[Gouda, le 16 juillet 1696]

A Pierre Bayle, Rotterdam

Voici la dissertation du très célèbre Cellarius sur Hardouin [1] que vous demandez avec instance et dont je n’ai pas tellement besoin, de sorte que je veux bien que vous l’utilisiez à votre convenance. Vous aurez à la première occasion la lettre de Noris [2] que j’ai à transcrire aujourd’hui. En vérité je vous remercie mille fois maintenant de m’avoir voulu comme collaborateur. Je crois que Henning a déjà ma lettre, je vous communiquerai bientôt sa réponse [3]. J’ai écrit à l’imprimeur pour qu’il n’y ait pas de doute que, si ce traducteur refusait, il y en ait un autre qui traduise ces ajouts [4] avec non moins d’élégance que n’en a l’ouvrage même de Bergier. Si lui aussi ne s’en soucie pas, je tâcherai de trouver un autre imprimeur qui, indépendamment informé, imprimera cet opuscule. Quant à votre livre [5], vous n’avez aucune raison de douter de la bienveillance et de l’empressement des acheteurs et des lecteurs car ils convoitent avidement pour ainsi dire cet ouvrage d’un travail minutieux, que vous serez obligé bientôt de publier augmenté d’une deuxième partie, et non sans de bonnes raisons, tel est du moins mon espoir et mon pronostic, n’hésitez donc pas à publier. Je regrette que vous ayez omis le fondateur de notre art [6] ; je préférerais à vrai dire que d’autres m’apprennent quel est ce mois d’ Agrianus et le jour de sa naissance [7]. Pour le reste, j’en discuterai avec vous volontiers. Tout récemment j’ai découvert chez un ami de Schoonhovia [8] ce que j’avais cherché depuis longtemps, c’est-à-dire Le Bâle ensevelie dévoilée continuée de Jean Tonjola, c’est-à-dire Les Monuments sépulchraux des temples de la ville et du pays de Bâle [9]. Et si vous voulez le parcourir, faites-moi le savoir. Notre Lomeyer a donné la deuxième décade des Jours de réjouissance, dont la première dissertation s’intitule Zutphania [10], comprenant les vies des érudits qui ont jamais rendu cette ville célèbre par leurs écrits et leurs labeurs ; la seconde est consacrée à l’amour de la patrie. Si vous désirez aussi celle-ci, elle arrivera au plus vite.

J’envoie ces brèves lignes à l’homme le plus aimant, celui que je porte toujours dans mon cœur et mes affections.

Donnée à Gouda le 16 e de juillet 1696

Notes :

[1Sur l’ouvrage de Cellarius contre Hardouin, voir Lettres 1094, n.4, et 1131, n.1.

[2Sur la lettre du cardinal Enrico Noris communiquée par Nicaise, voir Lettres 1109, n.15, et 1131, n.2.

[3La lettre d’ Almeloveen à Henning est datée du 11 juillet 1696 ; la réponse date du 27 juillet : voir S. Stegeman, Patronage and service, p.553.

[4Les notes de Bergier sur un exemplaire de son propre ouvrage signalé à Dubos par Oudinet : voir Lettres 1031, n.9, 1105, n.32, et 1125, n.32.

[5Le DHC.

[6Le fondateur de notre art médical : Hippocrate. En effet, Almeloveen était docteur en médecine de l’université d’Utrecht et avait pratiqué comme médecin à Amsterdam à partir de 1681 : voir S. Stegeman, Patronage and service, p.16-18.

[7Almeloveen avait déjà déclaré dans sa lettre du 10 juillet (Lettre 1129) : « Ce que c’est que ce mois d’ Agrianus, un jour duquel est né Hippocrate, j’espère que vous nous l’apprendrez dans votre ouvrage que j’attends avec avidité jour et nuit. » Voir aussi Lettre 1141, n.12.

[8Schoonhoven, ville proche d’Utrecht et de Gouda.

[9Sur cet ouvrage de Tonjola, voir Lettre 1103, n.3.

[10Johannes Lomeier (1636-1699), Dierum Genialium, sive dissertationum philologicarum Decas (Daventriæ 1696, 8°), ouvrage publié par Albert Fronten, deuxième partie de celui qui avait paru en 1694.

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