Lettre 1298 : Jean-Antoine de Charnes à Pierre Bayle

• [Villeneuve-lès-Avignon, fin août - début septembre 1697]

Paul Beni dans son livre intitulé Comparatione di Homero, Virgilio e Torquato imprimé à Padouë en 1607 commence ainsy son premier discours : Io non saprei ridire, Uditori generosissimi, il contento e dolcezza nel mio cuore all’hor che ancor’ fanciullo posi il pargoletto piede ne’ fortunati e cari Liti d’italia ; con far mio albergo prima in quella Città laqual’ non lungi siede felicissima Reina d’Adria, et indi poscia in questa nuova e famosa Athene. E sebene mai non porro in oblio il mio Greco terreno, e il mio caro e natio paese famoso al presente per mille doni di natura non meno che negli antichi tempi foss’anco per cento città illustre e chiaro

... Le Tomasini, l’Imperiale, et Lorenzo Crasso ont creu avec fondement que Paul Beni estoit d’Eugubio*, son epitaphe et quelques titres de ses livres le disent Eugubin, entr’autres un traité latin, qui a esté omis par le Tomasini dans le catalogue de ses ouvrages, a p[our] titre, Pauli Beni Eugubini Disputatio in qua ostenditur præst[are] Comœdiam atque Tragœdiam metrorum vinculis solvere etc. et il fut imprimé à Padouë en 1600, du vivant de Paul Beni : mais je n’ay pas eu tort d’en croire à Paul Beni luy mesme sur le païs de sa naissance ; et il me semble qu’il dit assez clairement dans le passage cité, qu’il estoit Grec et Candiot, qu’il vint enfant à Venise, et que de là il estoit passé à Padouë. Je veux croire que ses parents quittant la Grece s’allerent etablir à Eugubio, et que par là le Beni est devenu Eugubin ; quoyqu’à suivre le passage de la lettre, il fal[l]ut plustost l’appeller Venitien ou Padoüan. Je suis au reste infiniment obligé à Monsieur Bayle de l’honnorable • souvenir qu’il a bien voulu avoir de moy dans son celebre Dictionnaire, et je luy avoueray que comme Le Béni vint enfant et non pas sçavant en Italie, je ne devais peut estre pas tant ap[p]uyer le mot de sçavant sur celuy de Grec, mais pareils trascorsi di pluma

se peuvent pardonner à la chaleur de ma composition. Il y a bien des fautes plus importantes à corriger dans mon petit livre. J’estois cloüé / à Versailles lorsqu’on l’imprimoit à Paris, et il s’y est glissé des fautes enormes, que j’aurois peu corriger dans l’edition que Monsieur Bayle m’ap[p]rend qu’on en a fait en Hollande.

Je suis cependant son tres humble serviteur

Decharnes

* Je dis Eugubio avec Leander Alberti, Hondius, et Samson et non pas Gubio avec M. Baudrand, qui s’en est rapporté apparem[men]t à la prononciation du vulgaire ; et ce n’est pas une regle fort seure pour ceux qui écrivent.

Pour Mr Bayle •

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