Lettre 909 : Pradals de Larbont à Pierre Bayle

• A Copenhague ce 28 fevrier 1693

Vous n’auriez jamais crû, Monsieur mon cher cousin, que je dûsse jamais vous ecrire de Copenhague ; cependant il n’est rien de plus vrai, m’y • voici arrivé depuis cinq ou six jours avec Monsieur de Bonrepaux que j’ay voulu avoir l’honneur d’accompagner dans son ambassade [1] ; dés que j’ai êté ici la premiere chose que j’ai voulu faire a été de vous ecrire [2] pour vous faire scavoir que l’estime que je fais de vous jointe à l’affection cordiale que vous ne doutez pas que je n’aye toujours eû[e] pour vous, m’oblige de vous prier de m’ecrire je n’ose vous dire souvent car ce seroit trop demander mais quelquefois ; je vous dispenserois pourtant de la peine de m’ecrire si vous nous vouliez faire la grace de nous venir voir, car quelque / belles que soient toutes les choses que vous ecrivez [3], je m’en passerois volontiers pourvûu [ sic] qu’en leur place je pusse vous oüir de vive voix et voir vôtre personne qui m’a êté et qui me sera toûjours tres chere. C’est une verité dont je vous prie d’être persuadé et que je suis de toute mon ame votre tres humble et tres obeissant serviteur Pradals de Larbons

Monsieur Leonard libraire de Paris [4] doit envoyer à Mr Leers libraire de Rotterdam des livres pour Mr de Bonrepaux, je vous prie d’avoir la bonté de solliciter Mr Leers de les envoyer à Copenhague dés qu’il les aura receus ; je vous prie aussi de m’envoyer une liste des plus nouveaux et meilleurs livres qui sont en Hollande.

Notes :

[1] Nous avions quitté François d’Usson de Bonrepaux en 1686 en mission diplomatique en Angleterre, toujours lié avec les membres du salon de M me de La Sablière et avec Jean de La Fontaine et François Bernier en particulier (Lettre 628). Nous saisissons cette occasion de donner une vue d’ensemble de sa brillante carrière. Il avait commencé dans la Marine comme sous-lieutenant de galère en 1671 et s’éleva en 1676 au rang de commissaire-général de la Marine, sous la protection de Seignelay. En 1680, il fut nommé intendant général de la Marine et des armées navales de France avec le rang de chef d’escadre et assista en cette qualité au bombardement de Gênes. En 1685, le roi le nomma lecteur de sa chambre, puis envoyé extraordinaire en Angleterre, où il resta jusqu’en 1686 ; il y accomplit de nouvelles missions en 1687 et en 1688, offrant en vain le soutien des forces françaises à Jacques II, menacé par l’intervention de Guillaume III d’Orange. L’année suivante, le roi le retint comme conseiller sur les affaires de la Marine. Entre 1690 et 1692, il servit dans la Marine la campagne de la Manche et obtint le rang de lieutenant-général des armées navales. En 1693, au moment où nous le retrouvons dans la présente lettre, il venait d’être envoyé comme ambassadeur extraordinaire au Danemark (voir le Mercure galant, juin 1693, p.119-146) et fut nommé également plénipotentiaire auprès des princes d’Allemagne. Il emmena avec lui au Danemark son neveu Jean-Louis d’Usson, marquis de Bonnac. En 1696, il eut une nouvelle mission comme ambassadeur extraordinaire au Danemark, où il resta jusqu’à la fin de l’année suivante, et en 1698 et 1699 il occupa les mêmes fonctions auprès des Etats Généraux des Provinces-Unies. Au retour de cette mission, il devait être gratifié de la charge de chevalier d’honneur au parlement de Toulouse, et il devint ensuite conseiller du conseil de la Marine sous la Régence. C’est sans doute à cette époque qu’il prit auprès de lui comme secrétaire le futur héritier des papiers de Bayle, Charles Bruguière de Naudis (fils de Jean). Il devait mourir en 1719. Voir La Chesnaye-Desbois, s.v.

[2] Il s’agit sans doute ici d’un fils ou neveu de Pierre Du Cassé, sieur de Pradals, dont la famille est particulièrement compliquée. Rappelons (voir Lettre 13, n.62) que Pradals, qui était de la génération de Jean Bayle, père de Pierre, demeurait avec ses deux frères – Jean-Claude, sieur de Larbont, et François, sieur de Malecasals – au château de Larbont, non loin du Mas-d’Azil et qu’il avait joué un rôle dans le retour de Bayle au protestantisme en 1670. Son fils – ou neveu – qui signe Pradals de Larbons avait certainement abjuré à la Révocation.

[3] Nous ne connaissons que cette seule lettre de Pradals de Larbont à Bayle. Il se peut qu’il s’agisse ici d’une allusion à une correspondance perdue, mais il est également possible que Pradals de Larbont fasse allusion aux lettres que Bayle adressait depuis plusieurs années à Jean Bruguière de Naudis, qui devaient être communiquées à toute la famille et aux amis des environs.

[4] Le libraire-imprimeur Frédéric I er Léonard (1624-1711), d’origine flamande, installé à Paris depuis 1643, fut l’éditeur des classiques ad usum Delphini, et édita de nombreux ouvrages destinés aux nouveaux convertis après la révocation de l’édit de Nantes. Il devait se retirer en 1696. Voir Lettre 571, n.20, et Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

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