Lettre 895 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

A Rotterdam, l’11 de novembre, 1692

J’avois dessein, mon très cher Monsieur, de différer à vous écrire jusqu’à ce que j’eusse plus de nouveautez litéraires à vous apprendre, que je n’en ai ; mais, la lettre que je reçus avant-hier de vous, sous celle de Mr l’avocat Beddevole, m’oblige à vous communiquer aujourd’hui le peu que j’ai, qui ira de compagnie / avec la réponse que je lui fais [1]. J’ai senti pour l’amour de vous la perte que vous avec faite en même tems de deux illustres amis [2]. Si vous avez des mémoires pour un éloge historique de l’ abbé de S[ain]t Réal, soiez sur qu’ils seront publiez tot ou tard entiers. Ce que Mr de Beauval, qui aime à être extrémement court sur ces sortes de choses, ne prendra pas, je sai bien qui le prendra [3]. J’avois indiqué l’ouvrage du défunt sur Cicéron [4] à M rs Huguetan [5], pour qu’ils le réimprimassent. Je ne sai s’ils le feront ; il en est plus digne, que plusieurs livres qu’ils réimpriment. Je connoissois le mérite de votre autre ami ; et, tant pour cela, qu’à cause de ce qu’il eut fait pour Messieurs vos fils, je suis bien fâché* qu’il ne vive plus [6].

Vous avez raison sur le nom de l’adversaire de Mr Dodwel [7], et sur tout le reste. J’ai sçu depuis qu’il est hors d’emploi entiérement [8]. C’est dommage ; car je ne croi pas qu’il y ait de plus savant homme que lui au monde. Ses Prælectiones sur les auteurs de l’ Histoire Auguste [9] sont toutes pleines d’érudition et d’esprit. On a un livre anglois de lui, sur le schisme, contre Mr Hody : mais, je ne sai pas si c’est celui dont on disoit qu’on avoit arrêté l’impression [10]. / On a publié en anglois un autre livre, plein d’extraits des sermons de quelques ministres d’Ecosse [11]. S’il est vrai qu’ils aient prêché de semblables choses, il faut convenir qu’ils sont également possedez de l’esprit de sédition et de fanatisme, et destituez de la gravité que la parole de Dieu demande.

L’auteur de La Vie du roi Guillaume par médailles [12] m’a dit qu’on s’étoit plaint à Vienne de son livre dans lequel il assure qu’il n’a pourtant rien dit qui ne fut vrai, et qu’il étoit prêt de nommer les ouvriers, qui avoient fait à Augsbourg les médailles dont il a parlé. Je voulus lui faire comprendre, mais inutilement, que cela ne suffisoit pas pour mettre une médaille en usage ; car, si sous pretexte qu’une médaille a été faite a Augsbourg, sur les idées d’un particulier, et par l’envie de gagner d’un fabricateur, on veut apprendre à toute l’Europe le jugement qu’on fait dans l’empire de telle ou de telle action ; on se trompe, et on commet quelquefois sans fondement la Cour de l’empereur, et la diete de Ratisbonne. Je me donnai bien de la peine pour lui faire gouter ce principe, que vu la licence que des particuliers se donnent de frapper des médailles, pour en trafiquer, et d’y mettre tels corps et telles devises, que bon leur semble, selon leurs passions, ce ne sont plus des preuves, comme elles devroient l’être naturellement, si les souverains étoient aussi jaloux de se réserver à eux seuls le droit de faire des médailles, que celui de faire de la monnaie.

La licence des médailles est si effrénée en ce païs, qu’on vient d’en faire une à l’occasion de la déposition du ministre Bekker [13] qui nie / l’opération des démons sur l’homme ; laquelle médaille représente un diable, habillé en ministre, et monté sur un ane portant une baniere pour marquer que c’est un monument du triomphe que le diable a remporté dans les synodes. Un écrit flamand, qui explique cette médaille [14] raconte à la maniere d’un ragguaglio du Boccalini [15], ce qui s’est passé dans les synodes, les classes, et les consistoires, sur cette affaire ; et nomme ministres diabolistes, ceux qui ont été contraires à Bekker : comme si celui-ci avoit été seul opposé au diable, et que les autres se fussent rendus les avocats, les protecteurs, et les partisans de son empire, de ses droits, et de sa puissance. Ils n’ont été tels que par accident, à cause de la liaison qu’il y a entre l’autorité de l’Ecriture et la réalité de la puissance du diable. Cependant, vous ne sauriez croire les railleries que l’on a fondées sur cette équivoque, et de vive voix, et par écrit, et sur des médailles.

Il y a long-tems que nous avons vu ici toutes les pieces de Mr Arnaud, dont vous me parlez ; et c’est par rapport à ce long-tems que je vous marquai ma surprise [16]. Je viens de voir qu’il ne se reposoit pas, mais qu’il travailloit au VI e tome de la Morale pratique, qui vient de paroître [17], et qui est plus curieux que les deux précédens ; car, il traite du culte, qu’on rend à Confucius à la Chine, et des démêlez que les dominicains ont suscitez aux jésuïtes [18], prétendans et soutenans par leurs subtilitez que ce culte n’est point de religion, mais, civil, et en quelle maniere on y peut participer sans idolatrie. /

Mr Limborch, professeur en théologie pour les rémontrans à Amsterdam, vient de publier un in folio [19], qu’il dédie à l’ archevéque de Cantorbéri [20] . Il est composé de deux parties : l’une est de sa façon ; c’est une histoire de l’Inquisition : l’autre est un manuscrit acheté en Languedoc et contenant toutes les procédures qui furent faites contre les héretiques, par le tribunal de l’Inquisition de Thoulouse, pendant quinze ans [21]. La latinité en est barbare, comme vous pouvez penser. On m’a promis un livre nouveau du Docteur Thomas Burnet, qui s’est tant fait estimer par son Theoria Sacra Telluris [22]. Ce nouveau livre est, dit-on, une espece d’histoire des sciences.

Mr l’évêque de Salisburi n’a pas été peu fâché, quelque mine qu’il ait faite, de ce que Mr l’évêque de Meaux a publiées les lettres qu’il avoit écrites au sieur Papin [23]. Vous savez que Papin s’est révolté ; ce qu il n’auroit pas fait, si la réfutation qu’il a faite d’un livre de notre faux prophête ne l’eut / exposé à la persécution violente de ce fanatique [24] ; qui, ne pouvant disconvenir des contradictions et des sophismes, dont Papin l’avoit convaincu, se vengea, en écrivant par tout, qu’on se gardât bien de donner de l’emploi au s[ieu]r Papin ; que c’étoit un dangereux hérétique, etc. Papin eut beau chercher du pain en Allemagne, en Hollande, et en Angleterre ; il y trouva partout / la porte fermée, par les menées de son ennemi. Ainsi la faim le fit retourner en France, où il a remis à Mr l’évêque de Meaux les lettres que Mr Burnet lui avoit écrites, en approbation d’un livret intitulé, La Foi réduite à ses véritables bornes [25]. Mr l’évêque de Meaux a publié ces lettres ; et Papin vient de les publier tout de nouveau, dans un livre qu’il a fait sur la voie de l’examen [26], laquelle il charge de mille difficultez, afin de conclure que Dieu nous conduit à la vie éternelle par la voie de l’autorité ; et que la voie de l’autorité étant une fois ôtée, pour faire place à celle de l’examen, il est nécessaire, pour raisonner conséquemment, que l’on tolere tous ceux qui en examinant trouvent telle ou telle explication de l’Ecriture préférable aux autres.

Mr Abadie a publié en Angleterre une réponse à l’ Avis aux réfugiés [27], mettant à part tout / ce qui s’est dit sur les gens soupçonnez être les auteurs, et ne s’attachant qu’au livre même. On réimprime en ce païs sa réponse. Il traite la matiere du droit des rois et des peuples avec sa méthode métaphysique, si je ne me trompe ; car, son but est de justifier la conduite du Parlement d’Angleterre.

J’aurois mille choses à vous dire et demander sur le jeune homme qui voit sur l’eau la trace d’un navire où un assassin se sauve. Comment accorder cela avec le livre des Proverbes de Salomon [28] ? Les lettres de Messieurs Panchot et Barbeyrac ne peuvent être que très curieuses [29]. J’ai lu en manuscrit les Mémoires pour servir à l’histoire du cartesianisme. C’est Mr Huet, évêque d’Avranche, qui en est l’auteur [30].

Tout à vous, mon cher Monsieur.

Notes :

[1] Bayle avait écrit au frère de Dominique Beddevole après la mort de celui-ci : voir Lettre 891, n.19 ; cette lettre et la réponse de « Mr l’avocat Beddevole » sont perdues, ainsi que celle de Minutoli à laquelle Bayle fait ici allusion.

[2] L’ abbé de Saint-Réal était mort le 13 septembre 1692 ; sur la mort de Dominique Beddevole, voir Lettres 891, n.16.

[3] Bayle évoque le périodique de Basnage de Beauval, HOS, et pense à un autre, qui est peut-être le JS, récemment repris en main par le président Cousin (voir Lettre 589, n.13), ou bien les Lettres sur les matières du temps de Jean Tronchin Dubreuil : voir Lettre 750, n.42.

[4] Sur la traduction par Saint-Réal des Lettres de Cicéron à Atticus (Paris 1691, 12°, 2 vol.), voir Lettre 855, n.6 ; voir aussi l’« apologie » de Pomponius Atticus par Rainssant, provoqué par le Césarion de Saint-Réal et publiée dans le recueil édité par Bayle, Le Retour des pièces choisies, ou bigarrures curieuses (Emmerick 1687, 12°) : Lettres 508, n.9, et 668, n.9.

[5] Sur les Huguetan , imprimeurs, voir Lettre 882, n.40.

[6] Il s’agit ici de Dominique Beddevole, semble-t-il, mais nous n’avons aucune précision sur ce qu’il avait pu promettre pour les fils de Minutoli .

[7] Sur Humphrey Hody (et non pas Holi) et son conflit avec Henry Dodwell, voir Lettre 891, n.43.

[8] Henry Dodwell (1641-1711), d’origine irlandaise, s’attacha à William Lloyd, évêque de Saint-Asaph, et fut nommé en 1688 professeur d’histoire à l’université d’Oxford. Après la Glorieuse Révolution, il fut destitué pour avoir refusé le serment d’allégeance à Guillaume III. Sur cette question, voir sa controverse avec Humphrey Hody, Lettre 892, n.44. Par la suite, il devait s’engager dans une vive dispute avec Samuel Clarke, John Norris, Richard Baxter, Thomas Burnet et d’autres sur la mortalité naturelle de l’âme, qui ne serait immortelle que par une volonté particulière de Dieu : An epistolary discourse proving from the Scriptures and the first Fathers, that the soul is a principle naturally mortal ; but immortalized actually by the pleasure of God [...] by its union with the divine baptismal Spirit [...] (London 1706, 8°) ; The Natural Mortality of humane souls clearly demonstrated from the Holy Scriptures. [...] Being an explication of a famous passage in the dialogue of S. Justin Martyr with Tryphon, concerning the soul’s immortality. In a letter to a friend [J. Pitts]. With an appendix, consisting of a letter to John Norris [...] and an expostulation relating to the late insults of Mr. Clarke and Mr. Chishull (London 1708, 8°). Sur la place de Dodwell dans les débats historiques de l’époque, voir J.A.I. Champion, The Pillars of priestcraft shaken, p.38-39, 47-50, et, dans le débat sur la mortalité naturelle de l’âme, A. Thomson, Bodies of thought. Science, religion, and the soul in the early Enlightenment (Oxford 2008) ; J. Agnesina, The Philosophy of Anthony Collins : free thought and atheism (Paris 2017), ch. 2, « The debate with Samuel Clarke ».

[9] Sur cet ouvrage de Dodwell, voir Lettre 889, n.10.

[10] Il semble que ce soit le premier ouvrage de Dodwell dans cette controverse (voir Lettre 891, n.43) que Bayle désigne ainsi comme une défense de l’Eglise anglicane contre les accusations catholiques de schisme, car un des adversaires de Dodwell porte l’argument précisément sur ce terrain : Edward Welchman, A defence of the Church of England, from the charge of schism and heresie, as laid against it by the vindicator of the deprived bishops (London 1693, 4°).

[11] Voir Jacob Curate (pseudonyme de Gilbert Crokatt et John Monro), The Scotch Presbyterian Eloquence ; or, The foolishness of their teaching discovered from their books, sermons and prayers : and some remarks on Mr. Rule’s late vindication of the kirk (London 1692, 4°). Le livre entier constitue un catalogue de l’ignorance, des préjugés et de la superstition des fidèles presbytériens encouragés par leurs ministres. Le portrait ainsi brossé est grotesque et caricatural. La réponse furieuse de la part des presbytériens ne se fit pas attendre : voir George Ridpath, An answer to The Scotch Presbyterian eloquence : in three parts. I. Being a catalogue of the cruel and bloody laws made by the Scots prelatists against the Presbyterians ; with instances of their numerous murders and other barbarities beyond the extent of those laws ; with reflexions throughout, demonstrating the lenity of their Majesties government against the Scots prelatists and clergy. II. Laying open the self-contradictions, impudent lies, horrible blasphemies, and disloyalty of the obscene, scurrilous pamphlet called the Scotch Presbyterian eloquence. III. Being a collection of their ridiculous expressions in sermons, and instances of the vitious lives of their bishops and clergy (London 1693, 4°). Ballottée entre le presbytérianisme et l’épiscopalisme depuis la Réformation, l’Eglise nationale d’Ecosse devint en 1690, deux ans après la Révolution, définitivement presbytérienne.

[12] Sur cet ouvrage de Nicolas Chevalier, voir Lettre 875, n.19.

[13] La publication en 1691 et l’interdiction de l’ouvrage de Balthazar Bekker, Le Monde enchanté, entraîna la diffusion de quelque 300 ouvrages et pamphlets – et de quelques médailles. Voir aussi Lettres 835, n.11, 882, n.54, et J.I. Israel, The Radical Enlightenment, p.378-382.

[14] Il s’agit d’un pamphlet anonyme intitulé Den Triumpheerenden Duyvel Spookende omtrent den Berg van Parnassus (Middelburg 1692, 4°), auquel l’auteur avait ajouté une explication de la médaille où figurait Bekker monté sur un âne. Le pamphlet était dû sans doute à Eric Walten, de loin le soutien le plus enthousiaste de Bekker, et qui devait terminer sa vie en prison en attente d’un procès pour blasphème. Plusieurs médailles furent frappées à l’occasion de l’affaire Bekker. Walten en avait commenté une autre dans son pamphlet, également anonyme, Triumph-Digt Op de Medalje, of Penning, Gemaakt ter Eeren eeuwiger gedagtenisse van den Eerw. En Hooggeleerden Heer Balthasar Bekker (Rotterdam 1692, 4°). Voir W. van Bunge, « Eric Walten (1663-1697). An early Enlightenment radical in the Dutch Republic », in W. van Bunge and W. Klever (dir.) Disguised and Overt Spinozism around 1700 (Leiden, 1996), p.41-54.

[15] Le satiriste italien Traiano Boccalini (1556-1613), De’ Ragguagli di Parnasso [...] Centuria prima (Venetia 1612, 4°) ; [...] Centuria secunda (Venetia 1613, 4°) ; Pierre de touche politique tiree du Mont de Parnasse. Où il est traitté du gouvernement des principales monarchies du monde. Traduicte en françois, de l’italien [par Louis Giry] (Paris 1626, 8°). Voir H. Hendrix, Traiano Boccalini fra erudizione e polemica. Ricerche sulla fortuna e bibliografia critica (Firenze 1995) ; L. Firpo, « Boccalini in Francia. [Bibliographie des éditions françaises des Ragguagli di Parnaso] », Amor di libro, 4 (1956), p.67-74.

[16] Bayle s’était demandé si Antoine Arnauld n’était pas mort puisqu’il ne publiait plus rien depuis quelque temps : voir Lettre 882, n.52.

[17] Antoine Arnauld, Histoire des différens entre les missionnaires jésuites de la Chine d’une part, et les missionnaires de l’ordre de Saint-Dominique et de Saint-François de l’autre, touchant les cultes que les Chinois rendent à leur maître Cinfucius (s.l. 1692, 12°). Arnauld était donc bien vivant encore et poursuivait ses travaux à Bruxelles ; il ne devait mourir que le 6 août 1694.

[18] Sur la querelle des rites chinois, voir R. Etiemble, Les Jésuites en Chine, (1562-1773). La querelle des rites (Paris 1966) ; J. Marx, « Sinisation du christianisme et théologie de l’adaptation dans l’apologétique de Giulio Aleni (1582-1649) », in N. Brucker (dir.), Apologétique 1650-1802. La nature et la grâce (Berne 2010), p.167-200.

[19] Philipp van Limborch (1633-1712), Historia Inquisitionis ; cui subjungitur Liber Sententiarum Inquisitionis Tolosanæ, ab Anno Christi 1307, ad A. 1323 (Amstelodami 1692, folio). Sur cet auteur, héritier de la théologie remontrante de Simon Episcopius et d’ Etienne de Courcelles, protecteur arminien de Jean Le Clerc, voir DEDP, s.v. (art. de W. van Bunge).

[20] William Sancroft (1617-1693), archevêque de Canterbury, avait refusé de prêter serment à Guillaume III, et avait été déposé le 1 er février 1690 ; John Tillotson, qui avait épousé Elizabeth French, une nièce de Cromwell, mais qui avait su gagner la confiance de Guillaume et de Marie, les nouveaux monarques, succéda à Sancroft comme archevêque de Canterbury entre 1691 et 1694.

[21] Dans l’annotation de son édition des Lettres choisies de Mr Bayle, avec des remarques (Rotterdam 1714, 12°), lettre CVII, ii.397, n.8, Prosper Marchand précise que « Ce manuscrit se trouve présentement à Rotterdam, entre les mains de M. Furly ». Sur Benjamin Furly, voir Lettre 617, n.4.

[22] Thomas Burnet, Archæologiæ philosophicæ sive doctrina antiqua de rerum originibus. Libri duo (Londini 1692, 8°), aussitôt traduit en anglais : Archæologiæ philosophicæ : or, the ancient doctrine concerning the originals of things [...] (London 1692, 8°). Basnage de Beauval fait allusion à cet ouvrage dans sa lettre du 4 juillet 1693 : « Je m’imagine que vous avez lû le livre de M. Burnet Archeologiæ, où il y a des choses bien hardies contre le systême de Moyse. » (Leibniz, Philosophische Schriften, iii.98). Sur la pensée de Thomas Burnet, qui propose une interprétation figurative de la Genèse, voir M.S. Seguin, Science et religion dans la pensée française du XVIII e siècle : le mythe du Déluge universel (Paris 2001) ; T. Volpe, Science et théologie dans les débats savants de la seconde moitié du XVII e siècle. La genèse dans les « Philosophical Transactions » et le « Journal des savants » (1665-1710) (Turnhout 2008), p.346-357.

[23] Sur cette correspondance entre Gilbert Burnet et Isaac Papin publiée par Bossuet, voir Lettre 901, n.9.

[24] Sur Isaac Papin, voir Lettre 437, n.2. Il s’agit ici de ses Essais de théologie, sur la providence et la grace ; où l’on tâche de délivrer Mr. Jurieu de toutes les difficultez accablantes qu’il rencontre dans son systeme : contre ses ouvrages intitulez, « Jugement sur les methodes d’expliquer la providence et la grace », et « Traité de la grace et du concours immédiat » (Francfort, Fred. Arnaud [Rotterdam, R. Leers] 1687, 12°), publiés à l’occasion de la sortie de l’ouvrage de Jurieu, Jugement sur les méthodes rigides et relâchées d’expliquer la providence et la grace. Pour trouver un moyen de reconciliation entre les protestants qui suivent la confession d’Augsbourg ; et les reformés (Rotterdam 1686, 12°), qui fut ensuite inclus dans le Traité de la nature et de la grace, ou du concours général de la providence et du concours particulier de la grace efficace. Contre les nouvelles hypothèses de Mr. P[ajon] et de ses disciples (Utrecht 1687, 12°), où Jurieu reprenait deux traités plus anciens, composés à l’académie de Sedan, sous le titre Examen de la Doctrine condamnée dans les Synodes de l’Isle de France, de Normandie, d’Anjou, contre la doctrine de Pajon, comme il l’explique dans son Traité, p.7. Selon l’étude de G. Mori, publiée avec l’édition électronique des Œuvres complètes de Pierre Bayle (Paris 2011), il paraît très vraisemblable que Bayle a contribué à la publication des Essais de théologie de Papin, qu’il regardait comme un allié dans sa bataille contre Jurieu, en rédigeant l’Avertissement de cet ouvrage et en jouant le rôle d’intermédiaire entre l’auteur et l’imprimeur Reinier Leers. Sur le conflit entre Jurieu et Papin, voir aussi Chaufepié, art. « Jurieu (Pierre) », rem. Z.

[25] Bayle avait rédigé la préface de cet autre ouvrage d’ Isaac Papin paru la même année que la réfutation explicite de Jurieu, La Foy réduite à ses véritables principes et renfermée dans ses justes bornes (Rotterdam, Reinier Leers, 1687, 12°) : sur l’attribution de cette préface à Bayle, voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.216, et l’étude de G. Mori citée ci-dessus, n.24.

[26] Isaac Papin, La Tolérance des protestans, et l’autorité de l’Eglise ; ou réponse au libelle de Mr. Jurieu, qui porte pour titre, « Lettre pastorale aux fideles de Paris, d’Orleans, et de Blois, sur le scandale arrivé à Paris le 15 Janvier 1690, par l’apostasie de Mr. Papin » ; avec une lettre à Mr. Jurieu sur ce qu’il y a de personnel dans ce libelle (Paris 1692, 12°).

[27] Jacques Abbadie, Défense de la nation britannique, ou les droits de Dieu, de la nature, et de la société clairement établis au sujet de la révolution d’Angleterre, contre l’auteur de l’« Avis important aux réfugiés » (Londres 1692, 12°). La nouvelle édition devait sortir l’année suivante (La Haye 1693, 12°) chez Abraham de Hondt.

[28] La lettre où Minutoli avait fait part à Bayle de cette curiosité ne nous est pas parvenue, mais il s’agit certainement de l’affaire de Jacques Aymar, qui, au moyen d’une baguette divinatoire, avait indiqué la voie par laquelle un meurtrier s’était échappé en bateau. Bayle fait l’application de ce passage biblique : « Il y a trois choses qui sont au-dessus de ma portée, même quatre que je ne puis comprendre : la trace de l’aigle dans les cieux, la trace du serpent sur le rocher, la trace du navire au milieu de la mer et la trace de l’homme chez la jeune femme. » (Proverbes 30, 18-19). Sur l’affaire Jacques Aymar, dont il sera de nouveau question en 1696 (Lettre 1107, n.25), voir Leibniz à Nicaise du 5/15 mai 1693 (éd. Gerhardt, ii.540 sqq.) ; K. Vermeir, « Circulating knowledge or superstition ? The Dutch debate on divination », in S. Dupré and C.H. Lüthy (dir.), Silent Messengers : the Circulation of Material Objects of Knowledge in the Early Modern Low Countries (Münster 2011), p.293-328, et, du même, « The garbage dump of the Republic of Letters. Pierre Bayle’s Dictionaire as an encyclopedic palimpsest of errors », Journal of early modern studies, 1 (2012), p.109-149.

[29] Jean Barbeyrac (1674-1744) calviniste réfugié à Lausanne après la révocation de l’édit de Nantes, juriste français, fut successivement professeur de belles-lettres à l’école française de Berlin, professeur d’histoire et de droit civil à Lausanne et professeur de droit public à Groningue. Il est surtout connu pour ses traductions des ouvrages de Grotius, de Pufendorf et de Richard Cumberland sur le droit naturel. Nous n’avons pas trouvé de références à des lettres éditées à cette période. Voir F. Palladini, Die Berliner Hugenotten und der Fall Barbeyrac. Orthodoxe und « Sozinianer » im Refuge (1685-1720) (Leiden, Boston 2009) ; F. Lomónaco, Jean Barbeyrac editor of Gerard Noodt (Berlin 2012). Quant à Mr « Panchot », nous n’avons trouvé aucune identification intéressante pour cette époque : il s’agit probablement d’une déformation du nom de « Panchaud », qui se trouve fréquemment parmi les étudiants de l’académie de Genève.

[30] Pierre-Daniel Huet, Nouveaux mémoires pour servir à l’histoire du cartésianisme, par M. G. de l’A.S. (s.l. 1692, 12° ; Utrecht 1693, 12°), qui faisaient suite à sa Censura philosophiæ cartesianæ (Parisiis 1689, 12°) et qui imitaient l’humour du Père jésuite Gabriel Daniel (1649-1728), Voyage du monde de Descartes (Paris 1690, 12°).

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