Lettre 552 : M. van Holt à Pierre Bayle

A Nantes le 20 e avril 1686

Monsieur

Ce n’a pas tant esté la multitude des affaires dont j’ay eté acablé depuis mon retour d’Hollande [1] que la crainte de vous divertir de vos occupations qui m’a empesché d’avoir l’honneur de vous assurer de mes respects et combien j’ay d’estime pour votre merite dont je fais un cas tout particulier[ ;] j’en ay toujours fait l’eloge dans toutes les occasions qui se sont presenté[e]s, et particulierement avec Mons[eigneur] l’ evesque de Lavaur autrefois / le celebre abbé Flechier [2] ; je l’eusse bien voulu engager dans les interests de votre Republique des lettres [3]. S’entend pour la faire entrer teste levée en France, car pour l’aprobation il la luy donne toute entiere[ ;] je croy que cela eut eté bien facile sans cette nouvelle recherche sur la religion [4], quand elle sera assoupie, je croy qu’on en viendra à bout ; j’en ay icy deux exemplaires dont j’en preste un à tous les gens de bon goust. Je me regleray doresnavant suivant vos decisions sur le chois de mes livres je voudrois bien avoir tous les votres, j’en ay quelqu’uns mais il peut en avoir qui me manquen[t.] Lors que vous en feres imprimer obligés moy de me les faire envoyer ; j’avois ecrit à Mons. / Leers pour avoir toutes les gazetes du celebre Lafond [5] ; lorsque vous le verrés je vous prie de ne luy pas refuser votre secours dans cette recherche et celle des lardons* [6][,] je ne vous explique point ce que c’est car vous le scavés mieux que moy. Je vous conjure de nous donner quelquefois de vos nouvelles qui me seront toujours tres cheres, et de me donner un peu de part dans votre estime ; je vous la demande et l’honneur de votre amitié que je tacheray de meriter par tout le respect et l’atache avec laquelle je serai Monsieur votre tres humble et tres obeissant serviteur
Van Holt

Mes seurs et mon epouse vous presentent leurs respects. •

Notes :

[1De M. van Holt nous ne savons rien au-delà des indices fournis par la présente lettre : c’est un catholique de Nantes en relation avec Esprit Fléchier.

[2Esprit Fléchier (1632-1710) avait succédé à Charles Le Goux de La Berchère comme évêque de Lavaur en 1685 ; il ne devait rester à la tête de ce diocèse que deux ans, étant nommé évêque de Nîmes en 1687. Voir E. Crayol, « Notes sur Mgr Esprit Fléchier, évêque de Lavaur (1685-1687) », Bulletin de la Société historique et archéologique du Tarn, 2 (1929), p.191-200.

[3Allusion au périodique de Bayle, les NRL, qui était officiellement interdit de diffusion en France : voir Lettre 383, n.4.

[4La révocation de l’édit de Nantes, qui a entraîné une sévérité accrue dans l’examen et la censure des écrits des huguenots.

[5Sur la Gazette d’Amsterdam, rédigée par Jean Alexandre de La Font, voir Lettres 89, n.89, et 376, n.4 ; sur les Nouvelles extraordinaires de divers endroits (ou Gazette de Leyde) rédigées par La Font entre 1677 et 1685, voir Lettres 359, n.6, 376, n.5.

[6Sur les lardons, feuillets hebdomadaires satiriques, voir Lettre 260, n.3.

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