Lettre 996 : Pierre Bayle à Jacques Du Rondel

• [Rotterdam,] le 9 juillet 1694

Voici enfin mon tres cher Monsieur, ce que vous avez eu la bonté de demander [1]. Sans la distance des lieux je vous aurois prié de corriger et d’ajoûter tout ce que vous auriez souhaitté, et j’aurois obtenu des imprimeurs d’attendre le retour de l’epreuve, mais il n’y a pas moien de songer à cela quand il s’agit d’un renvoi de 7 ou 8 jours. Ne laissez pas[,] je vous prie[,] de me marquer tout ce que vous voudriez, qui fut changé, ajouté, corrigé ; car je le pourrai placer dans l’article du Pere Goulu, où j’ai renvoié plusieurs choses qui concernent Balzac, afin que l’article que je vous envoie ne fût pas trop long, et il [l’]est pourtant.

Vous serez cause que je mettrai « Bion Borysthenite » la remarque que vous avez faite sur son inconstance et les vers de Diogene Laerce que vous avez alleguez, m’ont paru tres dignes d’attention [2]. Mais à propos votre itaque en suite des vers de Diogene Laerce p.133 de Vita Epicuri ne signifie t’il pas que vous croiez qu’ Epicure a survecu à Bion [3], et a seu qu’on s’étoit moqué de son passage d’une extremité à l’autre[?] Je voudrois que cela fut, car vous m’ap[p]rendriez au vrai[,] si cela étoit[,] en quel tems mourut ce Bion.

Tout à vous, Monsieur.

Notes :

[1] On comprend par la suite du paragraphe qu’il s’agit de l’article « Balzac (Jean-Louis Guez de) » du DHC. La lettre de Du Rondel où il demandait à Bayle de lui envoyer cet article en cours d’impression est perdue.

[2] Bayle exploite, en effet, dans le DHC, art. « Bion », rem. F, les critiques de Diogène Laërce à l’égard de l’inconstance de Bion dans son athéisme face à la mort : « Diogène Laërce s’est moqué de lui comme il faut à ce sujet. Les vers qu’il fit contre lui [Diog. Laërt. in Bione, num. 55, libr. IV] sont les plus jolis du monde [...] Voyez l’usage que M. Du Rondel a fait de ceci dans son excellente Vie d’Epicure [imprimée à Amsterdam en 1693]. Ce qu’il dit que Diogène Laërce étoit épicurien est remarquable ; car ce Diogène insinue clairement qu’il ne blâme point le confiteor de Bion, et son mea culpa, mea maxima culpa, ou son peccavi. »

[3] La réponse de Du Rondel sur ce point est perdue, mais Bayle s’en sert dans son article « Bion », rem. G, en précisant que Plutarque a confondu Bion et Bias.

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