XV. Annexe5. Lettre : à

Annexe V

 

L’emprisonnement de Daniel de Larroque selon les archives de la Bastille

 

François Ravaisson (éd.), Archives de la Bastille. Documents inédits (Paris 1866-1904) :

 

x.32 : Pontchartrain à M. de La Reynie, 30 novembre 1694 : « J’ai rendu compte au Roi de ce que vous m’avez écrit concernant La Roque et Gal[l]and, que vous avez fait arrêter [le 25 novembre]. S[a] M[ajesté] vous recommande de travailler à leur procès avec diligence et avec votre exactitude ordinaire. »

 

x.37 : Pontchartrain à M. de Ry, commandant de Saumur, 2 mai 1696 : « Le Roi envoie au château de Saumur deux prisonniers [1] qui ont été tirés de celui d’Angers ; leur nourriture et entretien seront payés à 20 sous pour chacun par jour. »

 

x.37 : Pontchartrain à M. de Ry, commandant de Saumur, 20 mai 1696 : « Pour répondre à votre lettre, je dois vous dire en général qu’aucun prisonnier tel qu’il soit, ne doit recevoir ni écrire des lettres qu’elles ne soient vues par le commandant.

[...] Pour La Roque, il est homme de lettres ; il a fait de mauvais manuscrits qui méritaient une punition plus sévère que la prison ; il faut prendre garde qu’il continue à faire de mauvais écrits.

Quant à ce qui regarde la liberté de prendre l’air, vous en userez sur cela avec charité et humanité, en prenant toujours vos précautions pour empêcher l’évasion des prisonniers.

Vous avez bien fait d’empêcher les N[ouveaux] C[onvertis] de voir ceux qui sont dans le château ; il ne faut souffrir aucun commerce avec eux. »

 

x.38 : Pontchartrain à M. de Ry, commandant de Saumur, 10 décembre 1698 : « Le Roi ayant bien voulu faire sortir de prison La Roque, à condition de rester dans la ville de Saumur, je vous envoie les ordres pour cela, et S[a] M[ajesté] m’ordonne de vous écrire de me mander de temps en temps des nouvelles de la conduite qu’il tiendra. »

 

x.39 : Pontchartrain à Bossuet, 24 mars 1699 : « Le nommé La Roque s’étant trouvé coupable de la composition d’une préface faite à un libelle [2], pour lequel il y eut des libraires condamnés à des peines capitales, il y a quelques années, il fut envoyé au château de Saumur, où il a demeuré jusqu’à présent. Mais en dernier lieu, il a été mis en liberté, à condition de rester dans la ville. Vous verrez ce que M. Robert [3], procureur du Roi du Châtelet, m’écrit sur son sujet et en ayant rendu compte au Roi, S[a] M[ajesté] m’a ordonné de vous en écrire et de vous demander ce que vous jugez qu’on doive faire de cet homme. Je suis etc [4]. »

 

x.39 : Pontchartrain à M. de Ry, commandant de Saumur, 13 janvier 1700 : « De La Roque, qui a été pendant un temps au château de Saumur, fut mis en liberté, comme vous savez, au mois de décembre 1698, à condition de demeurer dans la ville jusqu’à nouvel ordre ; aujourd’hui, le Roi trouve bon qu’il en sorte avec liberté de se rendre où il lui plaira, pourvu que ce soit dans le royaume, et qu’il se présente de fois à autre à l’intendant de la province où il fera sa demeure, afin de lui rendre compte de sa conduite ; prenez la peine, s’il vous plaît, de lui expliquer ces conditions, et de me faire savoir en quel lieu il aura pris résolution d’aller, soit à Paris, soit ailleurs. »

 

x.39-40 : Rapport : « Daniel de La Roque, originaire de Vitré en Bretagne, âgé de quarante ans ; a été en prison au château d’Angers, pendant six mois, puis dans celui de Saumur pendant deux ans et demi ; ensuite il a eu la ville pour prison pendant quinze mois.

Ce fut à M. de La Reynie que ces ordres furent adressés.

Ce particulier était accusé d’avoir fait commerce de livres défendus, et l’on trouva pour lors chez un libraire, une demi-feuille de papier écrite de la main de La Roque, et qui contenait un projet de préface pour les Dialogues de M. de Fontenelle [5] ; mais comme ce projet renfermait quelques termes qui pouvaient avoir des applications contraires au service du Roi, on jugea...

A été rappelé depuis un mois, mais n’est à Paris que depuis huit jours, loge chez le sieur Haudeville, rue de la Fromagerie, près Saint-Eustache, dont il ne sortira pas sans m’en donner avis. »

[Apostille de M. d’Argenson :] « J’en ai écrit à M. le c[omte] de Pontchartrain, le 24 février 1700. »

 

x.40 : M. d’Argenson à Pontchartrain, 25 février 1700 : « [...] Daniel de La Roque m’est venu trouver en exécution de vos ordres et m’a déclaré sa demeure. Vous vous souviendrez sans doute que cet homme, originaire de Vitré, a été en prison au château d’Angers pendant six mois, et ensuite dans celui de Saumur pendant deux ans et demi, après lesquels il a eu, durant quinze mois, la même ville pour prison, d’où il a plu au Roi de le rappeler. Il s’est soumis, par écrit, à m’informer de ses démarches, dont je ne manquerai pas d’avoir l’honneur de vous rendre compte. »

[Apostille de Pontchartrain :] « Bon. »

 

x.40 : Pontchartrain à M. d’Argenson, 8 mars 1700 : « De La Roque fut arrêté, il y a six ans, pour avoir composé une préface à un mauvais libelle, et il a tenu prison jusques au mois de décembre dernier, que le Roi a bien voulu le faire mettre en liberté ; il demande les papiers qu’il avait lors de sa capture, ainsi que vous le verrez par le placet ci-joint ; prenez la peine de voir s’il y a lieu de lui rendre les papiers, tant de ses études que de ses affaires domestiques, où il ne se trouvera rien de contraire aux bonnes mœurs. »

 

x.41 : M. Gaudion à M. d’Argenson, 11 mars 1700 : « [...] A l’égard de La Roque, j’eus l’honneur de vous dire que je ne savais ce que c’était que de La Roque, et après avoir feuilleté depuis sept à huit années de mes minutes, allant à écrire à M. le procureur du Roi et lui envoyer le placet de La Roque, M. Tauxier l’aîné, mon confrère, est entré dans mon cabinet, et lui ayant montré le placet de La Roque, il m’a dit avoir les papiers dudit sieur, et que c’était un homme qui avait été heureux de n’avoir été arrêté qu’après l’exécution à mort de deux autres particuliers condamnés pour libelles énormes, qu’il verrait [aujourd’hui dans] les papiers dudit La Roque, et que demain vendredi, il vous informerait, au Châtelet, de tout ce qu’il y avait des papiers dudit La Roque. »

[Apostille de M. d’Argenson :] « J’ai renvoyé son placet et écrit à de La Roque qu’il me vienne parler lundi à midi, 15 mars 1700. »

 

x.41. De La Roque à M. d’Argenson, 27 juin 1700 : « Le sieur de La Roque, quittant la demeure de la rue de la Fromagerie, va loger, à commencer du 1 er juillet, chez le sieur de La Rivière, bourgeois de Paris, demeurant rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, vis-à-vis de l’Observance, faubourg Saint-Germain, paroisse de Saint-Sulpice. Il a signé la présente déclaration qu’il a remise entre les mains de M. d’Argenson, conseiller d’Etat, lieutenant-général de police. Fait à Paris, le 27 juin 1700. »

 

x.41 : Pontchartrain à M. d’Argenson, 28 juillet 1700 : « Le sieur La Roque, qui a une pension sur les économats, a été emprisonné pendant quelques années, pour une faute qu’il avait commise plutôt par la nécessité que par d’autres motifs ; et sur le rapport favorable qui a été fait au Roi, tant par M. de Meaux que par d’autres personnes qui en ont rendu de bons témoignages, S[a] M[ajesté] l’a fait mettre en liberté, et m’a ordonné de vous écrire de faire en sorte de lui faire payer cette pension. »

 

Notes :

[1] Daniel de Larroque et le marquis de Kerjean. Le seigneur de Kerjean était sans doute Alexandre de Coatcanscours (1648- ?) qui avait épousé vers 1685 Gabrielle Henriette Gisèle Barbier, dame de Kerjean. Leur fils, Alexandre-Paul-Vincent de Coatcanscours (1690-1762) servit dans une compagnie de mousquetaires et devint colonel en 1714, année où il épousa à Versailles Louise-Marguerite de Chambon (?-1763).

[2] Sur ce pamphlet intitulé L’Ombre de M. Scarron, avec un frontispice montrant Louis XIV enchaîné sur la place des Victoires entre ses quatre maîtresses, voir Lettre 1022, n.3

[3] Claude Robert, procureur du roi au Châtelet : voir Bossuet, Correspondance, iv.135.

[4] Bossuet, Correspondance, n° 1887 du 24 mars 1699, xi.258-259.

[5] L’édition des Dialogues des morts de Fontenelle avec la préface de Larroque ne s’est pas réalisée. Ravaisson indique (x.32n) qu’il s’agissait d’« allusions fâcheuses pour l’administration, à propos de la disette qui sévissait alors ».

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