[Rotterdam, le 13 juillet 1695]

Au très distingué et très célèbre Théodore Jansson Almeloveen Pierre Bayle adresse ses salutations.

J’aurais répondu plus tôt, très cher Monsieur, au sujet du livre que Monsieur de Beauval a dit avoir envoyé [1], si je l’avais vu. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que je l’ai reçu de notre Leers qui a nié l’avoir reçu plus tôt. Je l’ai lu et j’ai déjà aperçu pas mal de choses dignes d’être sues, fruits de recherches exactes, et comme d’autres pourront bientôt m’être utiles dans la composition d’articles pour mon Dictionnaire, j’en ai différé l’envoi, mais j’espère que dans quelques jours il me sera possible de vous communiquer très librement le livre entier, et je ne manquerai pas de l’envoyer. Cela ne me déplaira pas s’il paraît plus agréable que celui où ce théologien à Leipzig a proposé de débattre la question de savoir si l’athéisme est la racine de la dépravation des mœurs [2], donc quand on aura le temps, homme très ami, je vous prie de me mettre à même de le lire. J’ai pris soin de passer la lettre au très distingué Smith [3] le soir même où je l’ai reçue. Je n’ai aucun doute que Talpa dans les vers de Heinsius ne soit un nom fictif [4]. Les amis que j’ai salués de votre part vous saluent à leur tour.

Donnée à la hâte à Rotterdam en vous souhaitant le bonheur et une disposition à vous souvenir toujours de moi. Adieu et vivez longtemps.

Je vous prie, s’il vous plaît, de bien vouloir m’envoyer en même temps que la thèse de Leipzig [5] les lettres de Richter [6]. Je ferai en sorte qu’elles ne vous manquent pas longtemps.

Notes :

[1Voir Lettre 1044, où Almeloveen fait allusion à « cet auteur parisien sur l’art typographique » : comme on l’apprendra dans la lettre d’Almeloveen du 26 juillet (Lettre 1049), il s’agit de l’ouvrage d’ André Chevillier (1636-1700), L’Origine de l’imprimerie de Paris, dissertation historique (Paris 1694, 4°). C’est la réédition de l’ouvrage publié pour la première fois en 1679 : voir Lettre 575, n.10.

[2Voir l’allusion d’ Almeloveen dans sa lettre du 8 juillet (Lettre 1044 et n.3) à « la disputation de Frédéric Voigt qui a eu lieu sous la présidence de Jean-Georges Prit[t]ius à l’Académie de Leipzig, où votre décision que l’athéisme ne mène pas nécessairement à la corruption des mœurs est examinée, et la querelle qui s’est élevée à ce sujet entre vous et Jurieu est racontée et discutée ». Dans sa lettre du 6 août (Lettre 1050), Bayle indique qu’il s’agit d’un « fascicule de dissertations comprenant celle qui traite de l’athéisme », c’est-à-dire celle de Voigt, qui est intitulée De atheismo et in se fœdo, et humano generi noxio [...] in Academia Lipsiensi (Leipzig 1695, 4°), soutenue sous la présidence de Johan Georg Pritz, dit Pritius.

[3Thomas Smith, fellow de Magdalen College à Oxford : voir Lettre 1044, n.2.

[4Sur le poème de Nicolas Heinsius, « In Talpam, scriptorem plagiarium et indoctum », voir Lettre 1044, n.4.

[5La thèse de Frédéric Voigt citée plus haut : voir ci-dessus, n.2.

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