Lettre 368 : Jean-Paul de La Roque à Pierre Bayle

A Paris ce 15 d[é]ce[mbre] 1684

• Je voudrois avoir une demy douzaine de journaux à vous envoyer pour repondre à l’ honnesteté* avec laquelle vous m’avez regalé d’autant des vostres [1] Monsieur, mais comme depuis la S[ain]t Martin je n’en ay fait qu’un qui puisse meriter qu’on vous en fasse part, les deux autres ne contenant quasi qu’un catalogue de livres ou la table des matieres[,] je n’ay pas crû qu’il fallut vous en fatiguer. Au reste Monsieur vos Nouvelles du mois d’octobre vous ont attiré sur les bras un ennemi auquel vous ne vous attendiez pas. C’est l’auteur du Mercure galant, qui n’ayant plus d’ennemi en teste depuis qu’on luy a defendu de répondre aux lardons* [2], veut se rendre recommandable par les reponses / aux critiques que vous ferez. Je luy abandonne celle qui luy tient au cœur sur l’ Histoire du grand vizir [3], dont je n’ay pas voulu parler pour n’estre pas obligé d’en dire, ce que vous en avez dit, mais pour les autres je luy ay fait dire le fameux mot de ne sutor ultra crepidam [4] nous verrons ce qu’il en fera aussi bien que du dessein de plusieurs de nos libraires de contrefaire icy vos journaux sous pretexte d’en faire venir quelque nombre. Je tâcheray d’empecher qu’on ne rende cette injustice à vostre libraire, et je les donneray plustot dans mes journaux comme vous me faites l’honneur de mettre quelquefois quelques uns de mes extraits dans les vostres. Cet empressement du public pour vos ouvrages vous est une grande marque de son approba- / tion : je vous assure Monsieur que je la vois du meilleur cœur du monde et que je tâche de vous la procurer par tout de toutes mes forces. Vos amis peuvent me rendre justice la dessus et vous me la rendrez parfaite si vous estes persuadé qu’on ne peut vous honorer ni vous estimer plus que vostre tres humble et tres obeissant serviteur.

 
De La Roque

Monsieur/ Pour/ Monsieur Bayle auteur des/ Nouvelles de la republique/ des lettres/ A Roterdam

Notes :

[1Bayle avait lancé ces échanges avec l’ abbé de La Roque, directeur du Journal des sçavans, en août 1684 : voir la Lettre 325.

[2Sur l’interdiction imposée à Donneau de Visé de répondre aux lardons, voir Lettre 366, n.5.

[3Sur le compte rendu par Bayle, dans les NRL, octobre 1684, cat. viii, du roman de Jean de Préchac, Cara Mustapha grand visir, voir Lettre 366, n.4.

[4« sutor, ne supra crepidam », voir Pline, Histoire naturelle, 35-36 : « cordonnier, pas plus haut que la chaussure », proverbe qui s’adresse à ceux qui veulent juger de ce qui dépasse leur compétence.

Accueil| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | icone statistiques visites | info visites 263970

Institut Cl. Logeon