Lettre 1367 : Pierre Bayle à Pierre Silvestre

[Rotterdam, le 6 juin 1698]

Jugeant de vous par moi meme je suis persuadé Monsieur que notre amitié n’a point besoin pour se conserver dans toute sa force, du secours ou de l’aliment d’un commerce epistolaire. Sans vous l’avoir dit ni ecrit il y a long tem[p]s, je trouve que les sentimen[t]s d’estime et d’amitié que j’avois pour vous quand vous etiez en ce pays sont aussi vifs qu’en ce tem[p]s là. Je me flat[t]e que vous m’aimez comme alors quoi que vous ne m’en asseuriez pas par vos lettres.

Plein de cette confiance, je me donne l’honneur de vous ecrire aujourd’hui pour vous prier de temoigner à Monsieur l’abbé Du Bos que mes bons amis deviennent facilement les votres. Au reste je ne vous ferai pas le detail de son merite ; je me contente de vous marquer son nom qui est si / avantageusement marqué dans le Menagiana, et d’ajouter que la dissertation qu’il a publiée des quatre Gordiens a montré au public de quelle maniere il sait develop[p]er* les antiquitez par le moien des medailles, et par le raisonnement sur les passages des auteurs. Vous ferez bientot la decouverte de son merite ; quand vous auriez aussi peu de discernement que vous en avez beaucoup et du plus fin, cette af[f]aire là vous seroit la plus aisée du monde.

Il passe en Angleterre pour y voir un pays qui est aujourd’hui si celebre par tout le monde entre autres choses du coté de l’erudition. Vous pouvez Monsieur lui etre d’un grand secours, pour lui donner les ouvertures necessaires dans une grande ville, dont vous savez si bien la carte et où votre merite si brillant vous a fait tant d’amis, et de connoissances / et quand je songe à l’honneteté, et à la civilité qui vous est naturelle, je suis seur que vous vous ferez un plaisir tout particulier de bien faire les honneurs du pays en faveur d’un etranger Francois comme vous, et d’un tel merite. Je prevois Monsieur que vous serez bien tot bons amis et pleins d’une estime reciproque vous et Monsieur l’abbé Du Bos, et je me féliciterai de cela toute ma vie, et vous aurai une extreme obligation de tout ce que vous voudrez faire en consequence de ce billet que je finis en vous assurant qu’on ne peut pas etre avec plus d’attachement que moi votre tres humble et tres obeissant serviteur

Bayle

à Rotterdam le 6 e de juin 1698

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