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	<title>Correspondance de Pierre Bayle</title>
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		<title>Errata</title>
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		<title>Tome XIV : Lettres 1742-1791</title>
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&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XIV &#8211; 1707 &#8211; 1732 : LETTRES 1742- 1791 &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre dernier volume couvre une p&#233;riode d'une trentaine d'ann&#233;es apr&#232;s la mort de Bayle. Le philosophe &#233;tait mort, comme il l'avait pr&#233;vu, d'une maladie des poumons qui avait d&#233;j&#224; emport&#233; ses parents. Acharn&#233; &#224; r&#233;diger sa r&#233;futation de la th&#233;ologie rationaliste de Jean Le Clerc et d'Isaac Jaquelot, il &#233;tait rest&#233; d'une parfaite indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de sa mort prochaine et n'avait pas m&#234;me voulu prendre de m&#233;dicaments, jugeant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XIV &#8211; 1707 &#8211; 1732 : LETTRES 1742- 1791&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre dernier volume couvre une p&#233;riode d'une trentaine d'ann&#233;es apr&#232;s la mort de Bayle. Le philosophe &#233;tait mort, comme il l'avait pr&#233;vu, d'une maladie des poumons qui avait d&#233;j&#224; emport&#233; ses parents. Acharn&#233; &#224; r&#233;diger sa r&#233;futation de la th&#233;ologie rationaliste de Jean Le Clerc et d'Isaac Jaquelot, il &#233;tait rest&#233; d'une parfaite indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de sa mort prochaine et n'avait pas m&#234;me voulu prendre de m&#233;dicaments, jugeant qu'ils seraient inutiles. Sa patience et son humilit&#233;, sa douceur et sa volont&#233; f&#233;roce de mener &#224; bien son combat philosophique firent l'admiration du petit cercle de ses amis qui eurent la permission d'acc&#233;der &#224; son appartement pendant les derniers mois de sa vie. Ils &#233;crivent &#224; leurs correspondants en Angleterre et en France et commentent avec admiration la mort d'un philosophe fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'estoit un philosophe parfait et les portraits qu'on nous a laissez de ces anciens sages n'ap[p]rochent point de celuy qu'on feroit de M. Bayle si on le peignoit au naturel. Il vivoit comme eux dans la retraite et dans une temperance qui en auroit tu&#233; plusieurs[,] desinteress&#233; et plein de mepris pour les richesses et se contentant du peu qui luy estoit necessaire. (Jacques Basnage au duc de Noailles, le 3 janvier 1707 : Lettre 1743)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shaftesbury r&#233;agit de la m&#234;me mani&#232;re : Bayle &#233;tait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;presque le seul homme que j'aie connu qui, tout en donnant des le&#231;ons de philosophie, vivait comme un vrai philosophe, avec cette innocence, vertu, temp&#233;rance, humilit&#233; et m&#233;pris &#224; l'&#233;gard du monde et de ses int&#233;r&#234;ts qu'on peut v&#233;ritablement appeler exemplaires. (Shaftesbury &#224; John Darby, le 13 f&#233;vrier 1708 : Lettre 1763)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Basnage, son ami sans doute le plus intime, qui le connaissait depuis l'&#233;poque de leurs &#233;tudes &#224; Gen&#232;ve, peint le portrait d'un homme &#171; sans passions &#187;, mais conc&#232;de que &#171; la chol&#232;re s'allumait quelques fois lorsqu'il prenait la plume contre ses ennemis &#187;. C'&#233;tait peu dire ! mais du moins sa col&#232;re &#233;tait-elle philosophique : elle animait les longues analyses o&#249; il pointait les b&#233;vues de ses adversaires. Il &#233;tait v&#233;ritablement d&#233;vor&#233; par la volont&#233; de conduire son raisonnement jusqu'au bout et d'avoir le dernier mot. Et cette volont&#233; &#233;tait d'autant plus forte face &#224; Jurieu, dont il connaissait de longue date les man&#339;uvres et la mauvaise foi. De ce point de vue, il avait triomph&#233; au moyen des Eclaircissements du Dictionnaire de 1702 et obtenu une paix relative de quatre ann&#233;es au cours desquels il a r&#233;dig&#233; ses derni&#232;res &#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; sa position sur les grandes questions philosophiques et religieuses, Basnage d&#233;fend sa m&#233;moire sans donner les pr&#233;cisions qu'on souhaiterait. Le spinozisme ? &#171; Il regardoit cette opinion comme une des plus insoutenables que l'esprit humain ait produites &#187;. Le manich&#233;isme ? &#171; Je puis repondre pour luy que le ciel n'est pas plus eloign&#233; de la terre qu'il l'estoit de cette erreur &#187;. Mais il d&#233;finit assez bien une des obsessions bayliennes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un des plaisirs les plus doux qu'il goutoit estoit de faire sentir &#224; une infinit&#233; de gens que les opinions qu'ils regardoient comme evidentes ne laissoient pas d'estre environn&#233;es de difficult&#233;s insurmontables. Il elevoit ces difficult&#233;s tantost contre quelques-unes des preuves de la religion chretienne et tantost contre certains dogmes. Accoutum&#233; &#224; former des doutes et &#224; les produire avec art il ne pouvoit pas les resoudre et ne trouvant point les verit&#233;s evidentes dont on parle si souvent, il demeuroit incertain. Il elevoit des nuages et des brouillards qu'il ne pouvoit dissiper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; prenant soin de conclure : &#171; Il ne manquoit pas absolument de foy, mais elle estoit chancelante sur diverses choses &#187;. Toute la question &#233;tait de savoir lesquelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous entendons ainsi les regrets de ceux pour qui &#171; sa conversation particuliere valait autant que ses livres &#187;. Ses amis multiplient les t&#233;moignages : Jacques Basnage, Henri Basnage de Beauval, Reinier Leers, le chevalier Destournelles, Jean-Baptiste Dubos, Pierre Coste, Pierre Des Maizeaux, Shaftesbury, Paul Crell, tous contribuent &#224; cette image id&#233;ale du philosophe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opportunisme de Leers et son sens des affaires ne tardent pas &#224; s'exprimer. Naturellement, il refuse la suggestion de Le Clerc de supprimer la derni&#232;re composition de Bayle, ses Entretiens de Maxime et de Th&#233;miste, consacr&#233;s &#224; la r&#233;futation de la th&#233;ologie rationaliste de Jean Le Clerc et d'Isaac Jaquelot &#8211; th&#233;ologie qui est, &#224; cette date, aussi celle de Jean Barbeyrac et qui sera celle du fameux &#171; triumvirat &#187; r&#233;form&#233; (Jean-Alphonse Turrettini, B&#233;n&#233;dict Pictet, Samuel Werenfels) : Leers n'allait certainement pas renoncer &#224; une publication aussi audacieuse et aussi redoutable pour l'orthodoxie r&#233;form&#233;e. En outre, il propose &#224; Des Maizeaux de faire une nouvelle &#233;dition du Dictionnaire en y introduisant de nouveaux articles de sa propre main &#8211; projet que r&#233;aliseront par la suite le Dictionnaire de Chaufepi&#233; et celui de Prosper Marchand. Depuis quelque temps d&#233;j&#224;, Des Maizeaux multiplie les projets et il refuse l'offre de Leers : il est occup&#233; &#224; constituer un ensemble d'&#233;crits biographiques et philosophiques, et un recueil des &#233;crits pol&#233;miques de Bayle ; il se lie avec Prosper Marchand pour recueillir la correspondance du philosophe ; il s'est aussi engag&#233; dans la traduction du Dictionnaire en anglais pour l'imprimeur Jacob Tonson. Il se retire cependant de la premi&#232;re version de la traduction, qui s'accomplit tant bien que mal avec la participation de Michel de La Roche et para&#238;t en 1710 : les lecteurs sont scandalis&#233;s par sa m&#233;diocrit&#233; et Des Maizeaux entreprend de la r&#233;viser, tout en participant au projet de Thomas Birch de traduire le Dictionnaire en y introduisant de nouveaux articles consacr&#233;s au monde politique, religieux et culturel anglais. Ces deux versions anglaises aboutissent en m&#234;me temps en 1734 et Des Maizeaux y ajoute la version anglaise de sa biographie. Celle-ci avait &#233;t&#233; compos&#233;e sous forme de lettre adress&#233;e &#224; un pair d'Angleterre, qui n'est autre que Shaftesbury, et publi&#233;e une premi&#232;re fois en annexe &#224; sa traduction des Pens&#233;es diverses : The Life of Mr Bayle, in a letter to a peer of Great Britain (London 1708, 8&#176;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce premier &#233;crit biographique de Des Maizeaux n'est pas &#224; la hauteur de l'attente de ses lecteurs, car il ne ma&#238;trise pas suffisamment la langue anglaise. On sent tout de suite que l'auteur traduit lourdement son texte du fran&#231;ais et Des Maizeaux lui-m&#234;me finit par s'en rendre compte et fait semblant d'avoir &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233; de son texte qui aurait &#233;t&#233; publi&#233; sans son accord... D'o&#249; sans doute sa prudence et sa lenteur &#224; composer la version fran&#231;aise de sa Vie de Mr Bayle. Basnage l'encourage et fait de nombreuses suggestions, les successeurs de Leers promettent de s'en charger, Mathieu Marais s'impatiente et se lamente aupr&#232;s de Mme de M&#233;rignac, les imprimeurs des &#338;uvres diverses aimeraient l'inclure dans leurs volumes : rien n'y fait. Des Maizeaux ach&#232;ve son &#233;crit &#224; son rythme. C'est qu'entre temps, il a appris &#224; se m&#233;fier des imprimeurs et des collaborateurs. Il s'indigne de la trahison de Marchand, qui se met secr&#232;tement d'accord avec Fritsch et B&#246;hm pour publier une &#233;dition des Lettres choisies de Mr Bayle en 1714 tout en excluant Des Maizeaux de l'entreprise. Celui-ci publie, en collaboration avec Jean Masson et avec Bernard de La Monnoye, des comptes rendus f&#233;roces de cette publication en 1715 et pr&#233;pare &#8211; avec les conseils de son ami Charles Pacius de La Motte &#8211; sa propre &#233;dition des lettres, qui para&#238;t en 1729 ; il conseille les imprimeurs dans l'annotation des lettres dans la version, encore augment&#233;e, des &#338;uvres diverses (le dernier volume para&#238;t en 1731) ; il publie enfin sa Vie de Mr Bayle dans sa propre &#233;dition du Dictionnaire en 1730. Cette fois-ci, il rend justice &#224; l'intensit&#233; et &#224; la complexit&#233; de la carri&#232;re de Bayle sur le plan philosophique, religieux, litt&#233;raire, politique et social. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons ainsi la correspondance des amis de Bayle &#8211; et de ses ennemis &#8211; jusqu'&#224; la date de la publication de cette version d&#233;finitive du Dictionnaire et de la Vie de Mr Bayle qui l'accompagne. Ces publications consacrent l'image du philosophe pyrrhonien et fournissent les indices qui permettront au travail critique d'aller plus loin en entrant de plein pied dans le monde de Bayle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome XIII : Lettres 1591-1741</title>
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&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XIII - JANVIER 1703 - DECEMBRE 1706 : LETTRES 1591 - 1741 &lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re p&#233;riode de la vie de Bayle ressemble aux pr&#233;c&#233;dentes : malgr&#233; sa maladie &#8211; sur laquelle il n'a aucune illusion &#8211; il est au travail. Ce sont quatre ann&#233;es d'une grande intensit&#233; intellectuelle et d'une grande f&#233;condit&#233;. La deuxi&#232;me &#233;dition du Dictionnaire historique et critique vient de para&#238;tre avec les Eclaircissements promis, o&#249; il confirme l'&#233;chec de la th&#233;ologie rationaliste devant le probl&#232;me de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XIII - JANVIER 1703 - DECEMBRE 1706 :&lt;br class='autobr' /&gt;
LETTRES 1591 - 1741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re p&#233;riode de la vie de Bayle ressemble aux pr&#233;c&#233;dentes : malgr&#233; sa maladie &#8211; sur laquelle il n'a aucune illusion &#8211; il est au travail. Ce sont quatre ann&#233;es d'une grande intensit&#233; intellectuelle et d'une grande f&#233;condit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me &#233;dition du Dictionnaire historique et critique vient de para&#238;tre avec les Eclaircissements promis, o&#249; il confirme l'&#233;chec de la th&#233;ologie rationaliste devant le probl&#232;me de l'existence du Mal, incompatible avec notre conception d'un Cr&#233;ateur infiniment parfait. La foi est donc irrationnelle : la doctrine chr&#233;tienne est incompatible avec la raison philosophique sur le plan de la logique, de l'ontologie et de la morale : c'est la &#171; folie de la Croix &#187;. Bayle adopte ainsi la d&#233;finition de la foi comme &#171; z&#232;le &#187;, qui est pr&#233;cis&#233;ment celle de Jurieu &#8211; au grand dam de celui-ci, qui est convaincu de l'insinc&#233;rit&#233; du &#171; philosophe de Rotterdam &#187;. Cette prise de position &#171; fid&#233;iste &#187; d&#233;clenche la derni&#232;re grande bataille de Bayle : celle qu'il m&#232;ne contre les th&#233;ologiens &#171; rationaux &#187;, Isaac Jaquelot, Jean Le Clerc et Jacques Bernard, querelle intensifi&#233;e par les interventions de dom Alexis Gaudin et de William King, qui combattent tous deux les articles &#171; Manich&#233;ens &#187; et &#171; Pauliciens &#187; du Dictionnaire, et par le recours de Le Clerc au syst&#232;me des &#171; formes plastiques &#187; de Ralph Cudworth. Bayle saisit l'occasion de d&#233;montrer que ces &#171; formes plastiques &#187; fournissent aux mat&#233;rialistes des armes contre l'objection quod nescit des th&#233;ologiens : elles permettent d'expliquer comment la mati&#232;re peut s'organiser sans &#234;tre guid&#233;e par une intelligence cr&#233;atrice. Lady Masham, la fille de Cudworth, amie de c&#339;ur de John Locke, s'&#233;meut et veut prendre la d&#233;fense de son p&#232;re, mais, apr&#232;s avoir lu les explications de Bayle, elle renonce &#224; publier sa critique. Le Clerc s'ent&#234;te cependant et quitte le terrain de l'argumentation : il s'en prend &#224; la personne de Bayle, l'accusant explicitement d'ath&#233;isme et le d&#233;nigrant aupr&#232;s de Shaftesbury. Il finira m&#234;me par demander &#224; Reinier Leers, par l'interm&#233;diaire de Jacques Basnage, de supprimer les derniers &#233;crits de Bayle sur cette question : en vain. Bayle tient &#224; r&#233;futer tous les arguments de ses adversaires avec sa pr&#233;cision scrupuleuse habituelle : sa derni&#232;re &#339;uvre, Entretiens de Maxime et de Th&#233;miste, devait rester inachev&#233;e &#224; la date de sa mort, mais constitue n&#233;anmoins une nouvelle r&#233;futation efficace de la th&#233;ologie rationaliste. Bayle confirme ainsi sa conclusion dans l'Eclaircissement sur les pyrrhoniens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut n&#233;cessairement opter entre la Philosophie et l'Evangile : si vous ne voulez rien croire que ce qui est &#233;vident et conforme aux notions communes, prenez la Philosophie et quittez le Christianisme : si vous voulez croire les Myst&#232;res incompr&#233;hensibles de la Religion, prenez le Christianisme, et quittez la Philosophie ; car de poss&#233;der ensemble l'&#233;vidence et l'incompr&#233;hensibilit&#233;, c'est ce qui ne se peut [&#8230;] Il faut opter n&#233;cessairement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et sa conception anti-malebranchiste de la &#171; philosophie chr&#233;tienne &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Philosophes Chr&#233;tiens qui parlent sinc&#232;rement disent tout net qu'ils sont Chr&#233;tiens, ou par la force de l'&#233;ducation, ou par la gr&#226;ce de la foi que Dieu leur a donn&#233;e, mais que la suite des raisonnements philosophiques et d&#233;monstratifs ne serait capable que de les rendre sceptiques &#224; cet &#233;gard toute leur vie. (Bayle &#224; Naudis, le 8 septembre 1698 : Lettre 1378)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, ayant ainsi d&#233;plac&#233; le d&#233;bat du champ des raisons &#8211; puisqu'il affirme que la foi est parfaitement irrationnelle &#8211; &#224; celui des intentions et de la sinc&#233;rit&#233;, la doctrine de la foi &#171; aveugle &#187; ou du fid&#233;isme lui sert d&#233;sormais de &#171; bouclier &#187; contre les attaques de Jurieu : &#171; Dieu seul sonde les reins et les c&#339;urs &#187; : Jurieu est r&#233;duit au silence. C'est une cons&#233;quence du positionnement philosophique de Bayle et du d&#233;roulement du d&#233;bat sur la nature de la foi, qu'on tienne Bayle pour sinc&#232;re ou non. Il peut donc se consacrer &#224; la composition de ses derni&#232;res grandes &#339;uvres philosophiques : la Continuation des pens&#233;es diverses et la R&#233;ponse aux questions d'un Provincial, toutes deux marqu&#233;es par la d&#233;monstration que la raison conduit &#224; l'ath&#233;isme, par le retour au rationalisme moral du Commentaire philosophique et par la d&#233;nonciation emphatique du fanatisme religieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, &#224; l'initiative de Pierre Des Maizeaux &#233;tabli en Angleterre, Bayle communique &#224; l'imprimeur londonien Jacob Tonson, secr&#233;taire du Kit-Cat Club, des corrections pour la traduction anglaise de son Dictionnaire. L'entreprise est de taille et entra&#238;ne des querelles et des rivalit&#233;s. Des Maizeaux se d&#233;sint&#233;resse de la premi&#232;re traduction, &#224; laquelle Michel de La Roche prend une part importante : le r&#233;sultat, publi&#233; en 1710, est d&#233;sastreux. Deux autres projets sont aussit&#244;t lanc&#233;s, et Des Maizeaux prend part &#224; tous deux : il r&#233;vise la premi&#232;re traduction, dont une deuxi&#232;me version est publi&#233;e en 1734 ; il participe &#233;galement au grand projet dirig&#233; par Thomas Birch d'une traduction dans laquelle s'ins&#232;rent d'innombrables articles nouveaux consacr&#233;s &#224; d'&#233;minents Anglais, philosophes, &#233;crivains, th&#233;ologiens, hommes politiques... ; cette nouvelle traduction sort &#233;galement des presses en 1734 en 10 volumes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cherchant &#224; se faire une place dans la R&#233;publique des Lettres, Des Maizeaux multiplie les projets : malgr&#233; la r&#233;ticence de Bayle et de Basnage de Beauval, qui ont peur de r&#233;veiller les doutes sur l'auteur de l'Avis aux r&#233;fugi&#233;s, il voudrait publier une nouvelle &#233;dition des pamphlets pol&#233;miques compos&#233;s par Bayle lors de ses grandes batailles avec Jurieu. Ce projet n'aboutit pas, mais, ayant &#233;t&#233; introduit par Pierre Silvestre dans le cercle de Saint-Evremond, Des Maizeaux est d&#233;sign&#233; par le vieil &#233;picurien &#8211; proche de la mort &#8211; pour rassembler ses papiers. Avec Silvestre, il publie en 1705 les &#338;uvres mesl&#233;es et compose pour de nouvelles &#233;ditions une Vie de Mr de Saint-Evremond sous forme de lettre adress&#233;e &#224; Bayle. Malgr&#233; les questions pressantes de celui-ci, Des Maizeaux r&#233;ussit &#224; garder un silence prudent sur les sentiments de Saint-Evremond &#224; l'&#233;gard de la religion au moment de sa mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long de cette p&#233;riode, Bayle est en relation avec Lord Shaftesbury, qui, de son c&#244;t&#233;, soutient financi&#232;rement Des Maizeaux et John Toland, s'entretient avec Pierre Coste, correspond avec Benjamin Furly et avec son fils Arent ainsi qu'avec Jean Le Clerc. C'est ainsi qu'un v&#233;ritable &#171; sous-r&#233;seau &#187; de correspondance se constitue entre les anciens amis de John Locke, d&#233;c&#233;d&#233; en 1704. Mais c'est un r&#233;seau qui subit les p&#233;rip&#233;ties des querelles philosophiques de Bayle. Le Clerc flatte Lady Masham et multiplie les extraits du &#171; syst&#232;me &#187; de Ralph Cudworth ; il n'h&#233;site pas &#224; d&#233;nigrer Bayle aupr&#232;s de Shaftesbury ; Des Maizeaux en informe Bayle ; Pierre Coste prend sa d&#233;fense. Celui-ci, traducteur attitr&#233; de Locke, se remet de sa d&#233;ception d'avoir &#233;t&#233; laiss&#233; de c&#244;t&#233; dans le testament du philosophe anglais et tient Charles Pacius de La Motte, son ami correcteur d'imprimerie &#224; Amsterdam, au courant de sa nouvelle vie dans le &#171; d&#233;sert &#187; de Chipley aupr&#232;s du m&#233;lancolique Edward Clarke. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre &#171; sous-r&#233;seau &#187; : celui de l'abb&#233; Dubos, qui compose des pamphlets favorables &#224; la politique &#233;trang&#232;re du ministre Colbert de Torcy. Daniel de Larroque, lib&#233;r&#233; enfin de sa prison &#224; Saumur, est employ&#233; comme traducteur au m&#234;me minist&#232;re et collabore avec Jean de La Chapelle et Louis Rousseau de Chamoy, qui font de leur mieux pour contrer les livrets de Casimir Freschot, h&#233;ritier de Lisola comme pol&#233;miste au service de l'empire des Habsbourg. A son retour de La Haye, Bonrepaux prend sous son aile le neveu de Bayle &#8211; et futur h&#233;ritier de ses papiers &#8211; Charles de Brugui&#232;re, qui est lui aussi employ&#233; dans l'administration du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La correspondance de Bayle refl&#232;te ainsi l'actualit&#233; politique et militaire. Arent Furly, le fils cadet du quaker Benjamin, poursuit sa carri&#232;re gr&#226;ce au soutien de Shaftesbury : il est nomm&#233; secr&#233;taire de Lord Peterborough et l'accompagne en 1705 au si&#232;ge de Barcelone dans le contexte de la guerre de Succession d'Espagne. Les troupes anglaises remportent la victoire au mois de septembre, mais tout au long de l'hiver et de l'ann&#233;e suivante, le caract&#232;re orgueilleux de Peterborough et les tergiversations de Charles III &#8211; le &#171; candidat &#187; Habsbourg au tr&#244;ne d'Espagne &#8211; rendent la situation militaire extr&#234;mement compliqu&#233;e et Peterborough est finalement rappel&#233; par le secr&#233;taire d'Etat Lord Sunderland en d&#233;cembre 1706. Arent Furly l'accompagne et l'assiste au moment o&#249; il doit r&#233;pondre des divagations de sa direction de la campagne militaire. Le jeune Furly repart ensuite, en avril 1708, avec Lord Stanhope et participe aux efforts de celui-ci, sous le commandement de Lord Galway (Henri de Massue le fils, marquis de Ruvigny), pour reprendre la situation militaire en main. Malgr&#233; quelques succ&#232;s (Minorque, Port Mahon), et malgr&#233; la promotion de Stanhope comme lieutenant-g&#233;n&#233;ral en janvier 1709, ses efforts n'ont gu&#232;re de succ&#232;s. La lenteur de Galway et l'imprudence de Stanhope entra&#238;nent des cons&#233;quences malheureuses : les troupes de Stanhope sont prises au pi&#232;ge &#224; Brihuega et capitulent en d&#233;cembre 1710. Stanhope doit rester en Espagne comme prisonnier de guerre pendant dix-huit mois ; Arent Furly meurt &#224; Barcelone le 31 d&#233;cembre 1711. On voit que, jusqu'&#224; sa mort en 1712, Arent Furly est au c&#339;ur de la vie politique et m&#234;me militaire de la Grande-Bretagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;pisode de cette triste aventure entra&#238;ne la rencontre entre Bayle et un personnage haut en couleur, Antoine de Guiscard, &#171; abb&#233; de La Bourlie &#187; et &#171; marquis de Guiscard &#187;, qui porte la lettre qu'Arent Furly, toujours &#224; Barcelone, adresse le 1er d&#233;cembre 1705 &#224; Bayle &#224; Rotterdam. On d&#233;couvre &#224; cette occasion que Guiscard avait assist&#233; aux cours de Bayle &#224; Sedan ; son fr&#232;re a&#238;n&#233;, Louis, aurait m&#234;me tent&#233; de convaincre Bayle d'abjurer et de retourner &#224; Paris lors de la suppression de l'acad&#233;mie en 1681. En 1703, Antoine de Guiscard encourt l'inimiti&#233; de Madame de Maintenon : il s'enfuit en Rouergue et s'associe aux Camisards engag&#233;s, sous la conduite de Jean Cavalier, dans la lutte contre la r&#233;pression militaire. Il se rend ensuite &#224; Lausanne, o&#249; se trouve une importante communaut&#233; r&#233;form&#233;e, et prend contact avec Richard Hill, l'envoy&#233; anglais &#224; Turin, ainsi qu'avec Louis de Presme, seigneur de Saint-Saphorin, repr&#233;sentant de l'empereur en Suisse et proche du prince d'Eug&#232;ne. Il pr&#233;tend vouloir et pouvoir provoquer une r&#233;volte catholique dans le Dauphin&#233; et en Languedoc et conduit une exp&#233;dition catastrophique en juin 1704. Il retourne ensuite &#224; Lausanne et s'engage dans une campagne de correspondance avec le duc de Marlborough et avec Anthonie Heinsius, pr&#233;tendant vouloir poursuivre la bataille des C&#233;vennes contre les autorit&#233;s fran&#231;aises. Il profite alors de la fuite de Cavalier lui-m&#234;me &#224; Lausanne pour s'associer avec lui et pour appara&#238;tre comme un alli&#233; dangereux pour les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais, r&#233;ussissant m&#234;me &#224; s'int&#233;grer dans le conseil de guerre des alli&#233;s dirig&#233; par Marlborough et par le prince Eug&#232;ne &#224; Landau en novembre 1704, puis &#224; La Haye. Face &#224; la m&#233;fiance des conseillers militaires des alli&#233;s, Guiscard obtient des lettres de recommandation de la part du duc d'Ormonde et de Pierre Jurieu, ce qui lui permet de participer en avril 1705 &#224; l'&#233;laboration d'un plan de d&#233;barquement &#224; S&#232;te et d'enl&#232;vement des mar&#233;chaux de B&#226;ville et de Berwick, visant &#224; provoquer des &#233;meutes simultan&#233;es dans plusieurs villes du Languedoc. Une trahison met fin au &#171; complot des enfants de Dieu &#187;, qui est suivi par une r&#233;pression sanglante. Guiscard r&#233;ussit cependant &#224; poursuivre sa carri&#232;re d'intrigant, se faisant inviter &#224; la cour de la reine Anne comme &#171; conseiller &#187; aupr&#232;s de Marlborough, de Sidney Godolphin et d'Ormonde : c'est &#224; cette occasion que, passant par Rotterdam sur le chemin de Londres, il porte &#224; Bayle la lettre d'Arent Furly. En 1706, un nouveau projet de d&#233;barquement, cette fois-ci en Gironde, cens&#233; provoquer la r&#233;volte de huguenots et de catholiques contre la tyrannie de Louis XIV, n'aboutit pas et cet &#233;chec entra&#238;ne le d&#233;clin de l'influence de Guiscard aupr&#232;s de Heinsius et des Etats-G&#233;n&#233;raux d'abord, aupr&#232;s de Marlborough ensuite. Il est m&#234;me soup&#231;onn&#233; de trahison, ce qui provoque son arrestation et sa tentative d'assassinat sur la personne de Robert Harley, le 8 mars 1711. Guiscard meurt &#224; la prison de Newgate quelques jours plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques nouveaux correspondants font leur apparition au cours de cette p&#233;riode. Bayle donne d&#233;sormais des nouvelles litt&#233;raires au marquis de Bougy et au duc de Noailles &#8211; toujours avec la d&#233;f&#233;rence qu'on lui conna&#238;t &#224; l'&#233;gard des &#171; grands &#187; ; malheureusement, il semble que les r&#233;ponses de ses correspondants aient &#233;t&#233; soustraites au corpus de sa correspondance. Mathurin Veyssi&#232;re La Croze, ancien b&#233;n&#233;dictin devenu biblioth&#233;caire du roi en Prusse &#224; Berlin, entretient une correspondance suivie avec Bayle et apporte une &#233;rudition extraordinaire aux informations qu'il fournit &#224; Bayle pour le Suppl&#233;ment du Dictionnaire. Faisant partie d'une petite soci&#233;t&#233; savante constitu&#233;e de Johann Theodor Jablonski, secr&#233;taire de l'Acad&#233;mie, son fr&#232;re le th&#233;ologien Daniel Ernest Jablonski, Charles Ancillon et Johann Leonhard Frisch, il prend la d&#233;fense de Bayle lorsque celui-ci est mis en cause par Christophe Heinrich von Oelven, qui remue ciel et terre pour le discr&#233;diter au nom du patriotisme prusse. A Berlin &#233;galement, nous assistons, gr&#226;ce aux actes du consistoire de l'Eglise fran&#231;aise, &#224; la condamnation du Nouveau Testament &#233;dit&#233; par Jean Le Clerc et aux p&#233;rip&#233;ties de la r&#233;forme du Psautier r&#233;form&#233;. Avec le soutien de Leibniz, Fr&#233;d&#233;ric Ier, roi en Prusse, tente de r&#233;unir les Eglises luth&#233;rienne et calviniste dans son royaume : il construit des &#233;glises &#224; Berlin et &#224; Charlottenbourg o&#249; les deux communaut&#233;s doivent c&#233;l&#233;brer leur culte en commun. Il essaie m&#234;me d'introduire la liturgie anglicane dans ses Etats : en vain. Les deux &#233;glises distinctes du Gendarmenmarktplatz de Berlin t&#233;moignent de son &#233;chec.&lt;br class='autobr' /&gt;
Shaftesbury avait pris sous son aile le jeune Paul Crell, qui se rend en Angleterre, effectue &#224; Cambridge des recherches pour son &#171; patron &#187; et &#233;tablit le catalogue de sa biblioth&#232;que. Le fr&#232;re de Paul, Samuel, socinien connu, travaille comme correcteur dans l'imprimerie de Reinier Leers, o&#249; Bayle fait sa connaissance : il mentionne incidemment que Crell l'a conseill&#233; sur l'orthographe d'un nom polonais dans le Dictionnaire. Mais l'apport de Crell ne s'arr&#234;te pas &#224; ce d&#233;tail : il envoie &#224; Bayle une explication tr&#232;s savante du rokosz de Gliniany, une r&#233;volte mythique de la noblesse polonaise, accompagn&#233;e d'une collation de diff&#233;rentes versions des chroniques. C'est sans doute cette lettre qui incite les fr&#232;res Crell &#224; mettre en avant leur contribution au Dictionnaire de Bayle &#8211; m&#234;me si Bayle n'a pas eu le temps de r&#233;diger cet article pour son Suppl&#233;ment. De m&#234;me, Crellius aurait r&#233;dig&#233; un article &#171; Dudithius &#187;, qui n'a pas &#233;t&#233; publi&#233;. Les fr&#232;res Crell font la connaissance de Crenius &#224; Leyde, qui fournit des livres &#224; Bayle &#8211; parfois par l'interm&#233;diaire du myst&#233;rieux Alexandre (ou Alexander) Cunningham &#8211; et poursuit la composition de ses interminables Animadversiones. Secr&#232;tement, comme Bayle le confie &#224; Dubos, il tient Crenius pour &#171; l'un des plus forts compilateurs, et &#224; parenth&#232;ses longues et fr&#233;quentes, que l'Allemagne ait jamais produits &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre correcteur &#224; l'imprimerie de Leers, le &#171; chevalier Destournelles &#187;, appara&#238;t dans la correspondance au cours des toutes derni&#232;res ann&#233;es de la vie de Bayle. Nous savons peu de choses sur lui, mais il jouit de la confiance de Bayle &#224; une date o&#249; celui-ci se d&#233;place peu : il sert d'interm&#233;diaire pour sa correspondance et pour ses commandes de livres ; il est membre du petit cercle d'amis intimes &#224; qui Bayle permet de fr&#233;quenter son logement jusqu'&#224; sa mort. Destournelles &#233;crit &#224; Dubos : &#171; Les Odes de Mr de La Motte en feront un article [dans l'Histoire des ouvrages des savants]. Je les re&#231;us et je les envoyai &#224; Mr Bayle une heure avant sa mort, avec votre derniere lettre qui les accompagnoit. Il l'avoit ouverte et lue ap[p]aram[m]ent, car on la trouva sur la chaise &#224; cot&#233; de son lit, o&#249; on le trouva mort, lorsqu'on entra dans sa chambre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des derni&#232;res lettres compos&#233;es par Bayle est sans doute son billet adress&#233; &#224; Andr&#233; Terson, pasteur de l'Eglise wallonne &#224; Rotterdam, dont le fr&#232;re, Jean, avait &#233;t&#233; autrefois le condisciple de Bayle &#224; l'acad&#233;mie de Puylaurens. Andr&#233; Terson &#233;tait venu rendre visite &#224; Bayle et on avait refus&#233; de lui ouvrir la porte ; celui-ci s'en excuse : &#171; Mon cher ami, Ce n'etoit pas pour vous que j'avois donn&#233; les ordres qui m'ont priv&#233; du plaisir de vous voir encore une fois. Je sens que je n'ai plus que quelques moments &#224; vivre ; je meurs en philosophe chr&#233;tien persuad&#233; et p&#233;n&#233;tr&#233; des bont&#233;s et de la misericorde de Dieu, et vous souhaite un bonheur parfait. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une curiosit&#233; inlassable &#224; l'&#233;gard de tous les aspects de la culture de son temps, Bayle lit les Odes de Houdar de La Motte quelques moments avant sa mort, tout en s'acharnant &#224; parachever sa r&#233;futation des th&#233;ologiens &#171; rationaux &#187; dans ses Entretiens de Maxime et de Th&#233;miste. Ces deux t&#233;moignages refl&#232;tent bien sa carri&#232;re intellectuelle tout enti&#232;re. Bayle meurt, le 28 d&#233;cembre 1706 vers 9 heures du matin, quasiment la plume &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marchant dans les pas d'Elisabeth Labrousse, nous avons fait tous nos efforts pour d&#233;couvrir de nouvelles lettres et nous avons pu en ins&#233;rer bon nombre dans l'ordre chronologique de sa correspondance. Deux lettres nous avaient &#233;chapp&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent : elles ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes r&#233;cemment gr&#226;ce &#224; l'&#233;rudition scrupuleuse, &#224; la curiosit&#233; et &#224; la t&#233;nacit&#233; de Christine Jackson-Holzberg, &#233;ditrice de la correspondance de Shaftesbury. Nous les publions en annexe &#224; ce tome. L'une est de la plume de James Vernon p&#232;re et s'adresse &#224; William Blathwayt le 4/15 mai 1693 : nous y apprenons que le fils homonyme de James Vernon, filleul de Lord Sunderland, &#233;tait &#224; cette &#233;poque un des &#233;l&#232;ves de Bayle &#224; l'Ecole Illustre de Rotterdam. Vernon demande &#224; Blathwayt ce qu'il convient de faire de son fils au moment o&#249; le statut de Bayle est mis en cause par le conseil municipal de Rotterdam. &lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde lettre in&#233;dite est une lettre autographe de Bayle adress&#233;e &#224; Michel Le Vassor, ancien oratorien r&#233;fugi&#233; en Angleterre, o&#249; il jouissait de la protection de William Trumbull et de Lord Portland. Les formules de la lettre sont discr&#232;tes, mais on devine qu'il s'agit d'une protection propos&#233;e par Trumbull &#224; l'&#233;gard de Bayle, concr&#233;tis&#233;e sous la forme d'un poste en Angleterre aupr&#232;s de lui-m&#234;me ou d'une autre personne d'autorit&#233; : on peut penser aux relations de Trumbull avec Lord Sunderland et avec Lord Albemarle, qui devait par la suite offrir &#224; Bayle un poste dans sa maison &#224; La Haye. On peut conclure qu'en 1695 Bayle envisageait la possibilit&#233; de profiter de la protection de Trumbull et du poste qui lui &#233;tait propos&#233; au cas o&#249; l'hostilit&#233; de Jurieu lui rendrait la vie impossible &#224; Rotterdam. La lettre du 3 f&#233;vrier 1696 de Le Vassor (Lettre 1082) semble confirmer cette interpr&#233;tation, puisque la d&#233;dicace du Dictionnaire &#224; Trumbull y appara&#238;t comme la contrepartie de la protection promise par le nouveau secr&#233;taire d'Etat. En fin de compte, malgr&#233; la temp&#234;te provoqu&#233;e par la publication du Dictionnaire, Bayle devait r&#233;ussir &#8211; au moyen des Eclaircissements de l'&#233;dition de 1702 &#8211; &#224; se mettre &#224; l'abri des attaques de Jurieu et ne devait pas chercher &#224; profiter des offres de Trumbull, qui d'ailleurs, &#224; cette date, avait quitt&#233; la vie publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome XII : Lettres 1406-1590</title>
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&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XII - JANVIER 1699 - DECEMBRE 1702 : LETTRES 1406 &#8211; 1590 &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1699, Bayle continue &#224; recevoir les observations des lecteurs &#8211; dont celles de Boileau &#8211; sur la premi&#232;re &#233;dition de son Dictionnaire et en pr&#233;pare d&#233;j&#224; la deuxi&#232;me. Il travaille dans des conditions d'improvisation &#233;puisantes et &#224; une vitesse &#233;tourdissante &#8211; &#224; tel point qu'il est assailli de migraines. Il doit m&#234;me louer un deuxi&#232;me logement pour &#234;tre plus au calme, afin d'effectuer au mieux le triple travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;INTRODUCTION DU TOME XII - JANVIER 1699 - DECEMBRE 1702 : LETTRES 1406 &#8211; 1590&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1699, Bayle continue &#224; recevoir les observations des lecteurs &#8211; dont celles de Boileau &#8211; sur la premi&#232;re &#233;dition de son Dictionnaire et en pr&#233;pare d&#233;j&#224; la deuxi&#232;me. Il travaille dans des conditions d'improvisation &#233;puisantes et &#224; une vitesse &#233;tourdissante &#8211; &#224; tel point qu'il est assailli de migraines. Il doit m&#234;me louer un deuxi&#232;me logement pour &#234;tre plus au calme, afin d'effectuer au mieux le triple travail de composition de nouveaux articles, de r&#233;vision des anciens et de relecture des &#233;preuves, qui sont imprim&#233;es au rythme de huit feuilles (trente-deux pages) par semaine ; il travaille au rythme impos&#233; par les imprimeurs et compose les nouveaux articles avec trois feuilles d'avance. Commenc&#233;e le 26 mai 1698, l'impression s'ach&#232;ve le 27 d&#233;cembre 1701, sous la date de 1702. Le Dictionnaire a pratiquement doubl&#233; de volume. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sociabilit&#233; savante, qui a jou&#233; un r&#244;le crucial dans l'&#233;laboration de la premi&#232;re &#233;dition, permet &#224; Bayle de corriger bon nombre d'articles et d'y ajouter de nouvelles informations communiqu&#233;es par ses correspondants. A cette &#233;tape, Bernard de La Monnoye continue &#224; apporter des r&#233;f&#233;rences utiles et de nouveaux collaborateurs entrent en sc&#232;ne : Mathieu Marais &#224; Paris, Mathurin Veyssi&#232;re La Croze et Jacob Le Duchat &#224; Berlin, Pierre Silvestre et Pierre Des Maizeaux &#224; Londres. Le cercle de Bayle s'&#233;largit malgr&#233; la mort de Claude Nicaise, qui avait su tisser une toile si vaste dans toute l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En dehors des r&#233;actions indign&#233;es cultiv&#233;es par Jurieu pour les besoins de son &#233;dition du Jugement d'Eus&#232;be Renaudot, plusieurs lecteurs proches de Bayle &#8211; tels que Mathieu Marais et Paul de La Roque-Boyer &#8211; s'&#233;taient indign&#233;s de l'article &#171; David &#187; de la premi&#232;re &#233;dition, o&#249; il &#171; rapporte toutes les actions de David mentionn&#233;es dans l'Ecriture, et dit assez librement qu'il y a plusieurs de ces actions qu'on ne sauroit excuser, n'etant point conforme aux id&#233;es de la justice et de l'equit&#233; naturelle &#187;. M&#234;me s'il pr&#233;tend avoir apport&#233; &#171; des correctifs qui peuvent laisser en repos toute la tendresse de conscience des lecteurs les plus pieux &#187;, Bayle est mis en accusation et re&#231;oit m&#234;me l'&#233;cho des critiques de Claude Brousson, qui vient d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;, le 4 novembre 1698 &#224; Montpellier, en tant que pr&#233;dicateur du &#171; D&#233;sert &#187; pour crime de &#171; r&#233;bellion &#187;, apr&#232;s un proc&#232;s auquel pr&#233;sidait le redoutable B&#226;ville. Bayle est accus&#233; d'avoir &#171; voulu d&#233;truire David &#187;. Malgr&#233; le caract&#232;re superficiel et irrationnel de ces critiques, Bayle accepte de censurer son texte et propose une version &#233;dulcor&#233;e de cet article dans la deuxi&#232;me &#233;dition. Cependant il doit ensuite s'excuser aupr&#232;s des lecteurs &#224; qui il avait annonc&#233; cet am&#233;nagement, car Reinier Leers, ayant re&#231;u les plaintes de bon nombre de lecteurs avides de lire la premi&#232;re version, ins&#232;re l'article initial en annexe : la plupart des exemplaires de la deuxi&#232;me &#233;dition comporte donc les deux versions de l'article &#171; David &#187;, o&#249; Bayle avait entrepris de d&#233;montrer les contradictions entre la morale rationnelle (ou naturelle) et les actions de &#171; l'homme selon le coeur de Dieu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article &#171; David &#187; n'est pas le seul &#224; provoquer l'indignation du consistoire de l'Eglise wallonne de Rotterdam. Les commissaires du consistoire trouvent que &#171; le sieur Bayle fait en g&#233;n&#233;ral un portrait affreux de la conduite et du gouvernement de ce roi proph&#232;te, et qu'en particulier il traite plusieurs de ses actions d'une mani&#232;re indigne et scandaleuse &#187;, mais aussi, apr&#232;s lecture des articles &#171; Manich&#233;ens &#187;, &#171; Marcionites &#187; et &#171; Pauliciens &#187;, ils trouvent que &#171; le sieur Bayle non seulement y avance des arguments dont les manich&#233;ens se sont servis autrefois, mais que de plus il y fait des arguments nouveaux en faveur du manich&#233;isme qui tendent m&#234;me &#224; combattre les hypoth&#232;ses de tous les th&#233;ologiens protestants, et qu'enfin il fait triompher l'hypoth&#232;se des manich&#233;ens, dont les dits commissaires en ont &#233;t&#233; fort scandalis&#233;s &#187;. R&#233;actions semblables &#224; l'&#233;gard de l'article &#171; Pyrrhon &#187; et de ceux qui concernent les ath&#233;es et les &#233;picuriens et des &#171; expressions, citations et r&#233;flexions impures &#187; r&#233;pandues dans tout le Dictionnaire. Bayle promet de se corriger et r&#233;dige en fin de compte des Eclaircissements qui confirment son argumentation dans le corps du Dictionnaire : le Mal pose un probl&#232;me insoluble &#224; ceux qui croient en un Dieu cr&#233;ateur infiniment parfait ; la doctrine chr&#233;tienne est incompatible avec la raison car elle se fonde, par essence, sur la &#171; folie de la croix &#187;. Elle est intellectuellement aveugle ; elle na&#238;t d'un mouvement spontan&#233; du c&#339;ur. Il constate, en somme, la faillite de la th&#233;ologie rationaliste et se met &#224; l'abri du &#171; bouclier de Charron &#187; : &#171; je captive mon entendement &#224; l'ob&#233;issance de la foi &#187;. Les critiques d&#233;battent encore aujourd'hui sur la port&#233;e de cette formule. Quoi qu'il en soit, conform&#233;ment &#224; ce qu'il pr&#233;voit dans l'article m&#234;me de &#171; Charron &#187;, &#171; ces paroles lui peuvent servir de bouclier contre tous les traits de ses ennemis &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, Jurieu, qui s'indigne de la palinodie de Bayle par rapport au rationalisme moral du Commentaire philosophique, ne cesse de l'accuser d'hypocrisie. Il guette les occasions de prendre Bayle en faute et, n'ayant pas r&#233;ussi &#224; confirmer l'existence d'une &#171; cabale &#187; &#233;rig&#233;e en &#171; trahison d'Etat &#187;, cherche &#224; d&#233;montrer que Bayle est &#171; en connivence avec la Cour de France &#187;. Bayle en est parfaitement conscient. Il se plaint des lettres confisqu&#233;es et des man&#339;uvres de ses &#171; ennemis qui comme les araign&#233;es convertissent en venin les sucs les plus innocents &#187;. Ses lettres nous d&#233;voilent donc les strat&#233;gies d'un &#233;crivain qui fait face &#224; une censure agressive : il a recours &#224; la &#171; voie de Gen&#232;ve &#187;, &#224; celle de Lille et &#224; celle de Rouen ; il organisent des envois de livres interdits &#224; Jean Anisson, directeur de l'imprimerie royale, et &#224; Jean-Paul Bignon, directeur de la Biblioth&#232;que royale. Nous p&#233;n&#233;trons ainsi dans les coulisses de la R&#233;publique des Lettres. Mais les contacts de Bayle avec le P&#232;re j&#233;suite Edouard de Vitry nous r&#233;servent une surprise de taille, qui met Bayle lui-m&#234;me dans l'embarras. C'est qu'en 1701, Vitry est employ&#233; &#224; la r&#233;daction des M&#233;moires de Tr&#233;voux et cherche &#224; &#233;tendre le r&#233;seau de ses correspondants. Par cons&#233;quent, Vincent Minutoli, professeur &#224; l'universit&#233; de Gen&#232;ve, a la surprise de recevoir, avec une lettre de Bayle, un billet de l'&#233;minent j&#233;suite lui demandant de fournir des informations litt&#233;raires au nouveau p&#233;riodique de la Compagnie de J&#233;sus. Le Genevois s'interroge et Bayle lui explique que, depuis quelques ann&#233;es, il a recours au P&#232;re de Vitry pour l'envoi de tout son courrier en France et dans d'autres pays. A cette occasion, Vitry a non seulement profit&#233; des nouvelles litt&#233;raires contenues dans les lettres de Bayle mais il a cherch&#233; &#224; exploiter le r&#233;seau de Bayle au profit du p&#233;riodique j&#233;suite. Ainsi s'explique aussi que Bayle confie aux M&#233;moires de Tr&#233;voux diff&#233;rentes lettres sur la r&#233;ception de son Dictionnaire et une critique f&#233;roce des Essais de litt&#233;rature d'Anthelme Tricaud. Gr&#226;ce au sans-g&#234;ne du fantasque Vitry, nous apprenons que la correspondance d'un huguenot exil&#233; est diffus&#233;e dans toute l'Europe sans risque &#8211; et sans co&#251;t &#8211; par un &#233;minent j&#233;suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette information surprenante est recoup&#233;e par un constat concernant l'inventaire des lettres : des pans entiers de la correspondance de Bayle sont perdus. Manifestement on a &#233;cart&#233; du corpus des lettres que nous connaissons toutes celles de l'abb&#233; Jean-Paul Bignon, du P&#232;re de Vitry lui-m&#234;me, de l'influent j&#233;suite Louis Doucin, de Shaftesbury m&#234;me et d'autres membres de l'aristocratie anglaise. Sans doute, l'app&#226;t du gain a pu motiver ces retraits &#8211; que ne donnerait-on aujourd'hui pour l'ensemble des lettres &#233;chang&#233;es entre Bayle et Bignon, entre Bayle et Vitry... &#8211; mais aussi, semble-t-il, la discr&#233;tion politique a jou&#233; son r&#244;le. Les correspondants de Bayle en position de pouvoir ont fait jouer leur influence pour faire soustraire des lettres qui risquaient de les compromettre comme les complices du &#171; philosophe sceptique de Rotterdam &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant toute cette p&#233;riode, la vie intellectuelle et sociale de Bayle est intense. Il rencontre Shaftesbury &#224; Rotterdam et s'entretient souvent avec le Lord anglais, qui fr&#233;quente la biblioth&#232;que de Benjamin Furly. Le r&#233;cit de leur rencontre, tel qu'il est relay&#233; par le fils de Shaftesbury, se r&#233;v&#232;le assez fragile, mais nous apprenons qu'ils d&#238;nent souvent ensemble et s'entretiennent sans doute des m&#233;faits du z&#232;le religieux, que Shaftesbury ne tardera pas &#224; d&#233;noncer sous le nom d'&#171; enthousiasme &#187;. Bayle se d&#233;voue pour acqu&#233;rir dans les ventes aux ench&#232;res, pour le compte de Shaftesbury, les meilleures &#233;ditions de textes anciens. Ses lettres sont donc remplies de d&#233;tails bibliographiques et t&#233;moignent de l'attention qu'il porte &#224; la qualit&#233; des &#233;ditions et &#224; leur prix... Shaftesbury prend soin d'&#233;tablir la liste des livres acquis par l'interm&#233;diaire de Bayle, ce qui nous fournit des informations de tout premier ordre sur la constitution de la biblioth&#232;que &#8211; tr&#232;s riche &#8211; d'un Lord anglai, dont le catalogue sera &#233;tabli par la suite par le jeune socinien Paul Crell. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il maintient aussi ses contacts avec Pierre Coste, le traducteur de Locke. Il fait la connaissance de Pierre Des Maizeaux, qui, recommand&#233; par Minutoli, s'arr&#234;te un moment &#224; Rotterdam sur le chemin de Londres. Bayle le recommande aupr&#232;s de ses amis exil&#233;s et Des Maizeaux entre ainsi en contact avec tous les membres du cercle de Saint-Evremond : Pierre Silvestre, en premier lieu (avec qui il &#233;ditera les &#338;uvres m&#234;l&#233;es du grand &#233;picurien), Pierre Coste, Mo&#239;se Pujolas, Michel Le Vassor, Paul La Roque-Boyer, Nicolas Le F&#232;vre. C'est aussi le cercle d'Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, &#233;toile de la Cour de Saint-James, qui s'&#233;teint le 2 juillet 1699 &#224; Chelsea. Bayle engage une correspondance assez intense avec Pierre Des Maizeaux et le recommande aupr&#232;s de Shaftesbury, qui apporte son soutien au jeune homme de lettres. C'est ainsi que celui-ci p&#233;n&#232;tre dans tous les milieux londoniens &#8211; des huguenots exil&#233;s comme des libres penseurs et de la Royal Society &#8211; et aiguise son esprit philosophique (r&#233;futation de Leibniz) avant de se consacrer aux travaux d'&#233;dition (Saint-Evremond, Bayle) et de traduction (l'Essai de Shaftesbury et surtout le Dictionnaire de Bayle). Il rencontre sans doute aussi l'arch&#233;type du libertin qu'est Hadriaan Beverland, qui cherche en vain &#224; n&#233;gocier son retour de Londres aux Pays-Bas au prix d'une repentance qui sonne comme une parodie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but novembre 1700, Bayle se rend &#224; La Haye pour y &#234;tre re&#231;u avec beaucoup de distinction par la princesse Sophie, &#233;lectrice douairi&#232;re de Hanovre, et par sa fille, Sophie Charlotte, &#233;lectrice de Brandebourg, sur le point de devenir &#171; reine en Prusse &#187;. Elles sont toutes deux des lectrices de Leibniz aussi bien que de Bayle. Elles ont quitt&#233; Leibniz &#224; Berlin, o&#249; le grand philosophe met sur pied l'Acad&#233;mie des sciences tout en d&#233;fendant son &#171; Nouveau syst&#232;me de communication des substances &#187; dans un d&#233;bat avec John Toland et avec Jacob Heinrich Flemming &#224; L&#252;tzenburg. Tous trois enregistrent leurs r&#233;actions aux nouvelles objections de Bayle dans la deuxi&#232;me &#233;dition du Dictionnaire, &#224; l'article &#171; Rorarius &#187;. Toland r&#233;dige, en octobre-novembre 1702, des &#171; Remarques critiques sur le syst&#234;me de Monsr Leibnitz de l'harmonie pr&#233;etablie, o&#249; l'on recherche en passant pourquoi les syst&#234;mes metaphysiques des mathematiciens ont moins de clart&#233;, que ceux des autres &#187;, qui seront publi&#233;es en 1716 par Des Maizeaux, &#224; l'appui de sa propre r&#233;futation du &#171; Syst&#232;me &#187; de Leibniz, compos&#233;e dans les premiers mois de son s&#233;jour &#224; Londres et soumise &#224; Bayle d&#232;s cette &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles litt&#233;raires sont toujours aussi nombreuses. Tous les correspondants de Bayle suivent de pr&#232;s la bataille entre Bossuet et F&#233;nelon &#8211; le P&#232;re de Vitry se retirera chez F&#233;nelon en 1707 &#8211; et on mesure les forces de leurs appuis r&#233;ciproques : Bossuet contre F&#233;nelon, Louis XIV contre le pape Cl&#233;ment XI. Jacques Basnage publie enfin son &#339;uvre majeure dirig&#233;e contre Bossuet. Michel Le Vassor publie sa traduction des lettres de Francisco Vargas, conseiller juridique aupr&#232;s des ambassadeurs de Charles Quint au concile de Trente, et les lecteurs tombent d'accord que son t&#233;moignage confirme le r&#233;cit de Paolo Sarpi. Baluze pr&#233;pare l'&#233;dition des lettres des Hotman p&#232;re et fils ; Crenius publie avec son acribie habituelle une s&#233;rie interminable d'Animadversiones et d'Exercitationes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ois d'Usson de Bonrepaux est arriv&#233; &#224; La Haye comme ambassadeur d&#232;s le mois de janvier 1698 ; son entr&#233;e officielle a &#233;t&#233; retard&#233;e jusqu'au mois d'ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e. Il est accompagn&#233; de son neveu Jean-Louis d'Usson, marquis de Bonnac. Bayle conna&#238;t bien cette famille et n'h&#233;site pas &#224; s'adresser &#224; Bonrepaux pour prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts de ses cousins Brugui&#232;re : Gaston de Brugui&#232;re pourra rester &#224; l'&#238;le de R&#233; gr&#226;ce &#224; cette protection ; Bonrepaux est aussi incit&#233; &#224; prendre sous son aile les enfants de Naudis et s'adresse au cardinal de Noailles pour qu'il offre un emploi &#224; ces &#171; nouveaux convertis &#187;. Mais Bayle ne tarde pas &#224; apprendre du marquis de Bonnac que &#171; les anciens catholiques de Paris ne confieroient jamais l'education de leurs enfants &#224; des precepteurs nouveaux reunis &#224; moins que leur cur&#233; ou leur &#233;veque n'eust donn&#233; un certificat de la sinc&#233;rit&#233; avec laquelle ces precepteurs s'acquittoient de tous les devoirs d'un bon catholique &#187;. Bonrepaux confirme cette condition. Il s'informe aupr&#232;s de l'&#233;v&#234;que de Rieux sur le comportement des enfants de Naudis : &#171; on lui avoit repondu que ni le p&#232;re ni les enfants ne faisoient point leur devoir &#187;. Dans ces conditions, aucun espoir d'un poste de pr&#233;cepteur. Bonrepaux est dispos&#233; &#224; solliciter l'archev&#234;que de Paris, mais il ne peut gu&#232;re promettre qu'une place dans un &#233;tablissement pour nouveaux convertis, o&#249; les fils pourront poursuivre leurs &#233;tudes, ou bien une place dans l'administration des Finances. &#171; Mais il concluoit que pour les pouvoir recommander efficacement, il falloit pouvoir repondre de leur catholicit&#233;, et n'etre pas expos&#233; un jour &#224; des reproches l&#224; dessus. &#187; La solidarit&#233; r&#233;gionale se heurte aux effets du z&#232;le sous le r&#233;gime de la R&#233;vocation. La d&#233;marche de Bayle se solde donc par un &#233;chec et, d'ailleurs, la mission avort&#233;e de Bonrepaux lui-m&#234;me en tant qu'ambassadeur aboutit &#224; sa demande de revenir en France : il quitte La Haye le 9 d&#233;cembre 1699. Bayle perd un puissant protecteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est attentif &#224; l'arriv&#233;e des huguenots r&#233;fugi&#233;s aux Provinces-Unies et au Brandebourg : &#171; La d&#233;claration nouvelle, que le Roi a donn&#233;e, pour emp&#234;cher que ses sujets de la religion pr&#233;tendu&#235; r&#233;form&#233;e ne sortent de France, n'emp&#234;che pas qu'il n'en passe de grandes troupes tous les jours dans les pa&#239;s &#233;trangers, et qui veulent bien encourir les peines ; car il est difficile de pouvoir s'emp&#234;cher de suivre les mouvements de sa conscience. C'est une chose surprenante, que le conseil d'un si grand Roi ne voie point le mal que cela fait &#224; son royaume. &#187; Mais il est sensibilis&#233; aussi, en particulier par les lettres de Charles Ancillon, aux conflits entre les pasteurs huguenots &#233;tablis aux Refuges. Ancillon et Elie Benoist se heurtent &#224; Gabriel d'Artis ; Benoist affronte aussi Isaac Jaquelot : partout r&#232;gnent les m&#234;mes tensions que Jurieu fait na&#238;tre aux Provinces-Unies. N'ayant pas r&#233;ussi &#224; imposer sa doctrine de la tol&#233;rance des opinions religieuses, il peut constater avec amertume la rivalit&#233; des courants au sein de la communaut&#233; des r&#233;form&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, malgr&#233; l'&#233;puisement provoqu&#233; par la r&#233;daction de la deuxi&#232;me &#233;dition de son Dictionnaire, Bayle peut &#234;tre content : il a trouv&#233; la r&#233;ponse ad&#233;quate aux accusations incessantes de Jurieu et les Eclaircissements lui permettent de faire face aux questions du consistoire, car en d&#233;clarant qu'il &#171; captive son entendement &#224; l'ob&#233;issance de la foi &#187; &#8211; avec sinc&#233;rit&#233; ou par tactique &#8211; il d&#233;place le d&#233;bat du domaine de l'orthodoxie &#224; celui de la sinc&#233;rit&#233;. &#171; Dieu seul sonde les reins et les c&#339;urs. &#187; Il peut d&#233;sormais envisager tranquillement la r&#233;daction de sa derni&#232;re &#339;uvre philosophique la plus dense et la plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome XI : Lettres 1281-1405</title>
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		<dc:date>2013-11-14T11:59:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;Introduction du tome XI &lt;br class='autobr' /&gt;
Bayle continue &#224; recevoir les &#233;loges et les critiques du Dictionnaire historique et critique, dont la publication constitue un &#233;v&#233;nement capital dans l'histoire culturelle de l'&#233;poque. C'est que cet ouvrage monumental, qu'il corrige et d&#233;veloppe au cours des ann&#233;es 1697-1701 en vue de la deuxi&#232;me &#233;dition, touche &#224; toutes les disciplines intellectuelles et incarne la raison d'&#234;tre m&#234;me de la R&#233;publique des Lettres. En effet, dans l'esprit des citoyens de cet &#171; Etat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://bayle-correspondance.univ-st-etienne.fr/?-INTRODUCTIONS-" rel="directory"&gt;Introductions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction du tome XI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle continue &#224; recevoir les &#233;loges et les critiques du Dictionnaire historique et critique, dont la publication constitue un &#233;v&#233;nement capital dans l'histoire culturelle de l'&#233;poque. C'est que cet ouvrage monumental, qu'il corrige et d&#233;veloppe au cours des ann&#233;es 1697-1701 en vue de la deuxi&#232;me &#233;dition, touche &#224; toutes les disciplines intellectuelles et incarne la raison d'&#234;tre m&#234;me de la R&#233;publique des Lettres. En effet, dans l'esprit des citoyens de cet &#171; Etat extr&#234;mement libre &#187; o&#249; l'on ne reconna&#238;t &#171; que l'empire de la v&#233;rit&#233; et de la raison &#187;, toutes les disciplines convergent, communiquent, s'enrichissent les unes les autres et tendent toutes vers le m&#234;me id&#233;al du savoir. Certains, tels que Bayle lui-m&#234;me et Leibniz, parmi tant d'autres, s'int&#233;ressent &#224; tout. D'autres se passionnent pour un domaine privil&#233;gi&#233; de la connaissance historique, philosophique ou scientifique : les chronologistes comme Antoine Pagi et Enrico Noris ; les g&#233;n&#233;alogistes comme les d'Hozier p&#232;re et fils ; les numismates, comme Carcavi, Rainssant, Vaillant, Morel, l'abb&#233; Fran&#231;ois de Camps et le P&#232;re de La Chaize lui-m&#234;me, ou encore le duc d'Aumont et le marquis de Montjeu ; les sp&#233;cialistes de l'authentification des &#171; dipl&#244;mes &#187; anciens, comme Jean Mabillon et Etienne Baluze et tout le &#171; s&#233;minaire &#187; de Saint-Germain-des-Pr&#233;s ; les passionn&#233;s d'&#233;pigraphie, comme Jacob Spon, Gijsbert Kuiper, Enrico Noris, Antoine Galland, Jean-Baptiste Dubos, Vincent Minutoli, Charles Patin. D'autres s'engagent dans l'&#233;tude de l'histoire ancienne sous toutes ses formes, comme Kuiper, Gr&#230;vius, Gronovius, Magliabechi, Muratori. Le grand d&#233;bat sur les &#171; quatre Gordiens &#187;, lanc&#233; par Dubos, r&#233;fut&#233; par Galland et par Kuiper, est typique de l'effervescence de ce milieu. Jean Le Clerc leur propose une m&#233;thodologie sous forme d'Ars critica (1696). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'&#171; antiquarisme &#187; &#8211; ou l'&#171; arch&#233;ographie &#187;, telle que la concevait et pratiquait Jacob Spon &#8211; n'&#233;puise pas les ambitions intellectuelles et culturelles des citoyens de la R&#233;publique des Lettres, car ils s'int&#233;ressent et contribuent &#224; l'&#233;volution des sciences (Leibniz, Huygens, Fontenelle, Hartsoeker), des math&#233;matiques (Carcavi, Malebranche, Leibniz, Newton, Fatio de Duillier, le marquis de L'Hospital), de l'astronomie (Cassini, Fatio) ; ils suivent de pr&#232;s toutes les publications concernant la philosophie et la litt&#233;rature anciennes et modernes. Ils fr&#233;quentent les Acad&#233;mies et les salons qui les entourent, dont Valentin Conrart a fourni le mod&#232;le : Bayle a fr&#233;quent&#233; ceux d'Emeric Bigot &#224; Rouen, d'Henri Justel et de Gilles M&#233;nage &#224; Paris, et il retrouve ses amis dans un cercle semblable, &#171; De Lantaarn &#187;, &#224; Rotterdam, aussi bien que les intellectuels de passage &#8211; tels Algernon Sidney, William Penn, John Locke, John Toland, Lord Shaftesbury &#8211; chez Benjamin Furly. L'esprit de tels cercles s'exprime &#233;galement dans la vogue des ana : ainsi nous avons vu que le Dictionnaire de Bayle se fonde en partie sur la correspondance entre les anciens membres des &#171; mercuriales &#187; de M&#233;nage, qui ont collabor&#233;, sous la conduite d'Antoine Galland et de Herv&#233;-Simon de Valh&#233;bert, &#224; la publication des Menagiana. La communication de cette masse d'informations diverses est assur&#233;e par quelques &#171; secr&#233;taires &#187; tr&#232;s efficaces tels que ceux qui sont constamment en rapport avec Bayle : Claude Nicaise, Fran&#231;ois Pinsson des Riolles, Fran&#231;ois Jani&#231;on et son fils Jacques-Gaspard, Jean-Baptiste Dubos. Ils s'impatientent des d&#233;lais de la poste et se plaignent de ceux qui retiennent le courrier : &#171; C'est en effet un des plus honteux larcins ; [...] c'est faire le metier de voleur des grands chemins de la Republique des Lettres &#187; (Lettre 1389). &lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t le r&#244;le de la peregrinatio academica : nous avons assist&#233; au passage de B&#233;n&#233;dict Pictet et d'Antoine L&#233;ger aux Provinces-Unies ; Jean-Alphonse Turrettini suit le m&#234;me chemin entre 1691 et 1693 ; nous d&#233;couvrons &#233;galement, au cours des ann&#233;es 1697 et 1698, le r&#244;le jou&#233; par les pr&#233;cepteurs et gouverneurs &#8211; tels qu'Alexandre Cunningham (et son alter ego homonyme), en particulier &#8211; qui servent d'interm&#233;diaires entre Londres, Paris, Florence... La correspondance de Bayle permet de saisir non seulement la mat&#233;rialit&#233; des &#233;changes entre ces savants avides de nouvelles de toutes sortes, mais aussi l'esprit de ces &#233;changes, la passion du savoir et l'ambition de se rendre digne d'appartenir &#224; cette communaut&#233; id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au consistoire de l'Eglise wallonne de Rotterdam, la lecture du Dictionnaire suscite l'inqui&#233;tude et parfois l'indignation. En ao&#251;t 1697, l'abb&#233; Dubos envoie &#224; Bayle le Jugement de l'abb&#233; Eus&#232;be Renaudot sur le Dictionnaire, qui vise &#224; en interdire l'impression en France. Le mois suivant, Jurieu, tr&#232;s durement critiqu&#233; dans de nombreux articles du Dictionnaire, reprend le texte de Renaudot, qu'il fait publier avec un recueil de lettres critiques et quelques extraits &#233;logieux de Bayle, tir&#233;s des Nouvelles de la r&#233;publique des lettres, portant sur les &#233;crits de Jurieu... Bayle r&#233;pond aussit&#244;t par des R&#233;flexions sur un imprim&#233; qui a pour titre &#171; Jugement du public &#187;... Nouvelle guerre de pamphlets, donc, qui sert d'arri&#232;re-fond &#224; une nouvelle &#171; affaire Bayle &#187;. En effet, le 16 juin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s du consistoire de l'Eglise wallonne rendent compte du d&#233;roulement du synode de Berg op Zoom, qui s'est tenu le mois pr&#233;c&#233;dent, et signalent qu'ils ont &#233;t&#233; interrog&#233;s au sujet du Dictionnaire de Bayle, o&#249; les lecteurs ont relev&#233; des &#171; passages scandaleux &#187;. Ils sont pouss&#233;s &#224; agir : le 15 septembre 1697, les pasteurs Superville et Le Page pr&#233;sentent un r&#233;sum&#233; des extraits qu'ils ont tir&#233;s du Dictionnaire, et le consistoire nomme six commissaires pour les examiner. Le 3 novembre, ils rel&#232;vent des passages contenant &#171; des r&#233;flexions sales, des expressions et des questions peu honn&#234;tes, et quantit&#233; de citations obsc&#232;nes &#187; ; le 17 novembre, ils s'int&#233;ressent &#224; l'article &#171; David &#187; et constatent que &#171; le sieur Bayle fait en g&#233;n&#233;ral un portrait affreux de la conduite et du gouvernement de ce roi proph&#232;te, et qu'en particulier il traite plusieurs de ses actions d'une mani&#232;re indigne et scandaleuse &#187; ; le 1er d&#233;cembre, ils s'en prennent aux articles &#171; Manich&#233;ens &#187;, &#171; Marcionites &#187; et &#171; Pauliciens &#187;, se disant scandalis&#233;s que Bayle ait repris les arguments des manich&#233;ens et qu'il leur ait m&#234;me donn&#233; une force nouvelle en les dressant comme objections contre la doctrine des th&#233;ologiens protestants ; le 8 d&#233;cembre, ils examinent l'article &#171; Pyrrhon &#187; et y rel&#232;vent des passages scandaleux et dignes de bl&#226;me ; enfin, le 15 d&#233;cembre, ils &#233;tudient des passages de diff&#233;rents articles consacr&#233;s aux ath&#233;es et aux &#233;picuriens, nouvelles sources de scandale et de bl&#226;me. Jurieu verse de l'huile sur le feu. Bayle tergiverse, promet des corrections et s'achemine tout doucement &#8211; lorsque ses migraines le lui permettent &#8211; vers la composition des Eclaircissements, qui fermeront la bouche aux adversaires sans leur donner de v&#233;ritable satisfaction.&lt;br class='autobr' /&gt;
La publication par Bayle de R&#233;flexions o&#249; il r&#233;fute longuement les accusations du Jugement de son censeur d&#233;vot suscite un long commentaire de Mathieu Marais, qui voue un v&#233;ritable culte &#224; Bayle et qui s'empresse d'apporter &#8211; en soixante pages de r&#233;f&#233;rences &#8211; sa contribution au Dictionnaire. De son c&#244;t&#233;, Saint-Evremond intervient tr&#232;s bri&#232;vement mais avec beaucoup d'esprit dans la querelle en prenant la d&#233;fense de Bayle contre Renaudot. Par plusieurs interm&#233;diaires &#8211; Pierre Silvestre, Paul de La Roque-Boyer, Pierre Des Maizeaux, Hadriaan Beverland m&#234;me &#8211; Bayle est assez proche du milieu londonien de Saint-Evremond, dont il avait publi&#233; autrefois la Conversation du mar&#233;chal d'Hocquincourt avec le P&#232;re Canaye sur la foi aveugle ; mais de nombreuses lettres doivent s'&#234;tre perdues. Comme pour Fontenelle, nous ne pouvons que sp&#233;culer sur des relations intellectuelles intenses et f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette m&#234;me p&#233;riode, nous assistons aux n&#233;gociations de la paix de Ryswick et nous apprenons que Bayle les suit de pr&#232;s, mais sans illusion sur les retomb&#233;es possibles pour les huguenots r&#233;fugi&#233;s. Dans les coulisses des n&#233;gociations, il cherche sans doute &#224; contrer l'effet du Jugement de l'abb&#233; Eus&#232;be Renaudot, dont Jurieu a assur&#233; la diffusion aux Provinces-Unies et qui a entra&#238;n&#233; l'interdiction du Dictionnaire en France, mais il songe peut-&#234;tre aussi &#224; cultiver des appuis en Angleterre pour le cas o&#249; Jurieu lui rendrait la vie impossible &#224; Rotterdam. Ainsi, il est en contact personnel non seulement avec les pl&#233;nipotentiaires fran&#231;ais mais aussi avec certains des pl&#233;nipotentiaires britanniques, tels que Thomas Herbert, Lord Pembroke ; il prend soin d'envoyer un exemplaire de son Dictionnaire &#224; Sir William Trumbull et &#224; Robert Spencer, Lord Sunderland, et reste en relation avec Matthew Prior, qui assiste aux n&#233;gociations de Ryswick dans l'entourage d'Edward Villiers, Lord Jersey. C'est dans ce m&#234;me contexte qu'il fait la connaissance du j&#233;suite tr&#232;s influent Louis Doucin, dont le r&#244;le &#224; Ryswick consiste &#224; s'assurer qu'aucune concession ne soit faite aux huguenots exil&#233;s, et nous apprenons m&#234;me que c'est par l'interm&#233;diaire de Doucin que Bayle r&#233;ussit &#224; prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts de son cousin Gaston de Brugui&#232;re, de sorte que ce dernier puisse rester en garnison &#224; l'&#238;le de R&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le moment de l'arriv&#233;e de Fran&#231;ois d'Usson de Bonrepaux en tant qu'ambassadeur de la France &#224; La Haye, o&#249; Bayle lui rend aussit&#244;t visite, ainsi qu'&#224; son neveu, Jean-Louis d'Usson, marquis de Bonnac. Il obtient leur protection pour la famille de son cousin rest&#233; au Carla, Jean Brugui&#232;re de Naudis. Bonrepaux a jou&#233; un r&#244;le assez trouble en Angleterre apr&#232;s la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes, ayant &#233;t&#233; charg&#233; de semer le trouble parmi les huguenots exil&#233;s. Aux Provinces-Unies, il n'aura pas de grands motifs de satisfaction professionnelle, car son r&#244;le diplomatique est r&#233;duit au minimum : il est marginalis&#233; et demande assez rapidement &#8211; &#224; Torcy d'abord, au roi ensuite &#8211; la permission de se retirer en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre &#233;v&#233;nement majeur de cette p&#233;riode : la condamnation de Mme Guyon et de l'Explication des maximes des saints sur la vie int&#233;rieure de F&#233;nelon. Nous assistons de pr&#232;s &#224; la bataille entre F&#233;nelon et Bossuet par l'annonce des publications multiples des uns et des autres et par le commentaire assez d&#233;sinvolte de l'abb&#233; Dubos sur ce moment crucial de la querelle du qui&#233;tisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une rencontre m&#233;rite l'attention quoiqu'il n'en reste aucun t&#233;moignage s&#251;r : en marge des p&#233;rip&#233;ties de la lutte pour la couronne polonaise, le futur cardinal Melchior de Polignac est envoy&#233; &#224; Varsovie pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts du prince de Conti. Lors de son retour, d&#233;but 1698, il passe par Rotterdam et rencontre Bayle. Selon le r&#233;cit ult&#233;rieur de Polignac, il aurait entretenu le c&#233;l&#232;bre Bayle sur la nature de sa foi : &#171; Bayle &#233;luda la question par quelques vers de Lucr&#232;ce qui paraissoient n'y avoir qu'un rapport &#233;loign&#233;. Press&#233; de nouveau, il se contenta de r&#233;pondre qu'il &#233;toit bon protestant, ce qui ne signifioit pas davantage. Plus press&#233; encore, il r&#233;p&#233;ta avec une sorte d'impatience : &#8220;Oui, Monsieur, je suis bon protestant, et dans toute la force du mot ; car au fond de mon &#226;me, je proteste contre tout ce qui se dit et tout ce qui se fait&#8221; ; et cette d&#233;claration singuli&#232;re fut encore accompagn&#233;e d'un passage de Lucr&#232;ce, plus &#233;tendu et plus &#233;nergique que le premier. M. l'abb&#233; de Polignac, frapp&#233; du ton et des circonstances, se remit &#224; la lecture de Lucr&#232;ce ; il con&#231;ut que la r&#233;futation de son syst&#234;me seroit utile &#224; la religion, &#224; l'humanit&#233; m&#234;me, et il l'entreprit dans sa retraite. &#187; Le projet de l'Anti-Lucr&#232;ce est n&#233;... et le r&#233;cit de Polignac met en avant la notori&#233;t&#233; de Bayle, incarnation paradoxale du &#171; pyrrhonisme &#187; philosophique et du &#171; scepticisme &#187; religieux. Cette l&#233;gende &#8211; car c'est certainement une l&#233;gende &#8211; annonce les confusions qui marqueront les d&#233;bats sur les &#339;uvres de Bayle pendant trois si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome X. Lettres 1100-1280</title>
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		<dc:date>2013-11-14T11:48:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction du tome X &lt;br class='autobr' /&gt;
L'impression du Dictionnaire historique et critique va &#224; toute allure, au rythme de la composition des articles. Bayle r&#233;dige, v&#233;rifie les &#233;preuves et recherche en m&#234;me temps les informations n&#233;cessaires aux nouveaux articles ; il envoie ses questions aux membres de son r&#233;seau et leur soumet la premi&#232;re version des articles en cours ; il int&#232;gre les corrections. Il relit ce qui a &#233;t&#233; imprim&#233; et ne s'en satisfait pas. Il pr&#233;pare d&#233;j&#224; un &#171; suppl&#233;ment &#187;, qui sera (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://bayle-correspondance.univ-st-etienne.fr/?-INTRODUCTIONS-" rel="directory"&gt;Introductions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction du tome X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression du Dictionnaire historique et critique va &#224; toute allure, au rythme de la composition des articles. Bayle r&#233;dige, v&#233;rifie les &#233;preuves et recherche en m&#234;me temps les informations n&#233;cessaires aux nouveaux articles ; il envoie ses questions aux membres de son r&#233;seau et leur soumet la premi&#232;re version des articles en cours ; il int&#232;gre les corrections. Il relit ce qui a &#233;t&#233; imprim&#233; et ne s'en satisfait pas. Il pr&#233;pare d&#233;j&#224; un &#171; suppl&#233;ment &#187;, qui sera incorpor&#233; en fin de compte dans la deuxi&#232;me &#233;dition de 1702 : l'&#339;uvre, d&#233;j&#224; consid&#233;rable, doublera de volume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de l'impression, Reinier Leers, dont l'atelier est enti&#232;rement mobilis&#233; par cette entreprise, se rend compte qu'il n'a pas vu assez grand : le nombre d'exemplaires vendus d'avance l'incite &#224; reprendre l'impression des lettres A-O et &#224; augmenter le tirage des derni&#232;res lettres de l'alphabet. A cette date, il ne peut s'agir d'un nouveau tirage (ou d'une nouvelle &#171; &#233;mission &#187;) du d&#233;but de l'&#339;uvre car tous les articles A-0 durent &#234;tre recompos&#233;s : il existe donc bel et bien deux compositions de la &#171; premi&#232;re &#187; &#233;dition des lettres A-O sous la date de 1697, entre lesquelles des variantes ont surgi. Elles sont parfois substantielles et feront l'objet d'une &#233;tude ult&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre obstacle &#224; surmonter : Bayle aurait pr&#233;f&#233;r&#233; publier son &#339;uvre sans y mettre son nom. L'anonymat symbolisait parfaitement sa conception d'une &#339;uvre produite par la R&#233;publique des Lettres dont il &#233;tait la plume. Mais les fr&#232;res Huguetan s'y opposent en tant que repr&#233;sentants des imprimeurs d'Amsterdam : ils craignent une confusion entre le titre du dictionnaire de Bayle et celui du Grand Dictionnaire de Mor&#233;ri, dont ils ont l'intention de publier une nouvelle &#233;dition revue et corrig&#233;e. Leers se heurte &#224; leur refus et ne peut obtenir un privil&#232;ge. Bayle accepte enfin &#8211; pour la premi&#232;re fois &#8211; de mettre son nom &#224; l'une de ses &#339;uvres. Ce n'est pas sans embarras, car il avait refus&#233; de d&#233;dicacer le Dictionnaire &#224; Sir William Trumbull, secr&#233;taire d'Etat, protecteur de Pierre Silvestre et de Michel Le Vassor, sous pr&#233;texte que l'&#339;uvre serait publi&#233;e anonymement. Le m&#233;c&#232;ne anglais ne lui en tiendra pas rigueur &#8211; d'autant qu'il semble que Reinier Leers ait ins&#233;r&#233; une d&#233;dicace malgr&#233; tout dans l'exemplaire qu'il destinait au secr&#233;taire d'Etat britannique. Par ailleurs, Jean Le Clerc, sollicit&#233; par les imprimeurs d'une nouvelle &#233;dition du Mor&#233;ri, r&#233;siste &#224; la proposition d'y ins&#233;rer des informations tir&#233;es du Dictionnaire de Bayle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bayle continue &#224; faire appel &#224; son r&#233;seau. Outre les correspondants de toutes parts qui lui envoient des articles ponctuels &#8211; Maurits le Leu de Wilhem sur la famille des Huygens, Paul Falentin de La Rivi&#232;re et John Turner sur les trois fils Duncan, B&#233;n&#233;dict Pictet sur Jean Mestrezat, Jean-Robert Chouet sur Gabriel de Foigny, Michel Le Vassor sur Pierre Picaut &#8211; son r&#233;seau s'agrandit avec l'arriv&#233;e de Herv&#233;-Simon de Valh&#233;bert, l'ancien secr&#233;taire de Gilles M&#233;nage devenu biblioth&#233;caire de l'abb&#233; Jean-Paul Bignon : Valh&#233;bert s'int&#232;gre rapidement dans le cercle des anciens membres des &#171; mercuriales &#187; de M&#233;nage, qu'il conna&#238;t bien. Le fils de Fran&#231;ois Jani&#231;on, Jacques-Gaspard Janisson du Marsin (qui signe ainsi), se joint lui aussi au cercle &#233;troit des &#171; secr&#233;taires &#187; de la R&#233;publique des Lettres &#8211; avec Claude Nicaise, Fran&#231;ois Pinsson des Riolles et Jean-Baptiste Dubos &#8211; et il prend soin d'envoyer &#224; Jean-Alphonse Turrettini des extraits des lettres de Bayle. Plusieurs indices sugg&#232;rent des contacts plus ou moins directs entre Bayle et Jean Mabillon, Etienne Baluze, Jean-Paul Bignon et les animateurs des &#233;ditions ad usum Delphini, Andr&#233; Dacier et son &#233;pouse Anne Le F&#232;vre. A Gouda, son fid&#232;le ami Almeloveen lui fournit des r&#233;f&#233;rences utiles pour de nouveaux articles sur les po&#233;tesses latines et pr&#233;pare de son c&#244;t&#233; un ouvrage sur les femmes savantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Dictionnaire est achev&#233; d'imprimer le 24 octobre 1696 (sous la date de 1697). Bayle envoie des exemplaires &#224; ses amis et surmonte les difficult&#233;s de la diffusion en France avec l'aide de Jean Anisson et de Claude Le Peletier, contr&#244;leur des Finances, ou bien il emprunte la &#171; voie de Gen&#232;ve &#187;. Tous ses amis le f&#233;licitent et se r&#233;jouissent de se voir citer avec &#233;loge : on est frapp&#233; par la rapidit&#233; avec laquelle ils rep&#232;rent la mention de leur nom dans cette &#339;uvre immense. Ils ont conscience qu'ils acc&#232;dent ainsi &#224; l'immortalit&#233;. Jacques Du Rondel, au comble de la joie de se voir louer avec emphase &#224; l'article &#171; Epicure &#187;, propose quelques pistes obscures pour de futurs articles et quelques objections retorses aux argumentations sinueuses de Bayle, mais il faut attendre les lettres de Jean d'Oul&#232;s, de John Turner et de B&#233;n&#233;dict Pictet pour trouver des commentaires plus approfondis. Michel Le Vassor, surtout, donne une bonne id&#233;e de la r&#233;ception du Dictionnaire en Angleterre, o&#249; le public a parfaitement compris la position politique de l'auteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pouvoir arbitraire et l'ob&#233;&#239;ssance passive sont maintenant des choses fort decri&#233;es en Angleterre, et que le parti de la libert&#233; du peuple l'emporte, il y a des Anglois qui ont cr&#251; remarquer, que vous favorisiez trop ces deux sentimens, et ils ont voulu conclure que vous condamniez la derniere revolution. (Michel Le Vassor &#224; Pierre Bayle, le 3 mai 1697, Lettre 1252)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs anglais assimilent Bayle &#224; Hobbes sur ce plan : ils rejettent le pouvoir absolu et revendiquent le pacte social propos&#233; par Locke. Sur le plan religieux &#233;galement, la r&#233;action de Le Vassor est int&#233;ressante. Bayle lui a annonc&#233; son intention de se d&#233;fendre contre les objections th&#233;ologiques en recourant &#224; la foi &#171; aveugle &#187; &#8211; au &#171; fid&#233;isme &#187; dirions-nous aujourd'hui &#8211; qui caract&#233;rise les &#339;uvres de Jurieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ecrire, je me suis aper&#231;u que j'ai oubli&#233; de vous marquer une reflexion que j'ai faite sur le dessein que vous avez de vous defendre sur ce que l'on vous objecte touchant les difficultez contre les dogmes de religion par les principes de M. Jurieu que ses adversaires ont combattus. Permettez moi, Monsieur, de vous dire librement ma pens&#233;e comme votre serviteur et votre ami. Cela ne fera pas un bon effet dans le monde et l'on ne croira jamais que vous parliez sincerement en cette occasion. Car enfin un homme qui a de l'esprit et du discernement peut il gouter un principe d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut &#234;tre veritablement chr&#233;tien sans une espece d'enthousiasme ou de fanatisme ? En serez vous reduit &#224; recourir &#224; cette ridicule opinion de l'homme que vous combattez le plus ? (Michel Le Vassor &#224; Pierre Bayle, le 7 mai 1697, Lettre 1255)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vassor est horrifi&#233; et se lance dans une d&#233;claration de principe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; de la revelation se connoit par des raisons capables de persuader tout homme de bon sens ; et quand on est convaincu de la divinit&#233; des Ecritures on y peut trouver tout ce qu'il faut croire pour &#234;tre sauv&#233; en la lisant avec attention et avec docilit&#233;. J'avou&#235; que nous avons besoin dans l'une et l'autre occasion du secours du saint Esprit pour arr&#234;ter l'effort de nos passions, qui se soulevent contre une doctrine qui les condamne, sans cela elles pouroient faire illusion &#224; l'esprit en cette occasion. Il faut encore que Dieu arrete [ou] diminue l'impression que les objets sensibles font sur nous afin que nous soions plus capables de gouter les biens que J[&#233;sus-]C[hrist] nous promet et de craindre les maux dont il nous menace. Mais tout cela n'empeche pas qu'il ne soit vrai que nous sommes convaincus que Dieu s'est manifest&#233; et qu'il a revel&#233; certaines choses par des raisons solides et capables de persuader un homme qui cherche la verit&#233; de bonne foi. (Ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que Le Vassor n'a gu&#232;re saisi les fondements de la position de Bayle sur la nature de la foi, puisqu'il lui attribue une th&#233;ologie rationaliste qu'il a pr&#233;cis&#233;ment eu &#224; c&#339;ur de combattre dans le Dictionnaire. Mais Le Vassor ne l'entend pas de cette oreille, convaincu du caract&#232;re rationnel de la religion anglicane &#224; laquelle il vient de se convertir. En bon disciple de Locke, il veut que la religion chr&#233;tienne soit &#171; raisonnable &#187;, alors que Bayle sugg&#232;re dans l'article &#171; Pyrrhon &#187; et confirmera dans les Eclaircissements de 1702 que tout y est myst&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est la r&#233;action en France qui va mobiliser Bayle et son imprimeur Leers. Jean Anisson, directeur de l'imprimerie royale, demande au chancelier Louis Boucherat la permission de diffuser le Dictionnaire en France. L'ouvrage est pr&#233;alablement soumis &#224; un censeur, Eus&#232;be II Renaudot, qui pr&#233;sente un rapport tr&#232;s hostile. Sur la foi de ce rapport, le chancelier interdit l'entr&#233;e du Dictionnaire dans le royaume. A l'insu de son p&#232;re, Janisson du Marsin communique &#224; Bayle les dispositions tr&#232;s hostiles de l'abb&#233; Eus&#232;be Renaudot et, apr&#232;s un certain temps, Bayle prend connaissance du Jugement pr&#233;sent&#233; au chancelier. Avec Leers, il fait semblant de se r&#233;jouir que son &#339;uvre soit ainsi mise &#224; l'abri de contrefa&#231;ons lyonnaises, mais il se h&#226;te de r&#233;pondre &#224; Renaudot par des R&#233;flexions, qui sont devenues d'autant plus n&#233;cessaires que Jurieu a fait publier une nouvelle &#233;dition augment&#233;e du Jugement &#224; Rotterdam, accompagn&#233;e de commentaires hostiles, et s'acharne &#224; d&#233;noncer le Dictionnaire o&#249; il est si maltrait&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le moment o&#249; se n&#233;gocie la paix de Ryswick. Nous apprenons que Paul de Louvigny d'Orgemont soumet une d&#233;claration en faveur des huguenots pers&#233;cut&#233;s, mais il n'en sera tenu aucun compte. L'&#233;missaire de la Compagnie de J&#233;sus, Louis Doucin, assiste aux n&#233;gociations aux c&#244;t&#233;s des pl&#233;nipotentiaires et veille &#224; ce qu'aucune concession ne soit faite &#224; la &#171; R.P.R. &#187;. Par des documents d'archives, nous d&#233;tectons la pr&#233;sence de Bayle : il plaide &#8211; sans succ&#232;s &#8211; la cause de son Dictionnaire interdit. Il a recours &#224; Louis Doucin lui-m&#234;me pour prot&#233;ger la carri&#232;re de son cousin Gaston de Brugui&#232;re, nouveau converti et capitaine d'infanterie en garnison &#224; l'&#238;le de R&#233;. Il se rapproche des pl&#233;nipotentiaires anglais par l'interm&#233;diaire de Matthew Prior, po&#232;te et diplomate, membre de la Royal Society, secr&#233;taire des pl&#233;nipotentiaires anglais &#224; Ryswick, et il entre ainsi en relation avec Edward Villiers, earl de Jersey et beau-fr&#232;re de William Bentinck, Lord Portland lui-m&#234;me, Thomas Herbert, earl de Pembroke, et Sir Joseph Williamson. Le contact avec ces personnages importants est parfois direct : Lord Pembroke demande &#224; Bayle des nouvelles des traductions de Fran&#231;ois P&#233;tis de La Croix ; Matthew Prior sert d'interm&#233;diaire lorsque Bayle envoie un exemplaire de son Dictionnaire &#224; Robert Spencer, earl de Sunderland ; un certain Meredith &#8211; peut-&#234;tre Roger Meredyth, membre de la Royal Society &#8211; propose, de la part d'un aristocrate britannique inconnu, un poste de pr&#233;cepteur en Angleterre &#224; Bayle, pour le cas o&#249; il aurait besoin de se mettre &#224; l'abri. Charles Talbot, 1er duc de Shrewsbury, demande la d&#233;dicace du Dictionnaire ; Arnold Joost van Keppel, 1er earl d'Albemarle, offre sa protection, comme aussi John Sheffield, 1er duc de Buckingham. Par la suite, Bayle cultivera les bonnes gr&#226;ces de Charles Montagu, 1er earl de Halifax, et de Ralph Montagu, vicomte Monthermer, le gendre du duc de Marlborough, en faveur de Des Maizeaux. De son c&#244;t&#233;, Jean de Bayze, le cousin de Bayle, obtient la protection de Robert Molesworth, Ier vicomte Molesworth, rencontr&#233; certainement au cours des campagnes militaires en Irlande au service du roi Guillaume. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit que Bayle, sous l'effet des attaques de Jurieu, craint pour sa s&#251;ret&#233; &#224; Rotterdam et recherche des appuis influents. A travers le secr&#233;taire d'Etat Sir William Trumbull, il compte obtenir l'appui de Jacques Louis Cappel et du pastorat wallon aux Provinces-Unies. Gr&#226;ce au Dictionnaire et malgr&#233; les effets de la &#171; Glorieuse R&#233;volution &#187;, Bayle surmonte ainsi le handicap de son pass&#233; &#171; r&#233;publicain &#187; vis-&#224;-vis de Jurieu. Ni l'un ni l'autre n'en profitera, cependant, sur le plan des perspectives des r&#233;fugi&#233;s huguenots. Guillaume d'Orange avait obtenu leur soutien, mais tous leurs espoirs seront d&#233;&#231;us &#224; Ryswick en septembre 1697 : leur sort ne fait m&#234;me pas l'objet d'une n&#233;gociation sp&#233;cifique. Leur exil est d&#233;finitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
La notori&#233;t&#233; de Bayle le fait rechercher par tous les amateurs de Belles-Lettres qui font le Grand Tour. C'est ainsi qu'il re&#231;oit deux Anglais recommand&#233;s par Jean-Robert Chouet lors de leur passage &#224; Gen&#232;ve : Richard Mead, promis &#224; une brillante carri&#232;re comme m&#233;decin royal, sp&#233;cialiste des maladies contagieuses, et David Polhill, arri&#232;re-petit-fils d'Olivier Cromwell, petit-fils de Henry Ireton. Bayle continue &#233;galement &#224; fr&#233;quenter la biblioth&#232;que de Benjamin Furly, il suit les publications de John Toland et il entre en contact avec Pierre Coste, le traducteur de Locke et correspondant de Shaftesbury. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, on ne se f&#233;licite pas de l'emprisonnement de Daniel de Larroque au Ch&#226;telet le 25 novembre 1694 pour avoir publi&#233; un &#233;crit jug&#233; offensant &#224; l'&#233;gard de Louis XIV..., mais ce n'est pas sans plaisir que nous assistons &#224; son transfert au ch&#226;teau d'Angers et au ch&#226;teau de Saumur gr&#226;ce aux lettres d'Edouard de Vitry, membre de la Compagnie de J&#233;sus, r&#233;sident &#224; Caen d'abord &#8211; o&#249; il fait la connaissance d'Antoine Galland &#8211; et &#224; Nantes ensuite, o&#249; il enseigne les math&#233;matiques dans un coll&#232;ge j&#233;suite. C'est l'ami de c&#339;ur de Daniel de Larroque et il tient Bayle inform&#233; des conditions de son emprisonnement et enfin de sa lib&#233;ration gr&#226;ce &#224; l'intervention de Mme de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevraud. Les recherches de Christian Albertan nous r&#233;v&#232;lent la vie cach&#233;e d'Edouard de Vitry, qui ne prononcera ses v&#339;ux qu'en 1700 : il a acquis le fonds de la librairie de Claude Barbin ; il fait allusion &#224; un conflit obscur avec Reinier Leers et, par la suite, il jouera un r&#244;le capital dans la r&#233;daction des M&#233;moires de Tr&#233;voux : cette correspondance nous introduit ainsi dans les coulisses de la R&#233;publique des Lettres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles litt&#233;raires constituent toujours le pain quotidien du philosophe de Rotterdam. Il facilite les n&#233;gociations d'Etienne Baluze pour la publication de la correspondance des fr&#232;res Hotman. Il est inform&#233; par Dubos de la d&#233;couverte par Marc-Antoine Oudinet, successeur de Pierre Rainssant comme garde du Cabinet des m&#233;dailles du roi, d'un exemplaire de l'ouvrage de Nicolas Bergier, Histoire des grands chemins de l'empire romain, annot&#233; par l'auteur et il cherche &#224; faire copier ces notes &#224; l'intention de Christian Henning (Henninius), qui traduit l'ouvrage de Bergier en latin pour le Thesaurus de Gr&#230;vius. Il assiste &#224; l'entreprise de l'&#233;dition de la correspondance diplomatique de Francisco Vargas, en mission au concile de Trente, d&#233;couverte par Michel Le Vassor dans les archives du grand-p&#232;re de son protecteur William Trumbull. Il commente les premi&#232;res esquisses du commentaire par Jean Rou de l'Histoire d'Espagne de Mariana. Il sert d'interm&#233;diaire lorsque Louis Thomassin de Mazaugues envisage la publication de la correspondance de Peiresc. Il se tient au courant des publications de Nicolas Hartsoeker et du marquis de L'Hospital, se moque de celles de Jean Bernier, guette les r&#233;actions de Richard Simon apr&#232;s la publication de la traduction du Nouveau Testament par le P&#232;re j&#233;suite Dominique Bouhours. Il lit et appr&#233;cie les p&#233;riodiques de Gatien Courtilz de Sandras et de Jean Tronchin Dubreuil. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une p&#233;riode de querelles intenses. Celle que Bayle entretient avec Jurieu se poursuit dans le Dictionnaire : il ne manque pas une occasion de ridiculiser le &#171; proph&#232;te &#187; et de l'accabler de sarcasmes sur ses changements opportunistes de convictions. Ses amis regrettent parfois cet acharnement mais prennent son parti et plusieurs d'entre eux lancent des pol&#233;miques contre le th&#233;ologien, dont les affaires se g&#226;tent aux synodes des Eglises wallonnes. Henri Des Marets compare m&#234;me Jurieu &#8211; au moyen d'une formule que Henk J. de Jonge nous a permis de d&#233;chiffrer &#8211; &#224; Judas ! &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi l'&#233;poque d'une &#233;tape capitale dans la querelle du qui&#233;tisme : Dubos tient Bayle au courant de l'emprisonnement de Mme Guyon et de la condamnation de l'Explication des maximes des saints sur la vie int&#233;rieure de F&#233;nelon. On apprend &#233;galement la censure en Sorbonne, le 17 septembre 1696, de La Cit&#233; mystique de Dieu de Marie d'Agr&#233;da. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous assistons aussi &#224; la Querelle des Anciens des Modernes &#224; travers la publication par Perrault de ses Parall&#232;les et de ses Eloges, dont ceux de Pascal et d'Antoine Arnauld sont censur&#233;s. Bayle admire Boileau : il tient la Satire sur les femmes pour son chef-d'&#339;uvre et nous d&#233;couvrons dans sa correspondance une premi&#232;re version &#8211; copi&#233;e par Dubos &#8211; de l'Ep&#238;tre de Boileau &#224; son jardinier. Bayle est un Moderne, sans doute, mais qui appr&#233;cie &#233;norm&#233;ment les Anciens. Sur le plan philosophique, &#233;galement, il est toujours tent&#233; de ramener les probl&#233;matiques modernes &#224; leur formulation par les philosophes anciens, d'o&#249; l'importance qu'il accorde dans le Dictionnaire &#224; Epicure et &#224; Z&#233;non d'El&#233;e. Parmi les autres querelles en cours, citons celles de Dubos avec Antoine Galland et avec Gijsbert Kuiper sur les Gordiens, de Leidekker et de Quesnel sur le jans&#233;nisme aux Pays-Bas, de Perizonius et de Francius sur d'obscurs vers latins. Bayle prend connaissance des ouvrages apolog&#233;tiques contre Spinoza et montre son scepticisme &#224; l'&#233;gard des arguments de la th&#233;ologie rationaliste, qu'il s'agisse de ceux de Fran&#231;ois Lamy ou d'Isaac Jaquelot. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une &#233;poque de querelles et aussi d'&#171; affaires &#187; : celle de la &#171; baguette divinatoire &#187; de Jacques Aymar, celle de l'incorrigible Mlle de La Force, celle de Jean-Baptiste Santeuil, pris en grippe par les j&#233;suites &#224; cause de l'&#233;pitaphe &#233;logieuse qu'il a propos&#233;e pour le c&#339;ur d'Antoine Arnauld enterr&#233; &#224; Port-Royal des Champs. Bayle fait copier par Jani&#231;on dans la biblioth&#232;que de l'archev&#234;que de Reims, Charles-Maurice Le Tellier, les textes clefs de la querela infantium et de l'affaire de la pr&#233;s&#233;ance des cardinaux au Parlement de Paris ; il suit avec distance le proc&#232;s du duc de Luxembourg et cherche &#224; rem&#233;dier aux affaires financi&#232;res inextricables de Marie Brassard... &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet enchev&#234;trement complexe de r&#233;seaux, de correspondances et de textes qui constitue son monde, Bayle est au sommet de sa carri&#232;re. Il continue d'&#233;crire avec une intensit&#233; extraordinaire. Son Dictionnaire est enfin sorti et annonce d'&#226;pres conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome IX : lettres 902-1099</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;La bataille entre Bayle et Jurieu se poursuit au cours des ann&#233;es 1693-1696, apr&#232;s les moments dramatiques de la publication de l'Avis aux r&#233;fugi&#233;s, de la diffusion du &#171; projet de paix &#187; de Goudet et de la double mise en accusation par Jurieu. Devant le consistoire et devant les synodes, Bayle se d&#233;fend avec une curieuse d&#233;sinvolture &#8211; se contentant de mettre en &#233;vidence qu'on ne peut pas d&#233;montrer sa culpabilit&#233; &#8211; tandis que Jurieu multiplie les querelles avec Henri Basnage de Beauval, avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La bataille entre Bayle et Jurieu se poursuit au cours des ann&#233;es 1693-1696, apr&#232;s les moments dramatiques de la publication de l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;, de la diffusion du &#171; projet de paix &#187; de Goudet et de la double mise en accusation par Jurieu. Devant le consistoire et devant les synodes, Bayle se d&#233;fend avec une curieuse d&#233;sinvolture &#8211; se contentant de mettre en &#233;vidence qu'on ne peut pas d&#233;montrer sa culpabilit&#233; &#8211; tandis que Jurieu multiplie les querelles avec Henri Basnage de Beauval, avec Samuel Basnage de Flottemanville, avec Elie Saurin et avec Isaac Jaquelot. Bayle s'amuse alors &#224; diffuser des pamphlets mettant en cause la doctrine de Jurieu, qui &#171; ouvrirait le ciel &#224; tous les hommes &#187; et qui pr&#233;coniserait la &#171; haine du prochain &#187;. De son c&#244;t&#233;, Jurieu soumet au consistoire de l'Eglise hollandaise de Rotterdam des extraits des &lt;i&gt;Pens&#233;es diverses sur la com&#232;te&lt;/i&gt;, qui sont s&#233;v&#232;rement condamn&#233;s. Gr&#226;ce &#224; un changement des rapports de force au sein du &lt;i&gt;vroedschap&lt;/i&gt; (conseil municipal) de Rotterdam &#8211; changement favorable aux orangistes &#8211; Jurieu y fait condamner l'enseignement de Bayle, qui est destitu&#233; de sa chaire &#224; l'Ecole Illustre. Le philosophe est soutenu par le libraire-imprimeur Reinier Leers, qui l'encourage &#224; reprendre le travail sur le &lt;i&gt;Dictionnaire historique et critique&lt;/i&gt; : c'est d&#233;sormais dans les colonnes du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; qu'il poursuit sa bataille contre le z&#232;le du th&#233;ologien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1694, un incident attire l'attention : l'ancien oratorien Michel Le Vassor d&#233;barque &#224; Rotterdam. Il demande &#224; voir Pierre Bayle, loge quelque temps chez lui et fr&#233;quente Jacques Basnage et Pierre Jurieu. En octobre, il quitte Rotterdam pour La Haye et adresse de cette ville deux lettres &#224; Pasquier Quesnel. Fin 1694 ou d&#233;but 1695, il arrive en Angleterre, recommand&#233; par les r&#233;fugi&#233;s huguenots de Rotterdam aupr&#232;s de Gilbert Burnet, alors &#233;v&#234;que de Salisbury apr&#232;s avoir &#233;t&#233; l'aum&#244;nier de Guillaume III. Le Vassor se convertit &#224; l'anglicanisme, re&#231;oit une pension du roi Guillaume et, sous la protection de William Bentinck, Lord Portland, est nomm&#233; pr&#233;cepteur des enfants du duc de Gloucester. Il sera prot&#233;g&#233; &#233;galement par William Trumbull, secr&#233;taire d'Etat, et ne tardera pas, avec le soutien de Pierre Silvestre, &#224; demander pour son m&#233;c&#232;ne la d&#233;dicace du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Bayle. La rencontre de Bayle avec Le Vassor est l'occasion d'une lettre anonyme qui rapporte quasiment mot pour mot la conversation du scripteur avec Bayle dans une rue de Rotterdam : c'est un t&#233;moignage unique. On se souvient aussi que, lors de sa pol&#233;mique avec Jurieu, Bayle accusait son adversaire d'&#234;tre l'auteur d'un pamphlet politique hostile &#224; Louis XIV : &lt;i&gt;Soupirs de la France esclave, qui aspire apr&#232;s la libert&#233;&lt;/i&gt;. Or, la tradition critique rejette cette attribution, privil&#233;giant quelques indices qui peuvent laisser penser que Michel Le Vassor en est le v&#233;ritable auteur. Cet incident sera donc ici l'occasion d'un nouvel examen de cette question complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande pr&#233;occupation de Bayle, celle qui mange tout son temps et qui l'obs&#232;de jour et nuit, c'est la composition et la v&#233;rification des &#233;preuves du &lt;i&gt;Dictionnaire historique et critique&lt;/i&gt;. En mai 1692, Bayle a lanc&#233; publiquement le &lt;i&gt;Projet&lt;/i&gt; de son &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, qu'il r&#233;alise maintenant, en en modifiant consid&#233;rablement l'esprit et l'ambition, tout en respectant l'&#233;pist&#233;mologie de l'historiographie pr&#233;sent&#233;e dans la pr&#233;face du Projet &#8211; dont les principes sont expos&#233;s dans l'article &#171; Beaulieu &#187;, remarque F. On suit l'impression du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; quasiment page par page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le r&#233;v&#232;le incidemment Basnage de Beauval, Bayle exploite syst&#233;matiquement les &#171; recueils &#187; qu'il d&#233;tient et qu'il d&#233;veloppe depuis de longues ann&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de M. Bayle est fort avanc&#233;. J'en ay le 1er tome qui ne se d&#233;bite point. Ce sont ses recueils redigez sous cette forme. &#187; (Basnage de Beauval &#224; Jani&#231;on, le 22 d&#233;cembre 1695)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, depuis l'ann&#233;e 1672 (Lettre 29) au moins, Bayle enregistre des r&#233;f&#233;rences et des citations dans des cahiers (ou &#171; recueils &#187;) qui lui permettent d'assembler rapidement toutes les informations qu'il d&#233;tient sur un sujet donn&#233;. Il y est fait plusieurs fois allusion dans la correspondance. Mais, au moment de la r&#233;daction d&#233;finitive des articles du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, les &#171; recueils &#187; s'av&#232;rent parfois incomplets et Bayle doit avoir recours &#224; ses amis et &#224; leurs r&#233;seaux de correspondants. La pr&#233;paration du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; devient ainsi un champ privil&#233;gi&#233; pour l'&#233;tude des r&#233;seaux &#224; l'&#233;poque classique et un exemple &#233;clairant du passage de la correspondance &#224; l'ouvrage publi&#233;, car Bayle prend soin de reconna&#238;tre ses dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le premier cercle de ses amis fid&#232;les est mis &#224; contribution : Vincent Minutoli et Jacques Du Rondel fournissent, l'un des informations g&#233;n&#233;alogiques sur sa famille, tr&#232;s ancienne, l'autre des r&#233;f&#233;rences &#233;rudites sur l'Antiquit&#233;. A ceux-ci s'ajoute un ami n&#233;erlandais, Th&#233;odore Jansson van Almeloveen, qui r&#233;side &#224; Gouda et qui met sa tr&#232;s riche biblioth&#232;que &#224; la disposition de Bayle. Par la correspondance autour du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, nous apprenons un trait caract&#233;ristique de la vie sociale des r&#233;fugi&#233;s : on sait qu'en arrivant &#224; Rotterdam, Bayle a profit&#233; de la protection d'Adriaan Paets, qu'il d&#233;signe comme son &#171; patron &#187;. Apr&#232;s la mort de Paets, c'est Josua van Belle, seigneur de Waddinxveen, membre du conseil municipal, qui reprend ce m&#234;me r&#244;le. A Maastricht, nous apprenons par les lettres de Jacques Du Rondel, qu'Etienne Groulart a ce m&#234;me statut &#224; son &#233;gard et &#224; celui de Bayle : ils l'appellent tous deux leur &#171; patron &#187;. Or, l'&#233;laboration du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; conduit Bayle &#224; consacrer un article substantiel au personnage mythologique Achille et il puise ses informations dans un recueil que vient de publier son ami Charles Drelincourt, professeur de m&#233;decine &#224; Leyde. A la suite de cet article, il ins&#232;re un &#233;loge tr&#232;s emphatique de Drelincourt, si inappropri&#233; dans cet ouvrage que ses lecteurs protestent et que Bayle le retire de la deuxi&#232;me &#233;dition. Mais cet incident et la correspondance de Du Rondel avec Bayle nous permet de conclure que Charles Drelincourt est celui qu'ils d&#233;signent tous deux, sans jamais le nommer, comme &#171; notre patron de Leyde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le r&#233;seau parisien qui est le plus int&#233;ressant du point de vue du fonctionnement des r&#233;seaux de la R&#233;publique des Lettres. Depuis longtemps, Bayle est en rapport avec Fran&#231;ois Jani&#231;on, interm&#233;diaire clef dans les r&#233;seaux huguenots. Or, Jani&#231;on est en contact avec d'autres &#171; secr&#233;taires &#187; de la R&#233;publique des Lettres qui ont chacun leur propre r&#233;seau : Claude Nicaise, Fran&#231;ois Pinsson des Riolles, Jean-Baptiste Dubos, Jean-Alphonse Turrettini (pendant son s&#233;jour parisien) et Daniel de Larroque (avant son arrestation) sont en premi&#232;re ligne ; derri&#232;re eux, on sent la pr&#233;sence d'Etienne Baluze au Coll&#232;ge royal, d'Antoine Galland, l'orientaliste accompli, de Bernard de La Monnoye &#224; Dijon, de Jacob Le Duchat &#224; Metz, de l'abb&#233; Jean Gallois, directeur du &lt;i&gt;Journal des savants&lt;/i&gt;, d'Adrien Baillet, biblioth&#233;caire des Lamoignon, de Pierre Bonnet Bourdelot, le neveu du biblioth&#233;caire des Cond&#233;, de Charles Ren&#233; d'Hozier, g&#233;n&#233;alogiste et fils de g&#233;n&#233;alogiste, et des biblioth&#233;caires du coll&#232;ge des Quatre Nations (biblioth&#232;que Mazarine) Louis Picques, Pierre de Francastel et Antoine Lancelot. C'est une formidable &#233;quipe, dont la contribution au &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; va &#234;tre cruciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 1693, Bayle envoie un premier jet de ses articles &#224; Claude Nicaise ; le recueil manuscrit est communiqu&#233; &#224; Bernard de La Monnoye, qui adresse &#224; l'auteur ses remarques et ses ajouts. Bayle le remercie par l'interm&#233;diaire de Nicaise, respectant ainsi les &#171; droits &#187; de chacun selon son statut dans les r&#233;seaux imbriqu&#233;s de la R&#233;publique des Lettres et respectant &#233;galement l'&#233;conomie des r&#233;seaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous suis le plus oblig&#233; du monde, Monsieur, de la bont&#233; que vo[us] avez eu&#235; de me communiquer les belles, doctes, curieuses, et judicieuses remarques de Monsieur de La Monnoye ; je suis ravi de le con[n]oitre [par] cet endroit l&#224; ; je le conoissois sur le pied d'un excellent poete, couro[nn&#233;] de lauriers et des prix de l'Academie, mais je ne savois pas qu'il aima[st] avec autant de passion qu'il fait les recherches &#224; quoi je m'attache ; et [je] m'estime tres heureux d'etre du gout d'un homme de son merite et de sa reputation. &#187; (Bayle &#224; Nicaise pour Bernard de La Monnoye, le 27 avril 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle pose &#224; Fran&#231;ois Jani&#231;on une question sur une expression limousine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme Monsr Baluze est natif de la ville de Tul[l]e en Limousin je me suis adress&#233; &#224; lui pour l'eclaircissem[en]t du mot de &lt;i&gt;dinemandi&lt;/i&gt; que vous m'av&#233;s demand&#233;. &#187; (Fran&#231;ois Jani&#231;on &#224; Bayle, juillet-ao&#251;t 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jani&#231;on a donc recours &#224; Etienne Baluze, originaire du Limousin, et la r&#233;ponse reviendra &#224; Bayle par l'interm&#233;diaire de Jean-Alphonse Turrettini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis infiniment oblig&#233; &#224; l'illustre Monsieur Baluze du memoire qu'il vous a remis pour moi. Il prouve clairement que la famille du nom de Dine-matin est bonne et ancienne dans le Limousin ; j'avois demand&#233; &#224; Mr Janisson si les Limousins ap[p]ellent &lt;i&gt;dine-mandi&lt;/i&gt; en leur patois un homme qui dine de bon matin, ou s'ils l'ap[p]ellent &lt;i&gt;dine-maiti&lt;/i&gt;, comme nous faisons au Haut Languedoc. &#187; (Bayle &#224; Turrettini, le 1er octobre 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juin 1693, Bayle &#233;crit &#224; Minutoli :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voudrois avoir les deux &lt;i&gt;Vies&lt;/i&gt;, qui ont paru presque en m&#234;me tems du cardinal Ximenes : l'une, par Mr Fl&#233;chier, &#233;v&#234;que de N&#238;mes ; l'autre, par Mr de Marsolier, chanoine d'Us&#233;s, natif de Paris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit des ouvrages de Valentin Esprit Fl&#233;chier, &lt;i&gt;Histoire du cardinal Ximen&#233;s&lt;/i&gt; (Paris, 1693, 4&#176;), et de Jacques Marsollier, &lt;i&gt;Histoire du minist&#232;re du cardinal Ximen&#232;s&lt;/i&gt; (Toulouse 1693, 12&#176;). Or, Antoine Galland annon&#231;ait pr&#233;cis&#233;ment cette double publication de Fl&#233;chier et de Marsollier dans sa lettre &#224; Nicaise du 24 juin 1693 ; on comprend que Nicaise a fait suivre l'information &#224; Bayle, qui la relaie dans sa lettre &#224; Minutoli : on voit donc ici comment les nouvelles litt&#233;raires circulent d'un r&#233;seau &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs &#224; cause de ces relais multiples que nous avons eu acc&#232;s &#224; des lettres inconnues de Bayle &#224; Jani&#231;on &#8211; des lettres perdues r&#233;cemment retrouv&#233;es &#224; Gen&#232;ve par Maria-Cristina Pitassi sous forme de copies faites par Jani&#231;on &#224; l'intention de Jean-Alphonse Turrettini : un apport pr&#233;cieux &#224; notre &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 juin 1693, Bayle &#233;crit incidemment &#224; Pinsson des Riolles qu'on commencera &#224; imprimer son &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; &#171; dans un mois &#187;. Or, dans sa lettre &#224; Nicaise du 17 juillet 1693, Antoine Galland d&#233;clare : &#171; J'ai vu une lettre de Mr Baile qui marque qu'on devoit commencer l'impression de son &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; critique dans un mois. &#187; C'est certainement &#224; la lettre de Pinsson des Riolles qu'il fait allusion, car Galland et Pinsson &#233;taient en relation constante &#224; Paris, s'&#233;tant rencontr&#233;s aux &#171; mercuriales &#187; de M&#233;nage. Ainsi, par Pinsson et, indirectement, par Antoine Galland, Bayle puise aux ressources de toute l'&#233;quipe des &lt;i&gt;Menagiana&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous etes Monsieur un des contribuans &#224; l'ouvrage, et vous voulez bien qu'&#224; vous seul solidairement je fasse mes remercimens pour le plaisir que cette lecture m'a donn&#233;, et pour les particularitez singulieres que j'y trouve dont je me prevaudrai dans mon &lt;i&gt;Diction[n]aire critique&lt;/i&gt;. &#187; (Bayle &#224; Pinsson des Riolles, le 25 juin 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, &#224; Paris, un r&#233;seau efficace qui &#339;uvre au service du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Bayle et les r&#232;gles des r&#233;seaux sont ainsi mises en &#233;vidence : les paresseux, tel Johan de Witt, sont exclus (Bayle &#224; Nicaise, le 27 avril 1693). Les interm&#233;diaires ont le droit de profiter des nouvelles au passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mr Turretin vous pourra faire part des nouveautez litt&#233;raires que je lui marquerai, s'il m'en tombe quelqu'une en main avant que je cachete ma lettre. &#187; (Bayle &#224; Pinsson des Riolles, le 1er octobre 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette pratique, qui &#233;vite au scripteur de r&#233;diger plusieurs fois les m&#234;mes informations, exige une v&#233;ritable d&#233;ontologie de la communication. La confiance, la discr&#233;tion et la loyaut&#233; sont essentielles au fonctionnement du r&#233;seau et &#224; la sociabilit&#233; savante. Sur ce plan, Nicolas Thoynard commet une faute impardonnable et sera exclu du r&#233;seau de Nicaise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis en peine Monsieur d'un pacquet de lettres de Hollande, que Monsr Toinard m'a faict scavoir par un de mes amis de Paris m'avoir envoy&#233; &#224; Is sur Tille et qu'il croit avoir est&#233; perdu. Il ne se perd aucunes lettres par les courriers, et encor moins &#224; mon &#233;gard celles qui me sont adress&#233;es &#224; Is sur Tille que je croy encore plus seures que celles qu'on m'adresse &#224; Dijon ; parceque Monsieur Petit Jean maistre de la poste a un soin tres particulier de me les envoyer. J'avois faict affranchir chez luy un pacquet pour Paris, o&#249; il y avoit des lettres pour vous Monsieur[,] pour Mr Cuper, pour Mr Gr&#230;vius, pour Mr Le Clerc et pour Mr Basnage. Je me doute que c'estoient des r&#233;ponses &#224; ce pacquet [...] Voul&#233;s-vous, Monsr, que je vous dise entre nous mon sentiment avec libert&#233; sur ce pacquet[?] Je croy que Mr Toinard l'a ouvert et a retenu des lettres. Je scay sa curiosit&#233; et son envie sur ce chapitre[ :] ce n'est pas la 1ere fois qu'il en a ainsy us&#233; et qu'il a viol&#233; le droit des gens &#224; mon &#233;gard sans m'avoir voulu rendre les lettres. Je luy pardonnerois de bon c&#339;ur de les avoir ouvertes s'il me les avoit envoy&#233;es. Je vous prie de faire scavoir la perte de ce pacquet &#224; Monsr Cuper et &#224; Monsr Gr&#230;vius, / qui seront en peine de ne point recevoir de mes reponses, et de leur dire qu'ils ne m'adressent pas leurs lettres par Monsr Toinard : il n'i a qu'&#224; me les envoyer en droitture &#224; Dijon et les affranchir pour Paris, comme je fairai celles que je leurs &#233;cripts. &#187; (Nicaise &#224; Bayle, le 9 mai 1694)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres relations restent dans l'ombre. Quelques indices discrets permettent de constater que Bayle a rencontr&#233; Locke lors de son s&#233;jour &#224; Rotterdam, sans doute chez Benjamin Furly :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelqu'un travaille ici &#224; mettre en fran&#231;ois les &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt; que Mr Locke, l'un des plus profonds m&#233;taphysiciens de ce siecle, a publi&#233;es en anglois sur l'&#233;ducation. C'est un homme de beaucoup d'esprit. Je l'ai vu ici pendant le regne du roi Jaques ; la r&#233;volution le remena en Angleterre, o&#249; il est fort content. &#187; (Bayle &#224; Nicaise, le 17 septembre 1693)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son retour en Angleterre, le philosophe reste en correspondance avec Furly, qui lui donne parfois des nouvelles de Bayle ; &#224; celui-ci Furly peut, en &#233;change, relayer les informations qu'il glane dans les lettres de Locke. Or, Locke a un r&#233;seau de correspondants tr&#232;s &#233;tendu. A l'&#233;poque qui nous concerne (1693-1696), il entre en relation avec Pierre Coste ; il suit de pr&#232;s les mouvements de John Toland ; il r&#233;colte les commentaires de William Molyneux et d'autres sur son &lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt; et sur ses &lt;i&gt;Pens&#233;es sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt; ; il re&#231;oit les nouvelles de Nicaise, de Thoynard et de Dubos de Paris ; il &#233;change avec William Popple et avec Shaftesbury ses id&#233;es sur la tol&#233;rance ; il suit les publications de Jean Le Clerc et de Philippe van Limborch &#224; Amsterdam... Bayle est donc indirectement en contact avec le &#171; monde &#187; de Locke et de Lady Masham &#224; Oates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Jean Robethon &#8211; le pol&#233;miste qui soutient Jurieu dans sa bataille contre Bayle &#8211; est, depuis quelque temps d&#233;j&#224;, en correspondance avec Leibniz et c'est lui qui recommande au philosophe de Hanovre les ressources d'Henri Basnage de Beauval, le journaliste de l'&lt;i&gt;Histoire des ouvrages des savants&lt;/i&gt;, qui se tient bien inform&#233; par ses correspondants &#224; Londres (Shaftesbury, Des Maizeaux, Daniel de Larroque, Hans Sloane), &#224; Florence (Magliabechi) et &#224; Paris (Mathieu Marais, Janisson du Marsin, Louis Ellies du Pin, Nicolas Thoynard). De son c&#244;t&#233;, Nicaise met Leibniz en contact avec Pinsson des Riolles (Leibniz &#224; Nicaise du 28 mai 1697) et il sert d'interm&#233;diaire entre Leibniz et Huet. Une correspondance assez dense s'&#233;tablit ainsi entre Hanovre, La Haye, Paris et Londres, o&#249; sont relay&#233;es les informations que Basnage de Beauval tient de Bayle et que Bayle tient de ses r&#233;seaux parisien et genevois. A Deventer, Gijsbert Kuiper sert de relais pour les lettres de Nicaise &#224; Gr&#230;vius, Basnage de Beauval, Le Clerc, Bayle... Tout un enchev&#234;trement de r&#233;seaux permet ainsi aux nouvelles de circuler entre Paris, Bordeaux, Beauvais, Dijon, Rotterdam, Amsterdam, La Haye, Deventer, Londres, Salisbury, Hanovre, Berlin. Ces nouvelles apportent souvent des informations vitales pour la r&#233;daction du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, parfois m&#234;me des articles complets. Bayle signale scrupuleusement ses sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [ces informations g&#233;n&#233;alogiques sont] tir&#233;[es] d'une lettre que Mr Fr&#233;mont d'Ablancourt m'&#233;crivit le 14 d'avril 1693. &#187; (art. &#171; Perrot &#187;, rem. A).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cet &#233;claircissement m'a &#233;t&#233; communiqu&#233; par Mr de La Monnoie &#187; (&#171; Abelli (Antoine) &#187;, rem. A).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mr l'abb&#233; Baudrand m'a fait savoir que cette abbaye de Livri &#8220;est &#224; trois lieues de Paris, en allant vers Meaux, dans un petit quartier qu'on appelle l'Aulnoy, o&#249; il y a dix ou douze villages, et dont on ne sait plus les confins.&#8221; &#187; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les curieux ne me sauront pas mauvais gr&#233; de trouver ici un plus long &#233;claircissement touchant cette apologie [d'Epicure par Andr&#233; Arnaud]. J'en suis redevable &#224; l'obligeant et tr&#232;s-docte Mr Minutoly (pasteur et professeur &#224; Gen&#232;ve). Voici ce qu'il m'&#233;crivit au mois de novembre 1693 [...] &#187; (&#171; Epicure &#187;, rem. M, cit. 119).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceci, et la plupart des choses qu'on verra dans les remarques, ont &#233;t&#233; tir&#233;es d'un M&#233;moire que l'obligeant, savant et curieux autheur [Jacob Le Duchat] des Remarques sur la Confession catholique de Sancy, imprim&#233;es &#224; Amsterdam en l'ann&#233;e 1693, m'a communiqu&#233;. &#187; (&#171; Ferri (Paul) &#187;, (b)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mr Baluze, l'un de ces hommes rares qui sont nez pour le bien de la R&#233;publique des Lettres, et qui outre les productions dont ils l'enrichissent, se plaisent encore &#224; fournir aux autres auteurs toute sorte d'assistances, a eu la bont&#233; de m'envoyer ce qu'on va lire [&#8230; &#187; ](&#171; V&#233;rone &#187;, rem. A).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi dresser une liste compl&#232;te des correspondants qui ont contribu&#233; au &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; &#8211; &#224; la premi&#232;re et &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition &#8211; &#224; la suite des grands travaux de H.H.M. van Lieshout : cette liste figurera en appendice &#224; la date de la premi&#232;re publication du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, le 26 octobre 1696.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance de Bayle au cours des ann&#233;es 1693-1696 nous permet ainsi d'assister de tr&#232;s pr&#232;s &#224; la constitution d'un &#171; lieu intellectuel &#187; au XVIIe si&#232;cle qui se fonde sur les &#171; ruines &#187; des &lt;i&gt;mercuriales&lt;/i&gt; de M&#233;nage &#8211; c'est-&#224;-dire sur le cercle des anciens membres de son salon. C'est un lieu constitu&#233; par un agencement de &lt;i&gt;r&#233;seaux&lt;/i&gt; qui est une v&#233;ritable &lt;i&gt;configuration intellectuelle&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;constellation&lt;/i&gt;, caract&#233;ris&#233;e par un groupe de savants et d'&#233;rudits qui partagent une culture et une probl&#233;matique communes et qui &#339;uvrent &#224; l'avancement d'un projet philosophique. Il s'agit donc de l'&#233;laboration par une communaut&#233; de savants d'un objet embl&#233;matique du &#171; savoir &#187; historique : le &lt;i&gt;Dictionnaire historique et critique&lt;/i&gt;. Tous les correspondants qui collaborent au projet de publication du &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Bayle se con&#231;oivent comme membres de la R&#233;publique des Lettres : ils partagent une m&#234;me culture, respectent une m&#234;me d&#233;ontologie, s'imposant les r&#232;gles et les contraintes du partage du savoir. Le savoir en question &#233;tant essentiellement historique, il se fonde sur les t&#233;moignages propos&#233;s par Bayle lui-m&#234;me et par ses correspondants sous forme de citations et de r&#233;f&#233;rences bibliographiques : chacun apporte sa contribution, son t&#233;moignage glan&#233; dans les archives et dans les biblioth&#232;ques. Bayle les enregistre scrupuleusement, et la pr&#233;cision avec laquelle il signale l'apport de ses correspondants d&#233;montre avec transparence sa propre honn&#234;tet&#233; et pr&#233;cise le statut &#8211; de seconde main &#8211; de l'information qu'il ajoute. Sur ce plan, il importe donc que les t&#233;moins cit&#233;s jouissent d'un statut qui donne &#224; leur apport savant une certaine cr&#233;dibilit&#233; : en l'occurrence, la garantie sociale est mise en &#233;vidence par le fait que les correspondants sont proches des principales institutions du savoir : universit&#233;s, acad&#233;mies, Coll&#232;ge royal, biblioth&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit qui r&#232;gne dans cette pratique du partage culturel est celui d'un d&#233;bat critique permanent : une guerre des esprits, en quelque sorte, o&#249; chacun peut exprimer ses doutes, ses objections et apporter son contre-t&#233;moignage sous forme de nouvelles r&#233;f&#233;rences bibliographiques. Il s'agit d'&#233;rudition critique et non pas de compilation : il faut &#171; peser &#187; les t&#233;moignages. De m&#234;me, dans les articles philosophiques r&#232;gne un esprit de d&#233;bat permanent, symbolis&#233; par les renvois dans le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; d'un article &#224; l'autre : il y a d&#233;bat, controverse, contestation des id&#233;es, arguments oppos&#233;s (infiniment) les uns aux autres, mais &#8211; c'est le trait caract&#233;ristique essentiel &#8211; sans mise en cause des personnes. Autrement dit, sur le plan du savoir historique et philosophique, le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; constitue un mod&#232;le de d&#233;bat intellectuel selon les normes de la R&#233;publique des Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule exception &#224; cette r&#232;gle permet de mieux en appr&#233;cier la port&#233;e. En effet, Bayle ponctue de nombreux articles par des remarques tr&#232;s ironiques et critiques &#224; l'&#233;gard de Jurieu. C'est pr&#233;cis&#233;ment que Jurieu ne partage pas la culture commune des savants : il n'est pas un membre digne de la R&#233;publique des Lettres, parce qu'il aborde la contestation avec un esprit de &#171; z&#232;le &#187;. Le d&#233;bat d'id&#233;es &#8211; religieuses, philosophiques, politiques &#8211; est toujours, pour lui, pr&#233;texte &#224; une mise en accusation : mise en cause de ses confr&#232;res huguenots sur le plan religieux, mise en accusation de Bayle sur les plans religieux, philosophique et politique. Jurieu pratique en permanence l'argument &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt; ; comme en t&#233;moigne son ouvrage &lt;i&gt;L'Esprit de Mr Arnauld&lt;/i&gt;, il manie l'invective, s'attaquant non pas aux id&#233;es mais &#224; la personne. Il cherche ainsi &#224; mettre en &#339;uvre dans la R&#233;publique des Lettres l'esprit d'intol&#233;rance qui est le sien au sein de l'Eglise r&#233;form&#233;e. Bayle fait un portrait au vitriol du &#171; z&#233;lateur &#187; dans l'article &#171; Agrippa (Henri Corneille) &#187;, remarque Q, et lui r&#233;torque implicitement la formule prof&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;gard des dragons convertisseurs : &#171; vous d&#233;go&#251;tez un honn&#234;te homme d'avoir du z&#232;le, par le mauvais usage que vous faites du v&#244;tre, suppos&#233; que vous en aiez &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement &#224; l'Eglise, &#171; pays &#187; du z&#232;le religieux marqu&#233; par une division violente (Matthieu, 10, 34-37, et Luc, 12, 51-53), Bayle constitue le &lt;i&gt;Dictionnaire &lt;/i&gt; en monument embl&#233;matique de la &#171; guerre pacifique &#187; des esprits, c'est-&#224;-dire du d&#233;bat critique, permanent et polic&#233;, qui caract&#233;rise la R&#233;publique des Lettres, cet &#171; Etat extr&#234;mement libre &#187; o&#249; l'on ne reconna&#238;t &#171; que l'empire de la v&#233;rit&#233; et de la raison &#187; (art. &#171; Catius &#187;, rem. D). Le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; doit donc &#234;tre envisag&#233; comme le produit d'une collaboration savante, fruit du labeur d'une communaut&#233; d'&#233;rudits qui &#8211; suivant l'exemple &#171; diplomatique &#187; des mauristes autour de Jean Mabillon et de Bernard de Montfaucon &#224; Saint-Germain-des-Pr&#233;s &#8211; &#339;uvrent &#224; la construction de la certitude dans le domaine de l'historiographie : &#171; Il faut peu donner aux conjectures dans les mati&#233;res de fait : il vaut mieux attendre patiemment que l'on puisse recouvrer les pi&#233;ces justificatives. &#187; (&lt;i&gt;Projet&lt;/i&gt;, Pr&#233;face) ; &#171; Une v&#233;rit&#233; de fait [...] ne renverse-t-elle pas cent volumes de raisonnements sp&#233;culatifs ? &#187; (&lt;i&gt;DHC&lt;/i&gt;, art. &#171; Epicure &#187;, rem. D). Bayle a transform&#233; son projet initial de recueil des m&#233;prises de Mor&#233;ri en &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; o&#249; la chasse aux erreurs n'est qu'un pr&#233;alable &#224; la construction, non pas du doute pyrrhonien ni de l'&#233;vidence cart&#233;sienne, mais de la v&#233;rit&#233; de fait historique fond&#233;e sur la convergence de t&#233;moignages vraisemblables. Bayle et ses collaborateurs construisent ainsi le &#171; fait &#187; dans le domaine de l'histoire critique et lui donnent son statut &#233;pist&#233;mologique, scientifique et social, tout comme les b&#233;n&#233;dictins de Saint-Maur avaient construit les crit&#232;res de l'authentification des &#171; dipl&#244;mes &#187; de l'histoire savante et que les &lt;i&gt;fellows&lt;/i&gt; de la Royal Society autour de Robert Boyle avaient &#339;uvr&#233; &#224; la &#171; construction sociale &#187; du &#171; fait &#187; dans la science exp&#233;rimentale. Bayle participe ainsi &#224; sa fa&#231;on &#8211; anonyme &#8211; &#224; la grande aspiration &#224; la certitude qui hante la R&#233;publique des Lettres et des Sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome VIII : lettres 720-901</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;En 1689, dans le contexte politique international cr&#233;&#233; par le sac du Palatinat et par la Glorieuse R&#233;volution, Bayle entre dans l'&#232;re du soup&#231;on. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la R&#233;ponse d'un nouveau converti (dat&#233;e du 20 d&#233;cembre 1688), il publie, en avril 1690, l'Avis aux r&#233;fugi&#233;s, terrible pamphlet qui met en cause de fa&#231;on radicale les options politiques du &#171; parti &#187; des r&#233;fugi&#233;s huguenots aux Provinces-Unies. Cette mise en cause s'appuie sur une conception tr&#232;s ferme de l'autorit&#233; absolue du souverain et sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1689, dans le contexte politique international cr&#233;&#233; par le sac du Palatinat et par la Glorieuse R&#233;volution, Bayle entre dans l'&#232;re du soup&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la &lt;i&gt;R&#233;ponse d'un nouveau converti&lt;/i&gt; (dat&#233;e du 20 d&#233;cembre 1688), il publie, en avril 1690, l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;, terrible pamphlet qui met en cause de fa&#231;on radicale les options politiques du &#171; parti &#187; des r&#233;fugi&#233;s huguenots aux Provinces-Unies. Cette mise en cause s'appuie sur une conception tr&#232;s ferme de l'autorit&#233; absolue du souverain et sur une conception sans concessions de la soumission chr&#233;tienne &#224; la volont&#233; divine. Non seulement Bayle s'insurge contre la mise en sc&#232;ne par Jurieu de la politique de Guillaume III comme celle d'un nouveau David, d'un homme providentiel qui agit selon le c&#339;ur de Dieu, qui r&#233;alise Ses volont&#233;s et qui, du m&#234;me coup, ouvre la voie au retour des huguenots r&#233;fugi&#233;s en France, mais plus fondamentalement il d&#233;nonce toute alliance entre les Eglises et la politique. La religion a ses &#171; esp&#232;ces &#224; part &#187; ; elle ne doit pas, par d&#233;finition, se r&#233;duire &#224; un calcul d'int&#233;r&#234;t s&#233;culier ; la morale chr&#233;tienne est incompatible avec les ruses et les man&#339;uvres du &#171; monde &#187;. Or, la Glorieuse R&#233;volution a lev&#233; le voile sur la r&#233;alit&#233; des rapports de forces politiques qui d&#233;terminent la vie de toutes les Eglises. Tant qu'elles sont minoritaires, les eccl&#233;siastiques sont tol&#233;rants, tous pr&#234;chent la charit&#233; chr&#233;tienne, tous se soumettent &#224; l'autorit&#233; du souverain ; d&#232;s qu'elles deviennent majoritaires, le clerg&#233; s'arroge le droit de fouiller et de forcer les consciences, de pers&#233;cuter les dissidents, d'interdire toute contestation. L'Eglise r&#233;form&#233;e ne peut plus se targuer de sa diff&#233;rence, puisque celle-ci ne tenait qu'aux p&#233;rip&#233;ties des conditions historiques de sa vie minoritaire en France. La Glorieuse R&#233;volution a d&#233;montr&#233; que les r&#233;form&#233;s ne valent pas mieux que les catholiques sur ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Bayle d&#233;passe-t-elle, en 1690, la forte objection qu'il exprimait d&#233;j&#224; dans son pamphlet de 1685, lorsqu'il s'en prenait aux autorit&#233;s catholiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voudrais que vous entendissiez ceux qui n'ont d'autre religion que celle de l'&#233;quit&#233; naturelle. Ils regardent votre conduite comme un argument irrefutable, et lorsqu'ils remontent plus haut et qu'ils considerent les ravages et les violences sanguinaires que v&#244;tre religion catholique a commises pendant six ou sept cens ans par tout le monde, ils ne peuvent s'emp&#234;cher de dire que Dieu est trop bon essentiellement pour &#233;tre l'auteur d'une chose aussi pernicieuse que les religions positives, qu'il n'a r&#233;vel&#233; &#224; l'homme que le droit naturel, mais que des esprits ennemis de n&#244;tre r&#233;pos sont venus de nuit semer la zizanie dans le champ de la r&#233;ligion naturelle, par l'&#233;tablissement de certains cultes particuliers, qui savoient bien qui seroient une semence &#233;ternelle de guer[r]es, de carnages et d'injustices. Ces bl&#226;femes font horreur &#224; la conscience ; mais v&#244;tre Eglise en r&#233;pondra devant Dieu, puisque son esprit, ses maximes et sa conduite les excitent dans l'ame de ces gens-l&#224;. &#187; (&lt;i&gt;Ce que c'est que la France toute catholique sous le r&#232;gne de Louis le Grand&lt;/i&gt;, &#233;d. E. Labrousse, p.36-37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle d&#233;non&#231;ait depuis longtemps &#171; l'esprit de pers&#233;cution qui a fait tant de ravages, et qui finalement a converti le christianisme en Eglise romaine, c'est-&#224;-dire en Eglise meurtri&#232;re et menteuse &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p.61) ; il d&#233;non&#231;ait chez les catholiques &#171; une si furieuse disproportion de l'esprit du christianisme &#187; (p.71), ce &#171; z&#232;le &#187; qui &#171; fait faire tant de choses contraires aux id&#233;es de l'&#233;quit&#233; &#187; (p.77), contraires &#224; &#171; cette charit&#233; g&#233;n&#233;ralle que nous devons &#224; tous les hommes, par les devoirs indispensables de l'humanit&#233; &#187; (p.72). La mise en &#233;vidence par la Glorieuse R&#233;volution du v&#233;ritable esprit du &#171; parti &#187; huguenot n'est-elle, apr&#232;s tout, qu'un nouveau &#171; triomfe [...] pour ceux qui disent, que Dieu ne nous a point r&#233;vel&#233; d'autre religion que la lumiere naturelle, qui ne manqueroit pas de nous montrer s&#251;rement l'&#233;quit&#233; et l'honn&#234;tet&#233;, et notre devoir envers Dieu et le prochain, si nous ne l'obscurcissions pas par tant de cultes et par tant de dogmes, dont un Etre ennemi, sans doute, de n&#244;tre r&#233;pos, disent-ils, nous a subtilement et imperceptiblement coiffez &#187; (p.61-62) ? Ou bien s'agit-il d'une crise plus profonde : d'une rupture non seulement avec toutes les Eglises &#233;tablies, mais avec la foi m&#234;me, d'un &#233;c&#339;urement qui l'&#233;loigne non seulement des institutions mais aussi de la foi qu'elles professent ? Ce d&#233;bat est encore ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle commet une nouvelle imprudence. Il fait copier, &#224; la demande de Vincent Minutoli, un projet de paix en Europe, r&#233;dig&#233; par un commer&#231;ant genevois nomm&#233; Goudet, et le communique &#224; diff&#233;rentes personnalit&#233;s politiques. Jurieu d&#233;couvre avec indignation cet &#233;crit. Il le met en rapport avec l'&lt;i&gt;Avis&lt;/i&gt; et, avec un instinct accusateur dont on ne peut qu'admirer la pr&#233;cision, se tourne vers Bayle. Violemment d&#233;nonc&#233; comme un tra&#238;tre &#224; l'Etat et &#224; sa confession, Bayle se d&#233;fend vigoureusement. C'est une v&#233;ritable explosion de pamphlets d'un c&#244;t&#233; et de l'autre. Jurieu s'en prend &#224; tous ceux qui n'&#233;pousent pas ses convictions politiques et religieuses : les pol&#233;miques se multiplient autour du fougueux th&#233;ologien, qui a maille &#224; partir avec La Conseill&#232;re, Basnage de Beauval, Jaquelot, Le Gendre, Basnage de Flottemanville, Elie Saurin, No&#235;l Aubert de Vers&#233;, et se trouve lui-m&#234;me mis en cause devant le consistoire de Rotterdam et au synode des Eglises wallonnes. Jurieu &#233;labore sa d&#233;fense et change de tactique d'un synode et d'un consistoire &#224; l'autre. Il m&#232;ne une v&#233;ritable campagne contre son ancien prot&#233;g&#233;, qui incarne d&#233;sormais, &#224; ses yeux, et la trahison politique, la &#171; complicit&#233; &#187; avec la cour de France, et l'h&#233;r&#233;sie religieuse, la tentation du socinianisme conduisant tout droit au d&#233;isme et &#224; l'ath&#233;isme. Il va jusqu'&#224; faire d&#233;rober une lettre de Bayle, esp&#233;rant p&#233;n&#233;trer dans le secret de ses intentions et de ses arri&#232;re-pens&#233;es. Et il invoque le t&#233;moignage de Jacques Sartre, qui lui fournit un r&#233;cit fort partial de la conversion de Bayle au catholicisme et de son s&#233;jour &#224; Toulouse chez les j&#233;suites. Cet harc&#232;lement n'atteint pas cependant son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces affaires sont &#233;voqu&#233;es dans la correspondance et trouvent &#233;galement &#233;cho dans les actes du consistoire de l'Eglise wallonne de Rotterdam, dont nous reproduisons les passages pertinents en appendice. Les d&#233;lib&#233;rations du consistoire traduisent le d&#233;sarroi et la d&#233;tresse de la communaut&#233; wallonne, incapable d'imposer la paix &#8211; ou du moins le silence &#8211; &#224; ses deux membres les plus &#233;minents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle se d&#233;fend en invoquant sa distraction et son indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard du projet de paix, qui lui para&#238;t, assure-t-il, ridicule. Or, il constitue, aux yeux de son adversaire, un v&#233;ritable programme europ&#233;en rival de la politique de Guillaume III. En effet, selon la perspective des orangistes, toute contestation du bien-fond&#233; de la Glorieuse R&#233;volution implique une option politique d'alliance objective avec Louis XIV ; de m&#234;me que, pour les autorit&#233;s fran&#231;aises, tout obstacle au pouvoir absolu du Roi constitue un geste favorable &#224; l'ennemi habsbourgeois. Dans ce contexte europ&#233;en, qui constitue un v&#233;ritable champ de mines pour les huguenots r&#233;fugi&#233;s, Bayle est conscient des enjeux mais il semble prendre progressivement conscience que les options politiques du parti &#171; r&#233;publicain &#187; &#8211; celles de son ancien patron Adriaan Paets, qui avait &#339;uvr&#233; pour r&#233;tablir l'alliance entre les Pays-Bas et la France &#8211; sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. En ce sens, l'&lt;i&gt;Avis&lt;/i&gt; est un acte de d&#233;sespoir, le geste d'un huguenot qui a compris que les r&#233;fugi&#233;s ont d&#233;finitivement perdu la partie, qu'ils ne pourront plus jamais retourner en France. Or, ce geste d&#233;sabus&#233; l'isole &#8211; intellectuellement, int&#233;rieurement &#8211; dans sa propre communaut&#233;. Il ne semble pas prendre la mesure de cet isolement dans l'imm&#233;diat, tout au combat contre le d&#233;test&#233; &#171; Orkius &#187; : il se contente de d&#233;montrer que les arguments all&#233;gu&#233;s pour lui attribuer l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; sont l&#233;gers et vuln&#233;rables sur le plan logique et historique ; il multiplie les ruses pour contrer ces accusations et pour d&#233;noncer la mauvaise foi de ses adversaires sans leur faire face directement par un d&#233;menti cat&#233;gorique. Il se contente d'arguments &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt;, laborieusement &#233;num&#233;r&#233;s et r&#233;p&#233;t&#233;s d'un pamphlet &#224; l'autre. Que ce soit sous l'effet des accusations retentissantes de Jurieu ou sous celui de la faible &#8211; mais virulente &#8211; d&#233;fense de Bayle, en peu de temps les huguenots r&#233;fugi&#233;s et les observateurs r&#233;form&#233;s savent qu'il a, en effet, recopi&#233; un programme politique hostile &#224; la strat&#233;gie de Guillaume III et ils sont convaincus qu'il est l'auteur du terrible &lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;. Sur cette conjoncture p&#233;nible, nous avons le commentaire d'observateurs attentifs et int&#233;ress&#233;s : Louis Tronchin, Jean-Robert Chouet, Jean-Fr&#233;d&#233;ric Ostervald, Barth&#233;lemy Franconis, B&#233;n&#233;dict Pictet disent leurs impressions sur une querelle dont toute la R&#233;publique des Lettres est le t&#233;moin. Bien des aspects de cette affaire restent myst&#233;rieux. Nous savons fort peu de chose &#8211; au-del&#224; des &#233;lucubrations ult&#233;rieures de l'abb&#233; Desfontaines (Lettre 750) &#8211; des lettres &#233;chang&#233;es entre Bayle et Pellisson, entre Bayle et Larroque. Bayle fait &#233;tat des r&#233;futations de l'&lt;i&gt;Avis&lt;/i&gt; &#8211; par G&#233;d&#233;on Huet, Jacques Abbadie, Isaac de Larrey et Elie Merlat &#8211; mais il garde le secret sur son propre r&#244;le. D&#233;sormais, il est isol&#233; sur le plan politique et religieux ; il ne peut s'expliquer sinc&#232;rement sur ces diff&#233;rents plans, m&#234;me avec ses meilleurs amis. A son cousin, Gaston de Brugui&#232;re, il fait la confidence de son d&#233;senchantement et de la conscience qu'il a prise de sa position paradoxale au sein de la communaut&#233; des huguenots r&#233;fugi&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fond je me soucie peu de cette reconciliation [avec Jurieu] ; c'est un homme qui est desormais le mepris et l'horreur des personnes les plus eclair&#233;es, et son parti ne se soutient que par le peuple des refugiez. &#187; (Lettre 844)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans sa correspondance avec un des &#171; secr&#233;taires &#187; de la R&#233;publique des Lettres, l'abb&#233; Claude Nicaise, il semble prendre ses distances par rapport &#224; sa querelle avec Jurieu, cependant sans pouvoir s'abstenir d'apporter le d&#233;menti &#224; chaque nouveau pamphlet du fougueux th&#233;ologien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &lt;i&gt;Cabale chimerique&lt;/i&gt; ne vaut pas la peine d'etre mentionn&#233;e dans le &lt;i&gt;Journal des scavans&lt;/i&gt;, c'est une production de procez informe ; la 2e edition est plus souffrable, mais tous les ecrits qu'il a fal[l]u faire l&#224; dessus, ne roulant que sur des differens personels, et sur des faits de peu d'importance, ne sont que barbouillage de papier &#224; quoi le public prend peu d'interet. &#187; (Lettre 847)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces ann&#233;es, Bayle pr&#233;pare le &lt;i&gt;Projet d'un dictionnaire critique&lt;/i&gt;, dont certains traits risquent de le trahir comme auteur de l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; : la &lt;i&gt;Dissertation sur les libelles diffamatoires&lt;/i&gt; et l'article consacr&#233; au pseudonyme d'Etienne Junius Brutus et &#224; ses &lt;i&gt;Vindici&#230; contra tyrannos&lt;/i&gt; constituent, en effet, des indices compromettants, comme Jurieu le rel&#232;vera rapidement. De plus, Bayle ne peut pas s'emp&#234;cher d'ins&#233;rer dans les esquisses d'articles de petites remarques piquantes &#224; l'&#233;gard de Jurieu. Il sait qu'il devrait renoncer &#224; ces traits d'humour pol&#233;mique, mais il les maintient et, plus tard, il les multipliera dans le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; d&#233;finitif. C'est un trait de temp&#233;rament qu'il tente de justifier par une tactique de controversiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant aux petits coups de fouet qu'il [Jurieu] a eus dans le &lt;i&gt;Projet du dictionaire&lt;/i&gt;, j'avou&#235; que tous les lecteurs autant que j'ai pu decouvrir, les ont trouvez mal placez, et je ne saurois disconvenir qu'il n'eut mieux valu que cet ouvra[ge] eust et&#233; exempt de ces petites hostilitez. Contre tout autre ad[versai]re je les aurois evit&#233;es avec soin, mais c'est un homme qui semble etre d'une espece toute particuliere, et qui fait exception &#224; tout engagement d'honnetet&#233; ; il tire avantage principalement lui et ses creatures de ce qu'on ne lui repond pas vertement ; il en prend matiere d'insultes, c'est pourquoi j'ai cru qu'il faloit le traitter comme &#224; coups de fourche. &#187; (Lettre 887)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle se d&#233;couvre dans tous les sens du terme dans cette interminable pol&#233;mique. Enfin, sa lettre malencontreusement adress&#233;e &#224; Jacob van Zuylen van Nijevelt, un partisan &#233;minent de la politique orangiste, annonce sa destitution de la chaire d'Histoire et de Philosophie &#224; l'Ecole Illustre de Rotterdam. C'est un tournant capital dans la carri&#232;re de Bayle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi un moment intense et complexe de son &#233;volution intellectuelle, politique et sociale. Certains de ses correspondants sont devenus des acteurs politiques d'importance : Gilbert Burnet a suivi Guillaume III en Angleterre et a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233; par l'&#233;v&#234;ch&#233; de Salisbury ; Alexandre Cunningham est devenu un diplomate &#233;minent ; Fran&#231;ois d'Usson de Bonrepaux &#8211; membre d'une famille proche des Bayle au Pays de Foix &#8211; est devenu le bras droit du secr&#233;taire d'Etat aux affaires &#233;trang&#232;res. Au m&#234;me moment, les &#233;v&#233;nements et les d&#233;cisions politiques font l'objet de commentaires critiques dans de nouveaux p&#233;riodiques lanc&#233;s par des r&#233;fugi&#233;s et par des transfuges : le journalisme politique se r&#233;veille sous l'influence de Gatien Courtilz de Sandras, de Jean Tronchin Dubreuil, de Claude Jordan et de Jacques Bernard, et la propagande de la &lt;i&gt;Gazette &lt;/i&gt; est syst&#233;matiquement contr&#233;e par leurs analyses. Sur le terrain du Refuge, Bayle continue &#224; servir d'interm&#233;diaire pour les r&#233;fugi&#233;s qui cherchent un abri : Jean de Bayze, son cousin, M. Dartemont, de Saverdun, les fr&#232;res Le Gendre, Abel Boyer, R&#233;mi Oudin, Daniel Chamier et Michel Le Vassor entrent en contact avec lui &#224; Rotterdam en route les uns pour l'Angleterre, les autres pour le Brandebourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les contacts intellectuels et les lectures se multiplient : nous assistons &#224; la pr&#233;paration des derniers ouvrages de M&#233;nage, peu avant sa mort ; Emeric Bigot, qui avait introduit Bayle aupr&#232;s de M&#233;nage, meurt lui aussi ; par l'interm&#233;diaire de Jani&#231;on, Bayle entre en contact avec Etienne Baluze et reste en relation avec Nicaise ; lors du passage de Jean-Alphonse Turrettini &#224; Rotterdam, au cours de sa &lt;i&gt;peregrinatio academica&lt;/i&gt;, Bayle peut s'entretenir avec le jeune th&#233;ologien. Le rythme de sa correspondance s'acc&#233;l&#232;re au moment o&#249; il commence &#224; r&#233;diger son &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, car il a besoin de quantit&#233; de petites informations pour tel ou tel article. Outre mille et une allusions &#224; des personnes et &#224; des ouvrages importants : Spener, Labadie, Mayer et son &lt;i&gt;Trait&#233; des trois imposteurs&lt;/i&gt;, Antoine Arnauld toujours en exil &#224; Bruxelles, son pamphlet virulent contre Guillaume III, l'affaire du &#171; faux Arnauld &#187; de Douai, Adrien Baillet, Perizonius, Leickher, Colomi&#232;s, Placcius, Deckherr, Balthazar Bekker... et, enfin, les savants et les philosophes : Leibniz, Huygens, Malebranche, il &#233;crit m&#234;me &#224; son cousin pour s'informer du Tabe, un mont pyr&#233;n&#233;en visible du Carla : en effet, il a pr&#233;vu un article &#171; Auri&#232;ge &#187;. D'autres lettres t&#233;moignent de la r&#233;daction en cours des articles &#171; Balzac &#187; et &#171; Morus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre affaire occupe la correspondance entre Bayle et Minutoli. On sait qu'en 1686 les vaudois ont &#233;t&#233; expuls&#233;s du Pi&#233;mont par le duc de Savoie &#224; la demande de Louis XIV. En 1689, Victor-Am&#233;d&#233;e II renverse son alliance avec la France et se lie avec Guillaume III, le nouveau roi d'Angleterre. Les vaudois, conduits par Henri Arnaud, retournent dans leurs vall&#233;es au cours d'une exp&#233;dition qui re&#231;oit le nom de &#171; Glorieuse Rentr&#233;e &#187;. Paul Reynaudin les accompagne et enregistre les &#233;v&#233;nements militaires dans son journal. Le 6 novembre 1689, les vaudois se nichent dans les grottes de l'Aiguille de Giaussarand et doivent s'enfuir de peur d'&#234;tre cern&#233;s par les dragons du mar&#233;chal Nicolas de Catinat. Dans la h&#226;te de cette retraite, Reynaudin perd son journal, qui est retrouv&#233; le lendemain par un officier des troupes savoyardes ; celui-ci le prend pour le journal d'Henri Arnaud lui-m&#234;me et le fait porter &#224; la cour de Turin. De l&#224;, comme le raconte Henri Arnaud, il est envoy&#233; &#224; &#171; un homme de lettres de Gen&#232;ve &#187;. Or, les lettres que Minutoli adresse &#224; Bayle sont remplies des nouvelles de la &#171; Glorieuse Rentr&#233;e &#187; des vaudois ; il donne le d&#233;tail des &#233;v&#233;nements militaires et politiques presque au jour le jour : c'est lui qui a re&#231;u le pr&#233;cieux journal de Reynaudin et il en tire son r&#233;cit de l'&lt;i&gt;Histoire de la Glorieuse Rentr&#233;e&lt;/i&gt; (1698). Comment l'a-t-il re&#231;u ? &#171; Par le moyen d'une esp&#232;ce de Benting &#187; aupr&#232;s de Victor-Am&#233;d&#233;e II. Or, Minutoli nous r&#233;v&#232;le dans ses lettres l'identit&#233; de celui avec qui il est en correspondance r&#233;guli&#232;re et qui a su gagner la confiance du duc de Savoie : c'est l'abb&#233; de Saint-R&#233;al. Ensuite, Minutoli continue &#224; recevoir des nouvelles tr&#232;s pr&#233;cises des mouvements militaires gr&#226;ce au &#171; r&#233;seau vaudois &#187; mis en place par Josu&#233; Janavel, le h&#233;ros de la r&#233;sistance vaudoise, install&#233; depuis 1664 &#224; Gen&#232;ve. Janavel re&#231;oit des informations sur les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent dans les vall&#233;es pi&#233;montaises et les diffuse aupr&#232;s du &#171; lobby &#187; italien de Gen&#232;ve, auquel appartiennent Fran&#231;ois et &#201;tienne Turrettini, les pasteurs Antoine L&#233;ger et Fabrice Burlamacchi, ainsi que Vincent Minutoli. Henri Arnaud lui-m&#234;me loge chez Minutoli pendant plusieurs mois &#224; partir du mois d'octobre 1690. Ainsi s'explique la richesse et la pr&#233;cision des informations que ce dernier transmet &#224; Bayle. La correspondance de Bayle r&#233;v&#232;le ainsi l'arri&#232;re-plan et les coulisses d'un &#233;v&#233;nement politique et religieux consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, comme Bayle l'explique lui-m&#234;me (Lettre 794), la m&#233;disance de Jurieu l'a priv&#233; de la visite d'Henri Arnaud lors du passage de celui-ci &#224; Rotterdam. Mais cette histoire passionnante, qui a le statut de l&#233;gende h&#233;ro&#239;que parmi les vaudois, ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Non seulement on assistera en 1696 au nouveau retournement de l'alliance du duc de Savoie et &#224; la nouvelle expulsion des vaudois, mais d&#232;s 1690 Bayle leur consacre un chapitre de l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;, o&#249; il les condamne sans r&#233;serve. Ils n'ont pas respect&#233; l'autorit&#233; souveraine du roi ; ils ont rompu le pacte civil ; et cette rupture est d'autant plus grave qu'ils agissent par un motif religieux, car ils n'ont pas respect&#233; la parole du Christ : &#171; Quand on vous pers&#233;cutera dans une ville, fuyez en une autre &#187; (Mathieu, 10, 23) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est difficile de ne pas sentir, dans toute cette &#233;conomie, le dessein que Dieu avait de nous apprendre que les sujets ne doivent jamais s'armer contre leur prince, soit pour sortir malgr&#233; lui hors de ses Etats, soit pour y demeurer malgr&#233; lui ; mais qu'ils doivent esp&#233;rer de leurs pri&#232;res et de leur sainte r&#233;signation qu'il les d&#233;livrera de la tyrannie quand il en sera temps. &#187; (&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;, &#233;d. G. Mori, p.248)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle applique ainsi sans restriction la distinction radicale entre le monde politique et le domaine spirituel. Et il n'&#233;tait que trop facile &#224; ses adversaires de tirer la morale de cette le&#231;on en appliquant la m&#234;me conclusion &#224; l'expulsion des huguenots du royaume de France en 1685. En paraissant ainsi justifier la R&#233;vocation &#8211; ce qui n'est d'ailleurs qu'une r&#233;duction simpliste de sa v&#233;ritable conviction politique &#8211; d&#233;cid&#233;ment, Bayle s'isole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome VII : lettres 588-719</title>
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		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;La c&#233;l&#233;brit&#233; a ses inconv&#233;nients : Bayle est submerg&#233; de correspondance pour les NRL. Les auteurs lui &#233;crivent pour demander un compte rendu qui les rendra c&#233;l&#232;bres et pour le remercier d'une mention &#233;logieuse de leurs ouvrages. Certains, comme Longepierre et Des Coutures, sont particuli&#232;rement assidus, mais aussi Fran&#231;ois Bernier, Adrien Baillet, Paul Pellisson, Jean Chardin, Jean Donneau de Vis&#233;, Pierre-Sylvain Regis, Fran&#231;ois Lamy m&#234;me, ainsi qu'une foule d'auteurs aujourd'hui oubli&#233;s, ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://bayle-correspondance.univ-st-etienne.fr/?-INTRODUCTIONS-" rel="directory"&gt;Introductions&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La c&#233;l&#233;brit&#233; a ses inconv&#233;nients : Bayle est submerg&#233; de correspondance pour les &lt;i&gt;NRL&lt;/i&gt;. Les auteurs lui &#233;crivent pour demander un compte rendu qui les rendra c&#233;l&#232;bres et pour le remercier d'une mention &#233;logieuse de leurs ouvrages. Certains, comme Longepierre et Des Coutures, sont particuli&#232;rement assidus, mais aussi Fran&#231;ois Bernier, Adrien Baillet, Paul Pellisson, Jean Chardin, Jean Donneau de Vis&#233;, Pierre-Sylvain Regis, Fran&#231;ois Lamy m&#234;me, ainsi qu'une foule d'auteurs aujourd'hui oubli&#233;s, ne manquent pas de le tenir au courant de leurs productions. Tout un r&#233;seau se met en place pour l'envoi de lettres, de livres, de p&#233;riodiques, et il est int&#233;ressant de constater le r&#244;le du directeur des Postes et les pratiques courantes qui visent &#224; &#233;viter la m&#233;fiance et la curiosit&#233; des agents de la douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bayle entre en contact avec l'abb&#233; Claude Nicaise, dont le r&#233;seau est particuli&#232;rement &#233;tendu : c'est sa mani&#232;re de s'assurer un flux constant de nouvelles litt&#233;raires. Son p&#233;riodique est aussi bien accueilli &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, o&#249; Isaac de Benserade et Paul Pellisson sont des lecteurs assidus. Bayle est bien connu dans le milieu de Boileau et de Racine, comme en t&#233;moigne sa correspondance avec Jacques de Losme de Montchesnay. Du c&#244;t&#233; des sciences, il maintient d&#233;sormais une correspondance suivie avec la Royal Society, o&#249; Robert Boyle est son interlocuteur privil&#233;gi&#233; ; il re&#231;oit de Christian Huygens des explications astronomiques et enregistre l'annonce des travaux de Newton. Il publie les articles math&#233;matiques de l'abb&#233; de Catelan et de Denis Papin, ainsi que les premiers &#233;crits de Leibniz contre le cart&#233;sianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; affaire Christine de Su&#232;de &#187; t&#233;moigne de l'attention qu'on pr&#234;te d&#233;sormais &#224; la moindre formule du journaliste de la R&#233;publique des Lettres. Dans une lettre qui devient rapidement publique, la reine exprime ses r&#233;ticences &#224; l'&#233;gard de la pers&#233;cution des huguenots. Bayle doute d'abord de l'attribution, mais lorsque celle-ci est confirm&#233;e, il la commente avec joie, faisant &#233;tat de ce &#171; reste de protestantisme &#187; chez la reine. Il re&#231;oit deux lettres anonymes d'un correspondant qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre, d'apr&#232;s les recherches r&#233;centes de Samy ben Messaoud, Giovanni-Francesco Albani, le futur pape Cl&#233;ment XI... Le journaliste ne peut que se repentir : il s'adresse directement &#224; la reine et re&#231;oit une r&#233;ponse satisfaite de sa part ; il ins&#232;re une d&#233;claration dans les &lt;i&gt;NRL&lt;/i&gt; du mois de janvier 1687 faisant &#233;tat de la &#171; d&#233;licatesse &#187; de la reine au sujet du protestantisme et se dit &#171; tr&#232;s-marri &#187; de sa formule malheureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d&#233;sormais un rival en la personne de Jean Le Clerc, devenu journaliste par le lancement de la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que universelle et choisie&lt;/i&gt;, consacr&#233;e essentiellement aux ouvrages d'ex&#233;g&#232;se et d'&#233;rudition. Les lecteurs p&#232;sent les qualit&#233;s de l'un et de l'autre. Apr&#232;s une escarmouche int&#233;ressante, qui met en cause des principes th&#233;ologiques fondamentaux, ce sont des ann&#233;es de silence maussade entre Bayle et Le Clerc, mais le lien n'est pas rompu, comme en t&#233;moigne la correspondance de Le Clerc avec Jacques Lenfant et celle de Bayle avec Gregorio Leti, le beau-p&#232;re fantasque de Le Clerc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention de Bayle dans la bataille philosophique entre Antoine Arnauld et Nicolas Malebranche se poursuit : il a pris ouvertement position en faveur de Malebranche en d&#233;cembre 1685 et ce d&#233;bat se prolonge par la longue r&#233;plique d'Arnauld sur la question du plaisir et du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses propres &#233;crits (anonymes), Bayle est devenu un controversiste de premier plan. Apr&#232;s la publication de ses &lt;i&gt;Nouvelles lettres critiques&lt;/i&gt; au mois de mars 1685 et de la traduction de la &lt;i&gt;Lettre sur les derniers troubles d'Angleterre &lt;/i&gt; de Paets au mois de novembre de la m&#234;me ann&#233;e, le pamphlet virulent, ironique et d&#233;vastateur, &lt;i&gt;Ce que c'est que la France toute catholique sous le r&#232;gne de Louis le Grand&lt;/i&gt; para&#238;t en mars 1686 et le &lt;i&gt;Commentaire philosophique sur ces paroles de J&#233;sus-Christ &#171; Contrains-les d'entrer &#187;&lt;/i&gt; en octobre. Il suit les &#233;v&#233;nements de tr&#232;s pr&#232;s, rendant compte des ouvrages d'Arnauld, de Nicole, de Bossuet et de Pellisson, parmi tant d'autres, auxquels il oppose ceux des h&#233;ros r&#233;form&#233;s, Jean Claude et Pierre Jurieu, en particulier, sans oublier les nouvelles compositions de ses amis en exil, Jean Rou, Jacques Basnage, Jacques Abbadie, Pierre Allix, Daniel de Larroque, Simon Pag&#232;s, Charles Ancillon, ni les n&#233;gociations intenses de Fran&#231;ois Gaultier de Saint-Blancard... En marge de ces batailles, on lira le r&#233;cit in&#233;dit et tr&#232;s d&#233;taill&#233; de la pr&#233;paration d'une traduction des Psaumes &#224; l'intention des &#171; nouveaux convertis &#187;. Par un heureux hasard, il se trouve que le correspondant &#171; &#233;picurien &#187; de Bayle, le baron Des Coutures, est l'ami de c&#339;ur de l'abb&#233; Nicolas Cocquelin, cur&#233; de Saint-Merri &#8211; c'est dire qu'il est proche de Port-Royal &#8211; auteur d'une &lt;i&gt;Paraphrase des Psaumes&lt;/i&gt; publi&#233;e en 1686. Or, Cocquelin entre en conflit avec Fran&#231;ois Mac&#233;, qui cherche &#224; publier au m&#234;me moment une traduction des Psaumes avec un commentaire tir&#233; des travaux de Louis Ferrand. Gr&#226;ce aux conversions forc&#233;es, la communaut&#233; &#224; laquelle s'adressent de telles publications est consid&#233;rable et les tirages sont &#233;normes : c'est certainement l'app&#226;t du gain qui aigrit la rivalit&#233; entre Cocquelin et Des Coutures, d'une part, et Mac&#233; et Ferrand, de l'autre. Gr&#226;ce &#224; la virulence de Des Coutures, nous apprenons des d&#233;tails inconnus et &#233;tonnants sur cet aspect de la &#171; politique religieuse &#187; de Louis XIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous assistons aussi &#224; la publication des ouvrages les plus contest&#233;s de Pierre Jurieu : apr&#232;s &lt;i&gt;L'Esprit de M. Arnaud&lt;/i&gt;, dont la violence avait choqu&#233; ses amis, le bouillant th&#233;ologien est devenu visionnaire dans &lt;i&gt;L'Accomplissement des proph&#233;ties&lt;/i&gt; et il donne des le&#231;ons non seulement de religion mais aussi de doctrine politique dans ses &lt;i&gt;Lettres pastorales&lt;/i&gt;. Dans la correspondance de Bayle, le ton a chang&#233; &#224; l'&#233;gard d'&#171; Orkius &#187;, qui est d&#233;sormais ouvertement accus&#233; de man&#339;uvres indignes, d'agissements tyranniques et de graves erreurs th&#233;ologiques et philosophiques. Un des adversaires les plus acharn&#233;s de Jurieu est le socinien No&#235;l Aubert de Vers&#233;, qui &#233;crit &#224; Bayle tout le mal qu'il pense des &lt;i&gt;Lettres pastorales&lt;/i&gt;. Les futures batailles se pr&#233;parent &#224; ce moment-l&#224;, car ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt; que Bayle visera dans sa &lt;i&gt;Lettre d'un nouveau converti&lt;/i&gt; et surtout dans le terrible &lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de ce tourbillon d'&#233;v&#233;nements et d'&#233;crits de toutes sortes, Bayle trouve le temps de publier un petit recueil intitul&#233; &lt;i&gt;Le Retour des pi&#232;ces choisies, ou bigarrures curieuses&lt;/i&gt; (Emmeric 1687, 12&#176;), o&#249; il ins&#232;re les &#233;crits qui d&#233;passent les dimensions utiles pour les &lt;i&gt;NRL&lt;/i&gt; : une &#171; d&#233;fense &#187; d'Atticus par Rainssant, la traduction de Martial par Montchesnay, et surtout, pour la premi&#232;re fois, la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Conversation du mar&#233;chal d'Hocquincourt avec le P&#232;re Canaye&lt;/i&gt; de Saint-Evremond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Point de raison, c'est la vraye religion cela, point de raison. Que Dieu vous a fait, Monseigneur, une belle grace ! Estote sicut infantes, Soyez comme des enfans. Les enfans ont encore leur innocence ; et pourquoy ? parce qu'ils n'ont point de raison. Beati pauperes spiritu, Bienheureux sont les pauvres d'esprit. Ils ne pechent point : la raison est, qu'ils n'ont point de raison. Point de raison, je ne saurois que vous dire, je ne say pourquoy : les beaux mots ! Ils devroient &#234;tre &#233;crits en lettres d'or. Ce n'est pas que j'y voye plus de raison ; au contraire moins que jamais. En v&#233;rit&#233; cela est divin pour ceux qui ont le gout des choses du Ciel. Point de raison : que Dieu vous a fait, Monseigneur, une belle grace !&#8221; Qu'on donne un air plus s&#233;rieux et plus modeste &#224; cette pens&#233;e, elle deviendra raisonnable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout un d&#233;bat sera ouvert par cet air &#171; plus s&#233;rieux et plus modeste &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas &#233;tonnant que, fin f&#233;vrier 1687, accabl&#233; de travail, Bayle faiblisse. D'ailleurs, d'autres travailleurs, assidus comme lui, faiblissent &#224; leur tour : Bayle apprend que Jurieu et Jaquelot ont d&#251; eux aussi s'abstenir de tout travail intellectuel. Le journaliste abandonne : le dernier num&#233;ro des NRL, celui du mois de f&#233;vrier, est inachev&#233;. C'est que le r&#233;dacteur ne peut plus &#233;crire et ne peut plus ouvrir un livre sans ressentir aussit&#244;t des migraines insupportables. Il est oblig&#233; d'abandonner sa table de travail ; il confie le p&#233;riodique &#224; Daniel de Larroque et part pour Cl&#232;ves, o&#249; il loge chez le pasteur Ferrand ; de l&#224;, &#224; la mi-septembre, il se rend &#224; Aix-la-Chapelle, par Bois-le-Duc, en compagnie de ses amis le pasteur Phin&#233;as Pi&#233;lat et Farjon. Le 18 octobre, il rentre &#224; Rotterdam, o&#249; il doit se reposer encore quelques mois avant de reprendre, au mois de f&#233;vrier 1688, ses cours &#224; l'Ecole Illustre. Entre temps, il y a &#233;t&#233; remplac&#233; temporairement par Etienne Chauvin. C'est seulement quelques mois plus tard qu'il peut reprendre ses cours priv&#233;s. Cette &#233;preuve se ressent durement au niveau de sa correspondance : il n'&#233;crit plus, il perd les lettres qui lui sont adress&#233;es ou bien les laisse sans r&#233;ponse. Une vingtaine de lettres seulement en 1687 ; douze seulement en 1688 ! Pour un homme qui avait l'habitude de travailler une bonne douzaine d'heures par jour, le temps semble long. Mais il reprend ses forces et, compte tenu de l'&#233;normit&#233; des t&#226;ches accomplies, on peut s'&#233;tonner de la rapidit&#233; de sa gu&#233;rison et de sa vigueur d&#232;s qu'il a de nouveau la plume en main. C'est que le contexte politique se durcit : fin 1688, le sac du Palatinat est annonc&#233; et l'arm&#233;e de Guillaume d'Orange d&#233;barque en Angleterre. Le moment est crucial pour les exil&#233;s huguenots. Secr&#232;tement, Bayle a choisi son camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tome VI : lettres 451-587</title>
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		<dc:creator>Vial-Bonacci Fabienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est le moment crucial de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes, et la correspondance de Bayle nous fait assister aux pr&#233;paratifs de ce douloureux &#233;v&#233;nement. Ses &#233;changes avec les r&#233;fugi&#233;s s'intensifient, tout particuli&#232;rement en Angleterre, o&#249; son protecteur, Adriaan Paets, a accompli une mission diplomatique. Paets est, &#224; cette &#233;poque, l'un des principaux &#171; r&#233;publicains &#187; &#8211; h&#233;ritiers du parti des fr&#232;res De Witt assassin&#233;s en 1672 &#8211; favorables &#224; une alliance avec la France et hostiles &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le moment crucial de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes, et la correspondance de Bayle nous fait assister aux pr&#233;paratifs de ce douloureux &#233;v&#233;nement. Ses &#233;changes avec les r&#233;fugi&#233;s s'intensifient, tout particuli&#232;rement en Angleterre, o&#249; son protecteur, Adriaan Paets, a accompli une mission diplomatique. Paets est, &#224; cette &#233;poque, l'un des principaux &#171; r&#233;publicains &#187; &#8211; h&#233;ritiers du parti des fr&#232;res De Witt assassin&#233;s en 1672 &#8211; favorables &#224; une alliance avec la France et hostiles &#224; la politique anti-fran&#231;aise du &lt;i&gt;stathouder&lt;/i&gt; Guillaume III d'Orange. Il s'est compromis par ses n&#233;gociations intenses avec le comte d'Avaux, ambassadeur de France &#224; La Haye. Selon le t&#233;moignage de Jurieu, c'est au moment du retour de Paets de sa mission en Angleterre que le th&#233;ologien, fortement engag&#233; dans le parti de Guillaume d'Orange, rompt avec le r&#233;gent rotterdamois. Paets compose une lettre latine, dat&#233;e du mois de septembre 1685, qui est publi&#233;e par Reinier Leers ; Bayle s'empresse de la traduire et de la faire publier, &#233;galement chez Leers, sous le titre : &lt;i&gt;Lettre &#224; Monsieur B[ayle] sur les derniers troubles d'Angleterre, o&#249; il est parl&#233; de la tol&#233;rance de ceux qui ne suivent point la religion dominante&lt;/i&gt;. Paets, qui devait mourir au mois d'octobre, y d&#233;cline les th&#232;mes qui vont caract&#233;riser les compositions de Bayle au cours des ann&#233;es suivantes : droit absolu du souverain, distinction des domaines de la religion et de la politique, &#233;vidence rationnelle des premiers principes, n&#233;cessit&#233; de la tol&#233;rance religieuse, obligation de suivre le dictamen de la conscience, droits de la conscience errante. Sur le plan politique, Paets plaide fortement la cause du roi catholique Jacques II au nom de la tol&#233;rance, jouant la carte fran&#231;aise et s'opposant &#224; la volont&#233; de Guillaume III d'&#233;viter &#8211; par le coup de force que sera la &#171; Glorieuse R&#233;volution &#187; &#8211; l'alliance entre la France et une Angleterre conduite par un roi catholique. Mais les &#233;v&#233;nements en France &#339;uvrent &#224; l'encontre de la politique &#171; r&#233;publicaine &#187; de Paets. La r&#233;pression des huguenots en France discr&#233;dite le parti favorable &#224; une nouvelle alliance avec Louis XIV et au r&#233;tablissement de relations commerciales privil&#233;gi&#233;es entre la France et les Provinces-Unies, et pousse ainsi le &#171; parti &#187; des r&#233;fugi&#233;s, sous la conduite de Jurieu, &#224; appuyer la politique de la force conduite par Guillaume d'Orange. Bayle restera fid&#232;le aux principes &#233;nonc&#233;s par son protecteur Adriaan Paets : il a traduit sa &lt;i&gt;Lettre&lt;/i&gt; ; il en donne un compte rendu d&#233;taill&#233; dans les &lt;i&gt;Nouvelles de la r&#233;publiques des lettres&lt;/i&gt;, soulignant ainsi le legs intellectuel et politique de son protecteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelle perte qu'un si grand homme n'ait pas v&#234;cu davantage ! A peine avoit-il atteint 55 ans lorsqu'il mourut le 8 du mois d'octobre de la pr&#233;sente ann&#233;e 1685, aussi recommandable par son intr&#233;pidit&#233;, par sa probit&#233;, par sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, par sa bonne foi, et par toutes les qualitez qui font l'honn&#234;te homme, que par son grand esprit, et par sa profonde &#233;rudition. C'est comme journaliste dans la R&#233;publique des Lettres que je suis oblig&#233; de parler ainsi. Mais que n'aurois-je pas &#224; dire, si je parlois selon les sentimens de reconnoissance, dont je suis tout penetr&#233; pour les bienfaits que j'ai rec&#251;s de cet illustre defunt ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 octobre 1685, le roi signe l'&#233;dit de Fontainebleau qui r&#233;voque celui de Nantes : les mesures draconiennes de la politique religieuse de Louis XIV s'appliquent dans toute leur rigueur. Les pasteurs ont quinze jours pour sortir du royaume ; ceux de Charenton ne disposent que de quarante-huit heures ; le plus c&#233;l&#232;bre d'entre eux, Jean Claude, controversiste redoutable et r&#233;put&#233;, n'a que vingt-quatre heures pour d&#233;guerpir. Quelque soixante mille r&#233;fugi&#233;s ont gagn&#233; les Pays-Bas &#224; cette date et trouvent un accueil g&#233;n&#233;reux aupr&#232;s des Eglises wallonnes des Pays-Bas. Bayle est touch&#233; de pr&#232;s par cette r&#233;pression, non seulement parce qu'il est sensible aux souffrances de la communaut&#233; huguenote, mais aussi parce que son fr&#232;re Jacob, arr&#234;t&#233; le 10 juin au Carla, emprisonn&#233; &#224; Pamiers, puis aux Hauts-Murats de Toulouse avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; au Ch&#226;teau-Trompette de Bordeaux, meurt le 12 novembre. Les tentatives de Pierre pour obtenir sa lib&#233;ration, auxquelles nous assistons &#224; travers ses lettres adress&#233;es &#224; tous ceux qu'il conna&#238;t &#224; la Cour, aboutissent trop tard. L'amertume est terrible, car c'est au moment m&#234;me o&#249; le c&#233;l&#232;bre journaliste de la R&#233;publique des Lettres se fait conna&#238;tre &#224; la Cour et &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise que le pouvoir se venge sur son fr&#232;re du succ&#232;s des &#233;crits de controverse qui l'ont rendu c&#233;l&#232;bre aupr&#232;s des honn&#234;tes gens. Sa d&#233;fense de la Religion a co&#251;t&#233; la vie au seul membre restant de sa famille. Bayle s'engagera d'autant plus fortement dans la controverse contre les auteurs catholiques et dans la d&#233;fense des droits de la conscience. Dans l'imm&#233;diat, il d&#233;tourne le titre d'un pan&#233;gyriste de Louis XIV, Jean Gautereau, qui avait publi&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente un portrait flatteur de &lt;i&gt;La France toute catholique sous le r&#232;gne de Louis le Grand&lt;/i&gt;, et compose un pamphlet agressif contre la politique religieuse &#171; impos&#233;e &#187; &#224; Louis XIV par l'Eglise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On se consolerait si la pers&#233;cution nous &#233;tait livr&#233;e par des gens d'une morale rigide, par des anachor&#232;tes de la Th&#233;ba&#239;de, par un abb&#233; de la Trappe, par exemple, car nous pourrions croire qu'il y aurait quelque chose de s&#233;rieux, et quelque bon motif int&#233;rieur dans cette conduite. Mais que des pr&#233;lats eff&#233;min&#233;s et superbes, que des intendants voluptueux, que des courtisans pourris de crimes, que des courtisanes se rendent les promoteurs de nos maux, et y emploient des dragons, qui pour &#234;tre bons doivent &#234;tre, selon vos propres po&#232;tes, &lt;i&gt;Un anath&#232;me, sans Dieu, sans foi, sans chr&#234;me et sans bapt&#234;me&lt;/i&gt; ; en v&#233;rit&#233; l'on ne saurait en revenir ; c'est une com&#233;die de votre part, et une trag&#233;die pour nous qui souffrons, et il r&#233;sulte de tout cela quelque chose de fort f&#226;cheux, et en m&#234;me temps de fort bourru... Vous d&#233;go&#251;tez un honn&#234;te homme d'avoir du z&#232;le par le mauvais usage que vous faites du v&#244;tre, suppos&#233; que vous en ayez. &#187; (&#233;d. E. Labrousse, p.64-65.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie rh&#233;torique du pamphlet, constitu&#233; de &#171; lettres &#187; adress&#233;es &#224; un abb&#233; catholique, permet &#224; Bayle de varier les tons, et il termine par un trait d'humour auxquels les honn&#234;tes gens, qui composaient son public de pr&#233;dilection, devaient &#234;tre sensibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au reste, Monsieur, je vous suis tr&#232;s oblig&#233; des souhaits que vous faites pour ma conversion : je ne saurais mieux vous en t&#233;moigner ma reconnaissance qu'en faisant des v&#339;ux pour la v&#244;tre. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p.84.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un ouvrage pol&#233;mique tr&#232;s efficace qui sort des presses le 22 mars 1686. Il sera suivi quelques mois plus tard par un ouvrage de r&#233;flexion approfondie sur les droits de la conscience : le &lt;i&gt;Commentaire philosophique sur ces paroles de J&#233;sus-Christ &#171; Contrain[s]-les d'entrer &#187;&lt;/i&gt;, o&#249; la justification augustinienne de la violence catholique est an&#233;antie au nom du rationalisme moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, Bayle a d&#233;j&#224; d&#233;couvert une forte expression du rationalisme moral dans le &lt;i&gt;Trait&#233; de morale&lt;/i&gt; de Malebranche, publi&#233; en 1684 ; depuis des ann&#233;es, il suit de pr&#232;s les compositions de l'oratorien, avec qui il est en correspondance et dont il tient la doctrine pour la &#171; philosophie chr&#233;tienne &#187; la plus accomplie, vuln&#233;rable n&#233;anmoins &#224; des objections insolubles, comme il l'a sugg&#233;r&#233; d&#232;s 1679 dans ses &lt;i&gt;Objections&lt;/i&gt; propos&#233;es &#224; Pierre Poiret. La p&#233;riode qui nous concerne est marqu&#233;e par l'intervention de Bayle dans le d&#233;bat entre Arnauld et Malebranche sur la nature du plaisir. En ao&#251;t 1685, le journaliste &#233;voque les tentatives des th&#233;ologiens de sermonner les libertins voluptueux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'imagine-t-on qu'en disant aux voluptueux, que les plaisirs o&#249; ils se plongent sont un mal, un supplice, un malheur insupportable, non seulement &#224; cause des suites, mais aussi pour le temps o&#249; ils y go&#251;tent, on les obligera &#224; les d&#233;tester ? Bagatelles. Ils prendront un tel discours pour un paradoxe ridicule, et pour une pens&#233;e outr&#233;e d'un homme ent&#234;t&#233;, qui s'imagine fi&#232;rement qu'on d&#233;f&#233;rera plus &#224; ses paroles qu'&#224; l'exp&#233;rience &#187;. (&lt;i&gt;NRL&lt;/i&gt;, ao&#251;t 1685, art. III.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Bayle pr&#233;cise sa position sur la nature du plaisir et du bonheur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le plus s&#251;r est d'avouer aux gens qu'ils sont heureux pendant qu'ils ont du plaisir [&#8230;] il faut seulement leur repr&#233;senter apr&#232;s cet aveu, que s'ils n'y renoncent ce bonheur pr&#233;sent les damnera. Mais, dit-on, c'est la vertu, c'est la gr&#226;ce, c'est l'amour de Dieu, ou plut&#244;t c'est Dieu seul qui est notre b&#233;atitude. D'accord en qualit&#233; d'instrument ou de cause efficiente, comme parlent les philosophes ; mais en qualit&#233; de cause formelle, &lt;i&gt;c'est le plaisir, c'est le contentement qui est notre f&#233;licit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plaisir &#187; et &#171; bonheur &#187;, ces termes sont &#171; convertibles &#187;. Et en d&#233;cembre 1685, Bayle compose une r&#233;ponse substantielle aux objections d'Arnauld. Encore une fois, le journaliste prend la d&#233;fense de l'oratorien contre les accusations de &#171; n&#233;o-&#233;picurisme &#187; lanc&#233;es par le th&#233;ologien de Port-Royal, et il pousse l'occasionalisme de Malebranche jusqu'&#224; d&#233;fendre la nature spirituelle de tous nos plaisirs. C'est une d&#233;monstration de la &#171; mani&#232;re &#187; philosophique de Bayle, qui examine syst&#233;matiquement toutes les contre-objections possibles d'Arnauld et les r&#233;fute l'une apr&#232;s l'autre. Cette analyse provocatrice et paradoxale, mais parfaitement coh&#233;rente, se fera remarquer et sera m&#234;me reprise tr&#232;s litt&#233;ralement par l'abb&#233; Pr&#233;vost dans un dialogue c&#233;l&#232;bre entre Des Grieux et Tiberge dans son roman &lt;i&gt;Manon Lescaut&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire le succ&#232;s des &lt;i&gt;Nouvelles de la r&#233;publique des lettres&lt;/i&gt;, qui est devenu un v&#233;ritable &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la vie culturelle &#224; Paris, &#224; Londres et &#224; La Haye. La princesse d'Orange re&#231;oit son exemplaire ; la Soci&#233;t&#233; royale de Londres est en correspondance suivie avec Bayle par l'interm&#233;diaire de Robert Boyle, un des hommes de science les plus prestigieux de cette &#233;poque ; &#224; la Cour de France, le confesseur du roi, le P&#232;re de La Chaize, re&#231;oit r&#233;guli&#232;rement le p&#233;riodique ; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise est abonn&#233;e ; Madame de La Sabli&#232;re et les membres &#233;minents de son salon sont des lecteurs fid&#232;les ; Christine de Su&#232;de reproche &#224; Bayle quelques expressions un peu libres qu'il ne tarde pas &#224; se faire pardonner... Bayle r&#233;ussit ce tour de force de traiter d'ouvrages de controverse, d'ouvrages scientifiques, d'ouvrages d'&#233;rudition exotique et philologique, de litt&#233;rature et de philosophie sans lasser ses lecteurs mondains. Mais c'est aussi dans ses lectures de journaliste qu'on peut trouver la trace de ses pr&#233;occupations souterraines et les graines de ses propres ouvrages futurs. En 1686, son ami Almeloveen entreprend de r&#233;&#233;diter l'ouvrage de Johannes Deckherr sur les livres anonymes ou pseudonymes et c'est dans sa correspondance &#224; propos de telles questions, qui le fascinent, que Bayle soul&#232;ve pour la premi&#232;re fois le probl&#232;me de l'attribution du pamphlet monarchomaque &lt;i&gt;Vindici&#230; contra tyrannos&lt;/i&gt; publi&#233; en 1579 sous le pseudonyme de Junius Brutus. C'est l'annonce d'une pr&#233;occupation qui p&#232;sera lourd au moment de la composition du &lt;i&gt;Dictionnaire historique et critique&lt;/i&gt; et qui marquera &#233;galement l'ouvrage le plus clandestin de Bayle lui-m&#234;me : l'&lt;i&gt;Avis aux r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; de 1690.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour Bayle une p&#233;riode tr&#232;s douloureuse sur le plan personnel, tr&#232;s intense et tr&#232;s f&#233;conde sur le plan intellectuel : le journaliste poursuit sa conqu&#234;te de la R&#233;publique des Lettres et le philosophe pr&#233;pare certaines de ses &#339;uvres les plus importantes. Il est devenu d&#233;sormais non seulement un t&#233;moin privil&#233;gi&#233; de la vie intellectuelle et culturelle, mais aussi un acteur majeur de la vie des id&#233;es &#224; une &#233;poque charni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antony McKenna&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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