Lettre 547 : Amélie de Dohna-Friesen à Pierre Bayle

A Payierne à l’Anta Dreson [1] [mars-avril 1686]

J’ai cru Monsieur que vous ne seriés pas faché que je vous prie de vouloir bien procurer quelque conoisance à Mr Barbarin [2] a fin qu’il trove dequoi supsister[.] Vous verrés les atestations qu’il a, s’est une chose admirable que de voir que le bon dieu ouvre les ÿieus au[x] Fransois dans un tamps, où l’on n’espargne rien pour les tirer dans le chemin de perdition[.] Mr Barbarin / m’asure fort qu’il n’a jamais esté d’Esglise, et qu’il ne cherchera pas d’abort une compagnie come le proselite que vous connoisés [3][.] Vous reverés bien tost mon frer[e] de Ferasieres [4] qui est revenu de Gresse tout couvert de lauri[ers] et le plus modeste du monde, je crois que ce voyiage luÿ a fait du bien de toute[s] les maniere[s.] Peut estre que j’aurai bientost moÿ mesme la satisfaction de vous aprandre des nouvesles / de toute ma familie, qui a toujous bien de la consideration pour vous[.] Je pretans estre une de seles qui an a le plus estant avec beaucoup de pasion vostre tres humble servante
Amelie de Dona

Voisi une lestre qui ne se devroit point adreser à Monsieur Beile de Roterdam, mais il est bien juste que vous essuÿiés quelque chose de mechant pour gouter mieux se qui est jolÿ [5][.]

 

A Monsieur/ Monsieur Beile profeseur/ an filosofiÿe/ A Roterdam •

Notes :

[1Amélie de Dohna-Friesen, qui avait épousé Henri, comte de Frise et gouverneur de Landau, séjournait au village de Payerne, proche d’Avenches, dans la plaine de la Broye dans le canton de Vaud, près de la frontière de Fribourg, entre les lacs de Neuchâtel et de Morat. Nous n’avons su localiser ni même interpréter « l’Anta de Dreson » : il s’agit peut-être de la transcription phonétique d’un nom de propriété.

[2Sur Amélie de Dohna, fille aînée du comte Frédéric de Dohna, voir Lettre 23, n.2. Elle recommande à Bayle M. Barbarin, qui semble être un catholique converti ; son nom ne figure pas parmi ceux qui comparaissent alors devant le consistoire de Rotterdam pour abjurer le catholicisme ; il réapparaît dans la Lettre 585. 

[3Nous ne saurions identifier ce « prosélyte ». Pour une analyse de la situation des ecclésiastiques catholiques convertis au protestantisme à cette époque, voir D. Boisson, Conscience en liberté ? Itinéraires d’ecclésiastiques convertis au protestantisme (Paris 2008).

[4Johann-Friedrich de Dohna Ferrassières, fils puîné de Frédéric de Dohna, s’était perdu de réputation en 1684 par ses « débauches » à La Haye : voir Lettres 260, p.73, 261, p.84, et 339, p.105. Il s’était apparemment refait une santé physique et morale en Grèce.

[5Il s’agit sans doute d’une allusion modeste à son écriture défectueuse dans une lettre adressée à un connaisseur de la meilleure littérature.

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