Lettre 950 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

[Rotterdam,] Le 5 de nov[embre] 1693

Comme je mets cette lettre sous couvert jusqu’à Paris mon tres cher Monsieur, je la fais petite, quoi que jamais je n’aie eu tant de choses à vous dire aus quelles je sai que votre tendresse pour moi vous interessera sensiblement.

Vous saurez mon tres cher Monsieur que nos magistrats m’ont oté ma charge de professeur avec la pension de cinq cens francs qui y etoit annexée, et ont meme revoqué la permission d’enseigner en particulier [1]. Ils resolurent cela à la pluralité de voix le 30 d’oct[obre] passé, et lundi dernier M rs les bourg-mestres m’en donnerent connoissance dans leur chambre. Tout ce qu’il y a ici de plus raisonnable crie contre cette injustice, et une partie de nos conseillers, les plus anciens dans la charge et les plus habiles s’opposerent de toute leur force à cette resolution, mais ils furent inferieurs en nombre. Si l’on n’avoit pas cassé l’année passée • 7 ou 8 bourg-mestres ou conseillers de cette ville, pour • mettre à leur place d’autres gens [2], cela ne me seroit pas arrivé. Ce qui me console est de voir le mecontentement de la ville là dessus, et les irregularitez de ce procedé, [e]t l’injustice du fondement. Ce fondem[en]t est mon traitté des Cometes que nos ministres flamens ont fait acroire aux bourg-mestres contenir des choses dangereuses et anti-chretiennes [3]. C’est ce que je m’etois offert de refuter, et je maintiens, et / le prouverai clair comme le jour que mon livre des Cometes n’avance rien qui soit contraire à notre confession de foi, ni à l’Ecriture. Quoi qu’il en soit on a condamné ma doctrine sans m’entendre, sans me demander si je convenois de la fidelité des extraits et du sens qu’on donnoit à mes paroles, et les magistrats ne m’ont pas donné lieu de refuter mes accusateurs. Il n’a eté rien dit ni de l’ Avis aux refugiez, ni du projet de paix que je voulois donner à imprimer [4], cela eut eté plus odieux, car vous ne sauriez croire l’avantage qu’ont tiré vos ennemis et les miens de l’affaire de Mr Allwin [5] pour repandre dans le monde que Mr Godet [6] etoit payé de la France pour faire ce projet de paix. Je voudrois bien qu’il eut publié une justification comme vous me marquates qu’il vouloit faire [7], son silence a fait dire qu’il se sentoit coupable de ce dont on l’accusoit, de faire corriger son projet à Madame de Maintenon [8], et d’etre payé pour cela, et vous ne sauriez croire combien cela l’a rendu odieux en ce pays cy, et tous ceux que l’on suppose ses complices, moi tres injustement qui ne savois qui il etoit, je suis persuadé qu’on le soupconne faussement, puis que vous qui le connoissez vouliez bien vous meler de son manuscrit [9]. Si le fonds de ma petite finance n’etoit tout à fait tari je ne vous prierois pas de le faire souvenir du petit memoire [10]. Il est dis-je tari par la sup[p]ression de ma charge, et à cause de mon peu de soin de thesauriser.

Je ne cro[i] pas que je sorte de Roterdam si les bourg mestres m’y laissent jusqu’à ce que mon Diction[n]aire soit achevé [11]. Je / vous remercie infiniment et comme d’une obligation inestimable et que j’ap[p]rendrai au public des beaux et rares materiaux que vous m’envoiez. Je ferai resouvenir Mr Almeloveen de parler au libraire qui a promis d’imprimer le manuscrit de Mr Diodati [12]. Ce n’est point van Bulderen [13] qui imprime les Lettres historiques [14] ; mais je ne croi pas que le libraire Moetje[ns] [15] fut plus traittable à cet egard. Ce qu’il y a de commode c’est qu’elles paroissent le 16 e de chaque mois, ainsi elles precedent de 15 jours le Mercure suivant, et peuvent attraper des nouvelles d’importance qui se font dans les 2 premieres sepmaines du mois, et les annoncer ainsi 15 jours plutot que le Mercure. Par ce moien si on vous envoie les feuilles le 17 e ou le 18 e du mois vous aurez achevé l’impression à peu pres 15 jours avant que ceux qui rimpriment le Mercure ne le donnent au public. Et je ne croi pas que ces lettres cedent en rien au Mercure [16]. Mr D[ar]t[is] n’a donné encore que deux journaux [17]. Je suis ravi qu’à Geneve on ait entrepris une gazette des scav[ans] [18]. Ce que vous m’en communiquez m’en donne une bonn[e] et haute idée, et si j’y puis fournir quelque chose je le ferai de tres grand cœur. Il ne me semble pas qu’on ait raison à Paris de pretendre qu’on a pris pour dupe le pape et il me semble au contraire qu’il fait faire une demarche et au clergé et au Roi fort humiliante [19].

Mes assurances de respect à notre bon ami de Lausanne [20]. Les 3 illustres  [21] que vous saluez vous rendent la pareille. Tout à vous.

 

A Monsieur/ Monsieur Minutoli/ professeur en grec et en/ morale/ A Geneve

Notes :

[1] « Les bourgmestres ont déclaré à cette assemblée que depuis un certain temps, et de façon répétée, on leur avait présenté et démontré, et en particulier par le consistoire de l’Eglise hollandaise de cette ville, que diverses thèses dangereuses s’étaient glissées dans les livres de Mons. Bail, celui-ci ayant été professeur de philosophie à Sedan et ayant reçu qualité, par des résolutions de cette assemblée en date du 1 er octobre 1681 et 3 février 1682, pour instruire la jeunesse en cette ville, tant en leçons particulières que publiques, avec un traitement annuel de cinq cents florins, et ont demandé s’il ne valait pas mieux retirer au bénéficiaire les qualité et autorisation précitées, de même que le traitement correspondant, plutôt que de courir le risque de laisser tromper la jeunesse ; après en avoir délibéré et pris en considération que l’avantage qu’une ville de négoce comme celle-ci peut attendre d’une telle institution n’est pas comparable au préjudice qui pourrait être fait à la jeunesse par un maître ayant des sentiments dangereux, et que dans des affaires de cette nature il fallait surtout veiller à la sécurité, il a été approuvé et entendu, après ladite délibération, de revoquer les qualité et autorisation précitées pour instruire la jeunesse de cette ville, tant en leçons particulières que publiques, ainsi que le traitement de 500 fl. par an, accordé audit Bail [...] ». Gemeentearchief Rotterdam : OSA, inventarisnummer 33 : resoluties van de vroedschap 1691-1695, cité d’après H.C. Hazewinkel, « Pierre Bayle à Rotterdam », in P. Dibon (dir.) Pierre Bayle. Le philosophe de Rotterdam. Etudes et documents (Amsterdam-Paris 1959), p.20-46, 35-36 ; voir aussi la traduction de J.-B. Kan, B.C.W., 1890, p.152-153. Benjamin Furly relaie très succinctement cette information à Locke dans sa lettre du 27 novembre 1693 (éd. E.S. de Beer, n° 1672) : « I doubt not but Monsieur van Helmont acquainted you, as I desired him, that Monsieur Bayle is un-professored, not onely, but even forbid to instruct any man in his own habitation ; which way the poore gentleman, being reduced to streights, will turn himself, I do not know, but I wish he might find a retreat, and subsistence in our nation. »

[2] En octobre 1692, le « Costerman oproer », une série d’émeutes, troubla la ville de Rotterdam : elles furent dirigées contre Jacob van Zuylen van Nyevelt, un bailli orangiste particulièrement corrompu. Celui-ci devait être condamné, mais fut sauvé par le stathouder , qui transféra son cas à une cour supérieure, fit acquitter l’accusé et le réinstalla à Rotterdam, tout en modifiant la composition du conseil municipal. En effet, le 6 octobre 1692, le conseil municipal de Rotterdam reçut une « missive » de Het Loo, écrite de la main de Guillaume III, qui renvoyait les maires Herman van Zoelen, oncle de l’ancien élève de Bayle, et Van der Velde, ainsi que les conseillers Pieter de Mey, Boon, Beyer, Muys de Brauw et Bastiaen Schepers : tous étaient d’anciens alliés de Paets avec lesquels Bayle était resté lié et ils furent remplacés par des orangistes. La majorité politique fut ainsi modifiée de manière décisive. Bayle saisit le sens des événements, car, dès le 5 décembre 1692 (Lettre 899), il s’adressa à Jacob van Zuylen van Nyevelt dans l’espoir de se mettre à l’abri des manœuvres de Jurieu. Son correspondant – on pouvait s’y attendre – resta sourd à cet appel. Le 30 octobre 1693, après la condamnation des Pensées diverses par le consistoire de l’Eglise hollandaise de Rotterdam, le conseil municipal délibéra sur les accusations portées contre les Pensées diverses : il décida de déchoir Bayle de son poste à l’Ecole Illustre et de lui interdire également de poursuivre son enseignement en privé. Voir H.C. Hazewinkel, Geschiedenis van Rotterdam (Amsterdam 1940-1942, 3 vol.), i.247-263 ; H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle », p.54-60.

[3] Le 28 janvier 1693, la commission nommée pour cette affaire dénombra les thèses exécrables des Pensées diverses sur les comètes : « p.264, il se moque des historiens protestants qui annoncent des présages ; p.285, il dit que c’est l’erreur la plus insupportable au monde que de les formuler ; p.320, on n’a jamais eu moins à craindre d’accident fâcheux que de l’athéisme, et c’est pourquoi Dieu n’a pas fait de miracle pour l’empêcher ; p.321, les corps agissent perpétuellement l’un sur l’autre, provoquent de temps en temps par la force des choses mille merveilles comme des monstres, des orages terribles, des inondations, des famines, etc. ; p.337, que l’athéisme n’est pas un plus grand mal que l’idolâtrie ; p.341, que tout étant incertain dans la nature, il n’est rien de mieux que de tenir la foi de ses père et mère et de professer la religion qui nous a été enseignée ; p.392, que l’athéisme ne donne pas nécessairement lieu à l’impiété dans les mœurs, etc. ; p.491, qu’une société d’athées, sous le rapport de ses mœurs et de son comportement civil, serait égale à une société de païens ; p.526, qu’une société d’athées peut être elle aussi bien réglée ; p.531, que les athées aussi ont mené une vie vertueuse, digne d’admiration ; p.536, que les Saducéens, tout en ignorant l’immortalité de l’âme, étaient plus honorables que les Pharisiens ; p.552-553, qu’il n’est pas nécessaire de connaître Dieu pour vivre honnêtement. Que l’on peut imaginer ou se représenter l’honnêteté sans croire qu’il existe un Dieu ; p.557, que les vertus des païens ne reposaient pas sur le fait qu’ils croyaient en l’existence d’un Dieu. ; p.609, qu’il existe certainement de plus grandes erreurs que de nier la Providence divine. » Dans le jugement du consistoire, l’ouvrage de Bayle est associé à celui d’ Enricus Walten, qui a osé défendre Le Monde enchanté de Balthazar Bekker, et une commission de pasteurs et d’anciens fut chargée d’obtenir des bourgmestres une sévère condamnation des deux ouvrages. Sur la censure des Pensées diverses par le consistoire de l’Eglise hollandaise de Rotterdam, provoquée par les agissements de Jurieu, voir H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle », p.54-60 ; C. Serrurier, Pierre Bayle en Hollande. Etude historique et critique (Lausanne 1912), p.154-156 ; H.C. Hazewinkel, « Pierre Bayle à Rotterdam », in Pierre Bayle, le philosophe de Rotterdam. Etudes et documents, éd. Paul Dibon (Amsterdam, Paris 1959), p.34-35 ; C.L. Thijssen-Schoute, De filosoof van Rotterdam, Pierre Bayle (Rotterdam 1956), p.235-236 ; B. Leeuwenburgh, « Pierre Bayle in Dutch politics », Libertinage et philosophie au XVII e siècle, 8 (2004), p.112 ; H. Bost, Pierre Bayle (Paris 2006), p.349 et n.66.

[4] Lorsqu’il évoque cette décision du conseil municipal de Rotterdam, Bayle oscille entre deux positions contradictoires : d’une part, il insiste sur le fait que la décision fut explicitement fondée sur la censure des Pensées diverses par le consistoire de l’Eglise hollandaise de Rotterdam – qui n’aurait connu, prétend Bayle, que des extraits présentés de façon calomnieuse par Jurieu – et non pas sur sa prétendue responsabilité dans la composition de l’ Avis aux réfugiés, ni sur son implication dans la « cabale chimérique » du projet de paix de Goudet : la décision du conseil municipal apparaît ainsi comme un effet du préjugé religieux et non pas comme une décision politique ; mais, d’autre part, il souligne que cette censure porte sur un livre vieux de dix ans qui n’avait pas semblé poser problème jusque-là – insinuant ainsi que la censure fut fondamentalement politique, étant motivée par son alliance d’autrefois avec le républicain Paets et sur l’amalgame de son affaire et de celle de Halewijn (voir la note suivante).

[5] Pierre Des Maizeaux, dans sa Vie de M. Bayle, p.LXX, explique que Guillaume d’Orange avait voulu sévir contre les négociations secrètes que Halewijn, bourgmestre de Dordrecht et frère d’un conseiller de Rotterdam, avait engagées avec Michel-Jean Amelot de Gournay, l’ambassadeur de France en Suisse, en faveur d’une paix dont les termes auraient ressemblé à ceux du traité de Nimègue : une frontière sûre, une entière liberté de commerce. Halewijn fut condamné à la prison à vie et à la confiscation de ses biens. Guillaume se méfiait d’éventuelles négociations secrètes avec la France, et Jurieu n’eut pas de mal à le convaincre que Bayle conduisait une « cabale » de cette nature à Rotterdam. Guillaume demanda aux conseillers de priver Bayle de sa chaire. Les bourgmestres connaissaient bien la « chimère » de cette « cabale », mais les orangistes étant désormais majoritaires au sein du conseil, ils s’exécutèrent, prenant comme prétexte les opinions religieuses de Bayle dénoncées par le consistoire flamand. Ainsi, suggère Des Maizeaux, la véritable cause du renvoi de Bayle fut bel et bien politique, une cause qui peut être ramenée à la « cabale chimérique » et à l’amalgame avec l’affaire Halewijn.

[6] Goudet, auteur du projet de paix mis en accusation par Jurieu comme une cabale internationale contre les intérêts de Guillaume d’Orange : voir Lettre 751, n.17.

[7] Bayle attendait cette « justification » depuis un certain temps : voir Lettre 820, n.18. Elle ne fut jamais composée.

[8] Sur cette accusation de collusion avec la cour de France, voir Lettre 808, n.54.

[9] Bayle fait l’innocent : il connaît parfaitement la teneur du projet de paix, puisqu’il l’a fait copier et le commente dans ses lettres antérieures à Minutoli, tout en le jugeant ridicule dans ses compositions polémiques publiées en réponse aux accusations de Jurieu : voir Lettre 766, n.12.

[10] Bayle continue à demander le remboursement des frais encourus pour la diffusion du projet de paix de Goudet : voir Lettre 827, n.6.

[11] Nous ne connaissons pas les détails du contrat signé par Bayle avec Reinier Leers pour la composition et la publication du DHC : voir O.S. Lankhorst, « Naissance typographique du Dictionaire historique et critique de Pierre Bayle », in H. Bots (dir.), Critique, savoir et érudition à la veille des Lumières. Le « Dictionaire historique et critique » de Pierre Bayle (1647-1706) (Amsterdam, Maarssen 1998), p.3-16.

[12] Sur l’ouvrage de Diodati, que Bayle avait recommandé auprès d’ Almeloveen, voir Lettre 896, n.4.

[13] Sur Hendrik van Bulderen, imprimeur-libraire de La Haye, voir Lettre 700, n.8.

[14] Les Lettres historiques contenant ce qui se passe de plus important en Europe, et les réflexions nécessaires sur ce sujet avaient été lancées en janvier 1692 par un auteur anonyme qui se déclare protestant et « Hollandais par inclination et par devoir s’[il ne l’est] pas par naissance ». Il n’a pas été identifié, mais on sait que Jacques Bernard et Jean Dumont (1666 ?-1720) ont participé à la rédaction par la suite. Voir Dictionnaire des journaux, s.v. (art. de Ph. Stewart), H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux d’information, p.41, 108.

[15] C’est bien Adrien Moetjens, marchand libraire « près la Cour » à La Haye, qui publia les Lettres historiques entre 1692 et 1711 ; sur lui, voir Lettre 750, n.38.

[16] Le Mercure historique et politique publié depuis 1686 par Gatien Courtilz de Sandras : voir Lettre 752, n.22.

[17] Sur le Journal d’Amsterdam de Gabriel d’Artis, qui devait bientôt le rebaptiser Journal de Hambourg, voir Lettre 934, n.1. Cette remarque de Bayle est intéressante, puisqu’elle constitue un témoignage sûr concernant la parution du Journal d’Amsterdam fin 1693, alors qu’on n’en connaissait jusqu’à présent que les numéros de février 1694 jusqu’au lundi 5 avril de la même année, avant la parution du Journal de Hambourg à partir du 3 septembre 1694 : voir Dictionnaire des journaux, s.v. (art. de J. Sgard).

[18] C’est Minutoli lui-même qui avait lancé Les Depeches du Parnasse, ou la gazette des savans, périodique imprimé à Genève et aussitôt contrefait à Lyon : il en avait sans doute envoyé à Bayle les deux premiers numéros, datés du 1 er et du 15 septembre ; en effet, le troisième numéro, qui porte la date du 1 er octobre, parut avec un retard considérable ; le quatrième (et très probablement dernier) numéro parut, après une « suspension un peu longue », le 5 juin 1694. Au modèle des NRL de Bayle, constitué de comptes rendus et d’annonces de livres, Minutoli ajoutait des « pièces fugitives », épigrammes, chansons, « lampons », poèmes couronnés par l’Académie française, vers de circonstances et quelques documents historiques et politiques. Voir Dictionnaire des journaux, s.v. et Dictionnaire des journalistes, s.v. (articles de J.-D. Candaux). Bayle devine sans doute – ou même a été explicitement informé par l’auteur lui-même – que Minutoli rédige les Depeches. Cependant, ses propres formules restent très neutres, ici et dans sa lettre du 26 août (Lettre 1008). Dans celle du 8 mars 1694 (Lettre 970), adressée également à Minutoli, Bayle se demandait, à propos des nouveaux périodiques qui venaient d’être lancés, s’ils correspondaient encore au goût du public. Du reste, Minutoli abandonna vite son projet, mais il garda apparemment le goût du journalisme, puisque le Petit Conseil de Genève devait ordonner, le 30 octobre 1702, « qu’il ne se mêle plus de faire des nouvelles » (AEG, Registres du Conseil, cii.431, cité par J.-D. Candaux, loc. cit.).

[19] En mars 1682, le clergé de France avait fait une déclaration – en quatre articles conçus par Gilbert de Choiseul et rédigés par Bossuet – par laquelle il défendait l’autorité temporelle du roi de France et niait l’infaillibilité doctrinale du pape, défendant les « libertés de l’Eglise gallicane » et faisant dépendre l’autorité des décisions pontificales du consentement de l’Eglise universelle réunie en concile. Innocent XI s’y opposa par son bref Paternæ caritati du 11 avril 1682, et Alexandre VIII fit de même dans sa bulle Inter multiplices du 4 août 1690. Bayle évoque certainement la lettre collective signée par douze évêques de France et adressée au pape Innocent XII en 1693 en rétractation de la déclaration de 1682 et celle du roi de France datée du 14 septembre 1693, où il présente ses excuses et affirme avoir donné les ordres pour que les articles de la déclaration de 1682 ne soient pas observés. Voir C. Gérin, Recherches historiques sur l’assemblée du clergé de France de 1682 (2 e éd. Paris 1870) ; P. Blet, Les Assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693 (Rouen 1972) ; et, du même, Le Clergé du Grand Siècle en ses assemblées (1615-1715) (Paris 1995).

[20] David Constant de Rebecque.

[21] Jacques Basnage, pasteur à Rotterdam, Henri Basnage de Beauval, résidant à La Haye, et leur cousin Samuel Basnage de Flottemanville, pasteur à Zutphen.

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