C’etoit un cordelier qui faisoit rage d’ecrire contre le pape Jean 22 en faveur de cet empereur, pendant les querelles teribles qu’il eut contre la cour de Rome, mais craignant la puissance papale, il demanda à Louis de Baviere qu’il le deffendit avec son épée, Et moi, poursuivit il, je vous deffendrai avec ma plume [44]. Je ne saurois me persuader que l’ empereur n’ait reconnu les services de Mr Lisola, et par des titres d’honneur, et par des presens considerables, mais lui même n’auroit-il pas eté ingrat envers sa plume ? Elle meritoit un monument public de sa reconnoissance, tel que seroit une devise, ou un quartier* de ses armes, ou telle autre chose. Il faloit qu’il mit / dans son ecussion un[e] plume brochant sur le tout, attendant que l’empereur lui meme fit regler par ses herauts d’armes la situation qu’il auroit voulu qu’une plume tint dans l’ecu de Mons r Lisola, en effet ce ministre avoit raison de se promettre qu’on lui feroit present d’une plume, à lui, dis-je qui etoit si digne de la manier de meme que le duc de Parme fit present d’une belle epée au duc de Guise, avec ce compliment, qu’il n’y avoit point de capitaine digne de la porter comme lui [45]. Ce fut apres les combats contre les reitres, où un des illustres ancetres de Mr le comte de Dona fit tant admirer sa fermeté et son courage [46]. Tant y a que le baron dont il s’agit devoit rendre la pareille à sa plume, et l’immortaliser à son tour, puisqu’elle l’a immortalisé. Rapportons à cela ce que fit Dædale apres s’etre sauvé en volant vers Cumes en Italie

Redditus his primum terris, tibi, Phœbe, sacravit

Remigium alarum, posuitque immania templa.

Æneid[os] 6 [47]

On devoit à tout le moins ensevelir sa plume dans son tombeau, comme fit Ænée la trompette de Misenus.
At pius Æneas ingenti mole sepulcrum

Imponit suaque arma viro remumque tubamque

Monte sub aerio [48].

Æneid[os] 6.

Ou faire graver une • sur son tombeau, comme on voit une sphere sur celui de Sacrobosco [49]. Plutarque remarque qu’ Archimede ordonna de faire mettre sur son tombeau un cylindre contenant une sphere solide avec une inscription qui declara combien le contenant surpasse le contenu [50]. Pour revenir à Dédale, Herodote raconte presque au commencement de son Histoire, qu’ Arion ayant eté sauvé par un dauphin en consacra un d’airain à Tenare, sur lequel seoit un homme à chevauchon ; c’est le terme d’un vieux traducteur, nommée [ sic] Pierre Saliat secretaire du card[inal] de Chatillon [51]. Lipse ayant écrit l’histoire de Notre D[ame] de Hall pendit devant l’hautel une plume d’argent [52]. Le Labour[eur] Voyage de la r[eine] de Polog[ne] p.33. v[oir] Obs[ervationes] sac[rae] Colomesii p. 96 et en general touchant le consecration [53] . / Je ne sai s’il a jamais songé à cela. Guichenon celebre historiographe de France et de Savoye y a bien songé ; car ses écrits l’ayant non seulement fait annoblir avec la concession de tres belles armes, mais aussi l’ayant elevé au titre de comte Palatin, et au rang des chevaliers de l’Empire, de la religion* de S[ain]t Maurice et de S[ain]t Lazare, et de l’ordre de S[ain]t Michel, il a fait l’honneur de tout cela à sa plume, par cette devise dont il accompagna l’ecu de ses armes, fidelis prœmia pennæ [54] .

• Mais je m’avise d’une nouvelle maniere d’honneur qu’on pourroit faire à la plume de Mr Lisola, c’est d’ordonner que tous ceux qui se meleroient d’ecrire contre la France prendroient en main cette plume, comme les medecins sont obligez à Montpellier d’endosser la robe de Rabelais, le jour de leur reception [55], que s’il arrivoit à cette plume ce qui arriva à l’epée de Scanderberg [56], je veux dire de ne ruer ses grands coups* sinon en la main de son maitre, en ce cas il faudroit ordonner que toutes les plumes destinées contre cet etat, seroient taillées sur le modele de celle là. Si on en usoit ainsi, l’on ne verroit pas tant de mechans petits livres contre nous, comme l’on en fait courir par le monde. A la verité, tous ces faisseurs de libelles savent assez bien leur Lisola, et ils affectent meme de se servir des titres qu’il donnoit à ses ouvrages. Ils aiment sur tout le magnifique titre de Bouclier d’Etat [57], qui se rendit si celebre dans la derniere guerre, et ils les renouvellent de tems en tems, comme si c’etoit un in hoc signo vinces [58], semblable à celui qui fut veu par l’ empereur Constantin, mais apres tout, ils ecrivent tout mal, pour ecrire Lisola. Et me voila enfin revenu au sujet qui m’a porté à parler de ce grand genie. Je commençois à desesperer de regagner jamais mon chemin.

J’entre dans une autre carriere, qui seroit bien plus vaste que celle d’où ie viens de me tirer, mais pour l’amour de vous, Mons r , je n’y feray que cinq ou six pas. On s’imagine que cette année, la campagne d’Allemagne / sera la plus belle ecole d’art militaire qui ait jamais eté. Car les generaux de deux partis sont consommez en experience, rusez comme des vieux renards, et piquez au jeu par tous les motifs qui peuvent causer un[e] grande emulation. Mr le comte Montecucculli [59] succede à des generaux qui ont mis leurs troupes en mauvaise reputation, il faut que sa bonne conduitte repare cette breche. Toute l’Allemagne est persuadée que ce ne sont pas les François qui ont vaincu les Allemands, mais que c’est Mr de Turenne qui a vaincu Mr de Bournonville [60], si bien que le nouveau general est indispensablement obligé de vaincre, s’il veut conserver sa gloire ; car tous les desavantages seroient mis sur son conte, puis qu’on ne doutte pas dans son pays, qu’il n’ait de meilleures troupes que Mr de Turenne. D’autre côté, Mr de Turenne se doit efforcer d’avoir les mêmes succez que par cy-devant, afin qu’on ne s’imagine pas que le peu d’expérience des generaux qu’il a eu en tête a fait toute sa bonne fortune. Outre qu’il est en reste à l’egard du comte Montecuculli depuis le passage du Main [61]. Il y a donc aparence que ces deux messieurs ne se pardonneront rien, qu’ils chicanneront le terrein d’une diable de maniere, et que comme ils savent parfaitement toutes les rubriques du metier, ils apprendront bien des tours au monde. Il ne faut pas craindre qu’ils hazardent trop leurs soldats, car ils sont tous deux de cette espece de capitaines qui ne font rien que par compas et par mesure, et qui ne donnent rien au hazard. Pericles cet illustre Athenien suivoit la meme maxime [62]. Plutar[que] in ejus vita Jamais il ne donnoit combat qu’il ne fut presque asseuré de le gagner, et il disoit toujours à ses soldats qu’il ne les hazarderoit point mal à propos, et qu’il ne tiendroit point à lui qu’ils ne fussent immortels. On peut conter sur ces sentimens tant de la part de Mr de Montecuculli que de la part de Mr de Turenne, et il ne faut pas s’imaginer que les murmures des jeunes volontaires contre cette grande circonspection, soient capables de faire changer ces generaux de resolution ; car outre qu’ils se sont mis au dessus du soubçon de poltronnerie par cent actions de courage et d’intrepidité, c’est que ce ne sont pas de gens à craindre les railleries, ni à changer leurs manières pour les murmures / de quelques jeunes emportez. S’il etoit possible que la prudence de ces deux grands capitaines passat pour timidité et qu’on en raillat dans le monde, il est pourtant probable qu’ils ne demorderoient rien pour cela de leurs maximes ; à l’example du cunctateur Fabius Maximus l’original de tous les capitaines qui se menagent extremmement [63]. Ce Fabius qui en evitant les occasions de combattre repara les malheurs où la temerité des autres generaux avoit précipité la republique romaine : de qui le poete Ennius a dit

unus homo etc
 [64]
et qui fut appellé le bouclier des Romains, tant il etoit admirable sur la defensive, pendant que les memes Romains appellerent Marcellus leur epée, parce qu’il etoit extremement vigoureux et actif, et incomparable sur l’offensive [65] ; ce Fabius, dis-je, etant pressé par ses amis de hazarder quelque combat, afin de faire cesser les railleries de son armée, et le mépris qu’on faisoit de sa personne, leur repondit que s’il suivoit leurs avis, il seroit encore plus timide que l’on ne disoit, abandonnant de sages resolutions de peur de quelques mechans brocars, et qu’il seroit mal seant à un homme qui doit gouverner les autres, de s’étonner des blames et des calomnies, car de cette façon celui qui doit commander, obeiroit effectivement, et les fous seroient les maitres des sages au lieu que ce sont les sages qui doivent etre maitres des fous Plutar[que] in ejus vita. Il confirma sa reponse par sa conduite qui fut toujours la meme qu’auparavant [66]. Ne douttez pas, Mons r , que les deux capitaines dont nous parlons ne repondissent la meme chose en pareil cas ; mais ils sont trop estimez de leurs soldats pour devoir craindre que l’on glose sur leurs actions. J’ai bien oui dire que lors du passage du Mein, Mr de S[ain]t Abre [67], lieutenant general dans l’armée de monsieur de Turenne, murmurant fort avec son impetuosité gasconne, de ce qu’on n’en venoit pas à toute heure aux mains avec le comte Montecuculli, ses murmures ne s’ent prenoient jamais à Mr de Turenne, mais seulement aux ordres qu’il recevoit de la Cour. Il eut de quoi se / 
satisfaire la campagne d’apres, car il fut toujours d’avis d’attaquer Mr le duc de Lorraine à Sintzheim [68] malgré l’avantage de son poste, et il poussa son attaque si vertement qu’il y fut tué. Pour revenir à Mr de Turenne, il est si eloigné de s’accomoder à l’humeur impetueuse des Francois, qu’au contraire il blamoit rudement l’année derniere tous ceux qui temoignoient plus de courage que de prudence. Ainsi il trouva fort aredire que le comte de Bourlemont [69] se fut opiniatré à garder un mechant poste contre quatre fois plus de monde qu’il n’en avoit ; car, disoit il, pourquoi ne se servir pas de l’exemple des ennemis, qui ne l’ont pas seulement attendu avec deux fois plus de gens qu’il n’en menoit pour les attaquer ? Il se pique de bravoure bien à contre tems, ce n’est pas avec des ennemis si precautionez qu’il faut faire tant le brave, et s’il a eté pris prisonnier, cela lui sied bien. C’est pourquoi on s’imagine que si ce prince etoit naturellement temeraire, il modereroit son courage presentement, et imiteroit la maniere prudente et nullement hazardeuse de ses ennemis ; car il est à remarquer qu’il a perdu plus de gens de marque* en vainquant, que les autres n’en ont perdu, ou dans leurs defaittes, ou dans leurs retraittes. Ce qui ne pouvant procéder que [de] la trop bouillante fougue des françois, et de l’extraordinaire menagement* des troupes confederées, c’est une necessité indispensable à Mr de Turenne d’aller bride en main. Metellus ayant à faire à Jugurtha,
qui non nisi ex insidiis aut suo loco pugnam faciebat
 [70]
au rapport de Saluste, et remarquant que la partie etoit mal faitte des Romains qui ne se fioient qu’en leur valeur, avec des Affriquains qui ne faisoient que ruser, changea toutes ses batteries, et se mit à ruser aussi Metellus chez le même historien sup[ra] p. 16 Une autre raison pourroit encore determiner Mr de Turenne à user de grande circonspection ; c’est le bonheur de la campagne passée, joint à cette longue / 
suite de prosperitez qui l’ont accompagné en tant de rencontres differentes. On doit craindre que la fortune ne se lasse enfin de nous favoriser, et qu’elle ne nous afflige d’un facheux revers. Aussi voi-ton que les plus grandes capitaines se sont defiez de leur bonne fortune apres en avoir fait une longue experience ; et que pour donner moins de prise à ses caprices, ils ne hazardoient plus rien. C’est la remarque que Suetone [71] fait de Jules Cesar, qui avoit été si entreprenant de son naturel V[oir] phr[ases] pr[osaicas] p.340 [72]. P. Æmilius etant campé auprès de Persée les jeunes officiers qui avoient une merveileuse envie de combatre vinrent le trouver pour le prier d’en venir aux mains au plutot, Scipion Nasica, gendre de Scipion l’Affriquain, à qui le passage du Mont Olympe avoit enflé le courage tachoit sur tout d’exciter Æmilius à donner bataille sur le champ. Il lui repondit en riant, Je le pourrois faire ainsi si je n’avois que ton age, mais plusieurs victoires m’ayant fait remarquer les fautes qu’ont fait ceux que j’ai vaincus, m’empêchent d’aller attaquer une armée rangée en bataille, avec des gens trop fatiguez [73] [ Plutar[que] en sa vie]. C’est sur ce principe que Ciceron remarque que les plus celebres orateurs, sont ceux qui craignent le plus en comenceant leurs harangues, parce que sachant qu’on ne reussit pas toujours, ils s’imaginent à chaque fois que quelque disgrace viendra ternir toute leur gloire passée,
hujus quidem rei cum causam quærerem quidnam esset cur ut in quoque Oratore plurimum esset ita maxime is pertimesceret, has causas inveniebam duas, unam quod intelligerent ii, quos usus ac natura docuisset non numquam summis Oratoribus, non satis ex sententia eventum dicendi procedere : ita non injuria quotiescumque dicerent, id quod aliquando posset accidere, ne tum accideret, timere : altera est hæc etc [74].
Il semble d’abord que quand on a aquis beaucoup de gloire, on ne doit pas redoutter le revers de la fortune, mais c’est un abus*, la vie d’un heros est une piece de theatre qui pour etre achevée, doit avoir autant de beautez / à la fin, qu’au commencement. D’où vient, je vous prie, Mons r , que la memoire de Pompée nous donne une admiration si disproportionée à ses grands exploits ? N’est ce point parce qu’il ne fit rien qui vaille dans la guerre contre Cesar ? [75] Et il faut se soutenir jusqu’à la fin si on veut conserver sa reputation. Il est presque sans example qu’un grand capitaine ait vecu longtems, et ne se soit venu echouer avec toute sa gloire passée contre un miserable ecueil. Il n’en est pas de la gloire comme de l’argent. Un homme fort riche peut perdre cent mille ecus sans s’appauvrir, mais la moindre diminution de gloire est une tache qui ne s’ote jamais. Les illustres de l’antiquité craignoient si fort l’inconstance de la Fortune et les facheuses suittes qui en pouvoient naitre pour leur reputation, qu’il s’en est trouvé qui ont abandonné leur pere et leurs familles aux divinitez jalouses de la felicité humaine, afin que rassasiant leur envie sur ces objets particuliers, elles ne traversassent pas les affaires generales de la republique, desquelles ils attendoient toute leur gloire. Ainsi nous lisons que Camillus apres la prise de Veïes, fit solemnellement cette prière,
Ut si cui Deorum nimia felicitas populi Romani videretur, ejus invidia suo aliquo incommodo satiaretur [76].

Val[erii] Max[imi] l. 5 c.5

Paul-Æmile, celui qui subjugua la Macedoine toute fiere encore des conquêtes d’ Alexandre le Grand, imita Camillus.

Cum maximo proventu felicitatis vestrae Quirites timerem, ne quid mali fortuna moliretur, Jovem in Opt. Max. Junonem Reginam et Minervam precatus sum ut si adversi quid populo Romano immineret totum in meam domum converteretur [77].

Val[erii] Max[imi] l. 5 c.15

Ces messieurs là aimoient à la verité leur patrie, mais l’interet de leur propre gloire les faisoit agir asseurement, et elle leur etoit si chere qu’ils a[i]moient mieux avoir la fievre, ou la goutte, ou perdre leurs enfans, que d’etre mis en deroute par les ennemis. On m’asseure que Mons r de Turenne ne s’eloigne pas de ces sentimens, et voilà une nouvelle raison d’etre extraordinairement sur ses gardes cette campagne, et de ne rien faire mal à propos, si bien que Mr Montecuculli n’étant pas moins disposé à jouer de prudence, on n’auroit jamais seu mieux apparier deux generaux. Je crois qu’ils nous feront voir des stratagemes qui ne sont ni dans Polyænus ni dans Frontin [78]. Mais que fera Mr le / duc de Lorraine qui est si turbulent malgré son grand age, se voyant entre des generaux si reservez ? Il tachera de faire quelque coup pour son conte avec son petit camp volant et goguenardera* sur le reste.

• J’ay oui dire à un gentilhomme de l’arriere ban d’Anjou [79] qui étoit à Strasbourg avec Mons r le marquis de Sablé, lors de la prise de Dachstein, que Mr le duc de Lorraine ayant appris que Contarini s’etoit tué en suite des reproches qu’on lui fit de n’avoir pas bien deffendu ce poste [80], se mit à dire tout haut qu’il falloit envoier des gardes au marquis de Bade, et au duc de Bournonville [81], car, disoit il, si Contarini s’est desesperé pour avoir laissé prendre un château, de quoi ne seront pas capables le duc et le marquis, sur qui l’empereur et toute la diete de Ratisbone se reposoient du soin de conquerir l’Alsace et de reûnir glorieusement à l’Empire les autres pieces qui en ont eté detachées ? J’en serois responsable s’il leur mes-arrivoit* faute de les avoir fait garder, et à propos du marquis de Sablé [82], on a dit par ici, qu’il etoit prisonnier du duc de Lorraine et de sa femme aussi, et qu’à cause de cela, il ne s’empressoit pas fort à traitter de sa rançon. Ses amis avoient negocié à la Cour de l’echanger avec le baron de Mercy et la chose etoit fort avancée, mais la prise de Mons r le marquis de Montauban fit prandre d’autres mesures, car c’est lui qu’on a echangé contre le baron de Mercy [83] moyenant mille ecus de retour à donner au duc de Lorraine, par où ce duc a fait voir qu’il n’estimoit pas tant le prisonnier qu’on luy detenoit, que celui que l’on detenoit à la France. D’un autre coté, on a bien montré à la Cour l’estime que l’on fait de Mr le marquis de Montauban, les amis de Mr de Sablé s’etant plaint à Mr de Louvois de ce qu’ayant negocié par son agréation* [84], l’echange de baron de Mercy avec le marquis de Sablé, tout leur travail s’en alloit neantmoins en fumée, Mr de Louvois leur repondit, qu’il ne pouvoit y remédier, et que sa Majesté avoit plus de besoin du marquis de Montauban que de l’autre.

Encore un mot sur les medecins, et puis je vous laisserai en repos. Il y a eu une grosse contestation entre eux et une des femmes de chambre de la reyne. Celle ci soutenoit à cor / et à cri que la reyne etoit enceinte, les medecins qu’elle ne l’etoit pas ; tout le monde souhaittoit que la science des docteurs fut confondue par une femme, on faisoit des gageures contre eux ; Monfleuri se preparoit d’en faire une episode pour la premiere comedie qu’il composeroit [85] ; enfin chacun s’appretoit à bien rire et à bien berner la faculté, mais mal-heureusement la femme de chambre a perdu son procez. Quelques uns en enragent, parce que c’est autant de perdu pour la famille royalle, et d’autres ne sont pas bien aises du triomphe des medecins, et d’autres enfin regardent la chose sans s’en affliger, ni sans en rire, car il ne faut pas vous imaginer, Mr, que tous les françois soient si aisés à affliger que ce conseiller du parlement de province qui ayant apris que feu madame la princesse de Condé, mere du prince d’aujourd hui etoit accouchée de deux enfants morts, en conceut une si grande tristesse que Malherbe son bon ami le rencontrant chez Mr le Garde de Sceaux Du Vair, en fut allarmé, et craignit qu’il ne lui fut arrivé quelque desastre, mais ayant seu le sujet de son affliction, il se moqua de lui, et lui dit : Mr, Mr, cela ne doit pas vous affliger, un homme comme vous ne manquera jamais de maitre [86]. Quant aux medecins, on leur fait une rude guerre dans les conversations ; cependant quand on est malade, c’est à qui plus de remedes prendra. Mr le chancelier [87] a pensé* mourir il n’y a pas long tems, une infinité de medecins furent mandez pour consulter sur sa maladie, leur multitude et leurs contestations gatant toute la besogne, on la congedia et on fit venir Mr Renaudot medecin de Mr le Dauphin, et nommé à cause de cela Renaudot Dauphin [88]. Les railleurs dirent tout aussitot que c’etoit que Mr le chancelier vouloit mourir de la main d’un habile homme, et avoir la consolation en mourant de perdre une vie de 84 ans par les ordres d’un homme de reputation, et expert en ce genre d’homicides.

Vous avez intéret, Mons r que la campagne s’ouvre bientot, parce que j’aurai des nouvelles à vous comuniquer, ce qui m’empechera de m’egarer apres d’autres pensées, comme j’ai fait dans cette lettre. Le Roy part aujourd hui, et / c’est un avertissement aux gazetiers de faire provision de plumes et d’ancre, comme le dit l’empereur Charles le 5 à Paul Jove lorsqu’il preparoit son expedition de Province [89]. Je trouve le gazetier du Bruxelles d’un caractere d’esprit fort envelopé ; il narre fort desagreablement et son stile est horrible. Celui d’Amsterdam a l’esprit net ; et fait bien un conte ; il a le stile fort propre pour la narration, mais non pas tout à fait exempt de fautes. Il badine quelque fois et donne dans le quolibet fort souvent. Celui de France tient fort sa gravité, et on diroit qu’il tranche* de l’historiographe d’importance. Ses railleries sont d’honnete homme, eloignées de burlesque et du caractere bas. Cette gravité lui fait tort ; car on s’imagine qu’il y a de l’hyperbole en tout ce qu’il dit, sous pretexte qu’il soutient fort majesteusement son stile. Je croi qu’ils mentent tous trois [90] ; mais avec cette difference, que celui de Hollande est le plus menteur de tous, ensuitte celle de Brusselles, et puis le nôtre. La raison de cela n’est pas que les François soient moins hardis que les autres à debiter une fausseté. C’est que Mr de Guilleragues [91], homme qui fait profession d’honneur et de bel esprit, seroit berné dans le grand monde, où il est fort connu, s’il lui echapoit de beveues ou de faussetez grossieres. Ainsi etant le garant du gazetier de Paris, il corrige si bien son travail, qu’il le garantit ensuitte pour bon devant toute sorte de critiques. Je vous asseure, Mr qu’on ne lui fait point grace, soit qu’il se trompe sur la geographie, soit qu’il se serve de mots impropres parlant de la marine ou de l’art militaire, et cela l’oblige de se tenir bien sur ses gardes. Il est vrai qu’il est paresseux naturellement, et qu’outre cela il est horriblement persecuter par ses creanciers. On connoit que ses creanciers le harcelent, lorsque la gazette est plus foible que de coutume, et ceux qui savent le mal que c’est que d’etre endetté, lui pardonnent plus aisement. Pour le gazetier de Hollande, il ne se met guere en peine de sa reputation de bonne foi. C’est un gaillard qui daube sur tout le monde, et qui publie generalement tout ce qu’on / lui ecrit, de là vient qu’il fait si souvent changer le caractere de l’impression dans une meme gazette, afin d’avoir place pour mettre tout. Sa gazette est le vehicule des medisances de toute l’Europe ; car quand on veut se vanger de quelcun, on n’a qu’à forger un conte malicieux ou ridicule de lui, et l’envoyer à Amsterdam, vous le verrez en beaux draps blancs par la premiere ordinaire*. C’est ainsi que les ennemis de Baptiste [92] lui ont fait piece deux ou trois fois, c’est une menace qu’on se fait assez ordinairement, Je te ferai coucher sur la gazette de Hollande. Au reste, il craint fort peu les reproches qui lui pourroient etre faits ; il croit qu’il en sera quitte pour dire qu’on lui avoit envoyé de faux memoires. C’est ainsi qu’il s’est lavé de cette noire et infame calomnie qu’il avoit publiée contre la France dans deux ou trois gazettes consecutives, insinuant que les ministres du roi avoient voulu faire perir par des voyes diaboliques le duc de Baviere [93] et toute sa maison. Ayant veu qu’il s’etoit trompé lourdement, il en a fait une retractation publique et s’est purgé aux depens de l’Allemagne, disant qu’il n’auroit osé revoquer en doutte ce qui etoit porté par tant de relations imprimées en diverses langues, dans ce pays là.

On ne doutte point que tous les François qui sont dans le service, ne se battent en lions, apres la licence qu’ils ont eue pendant leur quartier* d’hyver. On ecrit meme que l’esperance d’un doux quartier* d’hyver semblable à celui de cette année ; empechera les desertions et c’est en veue de cela qu’on croit qu’on a laissé vivre les troupes si licencieusement. Ce n’est pas que le Roy n’ait modifiés [ sic] la rigeur impitoyable des officiers de l’armée, qui exigeoient des sommes prodigieuses, sans se laisser attendrir aux prieres ni aux pleurs des paysans,

Nesciaque humanis precibus mansuescere corda [94].

Mons r Colbert, toujours contraire à Mons r de Louvois cria si haut contre l’oppression que le plat païs souffroit par les gens de guerre, que le Roy la fit moderer [95]. / Jugés Mons r , ce que devoient souffrir les paysans auparavant, puisque même depuis les nouveaux ordres du Roy, il y en a eu qui ont fourni une pistolle par jour au commandant du quartier. Mr Menage admire l’industrie des paysans d’avoir peu fournir à cette taxe quotidienne, et dit que pour lui, s’il avoit de tels hotes à entretenir, il seroit aquia* et leur abandonneroit ses livres et ses meubles, si bien qu’il declare toutes les fois que l’occasion s’en presente, que les paysans sont plus habiles que lui. Mons r de Louvois ne s’etonnoit gueres de toutes les plaintes que l’on venoit faire contre les trouppes. J’ay ouï dire que le deputé d’une paroisse etant venu chez lui, pour accuser un capitaine de mille concussions et violences terribles, Mr de Louvois fit entrer l’accusé. Eh bien, Mons r, lui dit il, vous entendez les beaux eloges qu’on vous donne, vous avez pillé celui-ci, emprisonné l’autre, ranconné qui vous a pleu, après cela, pourrez vous vous deffendre d’avoir votre compagnie bien complete et bien equippée ? Sur quoi il congedia l’accusé et l’accusateur. Ses maximes sont que la guerre entraine necessairement ces desordres et que qui dit soldat, dit en meme tems un homme qui en prend à toutes mains. C’est une chymere à son avis que ces soldats, qui, au rapport des historiens, campoient une nuit aupres d’une arbre bien chargé des fruits sans y toucher [96]. Je me souviens d’avoir oui dire un bon mot là-dessus à Mr le comte de Dona, avec cette belle maniere qu’il a de faire valoir ce qu’il raconte. C’etoit à l’occasion d’un Caton qui etoit à la Cour d’un Landgrave de Hesse, et qui vouloit que tout se passat dans les armées selon les regles faittes à plaisir et redigées dans un [livre].

Je voudrois bien, Mons r que vous prissiez la peine de me dire quel nom on doit donner à cette lettre, car elle est composée de tant de pieces differentes, qu’on seroit bien embarassé à dire à [quel] fond on les a cousues. J’admire* moi meme que des materiaux de si differente espece ayent / peu etre unis ensemble, mais je m’en etonne plus, quand je considere que je n’ay fait qu’entasser piece sur piece. Ainsi on peut l’appeller hardiment ens per aggregationem [97], comme disent les logiciens. Cela seroit bon, si j’avois tellement placée mes materiaux que l’on ne s’apperceut pas qu’ils ont été transportés de bien loin, et si on pouvoit raisonnablement penser que chaque chose est née au meme lieu qu’elle se voit rangée. Le P[ere] Le Moine dans son Traitté de l’hist[oire] p. 205 [98] parlant des sentences que l’on peut inserer dans la narration, dit qu’elles ne veulent pas etre mises par forces et comme clouées en ces lieux la, il faut qu’elles s’y trouvent d’elles mêmes, qu’elles y naissent sans effort, sans affectation et sans recherche. De sorte que dans la tissure* de la diction, elles paroissent plutot comme des nuances nées de la teinture, que comme des passemens cousus sur l’étoffe … Allusiones longè nolim quæri, aut erui et extorqueri ; at nec repudiari velim cum se sua sponte offerunt similesque sunt illis quos mulcent Zephyri natos sine semine flores. Briosius, Epist[olæ]  [99]. Cette pensée est née là d’elle meme, et elle n’y a pas eté semée. Quand on seme quelque chose on peut l’avoir portée de bien loin ! Mais je n’ay pas assez d’addresse pour un coup de cette force. Le nombre est petit de ceux qui vont à la quete en differens pays, qui transplantent si heureusement ce qu’ils en rapportent que rien ne paroit etranger.

Du Tyrien, du Philistin, du More

Il sera dit, un tel est né de là [100].

On pourroit appliquer ces deux vers à ce petit nombre choisi, si ce n’est qu’ils sont trop sacrez pour servir à un usage profane. Je suis &c.

le may 1675

Notes :

[1] Voir Lettres 81 et 84.

[2] Voir Lettre 65, n.90.

[3] Apparemment, à peine entré chez M. de Beringhen, Bayle avait emmené ses élèves assister à une séance solennelle du Parlement de Paris. Aucune des harangues de Guillaume de Lamoignon n’a été imprimée.

[4] Horace, Epîtres, I.i.7 : « J’entends toujours le même propos, qui touche mon oreille attentive. »

[5] Ausone, Eglogues, iii.3 : « Juge de soi-même, il s’examine soigneusement. »

[6] Le Mercure galant ne paraît pas en 1675. Ce pourrait donc être par voie orale que Bayle a connu ces détails concernant l’éducation du Dauphin : les milieux réformés avaient conservé une sympathie déférente pour Montausier, autrefois un coreligionnaire.

[7] Le Mercure galant ne paraît pas en 1675. Ce pourrait donc être par voie orale que Bayle a connu ces détails concernant l’éducation du Dauphin : les milieux réformés avaient conservé une sympathie déférente pour Montausier, autrefois un coreligionnaire.

[8] Ovide, Amours, III.iv.17 : « Nous nous portons aux choses qui nous sont défendues. »

[9] Tite-Live, Histoire romaine, V.xxx.1 : « comme pour leurs autels et leurs foyers », l’expression, devenue proverbiale, désignait une défense acharnée de ce qu’on estime essentiel.

[10] Sur l’usage des harangues publiques, prononcées à l’occasion des promotions académiques, voir Lettre 56, n.9.

[11] Allusion assez probable à Boileau, Art poétique, i.63 : « Qui ne sait se borner, ne sut jamais écrire. »

[12] En 1675, le château de Versailles était encore largement en chantier. Au reste, même après son achèvement, la Cour restait ambulatoire avec des séjours à Saint-Germain assez fréquents, ce qui permettait au Roi de satisfaire son goût pour la chasse, la forêt voisine étant giboyeuse.

[13] Chaque article des gazettes indiquait en tête le lieu de provenance des nouvelles qu’il apportait et la date de sa rédaction. Les articles provenant de France exprimaient officieusement une orientation politique souhaitée par les autorités. Bayle observe ici la réserve prudente de celles-ci dans cette période.

[14] La Suède étant alliée de la France, des attaques à son encontre annuleraient la diversion à l’Est que cette dernière pouvait en attendre. La Norvège actuelle était alors une possession danoise. Or, Christian V était récemment entré dans la coalition et, comme le Brandebourg, les armes danoises rencontraient des succès face aux Suédois. Le « Grand Sophi » le sultan Mahomet IV, si ses armées faisaient campagne en Asie, se trouverait empêché d’agir en Europe centrale, ce qui permettrait à l’ empereur de dégarnir ses frontières orientales et de concentrer ses efforts militaires contre la France.

[15] Valère Maxime, Faits et dits mémorables, II.ii.1 : « le sénat était l’âme, le fidèle dépositaire de ses pensées les plus intimes, protégé de tous côtés par un secret impénétrable qui lui servait comme de rempart ».

[16] Valère Maxime, Faits et dits mémorables, II.ii.1 (quelques lignes avant le passage cité dans la note précédente) : « on ne voulait pas que la discrétion, ce moyen de gouvernement si excellent et si sage, reçût jamais aucune atteinte ».

[17] Voir Lettre 68, n.12, sur la disgrâce de Lauzun en 1671.

[18] Bossuet avait joué un rôle dans la rupture qui intervint entre Louis XIV et Mme de Montespan à Pâques 1675, car l’ évêque avait refusé au Roi la permission de communier, tant que son « double adultère » (pour reprendre une expression de Saint-Simon) le maintiendrait en état de péché mortel. Le jour de Pentecôte (2 juin), Louis XIV allait pouvoir communier, au camp de Lestines. Sur l’issue de cet épisode, voir Lettre 94, n.1.

[19] Expression qui signifie « le soleil revenu » ou « recouvré », ainsi que la traduit Bayle quelques lignes plus bas. Nous n’avons pu repérer l’origine de l’anecdote, que Bayle pourrait d’ailleurs avoir recueillie par voie orale.

[20] Lisola faisait faire la revue des troupes de Münster le 19 juin 1674 (nouvelle de Cologne dans l’ordinaire n° 76 de la Gazette), mais dès le 6 juillet 1674 (nouvelle de Cologne dans l’ordinaire n° 83), on annonçait qu’il était « toujours malade à Bonn d’une fièvre lente, qui fait peu espérer de sa guérison ». La date précise de la mort de Lisola n’est pas indiquée par ses biographes ; cependant, elle est fixée au 18 décembre 1674 par la Gazette d’Amsterdam, dans le n° du 15 janvier 1675, nouvelle de Cologne du 18 janvier 1675, d’après les lettres de Vienne du 23 décembre 1674.

[21] Les pays héréditaires sont les domaines propres de la Maison de Habsbourg : Autriche, Styrie, Tyrol. L’ empereur était aussi roi de Hongrie et de Bohême, mais son emprise sur ces territoires était moins étroite.

[22] Voir Plutarque, « Vie de Thésée », xxviii, i.22-23.

[23] La bataille de Lépante, du 7 octobre 1571, marqua la victoire de la flotte chrétienne, armée par l’Espagne, par le pape Pie V et par Venise, et commandée par don Juan d’Autriche, sur la flotte turque.

[24] La source de Bayle est très vraisemblablement De l’Usage de l’histoire (Paris 1671, 12°), p.17. Dans les cercles bien informés, on sut vite que l’auteur de ce petit ouvrage était l’ abbé de Saint-Réal.

[25] La Gazette fait souvent état des drapeaux ennemis ramenés à Paris et installés à Notre-Dame pour des cérémonies solennelles après les grandes victoires des armées du roi. Cependant, nous n’y avons pas trouvé de référence précise au nombre des « ligues » soulevées par Lisola, quoique, bien entendu, son rôle capital auprès des armées impériales ait fait constamment l’objet d’allusions dans les rapports de la Gazette.

[26] Nous n’avons pas trouvé la source de cette formule.

[27] Trajano Boccalini, satirique très hostile au rôle politique de l’Espagne dans la péninsule italienne, aura un article dans le DHC : « Boccalin ». Bayle résume ici, en l’outrant un peu, un passage de la Pietra del Paragone politico tratta dal monte Parnaso, dove se toccano i governi delle maggiori monarchie dell’universo (Cormopoli [ sic, Amsterdam] 1615, 4°), très souvent rééditée par la suite et traduite en plusieurs langues. La traduction française, par Giry, s’intitule Pierre de touche politique, tirée du mont Parnasse, où il est traité du gouvernement des principales monarchies du monde (Paris 1626, 8°). Le sous-titre du passage cité par Bayle est : « Filippo secundo, Re di Spagna, dopo in contrasto del suo titulo, entra pomposamente in Parnaso » (dans l’édition de 1621, p.85-88). Bayle lisait couramment l’italien, et le texte original, souvent réédité, était probablement plus facile à trouver que la traduction française.

[28] Hardouin de Beaumont de Péréfixe (1605-1671), évêque de Rodez, qui fut précepteur de Louis XIV, Histoire du roy Henry le Grand (Paris 1661, 4°), p.402. L’épisode se place en 1608, l’ambassadeur d’Espagne étant don Pedro de Toledo-Osorio, marquis de Villafranca, duc de Ferrandina. Sous la restauration, l’épisode inspira une toile au peintre Gérard.

[29] L’ empereur Caracalla (188-217), lors de son expédition en Egypte en 216, consacra au dieu Serapis l’épée dont il avait transpercé son frère Geta cinq ans plus tôt, au moment où la mort de leur père, Septime Sévère, les plaçait conjointement à la tête de l’Empire. Voir Dion Cassius, Histoire romaine, lxxvii.

[30] Référence à un recueil personnel de Bayle : voir Lettre 67, n.21, 25, 32, et ci-dessous n.34 et 71.

[31] Sur le Père Bertet et son Testament du marquis d’Isola, voir Lettre 81, n.18. Selon C.F. Achard, Dictionnaire de la Provence et du Comtat-Venaissin (Marseille 1787, 8°), i.80-81, la plupart des vers du jésuite sont demeurés inédits ; cet auteur signale par ailleurs que « la pièce en vers françois Testament de Lisola , où la satyre est assaisonnée par l’esprit, courut tout le royaume ». Il est donc possible que Bayle ait connu ce texte par une copie manuscrite.

[32] « Ma plume sans pareille consume toutes les autres. » Le copiste écrit meas au lieu de mea. Cette formule fut peut-être inspirée par Pline l’Ancien, Histoire naturelle, x.4 : Aquilarum pennæ mixtas reliquarum alitum pennas devorant  : « Les plumes des aigles, mêlées aux plumes des autres oiseaux, les consument », mais nous ne savons à quel auteur.

[33] Salluste, De bello catilinario, ii.4 : « l’empire se conserve aisément par les procédés mêmes qui ont permis de l’acquérir ».

[34] « … par la lance de la chair que par celle de la guerre ». Les mariages entre Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, puis entre leur fille, Jeanne la Folle, et Philippe le Beau, archiduc d’Autriche, sont à l’origine de l’étendue prodigieuse des domaines de Charles-Quint. Bayle se souvient probablement ici du distique célèbre qui illustrait cette particularité : « Bella gerant fortes, tu felix Austria nube ; / Num quæ Mars aliis dat tibi regna Venus ». Par ailleurs, Bayle s’inspire vraisemblablement ici d’un passage du JS du 30 mars 1665 : compte rendu de la Gamologia personarum imperii illustrium, in quo de matrimonio […] æquali vel inæquali, ex ratione status et ad morganiticam, virorum illustrorum agitatur (Stutgardiæ 1664, 4°), ouvrage de Nicolaus Mylerus ( Myler von Ehrenbach).

[35] Réference à un recueil personnel de Bayle : voir ci-dessus n.29.

[36] La Paix de Vervins, le 12 juin 1598, signée entre Henri IV et Philippe II, mit fin aux interventions espagnoles en France. Bayle reprend l’historiette dans le DHC : « Henri IV », rem. P (60), en renvoyant à G. Girard, L’Histoire de la vie du duc d’Espernon, éd. de 1655, p.190, ou éd. de 1673, ii.28.

[37] Fabio Chigi (1599-1667) devint pape en 1655 ; H enri II d’Orléans, duc de Longueville (1595-1663) fut à la tête des plénipotentiaires français à Münster ; G aspar de Bracamonte, comte de Peñaranda, après avoir été l’un des plénipotentiaires d’Espagne à Münster, devint l’un des membres du Conseil de gouvernement pendant la minorité de C harles II.

[38] On conserva longtemps à Saint-Denis une épée qu’on prétendit avoir été celle de Jeanne d’Arc. Voir J. Doublet, Histoire de l’abbaye de S. Denys en France, contenant les antiquitez d’icelle, les fondations prerogatives et privileges, ensemble les tombeaux et epitaphes des roys, reynes, enfans de France & autres signalez personnages qui s’y treuvent jusques à présent. Le tout recueilly de plusieurs histoires, bulles des papes et chartes des roys, princes et autres documens autentiques, par Jacques Doublet, religieux de ladite abbaye (Paris 1625, 4°), p.1314.

[39] L’ abbé Secundo Lancellotti (1575-1643), de Pérouse, un ami de Naudé, est l’auteur de L’Hoggidi, overo il mondo non peggiore ne più calamitoso del pasato (Venetia 1623, 4°). Une seconde partie de cet ouvrage parut posthume : L’Hoggidi, overo gl’ingegni non inferiori a’passati […] con alcuni discorsi del medesimo autore, intitolati Sfoglii di mente (Venetia 1658, 2 vol. 8°).

[40] Lucain, Pharsale , i.128 : « La cause du vainqueur plut aux dieux, mais celle du vaincu à Caton ».

[41] Bayle reviendra sur cet ouvrage dans les Lettres 121 et 122. Il s’agit de l’ouvrage anonyme de Jean Le Noir (1622-1692), théologal de Sées et grand ami de Port-Royal, Les Nouvelles Lumières politiques pour le gouvernement de l’Eglise, ou l’Evangile nouveau du cardinal Palavicin, révélé par lui dans son Histoire du Concile de Trente, dont il parut deux éditions, la première s.l.n.d. in-4°, et la seconde, « suivant la copie imprimée », Paris, J. Martel, 1676, in-12°. C’est une dénonciation de la tentative de concilier la morale évangélique avec les exigences de la politique mondaine. Cet ouvrage sera la source de César-Chesneau Du Marsais (1676-1756), La Politique charnelle de la Cour de Rome, tirée de l’Histoire du concile de Trente du cardinal Pallavicin. Nouvelle édition, traduite de l’italien en français (s.l. 1719, 12°). Bayle cite fidèlement la première édition de Le Noir (p.52), qui cite (fidèlement quant à l’esprit) Sforza, cardinal Pallavicino, Istoria del Concilio di Trento (Roma 1656, folio, 2 vol.), livre 5, ch. 13, i.486-487, dont la phrase signifie : « Je n’ai pas pu, d’heure en heure, ne pas compatir avec les Pontifes qui sont à la merci de vents contraires et tous nuisibles à leur cours, excepté le souffle du Saint Esprit. » Bayle cite l’ouvrage de Le Noir sans avoir recours à celui de Pallavicino, sur lequel, voir aussi : H. Jedin, Der Quellenapparat der Konzilsgeschichte Pallavicinos ; das Pabsttum und die Widerlegung Sarpis im Lichte neuerschlossener Archivalien (Roma 1940).

[42] Gaspar de Guzman, comte-duc d’Olivarès (1587-1645), ministre de Philippe IV, grand rival de Richelieu : voir J.H. Elliott, Richelieu et Olivarès (Paris 1991). Nous n’avons pas trouvé la source de l’historiette citée par Bayle : elle ne figure pas dans La Disgrâce du comte d’Olivarez, traduit de l’italien, in [ Ferrante Pallavicino], Le Courrier desvalisé, publié par Ginifaccio Spironcini et dédié à M. Lelio Talentoni (Villefranche 1644, 12°).

[43] Nous n’avons pas trouvé la source de ce mot.

[44] La source de Bayle est ici le Dictionnaire de Moreri (sur cet ouvrage, voir Lettre 97, n.27), qui doit l’historiette à Trithème. Bayle s’en souviendra aussi dans Cr. gén., v.1. Louis de Bavière (1286-1347), empereur en 1314, en grave conflit avec le pape Jean XXII (1249-1334), souverain pontife en 1316, fut soutenu par certains franciscains, eux-mêmes persécutés par le Saint-Siège. Guillaume d’Occam (1270-1347) fut le plus célèbre d’entre eux. Trithème (Johann von Tritheim) (1462-1516), historien allemand, joignit à un vaste savoir une singulière crédulité.

[45] François-Eudes de Mézeray (1610-1683), historiographe de France, Abrégé chronologique ou extraict de l’histoire de France (Paris 1667-1668, 4°, 3 vol.), iii.1181 (événements de novembre-décembre 1587). Le duc de Parme est Alexandre Farnèse, le duc de Guise, Henri de Guise le Balafré (1549-1588), à qui Bayle consacrera un article dans le DHC. Bayle condense le récit dans lequel le pape Sixte-Quint donne une épée au Balafré, et le duc de Parme « une paire d’armes fort riches » avec un compliment flatteur, dont les termes sont proches de ceux que mentionne Bayle.

[46] L’ancêtre en question est Fabien de Dohna (1550-1621), grand-oncle de l’ancien employeur de Bayle. Au service de Jean-Casimir, comte palatin, Fabien de Dohna commandait les reîtres envoyés par les princes protestants allemands au secours du roi de Navarre ; ils eurent le dessous à Anneau en 1587 face à Henri de Guise, mais Fabien de Dohna n’en eut pas moins par la suite une assez brillante carrière militaire et diplomatique.

[47] Virgile, Enéide, vi.18-19 : « Rendu maintenant ici [à Cumes] à la terre, il [ Dédale] te consacre, Phébus, l’appareil de ses ailes et te bâtit un temple colossal. »

[48] Virgile, Enéide, vi.232-34 : « Mais en l’honneur du héros, le pieux Enée consacre sur place un tombeau colossal, avec ses armes, sa rame, sa trompette, au pied d’un mont aérien… ».

[49] John de Holywood, mathématicien anglais, professeur à Paris au siècle, composa un abrégé de l’ Almageste Sacrobosco de Ptolomée, sous le titre De sphæra mundi, qui fit longtemps autorité. Le tombeau de ce célèbre astronome, dans le cloître des Mathurins, était décoré d’un astrolabe, instrument qui permettait de mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon : André Thevet, Histoire des plus ilustres [ sic] et sçavans hommes de leurs siecles, tant de l’Europe que de l’Asie, Afrique et Amérique, avec leurs portraits en taille douce, tirez sur les veritables originaux (Paris 1671, 12°, 9 vol.), vii.323 ss. Pour la première édition de cet ouvrage (Paris 1584, folio, 2 vol.) sous un autre titre, voir Lettre 101, n.6.

[50] Voir Plutarque, « Vie de Marcellus », xxvii, éd. Walter, i.684.

[51] Voir Les Neuf livres des histoires d’ Hérodote, prince et premier des historiens grecs, intitulez du nom des Muses, le tout traduit du grec en françois par Pierre Saliat (Paris 1556, folio). Premier livre, intitulé « Clio », f.iii-iv.

[52] Voir Juste Lipse, Diva Virgo hellensis beneficia ejus et miracula fide atque ordine descripta (Antwerpiæ 1604, 4°). Jean Le Laboureur (1623-1675), Relation du voyage de la royne de Pologne et du retour de Mme la mareschalle de Guébriant […] avec un discours historique de toutes les villes et estats où elle a passé et un traitté particulier du royaume de Pologne (Paris 1647, 4°), p.31-33, en décrivant l’image de la Vierge de Hal (appelée aussi Notre-Dame de Hau, à une journée de Mons), mentionne l’ex-voto de Lipse. La maréchale de Guébriant était née Renée Du Bec ; la reine de Pologne est Louise-Marie de Gonzague (1612-1667), qui épousa, en 1646, Ladislas IV, roi de Pologne, puis, en 1649, le frère cadet et successeur de celui-ci, Jean II Casimir, qui avait été un temps jésuite et cardinal. Elle était fille de Charles I, duc de Nevers, puis, en 1627, duc de Mantoue, et de Catherine de Lorraine. Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette : voir i.584-592. Elle fut une correspondante fidèle de la Mère Angélique et une grande amie de Port-Royal : voir Dictionnaire de Port-Royal. Son voyage la conduisit de Paris, d’où elle partit le 27 novembre 1644, à Varsovie, où elle entra le 10 mars 1645.

[53] Paul Colomiès, Observationes sacræ (Amstelodami 1679, 12° ; 2 e éd. Londini 1688, 12°) : ces deux éditions étant postérieures à la lettre de Bayle, nous concluons que les références sont dues à l’éditeur du dix-huitième siècle. L’éditeur ajoute (voir Note critique fz) aux références de Bayle celle à l’édition des œuvres complètes d’ Horace éditées par Johann Jacob Grasser et commentées par Pierre-Gautier Chabot (Basileæ 1615, 3 tomes en 1 vol. in-folio) et celle à l’ouvrage de jeunesse de Juste Lipse, Antiquarum lectionum commentarius tributus in libros quinque in quibus varia scriptorum loca, Plauti præcipue illustrantur ac emendantur (Antwerpiæ 1575, 8°).

[54] Samuel Guichenon (1607-1664), protestant converti au catholicisme, historiographe de France, aura un article dans le DHC. Il composa, entre autres ouvrages, une Histoire genealogique de la royale maison de Savoie, justifiée par les titres, fondations de monastères, manuscrits et autres preuves authentiques (Lyon 1660, folio, 3 vol.). La devise signifie « récompense d’une plume fidèle ».

[55] Sur cette tradition, encore maintenue actuellement, voir L. Dulieu, La Médecine à Montpellier, tome iii : L’Epoque classique, première partie (Avignon 1983), p.133-34, et M.H. Kühnholtz, Notice historique, biographique et critique sur François Rabelais (Montpellier 1827), p.31-32. L’usage était très connu et il y a tout lieu de croire que c’est par voie orale qu’il était venu aux oreilles de Bayle.

[56] Scanderberg est une déformation, fréquente au siècle, de la forme correcte : Scanderbeg, elle-même dérivée du nom arabe Iskander-bey. Il s’agit de Georges Castriot (1403-1466 ou 1467), prince et héros national d’Albanie, qui remporta à plusieurs reprises des victoires sur les Turcs, de sorte qu’il brisa l’élan de Mahomet II et ruina son rêve de passer en Italie. La victoire de Lépante en 1571 favorisa, par son retentissement, le succès de l’ouvrage de Jacques de Lavardin, sieur du Plessis-Bourrot, Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderberg, roy d’Albanie : contenant ses illustres faicts d’armes et memorables victoires alencontre des Turcs, pour la foy de Jesus Christ (Paris 1576, 4°). L’historiette concernant le cimeterre du héros est rapportée au livre XII, §4, in fine. L’ouvrage avait pour source celui d’un prêtre de Scutari, Marin Barletius : De Vita, moribus ac rebus præcipue adversus Turcas gestis Georgii Castrioti, clarissimi Epirotarum principis, qui propter celeberrima facinora Scanderbegus, hoc est Alexander Magnus, cognominatus est, Libri XIII nunc primum in Germania castigatissime æditi (Argentorati 1537, folio), édition procurée par Kaspar Hedion (1494-1552), un des réformateurs de Strasbourg. Il semble qu’une première édition ait pu paraître à Rome en 1520. L’ouvrage de Jacques Lavardin connut de nombreuses éditions, avant celle de 1621, dont le privilège est partagé entre quatre libraires-imprimeurs. A partir de 1604, il comporte des suppléments sur l’histoire des Ottomans, dus à la plume de Nicolas Faret. Montaigne s’inspire de Lavardin et de Paul Jove dans ses allusions à Scanderbeg ( Essais, i.1 et ii.34). Ce personnage apparaît ensuite dans un grand nombre d’ouvrages : J. Esprinchard (1600, 1609), N. Caussin (1624 et de nombreuses rééditions jusqu’en 1674), Georges de Scudéry (1647), le Père Jean de Bussières (1656, 1658, 1662, 1675). Citons aussi le roman d’ Urbain Chevreau, Scanderbeg (Paris 1644, 8°, 2 vol.). On trouve des allusions au héros albanais dans les romans de Georges de Scudéry, de Mme de Villedieu et, ultérieurement, dans une longue nouvelle d’ Anne de La Roche-Guilhem, Le Grand Scanderbeg (Amsterdam 1688, 12°). Voir la thèse (en albanais) de Y. Jaka, Scanderbeg dans la littérature française (Prishtina 1990) et A. Zotos, « La figure de Scanderbeg dans les lettres françaises de la Renaissance à l’Age classique. Eléments d’une bibliographie critique », Balkan studies, 37.1 (1996), p.77-105.

[57] Sur cet ouvrage, voir Lettre 85, n.10.

[58] Sur le labarum de Constantin, voir Lettre 85, n.11.

[59] Raimondo Montecuccoli (1609-1680), né à Modène, brillant homme de guerre au service de l’Empire, en était maréchal de camp depuis 1661. Il commanda sur le Rhin en 1673, avec une instruction secrète lui ordonnant d’épargner ses troupes au maximum. Ulcéré par les critiques inspirées par sa prudence, il refusa le commandement en 1674, puis accepta de le reprendre en 1675. Il fut un digne et noble adversaire de Turenne. Voir Th.M. Barker, The Military intellectual and the battle : Raimondo Montecuccoli and the Thirty Years War (New York 1976).

[60] Alexandre, prince de Burnonville (1616-1690), originaire de l’Artois, fut créé prince par Philippe IV, au service de qui il combattait. Il allait devenir vice-roi de Catalogne en 1684. Médiocre stratège, il échoua devant Turenne : voir la Gazette, extraordinaire n° 84 du 15 juillet 1674.

[61] Le passage du Main effectué le 27 août 1674 est raconté dans l’extraordinaire n° 108 de la Gazette, daté du 13 septembre 1674 et portant sur « L’estat des armées françoises, et de celles des Confédérés ».

[62] Plutarque, « Vie de Périclès », xxxviii, i.356.

[63] Sur Fabius Cunctator, voir Lettre 69, n.13.

[64] Ce vers d’ Ennius (xii.360-62) est cité par Cicéron dans Des Devoirs, I.xxiv.84 : « un seul homme, en sachant temporiser, a rétabli nos affaires ».

[65] Plutarque, « Vie de Fabius Maximus », xxxviii, i.403.

[66] Plutarque, « Vie de Fabius Maximus », xiv, i.386.

[67] Jean de La Cropte, marquis de Saint-Abre (?-1674), entré dans l’armée en 1638, était lieutenant-général depuis juin 1655 : voir Pinard, Chronologie historique militaire (Paris 1761-1778, 4°, 8 vol.), iv.206-208. Sur le passage du Main, voir ci-dessus, n.60 ; sur l’impatience de Saint-Abre, voir la Gazette, n° 84 du 26 juin 1674 : « La Bataille donnée aux troupes impériales et lorraines sous le duc Charles de Lorraine et le comte Caprara par le vicomte de Turenne », p.600, le n° 87 du 4 juillet 1674 : « La Journée de Sintzheim » et la référence explicite à Saint-Abre dans l’extraordinaire n° 90 du 10 juillet 1674 : « Nouvelle relation de la bataille gagnée par le vicomte de Turenne sur les troupes impériales et lorraines », p.648.

[68] Sur la bataille de Sintzheim, le 16 juin 1674, voir Lettre 60, p.286-287 et n.5.

[69] Le comte Henri d’Anglure de Bourlemont devait être tué un peu plus tard, en mars 1677, devant Valenciennes. Sur la prudence de Turenne, voir Lettre 71, n. 3.

[70] Salluste, Guerre jugurthine, lxi.1, passage que Bayle avait cité précédemment (voir Lettre 71, n.4), mais ici il achève sa citation par faciebat au lieu du facere du texte. Le copiste transcrit infidiis au lieu de insidiis.

[71] Suétone, Vie des Césars, i.60.

[72] Référence à un recueil personnel de Bayle : voir ci-dessus n.29.

[73] Plutarque, « Vie de Paul-Emile », xxviii, i.585.

[74] Cicéron, De l’orateur, I.xxvii.123 : « Et cherchant la cause de ce fait, me demandant pourquoi plus un homme a de valeur, plus il est intimidé, j’en trouvais deux raisons. La première, c’est qu’ils savent, ceux qu’ont instruits l’expérience de la parole et la connaissance de la nature humaine, que, même pour les meilleurs orateurs, l’événement est quelquefois bien loin de répondre à leur attente : ils n’ont pas tort, dès qu’ils ont à parler en public, de craindre qu’un insuccès, qui peut toujours se produire, ne se produise justement alors. La seconde raison … » Bayle introduit de petits changements dans sa citation, mais reste fidèle au sens de l’auteur.

[75] Qui s’acheva par sa défaite à Pharsale, en 48 avant notre ère. Voir Plutarque, « Vie de Pompée », xc-ciii, i.296-307.

[76] Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I.v.2 : « Si la prospérité du peuple romain paraissait excessive à quelque dieu, qu’il assouvisse sa jalousie en infligeant à lui seul [à Camille] quelque disgrâce personnelle. »

[77] Valère Maxime, Faits et dits mémorables, V.x.2 : « Au milieu de tant et de si grands bonheurs, appréhendant que la fortune ne vous préparât quelque malheur, j’ai demandé à Jupiter Très bon et Très grand, à Junon, reine des cieux, et à Minerve que, si quelque disgrâce menaçait le peuple romain, ils la fissent tomber tout entière sur ma maison. » Le texte porte nostræ que Bayle a changé en vestræ ; c’est Paul-Emile qui parle.

[78] Polyen, auteur grec vivant à Rome au siècle de notre ère, avait composé un traité consacré aux ruses de guerre ( Stratagemata). Sextus Julius Frontin, écrivain latin du siècle, est l’auteur d’un traité de tactique, intitulé Stratagematicon, qui avait été traduit en français par Perrot d’Ablancourt : voir Lettre 43, n.1.

[79] Sur l’arrière-ban, voir Lettre 69, n.11.

[80] Après une éclatante victoire en Alsace, en janvier, Turenne était revenu à la Cour en laissant au marquis de Vaubrun le soin de réduire la place forte de Dachstein, près de Molsheim. Le gouverneur et le commandant de la place ayant été tués, le comte de Contarini, qui prit le commandement, ne tarda pas à rendre la citadelle aux attaquants ; les accusations de lâcheté, voire de trahison qui fusèrent contre lui dans le camp impérial le conduisirent au suicide. Sur la prise de Dachstein, voir la Gazette, n° 13, nouvelle de Brisac[h] du février 1675.

[81] Louis-Guillaume de Bade (1655-1707), fit ses premières armes au service de l’ empereur sous Montecuccoli, puis sous le duc de Lorraine, et devint par la suite un des meilleurs généraux de son temps. Alexandre-Hippolyte-Balthazar, duc de Bournonville (?-1690), général au service de l’Empire, avait remplacé Montecuccoli en 1674 ; il avait été sévèrement battu par Turenne près d’Enzheim le 4 octobre de la même année : voir Lettres 64, n.9, et 74, n.8. Nous n’avons pas trouvé la source de l’anecdote que Bayle relate concernant l’arrogance du duc de Lorraine à l’égard des autres généraux.

[82] Louis de Servien, marquis de Sablé (vers 1644-1710). Selon les Mémoires sur la Cour de Louis XIV de J.-B. Primi Visconti (éd. J. Lemoine, Paris 1908), p.169-70, le marquis de Sablé, prisonnier du duc de Lorraine, acheta la complicité d’une servante et put acquérir des renseignements de première main concernant les projets militaires du duc, informations précieuses qu’il fut en mesure de transmettre à la Cour de France. C’est peut-être à cause de l’utilité de cet espionnage qu’on ne se soucia guère, à la Cour, de faire cesser la détention du marquis de Sablé, d’autant moins rude que le prisonnier était en bons termes avec la duchesse de Lorraine, Marie d’Aspremont (que le duc avait épousée en secondes noces en 1665).

[83] Nous n’avons pas trouvé dans la Gazette la nouvelle de l’échange qui aurait rendu la liberté à René de La Tour Du Pin, marquis de Montauban (sur sa capture, voir Lettre 74, n.9). Toutefois, dans l’exemplaire de la Gazette imprimé à Lyon et conservé à la Bibliothèque municipale de cette ville, figure un Traité d’échange et de rançon des prisonniers de guerre (Lyon 1674, 4°), inséré entre les ordinaires n° 51 et 52, qui indique le « tarif » des différents grades d’officiers. Le baron de Mercy était un noble lorrain au service de l’empereur, le moins connu et le moins brillant des nombreux hommes de guerre que compta sa famille.

[84] « agréation » semble un néologisme forgé par Bayle ; il faut comprendre apparemment « avec son agrément ».

[85] Antoine Jacob, dit Montfleury (1639-1685), fils de l’acteur Zacharie Jacob, dit Montfleury, fut, comme son père, acteur et dramaturge. Dans ses Mémoires, Primi Visconti mentionne cet espoir de grossesse de la reine : éd. J. Lemoine (Paris 1908), p.105-108.

[86] La source de Bayle est apparemment ici la Vie de Malherbe, par Honorat de Bueil, sieur de Racan (1589-1670), qui figure en tête des Divers traitez d’histoire, de morale et d’éloquence (Paris 1572, 12°) : voir p.7. Guillaume Du Vair (1556-1621) fut garde des Sceaux en 1616-1617, avant de finir ses jours comme évêque de Lisieux. Il est l’auteur de quelques livres d’inspiration stoïcienne. Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646) avait épousé, en 1609, Charlotte de Montmorency, qui mourut en 1650. Elle était fille du second mariage de Danville et donc sœur du décapité de 1632.

[87] Depuis janvier 1674, le chancelier était Etienne d’Aligre (1592-1677), qui avait été nommé garde des Sceaux à la mort de Séguier en 1672, la chancellerie restant non pourvue quelque temps. La sénilité somnolente d ’Aligre était bien connue de l’opinion : voir lettre de Mme de Sévigné à sa fille du 12 janvier 1674, i.665 et n.5.

[88] Eusèbe Renaudot (1613-1679) était premier médecin du Dauphin. Il était le fils de Théophraste Renaudot (1586-1653), le créateur de la Gazette, et le père du célèbre abbé Eusèbe II Renaudot (1646-1720), qui aura plus tard maille à partir avec Bayle, voir Dictionnaire des journalistes, s.v., Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

[89] La source de Bayle est vraisemblablement ici Brantôme, Mémoires […] contenans Les Vies des dames illustres de France de son temps (Leyde 1665, 12°), discours II « De la reyne mere de nos roys derniers Catherine de Medicis », p. 31 « Discours sur Catherine de Médicis » (éd. Lalanne, vii.332). Bayle reprendra cette anecdote dans le DHC, art. « Charles-Quint », rem. E.

[90] Les Relations véritables, ou gazette de Bruxelles parurent entre 1654 et 1691, puis entre 1699 et 1711. La Gazette de Hollande fut publiée sous des titres divers à partir de 1663. En 1675, le rédacteur de la Gazette d’Amsterdam semble avoir été Jean de La Font : voir le Dictionnaire des journaux, n° 494, et Dictionnaire des journalistes, n° 442.

[91] A cette date, les rédacteurs de la Gazette sont Charles Robinet de Saint-Jean et l’ abbé Claude Bernou, sous la direction de Guilleragues et de Bellinzani : voir Lettre 81, n.35, et Dictionnaire des journaux, p.447b.

[92] C’est ainsi que ses contemporains désignaient Jean-Baptiste Lully (1633-1679), compositeur et intendant de la Musique du Roi depuis 1661. En 1672, il bénéficia du monopole de l’opéra ; la protection chaleureuse que lui accordait Louis XIV avait excité bien des jalousies à l’encontre de Lully.

[93] Ferdinand Marie de Wittelsbach, duc et Electeur de Bavière (1636-1679) avait conservé une stricte neutralité pendant la guerre qui faisait rage en Europe occidentale. Sa fille, Marie-Anne-Victoire (1660-1690), allait épouser le Dauphin en 1680.

[94] Virgile, Géorgiques , iv.470 : « … ces cœurs qui ne savent pas s’adoucir aux prières des humains ».

[95] La rivalité et l’hostilité réciproque des deux principaux ministres, y compris quant au traitement des Provinces-Unies, étaient de notoriété publique. Il semble que, dans le cercle de Ménage, on ait blâmé la brutalité – célèbre – de Louvois ; l’opinion publique en répandait l’écho : voir A. Corvisier, Louvois (Paris 1983), p.144-151, 195-211, 249-270.

[96] Il s’agit d’un ouï-dire, probablement entendu chez Ménage.

[97] Un être formé par agrégation de parties ; terme scolastique qui s’oppose à monade.

[98] Pierre Le Moyne, S.J. (1602-1671), De l’histoire (Paris 1670, 12°), p.205 : Bayle reprend le texte même du Père Le Moyne.

[99] Ce passage, cité en note de bas de page dans OD, iv.592, est tiré d’une lettre de Jacques Moisant de Brieux (voir J. Mosanti Briosii Epistolæ (Cadomi 1670, 8°), p.245), signifiant : « Je n’aime pas que les allusions soient forcées, recherchées, tirées par les cheveux, mais je ne voudrais pas les refuser quand elles se présentent spontanément, comme ces fleurs, caressées par les doux zéphyrs, qui apparaissent d’elles-mêmes et sans semence. » La dernière formule est une adaptation d’un vers d’ Ovide : mulcebant zephyri natos sine semine flores ( Metamorphoses, i.108).

[100] Ps 87 (86), v.4, dans la version Marot- Bèze : il s’agit des deux premiers vers de la seconde strophe.

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