[Gouda, le 16 juillet 1694]

A Pierre Bayle à Rotterdam

Notre Beughem a voulu que je vous salue très chaleureusement et que je vous demande de lui envoyer pour son usage personnel, si vous l’aviez, la bibliothèque cordésienne de Naudé [1], la bibliothèque slusienne de Deseine [2] et le catalogue de la bibliothèque de Le Tellier [3], si j’ai interprété correctement son écriture qui est un peu difficile à lire. Je n’ai pas d’argent d’ailleurs et je les aurais volontiers ajoutés à l’introduction de Vogler récemment sortie avec les notes de Meibom [4] que je ne tarderai pas à lui envoyer. C’est en effet une lecture de l’histoire littéraire qui la présente dans sa totalité et plus que ses autres ouvrages me semble particulièrement utile et commode.

Que votre ouvrage [5] avance à grande allure je n’en doute nullement puisque par votre présence en personne vous pourrez poursuivre les imprimeurs et faire beaucoup plus attention à leur activité si vous ne vous détournez d’aucun engagement public.

Le très éminent Carpzovius a orné et enrichi le contenu de ma bibliothèque par l’addition de poésies d’Auguste Buchner jamais publiées [6], de l’opuscule de Huet sur le paradis terrestre [7] et des lettres de Hermann Conring à Ferdinand, évêque de Paderborn et à Baluze avec des réponses au-devant desquelles Melchior Smidius a mis sa vie de Conring [8]. <Je corrigerai> [c’est] <Carpzovius> [qui] a ajouté la défense du nom germanique contre certains détracteurs gallois [9] aussi bien que l’oraison funèbre d’ Ulrica Eleanor, reine de Suède [10] ; de <tout> cela vous pouvez faire usage, si vous le désirez, auquel cas faites-le-moi savoir.

Le très éminent Monsieur Bernard, professeur à Oxford [11], m’a envoyé des portraits d’ Isaac et de Méric Casaubon [12] dessinés au crayon rouge ; il n’aurait certainement pas pu me faire un cadeau plus à mon gré. Quant à savoir si notre Leers a pris le chemin de Paris, je ne le sais pas [13]. <Je n’ai pas encore regardé si Chauvin a porté nos Amœnitates sur ses Acta gallica [14]>.

Adieu, Homme très distingué et gardez le souvenir de votre très affectueux Almeloveen. Saluez, s’il vous plaît, de ma part, Basnage, Lufneu [15] et Mey [16].

Donnée à Gouda le 17e jour avant les Calendes d’août 1694.

Notes :

[1Le catalogue des quelque six mille livres de la bibliothèque de Jean Descordes (ou Des Cordes) (?-1643), chanoine de Limoges et traducteur de Pietro Sarpi, qui porte en tête un éloge de Descordes par Naudé : Bibliothecæ Cordesianæ catalogus, cum indice titularum (Parisiis 1643, 4°). Naudé avait acheté pour Mazarin la bibliothèque à la mort de Descordes et en avait dressé le catalogue des imprimés.

[4Sur cet ouvrage, voir Lettre 904, n.2.

[5Le DHC.

[6Auguste Buchner, Kurtzer Weg-Weiser zur Deutschen Tichtkunst (Jehna 1663, 8°).

[11Edward Bernard (1638–1696), professeur d’astronomie à Oxford, éditeur de Flavius Josèphe : voir Lettre 75, n.8.

[12Sur Isaac Casaubon, voir Lettre 11, n.46 ; sur son fils Meric Casaubon, voir Lettre 880, n.5.

[13Sur le voyage de Leers à Paris en juillet 1694, voir Lettre 985, n.3.

[14Almeloveen s’inquiète du sort de son propre ouvrage Amœnitates theologico-philologicæ, in quibus varia S. Scripturæ loca ; ritus prisci, et inedita quædam Erasmi, Bocharti, Baudii, Scriverii, J. de Laet, etc. eruuntur. Subjuciuntur epigrammata et poemata vetera, ut et plagiariorum syllabus altero, tanto auctior (Amstelædami 1694, 8°). Il se demande en particulier si Chauvin en a publié le compte rendu dans son périodique, Nouveau journal des savants dressé à Rotterdam (sur ce périodique, voir Lettre 970, n.14), ce qui n’est pas le cas.

[15Sur Herman Lufneu, médecin qui allait devenir le chirurgien de la ville de Rotterdam en 1694, voir Lettre 879, n.2.

[16Sur Willem de Mey (?-1709), fils du ministre de Gouda, juriste et conseiller municipal de Rotterdam, voir Lettre 851, n.5.

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