[Rotterdam, le 17 septembre 1692]

Au très illustre et très érudit Almeloveen, Pierre Bayle adresse ses compliments.

Pardonnez-moi, je vous en prie, très cher et très fidèle ami, mon trop long silence, et ne me plaignez pas parce que pour des raisons de santé il ne m’a pas été possible de jouir de votre présence alors que vous étiez disposé à faire mon bonheur en venant chez moi [1]. Je ne souffrais même pas d’une de ces maladies graves ou qui sont souvent de durée mais de celle qui est de nature à me rendre pénible tout entretien, c’est-à-dire ce que vous appelez migraine, à quoi j’ai été fréquemment sujet depuis l’enfance. Cela ne m’a jamais tourmenté à un moment aussi incommode et aussi désagréable que récemment en m’empêchant de vous embrasser et de profiter de l’agrément de votre conversation. Puissiez-vous plaindre mon sort.

Maintenant je dois vous rendre grâces pour le poème où notre Muhlius a écrit si élégamment sur ce magnifique festin auquel j’ai pris part [2]. Je ne doute pas que les amis attesteront du tour agréable de son esprit ; je leur en ai envoyé tout de suite une copie avec votre lettre. Muhlius m’a été fort recommandable par le passé et, au titre de la poésie, il devient maintenant bien plus cher et digne de réputation. Je vous aurais envoyé depuis longtemps les Vies des jurisconsultes [3] que par obligeance vous avez mises à ma disposition. Mais j’ai craint d’encourir quelque note de rusticité si je n’attendais pas une occasion où vous puissiez les recevoir sans aucune dépense de votre part. Mon intention est de confier cette commission à Monsieur de Mey qui trouvera plus vite que moi une occasion favorable.

On m’a répondu de Londres qu’il ne faut rien attendre des pages manuscrites de Colomiès [4] mais que le très éminent Monsieur Gale [5] a beaucoup de choses sur Quintilien [6] qu’il vous communiquera si vous les lui demandez personnellement. Faites donc en sorte de lui demander personnellement ce service. D’après ce que j’ai entendu dire, votre lettre et vos demandes seront les bienvenues chez lui.

Vivez éternellement dans la certitude de mon intime et sincère amitié et soyez toujours mon ami comme vous l’avez été jusqu’ici.

Donnée à Rotterdam le 17 septembre 1692.

 

A Monsieur / Monsieur Almeloveen / docteur en médecine / à Tergou

Notes :

[1Voir la lettre d’ Almeloveen datée de la veille à laquelle Bayle répond : Lettre 885.

[2Ce poème de Muhlius est perdu : il portait sur la réunion chez Almeloveen du mois de juillet : voir Lettres 878 et 885.

[3Sur cet ouvrage de Leickher, voir Lettres 872, n.7, 876, n.8, et 881, n.2.

[4Sur la quête d’ Almeloveen des manuscrits de Colomiès, voir Lettre 876, n.4.

[5Sur Thomas Gale, éditeur d’ Hérodote et secrétaire de la Royal Society de Londres, voir Lettres 395, n.14, et 533, n.4.

[6Sur Thomas Gale, éditeur d’ Hérodote et secrétaire de la Royal Society de Londres, voir Lettres 395, n.14, et 533, n.4.

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