Lettre 90 : Pierre Bayle à Jacques Basnage

A Paris, le 5 may 1675

C’est trop tarder, mon tres cher Monsieur, à repondre à tant de lettres et de billets que vous m’avez ecrites coup sur coup depuis 7 ou 8 jours [1]. Je croyois que la meme personne à qui j’ai donné votre etuy, et qui est une fille à Mademoiselle du Moulin vous donneroit aussi cette lettre [2] ; mais comme je n’avois pas encore veu quelques personnes dont j’aurois voulu vous entretenir, je differai jusques au premier ordinaire*, ce qui ne m’a de rien servi, puisqu’il ne m’a pas eté possible de joindre Monsieur Claude pour lui rendre la lettre que Mons r Jurieu a pris la peine de lui ecrire [3] ; malgré ma captivité qui est des plus rudes, je me suis menagé* quelques moments pour aller chez Mons r Claude ; mais pour mon malheur, je ne l’ai peu encore rencontrer chez lui. Je croyois pouvoir repondre aujourd hui meme à Mademoiselle du Moulin et pour cela j’ai fait tout ce qui m’a eté possible pour prendre langue de Mons r Conrart, c’est ce que je n’ai pas fait pourtant, c’est pourquoi en l’asseurant de mes tres humbles respects, je la supplie d’agréer que je renvoye la reponse que je dois à sa belle et obligeante lettre. Tout ce que je puis lui apprendre sur le sujet du manuscrit, est qu’il est par devers moi, et je l’ai eté prendre chez Monsieur Boursier [4], à qui Mons r Palloys [5] l’avoit fait tenir pour le rendre à Mons r du Frene [6]. Il resteroit à voir messrs Charpentier et Mezeray [7] pour l’approbation, de laquelle Monsieur Gallois [8] parle dans le billet que Mademoiselle Du Moulin m’a envoyé [9]. Des que j’en / aurai parlé avec Mons r Conrart [10] j’agirai non selon mon inclination, qui iroit à courir jusqu’à tant que la chose fut venue au point qu’on la souhaite, mais autant que mes occupations et mon peu de liberté me le permettront.

Voici le véritable lieu à parler d’affaires. Je vous admire continuellement, mon cher Mons r , vous et votre humeur genereuse, bienfaisante et infatigeable à servir ceux que vous aimes. Je demeure d’accord que le titre de precepteur est indigne d’un honete homme et que je dois m’en defaire incessament. Je sai que celui de professeur en philosophie est autrement honorable, et qu’il ne semble pas mal propre à ma fortune et à mon etat. La presse* que vous me faites là dessus me paroit de la plus judicieuse et de la plus sincere amitié du monde [11]. Mais, mon cher Monsieur, le mal est que vous contez sur ce que vous vous souvenez de m’avoir veu à Geneve. C’etoit un tems où je disputois assez bien ; je venois frais emoulu d’une ecole où on m’avoit bien enseigné la chicanerie scholastique [12] et je puis dire sans vanité, que je ne m’en acquittois pas trop mal. Mais ce n’est plus cela, Mons r . Vous savez vous meme que la proposition qu’on me fit d’une classe me jetta dans les humanitez [13] ; que je commenceai à négliger la philosophie ; que je quittai Monsieur Descartes pour Homere et Virgile, et qu’etant allé à Copet, j’y ai perdu deux ans sans étudier ni humanitez, ni autre sorte de science, mais toute autre chose beaucoup plus que la philosophie. J’ai continué sur ce pied* là depuis mon retour en France, et comme je perds / facilement les idées, je me vois reduit en un etat à l’heure que je vous ecris ceci, que je ne sais pas les premiers elemens de logique. Je sai bien qu’un an employé comme je vous le marquois dans mes precedentes* [14], à etudier jour et nuit, disputer, soutenir des theses, etc. me remettroit en haleine, et me donneroit le courage de prêter le collet* à tout venant. Mais c’est là le point, où trouver cette année et où les moyens de l’employer comme cela. Dans l’etat où je me trouve, je ne saurois me promettre de pouvoir étudier un bon quart d’heure sans mille interruptions. Je n’ai aucun livre de philosophie, il m’est impossible de faire de connoissances, le peu de gens que je connois, sont si difficiles à voir, que je leur fais trois ou quatre fausses visites, je ne sai meme s’ils ont les livres qui me seroient necessaires. Enfin, mon cher Mons r , mes riveaux ne sauroient etre si reculez que moi au fait* de la philosophie, ni si mal en etat de se preparer à la jouste. J’enrage et je me maudits moi meme de ne pouvoir repondre aux avances que vous avez faittes en ma faveur, J’honnore et j’admire Monsieur Jurieu [15]. Je souhaiterois ardemment d’etre auprès de lui, pour profiter de ces grandes et incomparables lumieres, et je me trouve incapable de vous exprimer le ressentiment* que j’ai pour les honnorables dispositions qu’il me temoigne sur votre parole. Que vous dirai-je, mon cher Monsieur ? c’est que je m’en vas* repasser ma philosophie, acheter ou emprunter quelque bon cours, et l’etudier autant que les bruits et les clameurs de deux ecoliers fols et indisciplinables que j’ai sur les bras, du matin au soir me le voudront permettre, et selon le progrez que / je pourrai faire, je me resoudrai au voyage de Sedan de fort grand coeur, d’ici à 5 ou 6 mois [16]. Quand meme ce ne seroit que pour voir Sedan, je m’y resoudrois, car cela ne sauroit me nuire. Je mourrois de regret, mon cher Monsieur, si vous vous etiez engagé et que je ne m’engageasse pas pour vous degager, mon amitié me feroit precipiter plutot que d’endurer que vous ne vous tirassiez pas d’affaire sur mon sujet. Mais encore un coup, mon cher Monsieur, faites bien reflexion qu’il ne se faut pas beaucoup promettre des progres que je ferai en philosophie par une etude aussi traversée et aussi accompagnée de chagrins et més-aises* que la mienne sera.

Au reste j’ai leu ces jours passez de suitte* l’excellent livre de Monsieur Jurieu [17]. Monsieur le marquis de Boisse [18] qui est beau fils de Monsieur de Beringhen l’acheta dernierement à Charenton, apres avoir oui dire à Monsieur Claude que c’etoit le plus savant livre de monde. En effet il est rempli de la plus profonde theologie, laquelle s’y voit debitée avec beaucoup de clarté, d’éloquence et d’ornemens. Je voudrois bien savoir quelle estime Mons r Claude et Mons r Jurieu font de Monsieur Arnaud [19]. On ne sauroit me persuader que ceux memes qui le refutent, n’admirent son eloquence, l’art de bien pousser ses pensées et sur tout cette prodigieuse et incomprehensible* lecture qu’il fait paroitre. Car sans conter le reste, combien sont rares les ministres qui ont leu autant de nos theologiens que lui. Je trouve incommode qu’il nous faille abandonner les sentimens de tant de theologiens de notre communion ; car Mons r Arnaud obtient / au moins cet avantage, que nos ecoles sont toutes partagées. Et cela nous fait perdre le droit de leur reprocher leurs dissensions perpetuelles [20]. Tant y a que nous voila uniquement sur la deffensive et messrs de Port Royal, qui n’ont plus rien à faire que contre nous, ne nous laisseront plus le loisir d’attaquer l’Eglise romaine [21]. Nous n’avons pas assez de champions pour les repousser. Voila un second tome qui paroit de la derniere reponse au livre de Monsieur Claude [22], Dieu soit loué qu’en meme tems que le Port Royal, qui est un parti si formidable à coups de plumes, s’occupe avec tout son effort à nous confondre, il se voit dans notre Eglise des plumes comme celle de Mons r Jurieu, que Dieu veuille conserver. Il nous en faudroit une demi douzaine de cette force, trois pour la deffensive et autant pour l’offensive car à moins de faire diversion en les attaquant eux memes, ils se tiendront pour victorieux.

Le jesuite Maimbourg vient de publier l’ Histoire des croisades [23]. Un nommé Monsieur Bruneau a fait un petit traitté de l’etat present d’Allemagne et de la derniere campagne de Mr de Turenne [24], outre cela, il paroit un autre plus gros livre intitulé aussi De l’etat present d’Allemagne traduit du latin d’un nommé Sonambaldus, si je ne me trompe [25]. Un autre encore intitulé Manifestes de divers princes de l’empire sur l’etat present des affaires de l’Europe [26]. Gaspar Bartolin fils de celebre Thomas Bartolin [27] a fait imprimer en Hollande divers traittez fort curieux, De Armillis veterum, De Inauribus veterum, De Puerperio veterum, avec des dissertations sur la / rougeole, l’essence stiptique*, etc. Il y a des figures pour representer les brasselets et les pendants d’oreilles des Anciens. Je crois que vous feriez bien vos chous gras parmi tout cela. Pour moi, je m’y plairois bien aussi ; mais je n’en vois que le titre.

Mr Leger ne manquera pas de vous ecrire. Si • j’avois le loisir qu’il a de se promener de conferences en conferences [28], je vous entretiendrois quelquefois plus agreablement que je ne fais. Sed non ita Diis placitum [29]. Le chanoine de S[ain]te Genevieve qui a fait le Traitté du poeme epique se nomme le Pere Bossu [30]. Il s’appelle Pere parce qu’il est chanoine regulier. Je vous envoyai la semaine passée le livre De Origine rei monasticæ  [31]. Mr Ammonet  [32] m’a conté 27 livres tant pour cela que pour la boitte et l’etuy. Je suis mon cher Monsieur, tout à vous, chargé de vos bien faits. Ba

Notes :

[1] Ces lettres ne nous sont pas parvenues.

[2] Il s’agit d’un domestique qui avait fait le voyage de Sedan à Paris. Mlle Du Moulin est Marie Du Moulin (vers 1610 ?-1699), fille du premer mariage de Pierre Du Moulin. Il faut rectifier sur ce point les indications proposées par L. Rimbault, Pierre Du Moulin (Paris 1966). Cet auteur reconnaît d’ailleurs (p.108) que les proches de Du Moulin désapprouvèrent son second mariage ; or, parmi ces proches, on peut compter sa sœur, Marie, qui avait épousé André Rivet en secondes noces ; elle était peut-être la marraine de sa nièce et la recueillit au sortir de l’adolescence. En 1632, en effet, Marie Du Moulin vint habiter à La Haye, chez les Rivet, puis, toujours chez eux, à Bréda, à partir de 1647 ; elle ne retourna à Sedan qu’après la mort d’ André Rivet, en 1651. Elle était remarquablement instruite et fut liée avec Anna Maria van Schurmann. Marie Du Moulin, dissimulée par l’anonymat, composa Les Dernières heures de Monsieur Rivet vivant docteur & professeur honoraire en l’université de Leyden, etc curateur de l’échole et collège d’Orange à Bréda (Breda 1651, 12° ; Sedan 1651, 12°). Marie Du Moulin correspondit avec Madeleine de Scudéry : voir Un Tournoi de trois pucelles en l’honneur de Jeanne d’Arc. Lettres inédites de Conrart, de Mlle de Scudéry et de Mlle Du Moulin, éd. E. de Barthélemy et R. Kerviler (Paris 1878). Marie Du Moulin se trouvait être tante à la fois de Pierre Jurieu et de sa femme, Hélène Du Moulin, les deux époux étant cousins germains. Elle les accueillit dans sa demeure sedanaise, qui avait autrefois appartenu à son grand-père, puis à son père, située « rue de Villiers d’en haut, n° 8 », dont elle avait racheté, pour 2 200 livres, le grand corps de logis en 1658, après la mort de Pierre Du Moulin : voir E. Henry, « Notes sur quelques familles et maisons sedanaises », BSHPF, 79 (1930), p.565. Marie Du Moulin gagna la Hollande avant la révocation de l’Edit de Nantes, probablement avec ou peu après ses neveux Jurieu, en 1681. En 1683, elle devait devenir directrice d’une maison destinée à accueillir des demoiselles réfugiées sans fortune, institution vite patronnée par la princesse d’Orange, Mary, future reine d’Angleterre : voir D. Allégret, « La Société des dames françaises de Haarlem », BSHPF, 27 (1878), p.315-22, 518-24, 557-63. Mme Du Noyer dans ses Mémoires ( Lettres historiques et galantes (Londres 1757), vii.202 et viii.495) décrit sans aménité la pieuse austérité de l’institution, où elle résida quelque temps, dont les règlements, publiés par D. Allégret, confirment son récit. M lle Marie Du Moulin abandonna la direction de la maison au bout de quelques années, à cause des infirmités de l’âge. Elle mourut vraisemblablement à La Haye le 3 mars 1699.

[3] La lettre de Jurieu à Claude ne nous est pas parvenue.

[4] Nous n’avons su identifier ce M. Boursier.

[5] La copie par laquelle nous connaissons la teneur de la présente lettre porte clairement Palloys, mais il est raisonnable de conjecturer qu’il faudrait lire Galloys : voir ci-dessous, n.8.

[6] Probablement Louis de Canaye, sieur du Fresne, un protestant parisien.

[7] François Charpentier (1620-1702), académicien, et François-Eudes Mézeray (1610-1683), historiographe de France et académicien, étaient tous deux censeurs des livres à paraître et donc distributeurs des Privilèges qui en autorisaient l’impression en France.

[8] Sur l’ abbé Gallois, voir Lettre 7, n.3. Il est clair qu’un manuscrit de Mlle Marie Du Moulin circulait entre les mains de tous ces personnages, dont on espérait qu’ils lui procurent un Privilège. Il y a tout lieu de croire que l’ouvrage en question est De l’Education des enfans. Et particulièrement de celle des princes. Où il est montré de quelle importance sont les sept premières années de la vie, qui fut imprimé en Hollande par la suite (Amsterdam 1679, 12°), anonyme, et dont la teneur très calviniste – par ses silences sur la dévotion de type catholique – explique qu’en France toutes les démarches entreprises pour lui obtenir un Privilège aient échoué. La Préface raconte qu’une « Grande Princesse » avait souhaité connaître « l’avis d’une personne qu’elle estimoit sur la première éducation de son fils. Cette personne-là crut devoir satisfaire à ce désir en traitant des années qu’on a accoutumé de laisser les Princes sous la conduite des femmes. » Il s’agit évidemment de la princesse d’Orange, Marie Stuart (1631-1660), fille de Charles , veuve de Guillaume II d’Orange, et dont Rivet avait été le gouverneur, de sorte que les conseils prodigués par Marie Du Moulin concernaient l’éducation de Guillaume III, né en 1650. Voir E. Labrousse, « Marie Du Moulin, éducatrice », BSHPF, 139 (1993), p.254-268.

[9] Cette lettre ne nous est pas parvenue.

[10] Sur Valentin Conrart, voir Lettre 72, n.5.

[11] Basnage avait donc suggéré à Bayle de se présenter au concours qui allait s’ouvrir à l’automne pour pourvoir une des chaires de philosophie de l’académie réformée de Sedan.

[12] A savoir, du collège jésuite de Toulouse, dont Bayle avait été un brillant élève externe pour les deux années de philosophie, la première fort écourtée, de mars 1669 à août 1670.

[13] Voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.96-97 et n.7, 8 et 9 : dès octobre 1670, on avait envisagé de confier à Bayle la régence de la classe de seconde du collège de Genève, mais la proposition formelle ne vint que plusieurs mois plus tard et, entre temps, Bayle était entré chez M. de Normandie.

[14] Cette lettre antérieure à Basnage ne nous est pas parvenue : on voit ici que la proposition de Basnage n’était pas toute récente et que l’ami de Bayle mettait de la persévérance à le persuader.

[15] Sur Jurieu, voir Lettre 69, n.7.

[16] Voir Lettre 83, n.1.

[17] Sur l’ Apologie pour la morale des réformés, voir Lettre 69, n.7.

[18] Sur Jacques Nompar de Caumont, marquis de Boisse, futur duc de La Force, époux de Suzanne de Beringhen, et donc gendre de Jean de Beringhen, sieur de Fléhedel, l’employeur de Bayle, voir Lettre 83, n.2.

[19] Sur Antoine Arnauld, voir Lettres 18, n.22, 69, n.7, et ci-dessous n.21 et 22.

[20] Les controversistes réformés se plaisaient à souligner longuement les dissensions internes de la théologie catholique ; non seulement le conflit entre jésuites et jansénistes, mais aussi l’opposition entre gallicans et ceux qu’on appellera par la suite ultramontains, ainsi que les divergences quant au siège de l’infaillibilité dont se targuait l’Eglise romaine (fallait-il l’attribuer au seul pape ou bien la placer dans les conciles œcuméniques ?).

[21] Depuis la « Paix de l’Eglise », instaurée en septembre 1668 et qui allait durer jusqu’en 1679, les auteurs jansénistes ayant cessé leurs attaques contre la Compagnie de Jésus, purent concentrer tous leurs efforts à la seule controverse contre les protestants : voir A. McKenna, « Pierre Bayle et Port-Royal », in De l’Humanisme aux Lumières : Mélanges en l’honneur d’E. Labrousse (Paris, Oxford 1996), p.645-63, et « Sur L’Esprit de M. Arnauld de Pierre Jurieu », Chroniques de Port-Royal, 47 (1998), p.179-238.

[22] Après les épisodes de cette controverse déjà résumés (voir Lettre 18, n.21), Claude ne se tint pas pour battu : en 1668, il publia un Traité de l’eucharistie, contenant une réponse au livre du Père Nouet, jésuite, intitulé « La Présence de Jésus-Christ dans le très-saint sacrement, pour servir de réponse au ministre qui a écrit contre la Perpétuité de la foy » (Amsterdam 1668, 8°, réédité à Genève 1669, 8°) ; ensuite, en 1670, Claude publia une Réponse au livre de M. Arnauld intitulé « La Perpétuité » (Quevilly 1670, 4°) – à savoir au premier volume de la « grande » Perpétuité, que Claude, comme tous les lettrés, croyait alors venir de la plume d’ Arnauld. Les controversistes de Port-Royal lui répliquèrent dans le second tome de la « grande » Perpétuité. Pour sa part, Claude laissa les tomes suivants de la « grande » Perpétuité sans réponse particulière ; voilà pourquoi, quand Bayle parle ici du second tome, il s’agit en fait du troisième, car il exclut implicitement les volumes que les protestants laissèrent sans réponse.

[23] Louis Maimbourg, Histoire des croisades pour la délivrance de la Terre Sainte (Paris 1675, 2 vol. 4°).

[24] On ne sait rien de ce Bruneau qui fit paraître à Cologne, donc sans Privilège, l’ Estat present des affaires d’Allemagne, avec les interests et les genealogies des princes de l’Empire et la relation de ce qui s’est passé dans la campagne de M. le vicomte de Turenne (Cologne 1675, 8°).

[25] Bayle se trompe, en effet, comme l’indique l’éditeur du siècle sur le manuscrit. Il s’agit de l’ouvrage Estat present de l’empire d’Allemagne, dans lequel on connoist les origines des Princes qui le composent, les causes de leurs changemens ; et les interests qui les concervent ou détruisent à présent, avec des conseils à chacun pour maintenir son authorité, traduit du latin de Severini de Monsambano par le sieur D[e] C[hastenet] (Paris 1675, 12°). L’original latin était : Severini de Monzambano, De Statu Imperii germanici ad Lælium fratrem, dominum Trezolani, liber unus (Genevæ 1667, 12°). Il y en avait eu une première traduction française : L’Estat de l’empire d’Allemagne de Monzambane, traduit par le sieur Fr. S[avinien] d’Alquié (Amsterdam 1669, 12°), d’après une seconde édition du texte latin « nova, emendata et aucta » (Veroniæ 1668, 12°), dans le titre de laquelle Monzambano est qualifié de « Veronensis », une tentative assez naïve de renforcer la fiction de sa nationalité italienne. La traduction de Chastenet est plus coulante que celle d’ Alquié, mais elle est amputée des cinq derniers paragraphes du chapitre VIII et dernier, parce que, selon Chastenet, la suite est « une déclamation passionnée contre l’Eglise catholique » (p.258) ; une telle description des dernières pages de l’ouvrage est outrancière, mais il reste vrai que la fiction du catholique italien Monzambano n’est guère convaincante. Le pseudonyme cachait Samuel von Pufendorf (1632-1694), le célèbre jusnaturaliste (voir PD 2 ccli) ; son impartiale érudition réduisait, en effet, à néant bien des légendes qui servaient de fondements aux prétentions de plusieurs princes allemands, dont Pufendorf ne se souciait pas d’exciter la rancune. C’est son frère Isaïe qui avait procuré la première édition de l’ouvrage, dont il était assez facile de deviner que l’auteur était un Allemand protestant. Le JS du 29 novembre 1677 recensera un ouvrage de Scarschmidius contre « Monsambano ».

[26] Manifestes de quelques princes de l’Empire sur l’estat present de l’Allemagne, suivant la copie imprimée à Liège (Paris 1675, 12°). Il s’agit de diverses pièces, dont la plus ancienne porte la date du 10 juin 1673 et la plus récente celle du 28 décembre 1674, le tout étant d’une manière patente un tract de propagande française, hostile à l’ empereur et à l’Espagne et qui tente de détacher de leur cause les princes allemands.

[27] Les Bartholin formèrent une dynastie proliférante de médecins érudits danois. Il s’agit ici de Thomas (1616-1680) et d’un de ses fils, Caspar II (1650-1705), éditeur et commentateur de certains travaux de son père. Thomas Bartholini […] De Armillis veterum, præsertim Danorum, schedion (Hafniæ 1647, 8°, et Amstelodami 1676, 12°) ; Caspari Bartholini, De Inauribus veterum syntagma. Accedit mantissa ex Thomæ Bartholini Miscellaneis medicis de annulis narium (Amstelodami 1675, 12°), et Antiquitatum veteris puerperii synopsis a filio Casparo Bartholino commentario illustrata, cum Thomæ Bartholini ad filium epistola (Amstelodami 1676, 12°).

[28] En fréquentant les boutiques des libraires.

[29] « mais les dieux n’ont pas permis qu’il en soit ainsi ».

[30] Sur le Père Le Bossu voir Lettre 79, n.19.

[31] Sur ce livre de Dadin de Auteserre, voir Lettre 83, n.18.

[32] Les Amonnet (parfois Hamonnet) étaient des marchands protestants parisiens, originaires de Loudun. On ne peut savoir si celui que Bayle désigne ici est François, qui se réfugia en Angleterre quelques années avant la Révocation, ou Mathieu, qui fut emprisonné, ainsi que sa femme, après la Révocation ; ce couple fut finalement expulsé de France en 1688. Leur constance fut d’autant plus remarquable qu’ils perdirent de ce fait tous leurs biens, qui étaient considérables.

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