Lettre 1307 : Jacques Du Rondel à Pierre Bayle

• [Maastricht, le 30 septembre 1697]

Voicy, mon cher Monsieur, tout ce que j’ay pu tirer de Mr le doyen, qui n’est pas grand’chose, et que je ne vous envoierois point sans la reflexion que vous ne manquerez point de faire, quand vous comparerez son opinion avec celle des demagogues : c’est une chose etrange d’avoir affaire à ces gens là. Ils ne demordent point de leur sentiment, fut il le plus ridicule du monde ; et quand ils en devroient etre à l’affront* de la palinodie, ce leur est toujours assés d’avoir pu donner de la besongne : viles operæ quibus somnum rixa facit. Je ne suis gueres de leur humeur ou plutot j’en suis l’antipode, car selon moi il n’y a rien de plus vilain que de chicaner les gens les gens [ sic] sur leur opinion, puisqu’aussi bien on ne sauroit les empecher de les [ sic] croire toute leur vie. Je disois l’autre jour à propos de vous, et de votre livre que ce que vous ecriviez, vous ne l’ecriviez pas comme juge, ni comme magistrat, mais comme un homme / du commun, né, et voüé à l’obeissance de la raison publique, tant en vos actions qu’en vos paroles, et que vous ne seriez pas si hardi à parler, s’il vous appartenait d’en etre crû. Mais, mon cher Monsieur, je parlois à de bonnes gens qui n’ont rien d’ Orkius ni de la caballe, et qui mourroient de honte, et de depit s’ils en avoient seulement quelque ressemblance ; ayez la bonté de me mander* où vous en etes avec ce hideux, et puant personnage.

A Dieu, mon cher Monsieur, toujours tout à vous

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