[Gouda, le 8 juillet 1695]

A Pierre Bayle à Rotterdam

Le très érudit Basnage de Beauval à qui je demandais dimanche dernier de bien vouloir me prêter cet auteur parisien sur l’art typographique [1] m’a répondu avant-hier qu’il vous l’avait envoyé quelques jours auparavant de sorte que si je le voulais je devais vous le demander. Je le fais maintenant suffisamment tôt pour saisir l’occasion d’envoyer cette lettre par vos soins à Thomas Smith [2]. Ce n’est pas que je m’en inquiète, il suffirait que vous la fassiez porter par votre domestique au courrier public partant ce soir. Je suis tombé récemment sur la disputation de Frédéric Voigt qui a eu lieu sous la présidence de Jean-Georges Pritius à l’Académie de Leipzig [3], où votre opinion que l’athéisme ne mène pas nécessairement à la corruption des mœurs est examinée, et la querelle qui s’est élevée à ce sujet entre vous et Jurieu est racontée et discutée. Je vous enverrai cette disputation à la première occasion si vous voulez. J’ai demandé qu’elle soit accompagnée d’autres disputations que vous avez déjà lues ; mais qui n’ont rien à voir. L’épigramme de Nicolaï Heinsius sur Talpa, auteur plagiaire que j’ai récemment cherché en vain, vous le trouverez p.119 [4] ; regardez si vous avez le temps, répondez-moi s’il s’agit d’un auteur réel ou d’un nom fictif.

Continuez à aimer votre Almeloveen comme vous faites.

Donnée à Gouda le huitième jour avant les Ides de juillet 1695.

Notes :

[1Comme on l’apprend par la suite de cet échange, il s’agit de l’ouvrage d’André Chevillier (1636-1700), L’Origine de l’imprimerie de Paris, dissertation historique (Paris 1694, 4°) : voir la lettre de Bayle du 26 juillet (Lettre 1049, n.2).

[2Thomas Smith, fellow de Magdalen College à Oxford, qui s’était engagé dans une querelle savante contre Richard Simon quelques années auparavant : voir Lettre 567, n.8. A cette époque, il venait de publier Septem Asiæ ecclesiarum et Constantinopoleos notitia (Utrecht 1694, 8°) et allait connaître quelques difficultés dans la diffusion de cet ouvrage : voir Lettre 1054, n.1 et 2.

[3La thèse de Johann Friedrich Voigt venait de paraître sous le titre De atheismo et in se fœdo, et humano generi noxio [...] in Academia Lipsiensi (Leipzig 1695, 4°) ; elle fut soutenue le 23 janvier 1695 sous la présidence du luthérien Johan Georg Pritz (dit Pritius) (1662-1732), professeur de théologie.

[4Il est difficile d’identifier l’ouvrage dans lequel se trouve la référence de Nicolas Heinsius à Talpa. La référence pertinente semble être celle de l’ouvrage de Nicolas Heinsius, Poematum, nova editio, prioribus longe auctior, accedunt Johannis Rutgersii postuma, et adoptivorum carminum libri II (Amstelodami 1666, 12°), dédié au duc de Montausier et imprimé par Daniel Elzevier, p.198 : « In Talpam, scriptorem plagiarium et indoctum ».

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