Lettre 477 : Chotard à Pierre Bayle

A Bord[eau]x le 2 e no[vem]bre 1685

Monsieur,

J’ay fait part à monsieur l’ab[b]é Le Pelletier de la lettre que vous m’avés fait l’honneur de m’escrire [1] ; ce n’est pas trop de luy et de moy pour faire les remerciemens qui vous sont deües sur les soins que vous prenés de faire voir que vous aymés à obliger : je pretens, meme, estre à moityé du plaisir qu’il aura de penser que vous estes aussy bon à connoistre par le cœur que par l’esprit. J’en auray un tres sensible, Monsieur, si je puis reussir à establir une correspondance entre vous deux, c’est un garcon plain d’honneur, et de belles connoissances, l’amityé qui est entre nous me rendroit suspect, si j’en diseois davantage. Je sai qu’il doit menager vostre loisir qui est si necessaire au public, mais vous ne serés pas fasché d’estre informé par luy de ce qui se passera à l’Academye establye depuis peu à Angers [2] par lettres pattentes de Sa Maj[es]té et dont l’ouverture se doit faire à la S[ain]t Martin prochaine[.] Il en est un des membres avec l’illustre Mr Ménage / et le celebre Mr Bernier[.]

J’aurois bien voulu faire quelque chose qui vous fust agreable en la • personne que vous m’avés fait la grace de me recommander [3], mais les ordres sont si precis pour l’empescher de voir le monde, que je n’ay pû luy parler, je puis seulement vous assurer que les medecins, et ce qui est necessaire pour sa subsistance ne luy manque[nt] pas[.] Il a une fievre etique qui demanderoit d’autres remedes que la captivité et la tristesse, j’entre dans la peine que vous cause sa disgrace,

L’esprit de curiosité est si peu repandu icy que ne pouvant rien vous dire po[ur] satisfaire les [ sic] vostre, je me contenteray de vous assurer qu’on ne peut rien ajouster à la passion avec laquelle je suis Monsieur vostre tres humble et/ tres obeissant servite[ur]
Chotard

Je laisse à monsieur l’ ab[b]é Pelletier à vous repondre sur la maniere honneste avec laquelle vous avez receu son Histoire de Chypre [4] et la bonne opinion que vous voulez marquer que vous en avez[.]

Notes :

[1Sur l’abbé Louis-Antoine Le Peletier, auteur de la traduction d’un ouvrage de Gregorio Leti, voir Lettre 461, n.1. La lettre de Bayle à Chotard est perdue.

[2Sur l’Académie royale des belles-lettres d’Angers, fondée le 10 juin 1685, voir Académie d’Angers. Actes du troisième centenaire, 1685-1985 (Angers 1987). Elle devait être supprimée en 1793 et renaître en 1828.

[3Bayle est en contact avec Chotard, receveur général du convoi de Bordeaux, depuis le mois d’août de cette même année : voir Lettre 461. Dans la lettre perdue à laquelle Chotard répond ici, Bayle lui demandait évidemment de se rendre utile auprès de Jacob, incarcéré au Château Trompette à Bordeaux depuis le 10 juillet : voir Lettres 438, n.1, et 439, n.1.

[4Bayle avait annoncé l’ Histoire de la guerre de Chypre, écrite en latin par Antoine Maria Gratiani, évêque d’Amelia, et traduite en françois par M. Le Pelletier, prieur de S. Gemme et de Pouencé (Paris 1685, 4°), dans les NRL, septembre 1685, cat. xi, et il revient en termes très élogieux sur cet ouvrage en octobre 1685, art. VII : voir Lettre 461, n.1 et 2.

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