Lettre 911 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

A Rotterdam, le 5 de mars, 1693
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Votre silence, mon très cher Monsieur, ne pouvoit que me causer un grand mal ; puis que le plaisir, que vos lettres ont coutume de me donner, est un des plus grands charmes de ma vie.

Comme je répons à votre lettre [1], selon l’ordre des choses, c’est ici que je vous dois dire que le manuscrit de feu Mr Beddevole [2] a été envoié à Bruxelles bien recommandé, et par voie sure, à Mr le sécrétaire de l’envoié d’Angleterre. Il doit l’avoir reçu depuis assez long-tems.

Je croi qu’on fera fort bien, si l’on réimprime Pope-Blount [3] ; mais, il faudroit l’augmenter, et y mettre plus d’articles et plus de passages d’auteurs. Notre Pere Oudin, que l’on avoit dessein de faire subsister à Leyde, comme sous-bibliothécaire, en est parti pour Hambourg [4], où Mr Mayer, professeur en théologie, et super-intendant parmi les lutheriens, lui a procuré quelque chose de plus que ce qu’il avoit à Leyde. Je parle de lui à-propos du Cave [5], que Mr de Tournes reimprime, comme me l’apprenez. Le bon Pere Oudin a été bien maltraité par Mr Cave. Pour se venger, il doit publier un ouvrage semblable à celui-là, où il relevera toutes les fautes du docteur anglois [6].

Je suis bien aise de ce que vous m’apprenez de Mr Pictet. Il est fort capable de faire une Morale chrétienne [7], qui se fasse lire, après tant d’ouvrages sur ce sujet. Nos marchands de Francfort nous apporteront, sans doute, ce qu’il a déjà publié.

Je me réjouis de ce que vous avez tant de plaisir à lire les lettres des grands-hommes. J’y prens aussi un singulier plaisir. Celles de Muret, que vous avez déterrées depuis peu, ne sont pas de la meilleure édition. J’ai les harangues, les épitres, et les poësies de ce grand-homme, de l’édition de Leipsic, en 1672, in 8, qui a été procurée par les soins de Thomasius [8], professeur en cette ville-là, et homme qui avoit des dons pour ces sortes d’entreprises. Il a mis en bon ordre les lettres, et ajouté quelquefois les réponses, et inséré aux marges beaucoup d’éclaircissemens ; il y a beaucoup plus de cent lettres de Muret. Celles du cardinal de Pavie ne me sont pas inconnues [9] ; mais, j’ai été bien aise d’en apprendre ce que vous m’en avez dit. Tout ce que vous aurez la bonté de m’apprendre en ce genre-là, me sera tout-à-fait utile, et j’accepte de bon cœur vos offres si obligeantes ; quod tamen tuo commodo fiat [10]. Sur tout, j’accepte et je demande ce qui concerne les prélats de votre nom [11] : nom, qui me sera à jamais cher, et infiniment precieux.

Je parcourus hier la Bibliotheca romana de Prosper Mandosius [12], qui est un in 4, imprimé à Rome, en 1682, contenant cinq centuries d’auteurs natifs de Rome. Il y en met, qui sont très certainement nez ailleurs ; mais, ce n’est pas le plus grand défaut : le mal est qu’il n’apprend presque rien que ce qu’on trouve dans cent autres livres, et notamment dans l’ Athenæum romanum d’ Augustin Oldoinus [13], jésuite, qui est lui-même un auteur fort sec, et qui se borne aux papes, et aux cardinaux, auteurs. On se fait souvent une idée fort avantageuse d’un livre ; on le cherche par tout : et, quand on l’a vu, c’est le proverbe, Pro Thesauro, Carbones. Cela m’est arrivé depuis peu deux fois : prémiérement à l’égard de Prosper Mandosius, que Mr de Beughem, libraire d’Emmerick, au païs de Cleves, et auteur de plusieurs livres, m’a apporté lui-même, venant faire un tour en Hollande, pour y faire imprimer la suite de sa liste alphabétique de tous les auteurs dont les ouvrages sont en extrait dans les Journaux des savans [14] ; ouvrage, qui sera, sans doute, d’un grand secours, pour trouver l’endroit où le journal de Paris, de Londres, de Rome, de Leipsic, etc, parle de tel et tel livres. En second lieu, cela m’est arrivé à l’égard des lettres écrites à Goldast, dont on a publié un recueil in 4, à Francfort, en 1688 [15]. Mr Alméloveen me fit naître l’envie de les voir, par l’empressement avec lequel il les cherchoit de toutes parts. Enfin, Mr Grævius lui a prête son exemplaire, que j’ai présentement sur ma table, et où je trouverai quelque chose, à la vérité, pour mon Dictionnaire ; mais au fond, d’autres gens n’ont pas sujet d’en faire cas.

J’approuve extrémement le dessein, qui vous est venu, de parier sur la professoria lingua [16]. Je ne me souviens point d’avoir vu traiter ce sujet par aucun auteur ; non pas même par Paganinus Gaudentius [17], qui a effleuré tant de sujets spécieux. Je ne croi point que Tomasius, professeur de Leipsic [18], ni Schupius, dont la harangue, De Opinione, est fort citée [19], aient touché là. Vous trouverez donc mille choses ingénieuses à dire pour l’honneur de la profession. Il faut avouer néanmoins, qu’il y a bien des choses à dire contre ; car, quelle perpétuité de mauvaises passions ne voit-on pas dans tous les siecles, et dans tous les lieux du monde, parmi la plupart des suppôts académiques [20] ? Leyde, et Franeker, sont des champs de bataille pour les langues et pour les plumes, qui sont un échantillon à faire juger de la piece [21]. Mais enfin, on ne sauroit nier que ceux qui sont engagés par leur profession à cultiver une science, ne soient ceux qui contribuent le plus à la perfectionner : et ainsi, on peut faire le panegyrique des professeurs par leurs services : c’est a posteriori.

A-propos des deux académies que je viens de nommer, je crois que vous n’êtes pas à savoir que Mr. Vitriarius a été inauguré Recteur magnifique le 27 de février dernier [22]. Mr Spanheim, qui sortoit de charge, harangua deux heures et demi sur les causes languescentium studiorum. On verra sa harangue imprimée au premier jour [23]. Je souhaite qu’elle vaille le dialogue De causis corruptæ eloquentiæ, qu’on attribue à Tacite [24]. Mr Vander Waeyen, professeur en théologie à Franeker, vient de publier un gros in 4, sous le titre de Varia sacra [25], où Mr Spanheim, son antagoniste de longue main, n’est pas épargné. Mr Périzonius, autre professeur de Franeker, vient de m’envoier un petit recueil de six-vingt fautes, qu’il a remarquées dans le 1 er volume de l’ Historia civilis de Mr Huber [26], son collegue, professeur en droit. Ils sont aux prises depuis quelques années, et n’ont pas la mine de se quitter sitot. Leurs prémieres disputes ont roulé sur la vraie signification du mot prétoire, à l’endroit où saint Paul dit (S[ain]t Paul, Epitre aux Philippiens, chap. 1, vers. 13) que son innocence a été connue du prétoire ; mais, de dégré en dégré, ils se harcelent sur tout ce qu’ils impriment, et les voilà déjà aux prises sur la nature de l’autorité roiale. Mr Huber, quoi que né et vivant sous une république, n’a pas dans ses livres des principes fort monarchomaques ; et il vient de soutenir, dans son Historia civilis, à l’occasion du détronement de Sardanapale, qu’il n’est point permis de prendre les armes contre un prince qui change la religion dans ses Etats [27].

Vous aurez vu sans doute le libelle intitulé, Les Amours d’Anne d’Autriche, mere de Louïs XIV ; où l’on fait jouer au cardinal de Richelieu, et à sa niece, un personnage si opposé à l’histoire véritable [28] ; et où l’on prétend qu’un gentilhomme étranger, dont la reine devint amoureuse à un bal, est le véritable pere de Louïs XIV.

Mr l’évêque de Salisburi n’a pas reçu une petite mortification, en voïant bruler sa lettre pastorale. Il n’est point aimé des Anglois, et l’on dit que ses manieres de hauteur lui ont fait beaucoup d’ennemis. Le sujet, pour lequel on a brulé sa lettre, est qu’il a parlé de la révolution d’Angleterre, comme d’une conquête [29].

On a imprimé à Amsterdam l’ Histoire de la diablerie de Loudun [30], où l’on découvre, par des pieces de ce tems-là, la fourberie de la prétendue possession des religieuses. On fera plaisir à Mr Bekker de réduire à des illusions et à des artifices humains une affaire comme celle-là [31]. Mr Léti vient de publier une Vie de la reine Elizabeth, cognominata, dit-il au titre, la comediante politica [32].

Mr Witzius, professeur en théologie à Utrecht, a donné au public une petite piece en latin sur le batême [33], à l’occasion d’une violente querelle, dont Mr Dyckvelt [34] arrêta sagement le cours, entre Mr Saurin, et ses deux collegues. Mr Saurin avoit expliqué son sentiment sur le batême fort différemment de notre visionnaire dénonciateur de cabales chimériques [35]. Sur cela, ses collegues préchérent contre lui en forme, et alloient dans les maisons décrier la doctrine de Mr Saurin. On les obligea à vivre en paix. Mr Witzius fait voir quel a été le sentiment des réformateurs ; et, en donnant bien de l’encens à l’idôle [36], il ne laisse pas de dire que son sentiment n’a été enseigné par aucun théologien réformé. On met en françois ce petit livre [37].

Notre fanatique se remue plus que jamais contre moi à la faveur d’un changement qu’on a fait dans la régence de cette ville, qui a mis sur le timon des gens qui ont plus de complaisance pour lui, que ceux que l’on en a ôtez. Deux de ses collegues, M rs Piélat, et Basnage, lui font voir bien du païs dans le consistoire ; quoi que le consistoire ne leur soit pas favorable [38].

On a commencé à Amsterdam un ouvrage semblable au Mercure galant. On le publie le 2 de chaque mois ; et on l’a déjà vu en janvier et en février. Cela s’appelle le Courier galant [i], et ne vaut pas grand’chose. On nous y donne des avantures amoureuses, qui sont dans le Mercure galant depuis cinq, six, ou sept ans. Ils ne sont point ici en païs à fournir, comme Paris fournit au sieur de Vizé [39], ample matiere tou[s] les mois. Un autre libraire s’est avisé d’imprimer Le Nouvelliste galant, qui est un tissu d’avantures d’amourette, où les noms sont le plus souvent déguisés [40].

Aiez la bonté de me dire ce que vous saurez touchant l’ Arétin, surnommé il Flagello de’ Principi. Ses Raggionamenti, où il débite tant de tours de courtisanes, parurent-ils avant sa mort [41] ? Les six volumes de lettres, qu’on a de lui [42], sont-ils remplis de satire ? Je ne le croi pas ; car, si cela étoit, ils seroient plus rares qu’ils ne sont. Au reste, les auteurs de tous ces livrets galans, qu’on publie ici, sont inconnus. Il n’en est pas même de celui qui nous a donné depuis peu une édition d’Ammien Marcellin ; car, son nom et sa taille-douce paroissent avec éclat dès le commencement du livre. C’est Mr Gronovius [43]. Il n’a pourtant ajouté que peu de chose aux commentaires de M rs de Valois et Lindembroch ; mais, il a mis tout sous le texte, et corrigé les fautes que Mr de Valois le cadet avoit laissé glisser dans l’édition de Paris.

Vous savez sans doute que l’ Historia Herodiadum du P[ère] Hardouin [44] a été défendue à Paris. Si on la réimprimoit ici, avec quelque préface, qui censurât un peu, mais doucement, l’auteur, on dit qu’il en seroit ravi, afin d’avoir lieu, en répondant à cette censure de dire ses raisons.

Adieu, mon très cher Monsieur, je suis tout à vous. Nos amis de deçà  [45] vous embrassent.

Notes :

[1] Bayle répond à une lettre de Minutoli qui ne nous est pas parvenue. Seules deux lettres de Minutoli postérieures à 1690 ont survécu : celle du mois de novembre 1693 (Lettre 956) et celle du 17 juin 1700.

[2] Dominique Beddevole, décédé en septembre 1692, avait laissé chez Reinier Leers un « manuscrit d’anatomie » à imprimer : Bayle en avait fait mention dans sa lettre du 30 juin 1692 : voir Lettre 875, n.18. Les Essais d’anatomie de Beddevole avaient d’ailleurs déjà paru en français à Leyde en 1686 – c’est la raison pour laquelle Leers en refusa le manuscrit ; une traduction anglaise parut à Edimbourg en 1691 et à Londres en 1696.

[3] C’est la réédition chez Samuel de Tournes de l’édition londonienne, parue en 1690, de Thomas Pope Blount, Censura celebriorum authorum, sive tractatus in quo varia doctorum virorum de clarissimis cuiusque seculi scriptoribus judicia traduntur. Omnia in studiosorum gratiam collegit, et in ordinem digessit, Editio nova ; cui accessit judiciorum vernaculo sermone (Genevæ 1694, 4°).

[4] Sur le voyage du Père Casimir Oudin à Hambourg et sur son retour à Leyde, voir Lettre 907, n.4.

[5] William Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria, dont la première édition avait été faite à Londres en 1688-1689 : voir Lettre 738, n.17.

[6] Ce projet d’ Oudin ne s’est pas réalisé ; le sous-bibliothécaire de l’université de Leyde s’est consacré plutôt à des ouvrages d’érudition biblique.

[7] Bénédict Pictet, Morale Chrétienne, ou l’art de bien vivre (Genève 1693-1696, 12°, 6 vol.) ; voir aussi Lettre 765, n.42.

[8] Marc Antoine Muret, Orationes, epistolæ, et poemata cum præfatione et insignibus augmentis M. Jacobi Thomasii (Lipsiæ 1672, 8°).

[9] Giacomo Ammanati-Piccolomini, connu sous le nom de Cardinalis Papiensis, évêque de Pavie puis cardinal en 1461, Epistolæ et commentarii Jacobi Picolomini Cardinalis Papiensis (s.l. 1506, folio). Sur l’auteur, voir Moréri, s.v. et le DHC, art. « Paul II », rem E.

[10] Quod tamen tuo commodo fiat : que cela se fasse cependant selon votre convenance.

[11] Bayle consacre un article substantiel du DHC à la famille Minutoli, originaire de Florence et qui se « transféra » à Luques vers 1300. Les ecclésiastiques éminents cités dans cet article sont : Jacques Minutoli (1434-après 1481), évêque de Nocera, puis d’Agde ; Paulin (ou Jérôme) Minutoli (1604-1667), abbé général des chanoines de Saint-Jean-de-Latran ; Nicolas (ou Dominique) Minutoli, général des olivétains de l’ordre de saint Benoît ; Jacques V Minutoli, S.J., confesseur du pape Grégoire XV ; Bernardin IV Minutoli, protonotaire apostolique et prieur de Saint-Paulin et de Saint-Donat de Loques. Bayle se tourne alors vers la branche des Minutoli à Messine et recopie sans doute les informations qu’il reçoit de Vincent III Minutoli en réponse à la présente lettre : « Pour voir combien cette famille a été féconde en personnages distingués et dans l’Eglise et dans les armes, on n’a qu’à voir leur chapelle appellée de Sainte-Anastasie qui est dans la cathédrale à la droite en entrant où l’on voit des peintures à fresque, des statues et des reliefs d’une quarantaine de personnes remarquables avec les marques de leurs grands emplois ecclésiastiques et militaires depuis l’an 1062 jusqu’à l’an 1466 : les autres de la famille, qui sont morts après, n’aiant pu y être placés, mais aiant été mis dans d’autres chapelles et Eglises fondées par leurs ancêtres et dont ils avoient le juspatronat. » Suit une liste comprenant un cardinal, trois archevêques et deux évêques. Bayle conclut sa notice en citant les trois branches napolitaines de la famille et en renvoyant aux travaux de Philibert Campanile et du comte Biaggio Aldimari.

[12] Prosper Mandosio, Bibliotheca Romana, seu Romanorum scriptorum centuriæ (Romæ 1682-1692, 4°, 2 vol.).

[13] Agostino Oldoini, dit Augustinus Oldoinus, Athenæum romanum in quo summorum Pontificum, ac Pseudopontificum, Nec non S.R.E. cardinalium et pseudocard[inalium] Scripta publicè exponuntur (Perusiæ 1676, 4°).

[14] Cornelis van Beughem (1638 ?-1710 ?) avait publié quelques années auparavant un premier essai intitulé La France sçavante, id est Gallia erudita, critica et experimentalis novissima, seu manuductio ad faciliorem inventionem et cognitionem non tam scriptorum operumque, quam experimentorum, observationum, aliarumque rerum notatu dignarum (Amstelodami 1683, 12°) ; il s’agit ici de son Apparatus ad historiam literariam novissimam variis conspectibus exhibendus, quorum nunc primus prodit qui est Bibliographia eruditorum critica curiosa (Amstædami 1689-1694, 12°, 2 vol.), qui connut une suite et comportait 4 volumes en 1701, 5 volumes en 1714, selon le témoignage de Prosper Marchand, qui signale le jugement sévère d’ Adrien Baillet sur cet ouvrage dans ses Jugemens des sçavans sur les principaux ouvrages des auteurs (Paris 1685-1686, 12°, 9 vol.), ii.64-65.

[15] Melchior Goldstat, Virorum CLL. et doctorum ad Melchiorem Goldastum. Epistolæ ex bibliotheca Henrici Günteri Thülemarii, JC. editæ. Accedit in calce Forstnerianarum epistolarum mantissa (Francfurti 1688, 4°).

[16] Professoria lingua : langue professorale – grave, didactique, doctorale ; voir Tacite, Annales, 13.14 : « l’exilé Sénèque, de sa voix autoritaire demandant la direction du genre humain ».

[17] Paganino Gaudentzi (1595-1649), De Justinianæi sæculi moribus nonnullis (Florentiæ 1637, 4°).

[18] Jacob Thomasius, célèbre professeur de Leipzig, dont Bayle avait emprunté à Grævius l’ouvrage De plagio litterario : voir Lettre 723, n.1.

[19] Johann Baltazar Schupp, Dissertatio de Opinione ex Avellino Marpurgensi (Marpurgi Hassorum 1655, 12°).

[20] Bayle pense aux batailles permanentes entre gomaristes et arminiens, entre voëtiens et coccéiens, entre cartésiens et anti-cartésiens, qui marquaient toute l’histoire des universités néerlandaises : voir J.I. Israel, The Dutch Republic, p.569-575, 899-903, 909-925, et W. Frijhoff et M. Spies, 1650 : Hard-Won Unity. Dutch Culture in a European Perspective (Assen-New York 2004).

[21] Nous entendons : « les batailles entre professeurs de Leyde et de Franeker en disent long sur l’animosité qui règne dans les universités ».

[22] Philippe Reinhard Vitrarius (1647-1720), né en Allemagne, fit ses études à l’université de Strasbourg et devint le premier professeur en droit à l’université de Genève et ensuite, en 1682, à l’université de Leyde. Rector magnificus en 1693, en 1702 et en 1713, il était un spécialiste du droit constitionnel allemand. Il resta à Leyde jusqu’à sa mort. Voir Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, éd. P.C. Molhuysen and P.J. Blok (Leiden 1914), iii.1316-1317.

[23] Frédéric Spanheim (1632-1701), De corruptis emendandisque studiis oratio, recitata in Acad. L. Bat. solenni ritu a.d. III. kal. Mart. greg. MDCXCIII. cum abiret IV. rector ejusdem academiæ magistrate (Lugduni Batavorum 1693, 4°). Spanheim avait succédé à Cocceius comme professeur de théologie à Leyde à partir de 1670. Auteur très fécond, il était hostile aux coccéiens et aux cartésiens. Voir Biografisch lexicon voor de geschiedenis van het Nederlandse protestantisme, éd. D. Nauta et al. (Kampen 1983), ii.411-415.

[24] De causis corruptæ eloquentiæ : ouvrage de Quintilien incorrectement assigné à Tacite dans des éditions de 1675 et 1692. Voir Fab. Quintiliani Declamationum liber : cum ejusdem (ut nonnullis visum) Dialogo de causis corruptæ eloquentiæ : quæ omnia notis illustrantur (Oxonii 1675, 1692, 8°).

[25] Johannes van der Waeyen, Varia Sacra (Franekeræ 1693, 4°), qui comporte les textes suivants : Analysis epistolæ ad Galatas ; Dissertatio de Hirco Azazel ; Johannis Spenceri Dissertatio de Hirco Azazel excussa ; Oratio de ecclesiæ ex utraque Babylone exitu ; Oratio de incremento cognitionis exspectando tempore novissimo ; Oratio de semihorii silentio ; Homilia in locum Zach : IV.10 et in Zach : III.9 dissertatio ; Capita doctrinæ de testamentis et fœdere.

[26] Jacobus Perizonius, Specimen Errorum supra centum et viginti, ex uno et primo tomo « Historiæ Civilis » Ulrici Huberi ; in usum academicæ juventutis collectum ; præmissa est præfatio apologetica, dedicationi iustius responsiones et animadversiones in nuperrimas Disputationes Eunomicas ejusdem Huberi (Franekeræ 1693, 12°), ouvrage publié également sous le titre : De calumnia centum et viginti errorum Jacobi Perizonii historiarum et eloquentiæ professoris, specimen epistolicum (Franequeræ 1693, 8°).

[27] C’est la position de Bayle lui-même, exprimée dans l’ Avis aux réfugiés.

[28] Les Amours d’Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, avec Monsieur le C.D.R, le véritable pere de Louïs XIV, aujourd’hui roi de France (Cologne 1692, 12°). Dans sa première édition, l’ouvrage comporte également deux pamphlets politiques : La Réponse au manifeste du roi Jacques II et Examen des prétextes de l’invasion des François pour l’instruction des Anglois, attribués à Eustache Le Noble et à William Lloyd. Ce n’est que dans la « nouvelle édition revue et corrigée » (Cologne, Pierre Marteau, 1696, 12°) que l’imprimeur interprète « le C.D.R. » par « le cardinal de Richelieu » en contradiction avec le texte du roman satirique qui attribuait un rôle clef au « chevalier de Rohan ».

[29] C’est la première lettre pastorale de Gilbert Burnet dans son diocèse de Salisbury qui venait de provoquer l’indignation des deux Chambres, car il y fondait le droit de Guillaume III au trône sur le « droit de conquête ». La lettre pastorale fut condamnée à être brûlée par la main du bourreau.

[30] Nicolas Aubin (1655- ?), pasteur de Marennes, Histoire des diables de Loudun, ou de la possession des religieuses ursulines de cette ville, et de la condamnation et du supplice d’Urbain Grandier, curé de la même ville (Amsterdam 1693, 12°).

[31] Allusion à l’ouvrage de Balthazar Bekker, Le Monde enchanté, où il attribuait les effets « miraculeux » à des causes naturelles : voir Lettre 835, n.11. Sur la traduction flamande de cet ouvrage, voir aussi la lettre de Basnage de Beauval à François Janiçon du 19 mai 1694, dans H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux d’information, n° 30, p.46.

[32] Gregorio Leti, Historia overo vita di Elizabetta, regina d’Inghilterra, detta per sopranome la comediante politica (Amsterdamo 1693, 12°, 2 vol.), traduite l’année suivante par Louis Antoine Le Peletier et imprimée chez Henry Desbordes : La Vie d’Elizabeth, reine d’Angleterre, traduite de l’italien (Amsterdam 1694, 12°, 2 vol.) ; l’ouvrage fut recensé dans le JS du 13 juin 1695 et connut de nombreuses éditions ultérieures.

[33] Herman Wits (ou Witsius), Disquisitio modesta et placida de efficacia et utilitate baptismi in electis fœderatorum parentum infantibus (Ultrajecti 1693, 12°). L’ouvrage fait l’objet d’un compte rendu dans les Acta eruditorum de février 1694, p.90-92.

[34] Everard van Weede van Dijkveld (1626-1702), aristocrate originaire d’Utrecht, diplomate très proche de Guillaume III, avait assisté à la signature de la paix de Westphalie en 1648 ; il tenta de réduire les perspectives d’une alliance franco-britannique et conclut la paix de Ryswick en 1697. O. Schutte, Repertorium der Nederlandse vertegenwoordigers, residerende in het buitenland 1584-1810 (‘s Gravenhage 1976), p. 21-23.

[35] Pierre Jurieu. Allusion à une des premières publications controversées de Jurieu, Lettre d’un théologien à l’un de ses amis de la province de Berry. Touchant l’efficace du bapteme, et la necessité qu’il y a de l’administrer aux enfans, en tous temps et en tous lieux, quand ils sont en péril de mort (Sedan 1675, 4°), commentée dans la lettre de Bayle à son père du 4 octobre 1676 (Lettre 131, p.376 et n.3) et dont il avait révélé, dans sa lettre à son frère Jacob du 12 janvier 1678 (Lettre 147 : voir n.11), qu’elle s’adressait à Elie Soustelle, pasteur de Romorantin. Ce texte sera republié par Pierre Isarn dans son Recueil de divers traités (voir Lettre 1026 n.20).

[36] C’est-à-dire en ménageant la susceptibilité de Pierre Jurieu, dont Witsius fait l’éloge p.99 de la Disquisitio modesta et placida de efficacia et utilitate baptismi : « Aucun des nôtres que je sache n’a poussé plus loin l’efficace des sacremens que l’illustre M. Jurieu, qui s’est rendu célébre par plusieurs très-doctes écrits et par beaucoup de services qu’il a rendus principalement aux Eglises de France, et pour lequel non seulement le siecle present mais aussi la postérité aura de la reconnoissance. Avec la permission d’un si grand homme et d’un ami que j’honore, je représenterai ici sincérement son sentiment, que je tirerai de divers endroits de ses écrits et que je comprendrai dans quelques aphorismes. » (p.425 de la traduction française procurée par Isarn : voir note suivante).

[37] Ce texte sera publié en français par Pierre Isarn dans son Recueil de divers traités sous le titre : Traité de l’efficace et de la nécessité du baptême par Mr Witsius, traduit du latin (voir Lettre 1026, n.20).

[38] Jacques Basnage et François Piélat, favorables à Bayle dans sa querelle, donnent du fil à retordre à Jurieu dans les débats du consistoire, quoique celui-ci y trouve une majorité acquise à sa cause. Voir H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle ». La bataille entre Pierre Bayle et Pierre Jurieu devant le consistoire de l’Eglise wallonne de Rotterdam (Saint-Etienne 2006), et H. Bost (éd.), Le Consistoire de l’Eglise wallonne de Rotterdam, 1681-1706 (Paris 2008).

[i] Le Courrier galant, dédié à la marquise de ***, périodique mensuel, parut entre janvier et mai 1693 ; ce fut une copie du Mercure galant, fondée par un huguenot réfugié, originaire du Midi, qui reste anonyme. Voir Dictionnaire des journaux, n° 302 (art. de F. Moureau). Malgré le dédain qu’il affiche ici, Bayle devait répondre dans Le Courrier galant d’avril 1693 à une critique de son Projet et fragmens d’un dictionnaire critique : voir sa lettre du 23 mars 1693 (Lettre 916).

[39] Jean Donneau de Visé, rédacteur du Mercure galant : voir Lettre 149, n.18.

[40] C’est chez Van Bulderen à La Haye que fut publié un seul volume sous le titre Le Galant Nouveliste : histoires du temps (La Haye 1693, 12°), attribué à Gillot de Beaucour et à son épouse Louise-Geneviève Gomez de Vasconcelle. Celle-ci était connue par son abrégé français de l’ Orlando furioso de l’ Arioste : L’Arioste moderne, ou Roland le furieux (Paris 1685, 12°, 2 vol.) et par des romans galants ; elle était la mère de Louise-Geneviève Gillot de Saintonge (1650-1718).

[41] La question de Bayle est orientée vers son article du DHC consacré à Pierre Aretin, dont la remarque A porte précisément sur le surnom « fléau des princes ». Tout au long de ses remarques, Bayle fait état d’informations apportées par des notes manuscrites de Bernard de La Monnoye. C’est le cas, en particulier, d’un passage de la remarque L consacré aux Ragionementi : « Il est difficile de marquer le tems précis de la première édition des Ragionamenti, tant parce qu’elle est devenue si rare, qu’il est comme impossible d’en trouver des exemplaires, que parce que les dialogues, qui composent les deux parties de cet ouvrage, ne parurent pas tous en même temps. La première partie précéda l’autre de quelques années ; et ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elles étoient toutes deux imprimées en 1537 [...] ».

[42] Il primo [-sesto] libro delle lettere di M. Pietro Aretino (Parigi 1609, 8°, 6 vol.).

[43] Rerum gestarum, qui supersunt libri XVIII, Ammianus Marcellinus ; emend. a Frid. Lindenbrogio et Henr. Hadrianoque Vaseliis ; recogn. a Jac. Gronovio (Lugduni Batavorum 1693, folio).

[44] Jean Hardouin, Chronologiæ ex nummis antiquis restitutæ prolusio de nummis Herodiadum (Parisiis 1693, 4°), ouvrage publié par Jean Anisson ; Prosper Marchand signale que le livre fut aussitôt réimprimé, sous le même nom de ville et de libraire et avec la même enseigne, à Leipzig, chez Thomas Fritsch ; une nouvelle édition devait paraître à Amsterdam chez Delorme en 1709, mais l’auteur fut obligé de publier un rétractation des divers sentiments particuliers qu’il y avait exprimés : voir NRL, janvier 1709, p.95, et Jean Le Clerc, Bibliothèque choisie, xviii.252.

[45] Nos amis du Refuge : les frères Basnage .

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