Lettre 1598 : Pierre Bayle à Mémoires de Trévoux

[Rotterdam, le 28 avril 1703]

Examen de quelques endroits des Essais de littérature

du mois d’avril 1703

 

On a vû dans l’article sixiéme du mois de janvier 1703 de ce journal [1], que l’auteur des Essais de littérature fut averti de relire son manus- / crit, et les épreuves de l’imprimeur avec attention, parce qu’il lui échap[p]oit des négligences qui ne pouvoient proceder que d’un esprit qui étoit ailleurs qu’où ses yeux le devoient fixer. On lui en donna pour exemple d’avoir dit que Postel, né en 1477 étoit mort presque centenaire en 1581 [2].

I. Il répond dans sa préface du mois d’avril 1703 qu’à la vérité cette faute est demeurée jusques icy dans le Morery [3], mais qu’il ne suit point un tel guide : que son manuscrit portoit que Postel etoit né environ l’an 1487 et il ajoûte que s’il remarque cela, c’est principalement pour établir une sûre époque de la naissance de Postel. Je lui réplique 1° qu’il y a entre son article de Postel, et le Postel du Morery, une si grande conformité, comme on le peut voir par le parallele que Mr Pelhestre en donne [4], que selon toutes les apparences il a copié du Morery la faute en question. Cette conformité s’étend jusqu’à des defauts cachez, que je pourrois bien indiquer, mais la crainte d’être trop long m’en empêche. 2° Qu’il n’a marqué cette faute dans nul des errata qu’il a donnez en si grand nombre. 3° Que le terme environ n’est nullement propre à donner une certitude précise. 4° Que l’auteur observe dans la page suivante que Postel nâquit précisement en 1585 (il vouloit dire 1485). Il se seroit donc trompé quand même son manuscrit auroit été tel qu’il le sup[p]ose. 5° Que s’il y a mis environ l’an 1487[,] il a eu grand tort de dire que Postel eût eu 23 années à la fin de ce siécle-là, mais non pas s’il n’en avoit eu que 13 [5].

II. Un peu plus bas, on nous dit que l’ Histoire de la ville de Thoulouse par Mr de La Faille [6], donne de grands éclaircissemens sur la question, si le president Duranti est le veritable auteur du livre De Ritibus. C’est ne pas comprendre la note qui a été a- / joûtée à l’édition de ces Essais en Hollande [7]. Mr de La Faille [8] éclaircit tres bien ce qui concerne la vie et la mort de ce president, mais il n’examine point cette question-là.

III. L’erreur sur l’édition de Pasquier 1617 est si visible qu’on auroit dû en convenir ingenument [9]. Voici les paroles des Essais, cette édition est enfin meilleure que celles qui l’ont précédée, en ce que l’auteur qui vivoit encore, y ajoûta plusieurs choses. Prétendre que cela ne veut dire si ce n’est qu’elle fut faite sur le manuscrit [10] nouvellement corrigé par l’auteur, mais qui étoit mort avant que l’on l’imprimât, c’est vouloir qu’on donne aux termes de nôtre langue un sens tout à fait contraire à l’usage et à la raison.

IV. L’auteur tombe dans la même faute un peu aprés ; car il veut que ces paroles, il y a eu de l’Institution de Calvin cinq éditions [11], ne veulent pas dire qu’il n’y en a pas eu davantage, et que quand on compte les éditions de 1535, de 1539, de 1543, de 1544 et de 1550 et qu’on ajoûte qu’en 1558 l’auteur revit son ouvrage et le divisa en 4 parties, on n’articule pas six éditions, quoi qu’il soit certain que l’ouvrage fût rimprimé sur cette nouvelle revision.

V. Sur la fin de la preface l’auteur prétend que si l’on examine de près et sans préjugé ses termes[,] l’on verra clairement qu’il n’a pas voulu dire que Louis XII vivoit en 1522[,] véritable date de l’ Apologie de Merlin [12]. Examinons les ainsi, et nous verrons ce que le lecteur en jugera.

Voici les termes de l’auteur dans ses Essais de novembre 1702. pag. 305. Merlin fut obligé de publier en 1522 une Apologie pour defendre son ouvrage et pour en empêcher la suppression que toute la Faculté déchaînée contre lui, sollicitoit avec une ardeur extraordinaire [...] C’est cette Apologie qui sauva en partie l’édition de Merlin [...] Le Pere Parvy d’ail- / leurs la defendit vigoureusement, autant par une savante dissertation qu’il fit en faveur d’Origene et qu’il joignit à l’ Apologie de Merlin, que par le credit qu’il avoit dans le conseil de Louis XII dont tous les ministres opinoient à la suppression pour appaiser la Faculté qui faisoit un bruit extraordinaire. Pour peu qu’on entende le françois, on voit clairement que ces paroles signifient que deux causes empêcherent la sup[p]ression ; que l’ Apologie de Merlin fut l’une de ces deux causes ; que la dissertation du Pere Parvy, jointe à cette Apologie, et son credit dans le conseil de Louis XII furent l’autre cause ; et que cette sup[p]ression étoit demandée par la Faculté avec une ardeur et avec un bruit extraordinaire dans le tems que Merlin publia son Apologie. S’il est donc vrai que cet ouvrage, et la dissertation du Pere Parvy soutenuë de son crédit dans le conseil de Louis XII arreterent les clameurs de la Faculté, il faut que Louis XII ait vécu en 1522. Si cette conséquence n’étoit pas juste on ne sauroit plus se fonder sur les loix de la grammaire, ni sur l’usage des langues reçu et autorisé généralement.

Voilà pour la préface : passons au corps du livre.

VI. Le premier article qu’on y rencontre concerne un ouvrage intitulé Illustres contemplationes de anima [13]. L’auteur des Essais n’en marque ni l’année de l’impresson, ni la forme, ce qui est un signe qu’il ne l’a point vû, et néanmoins il assûre qu’il a préféré l’édition de Venise, parce qu’elle fut augmentée. Il n’en donne aucune analyse, mais selon son peché dominant il abandonne l’ouvrage, et ne s’attache qu’à l’auteur qui est Cremonin, dont il dit beaucoup de choses la plûpart connuës de tout le monde, puisqu’elles sont dans les dictionnaires historiques ou dans le Naudæana [14]. Il en ajoûte une, qui assûrement est anecdote, savoir que Cremonin (pag. 241-242) quoi qu’ athée s’est caché sous la figure d’un dévot / et sous le manteau d’un docteur catholique, qu’il a trompé toute l’Italie par l’eclat et le faste de sa pieté pretenduë, qu’il cachoit si finement son jeu qu’il passoit en ce païs-là pour un saint, et un saint à revelation, qu’il parloit de la religion en homme inspiré, et dans les termes du monde les plus mystiques : qu’aussi le croyoit-on le plus grand contemplatif de delà les Monts. Je conjecture que ce n’est là qu’une paraphrase de ces mots du Naudæana, nihil habebat pietatis et tamen pius haberi volebat [15]. Je serai detrompé agreablement si l’on me cite quelque auteur qui ait dit que Cremonin passoit pour un saint à revelation etc.

VII. Je voudrois bien aussi qu’on citât quelque ecrivain qui ait dit de Pierre Martyr le Milanois [16] (on ne veut pas dire qu’il étoit de Milan mais du duché de Milan) toutes les choses que l’auteur des Essais (p.255 et suiv.) en conte. Il le louë trop, c’est un de ses pechez dominan[t]s : il ne prend pas garde que par la lecture des lettres de ce Milanois, on peut aisement connoître qu’elles ne sont pas en bon latin. Ferdinand et Isabelle, dit-il, lui confierent l’éducation de leurs enfans dont Vasée dans sa Chronique d’Espagne dit qu’ils furent très conten[t]s. Vasée prétend qu’il y eut quelque chose dans les Decades de Pierre Martyr qu’on ne trouva pas conforme à la doctrine de l’Eglise romaine, que cela lui fit des affaires. Sur cela l’auteur des Essais s’efforce de le justifier : peine inutile qu’il se seroit épargnée s’il avoit lû l’auteur qu’il cite, car Vasée dit seulement qu’il y avoit des gens qui censuroient certaines choses dans les Decades de Martyr comme suspectes de fausseté (Vasæus, Chron. Hisp. cap. 4. paginam 22). In iis ( Decadibus) a quibusdam tanquam suspectæ fidei reprehenditur in nonnullis. Cela veut dire non pas que la foi de l’auteur entant que catholique romain étoit suspecte, mais en qualité d’historien. Vasée lui donne la qualité de précepteur des pages de Ferdinand et d’Isabelle, non pas celle de precepteur de leurs enfans. Puerorum nobilium catholicorum regum præceptor. Ces deux fautes ont été copiées de Vossius [17].

VIII. Nôtre auteur en retractant ce qu’il avoit dit de Benjamin Priolo prétend qu’il s’étoit trompé en partie pour avoir suivi Mr Bayle [18]. Il est certain qu’il y avoit dans le Dictionnaire critique deux choses touchant Mr Priolo qui ont eu besoin de reformation [19]. On avoit avancé la premiere comme tirée du Sorberiana qu’on avoit cité à la marge, et dont on avoit rap[p]orté les paroles en caracteres italiques. L’autre avoit été debitée simplement comme un oüi-dire. L’auteur des Essais, s’il étoit exact, n’allegueroit point ici Mr Bayle, mais Mr Sorbiere, puis que Mr Bayle a declaré plusieurs fois et nommement dans sa preface [20], qu’il ne garantissoit que la fidelité de ses citations, mais non pas les faits, que s’ils étoient faux, il s’en fal[l]oit prendre non pas à lui mais aux auteurs qu’il citoit ; que n’aiant pas toûjours des preuves de leurs erreurs, il ne les refute que quand il en a. J’ajoûte que l’auteur des Essais ne suit Mr Bayle ni à l’égard de l’oüi-dire, ni à l’égard du Sorberiana, comment donc se pourroit-il excuser sur lui ? Il s’étoit glissé, continuë-t-il, une faute d’impression qui concerne la naissance et le mariage de Mr Priolo : tout ce qui est dit sur ce sujet regarde le pere de l’historien, et non pas l’historien lui même comme le dit Mr Bayle que j’ai suivi (Essais d’avril, page 291). Tout cela est faux : Sorbiere cité par Mr Bayle parle de la naissance du pere de l’historien, et non pas de celle de l’historien, et ce qu’il dit du mariage de celui-ci est vrai, et par consequent l’auteur desavouë comme une faute ce qui n’est point une faute. On en sera moins surpris quand on saura qu’il s’est retracté d’une chose, (savoir que Mr. Priolo fût mort à l’Hotel-Dieu de Lion), qu’il n’avoit point dite, et / que même il avoit niée. Enfin l’on doit avertir l’auteur des Essais, qu’il ne seroit point excusable quand même il auroit copié fidelement le Dictionnaire critique. Il doit savoir que dans la Republique des Lettres c’est s’exposer à la honte que de suivre les fautes d’une premiére édition [21], si elles ont été corrigées dans une autre. La 2 e édition du Dictionnaire critique où l’article « Priolo » est si ample, et si bien rectifié, est la seule qu’il ait dû suivre. S’il se croit permis de marquer les fautes de la premiére, il est obligé en même tem[p]s de faire savoir au public si elles ont été corrigées ou non dans la seconde. Il ne peut se departir de cette regle sans faire voir qu’il ignore le metier de bon critique. Je ne remarquerai point qu’il a parlé de l’ Histoire de Mr Priolo sans l’avoir veuë : il en a falsifié (Essais de janvier, p.64) le titre, et il a dit que l’édition de Leipsic a l’avantage d’une plus belle impression. Rien moins que cela : son avantage consiste en toute [ sic] autre chose, comme il eût pû l’ap[p]rendre dans le Dictionnaire de Mr Bayle à la premiere édition même [22].

IX. Il assure (Essais d’avril, p.302) que Fauchet qui connoissoit si bien les veritables auteurs des pieces anonymes, a toûjours attribué à Abelard le Roman de la rose, et que La Croix du Maine est du même sentiment. Neanmoins, Fauchet (page 198 et suiv. de son Recueil des poëtes françois) asseure et prouve que ce roman fut commencé par Guillaume de Loris et achevé par Jean de Meun [23]. La Croix du Maine le dit aussi en deux endroits [24]. On prie l’auteur des Essais de citer la page du livre où ces deux auteurs l’ont donné à Abelard. Voions comment il refute la raison que Mr Bayle avoit tirée du silence d’ Heloïse [25] : il ne trouve aucun inconvenient dans ce silence, qui lui paroît même plus convenant à ces mysteres de tendresse, et sur tout à la conjoncture où ces deux aman[t]s / se trouvoient. Abelard, ajoûte-t-il, par le detour qu’il prenoit, faisoit assez connoître qu’il ne vouloit être entendu que par Heloïse. Cette maniere de refuter une raison est trés-mauvaise, car c’est la considerer comme si c’étoit une raison fondée generalement parlant sur le silence d’Heloïse, au lieu qu’elle est determinée à des circonstances decisives par un long passage de cette femme que Mr Bayle venoit de rap[p]orter, où elle expose à Abelard les marques qu’il lui avoit données de son amour, et qui faisoient voler son nom par toute la France. Eût-elle oublié de lui representer ce qu’il eût dit dans ce roman ? C’étoit à lui qu’elle écrivoit : le public ne voioit point ses lettres.

X. L’auteur page 304 dit que nous avons une traduction latine du roman d’Heliodore composée par Stanislas Warscheiriczi et non pas Warsceiwiczki comme l’écrit Mr Bayle. Mr Bayle a écrit ce nom Vuarscheiwiczki lettre pour lettre comme il se trouve dans l’epitome de la Bibliotheque de Gesner page 320 de l’édition de Zurich 1583 [26]. Il a preferé cette orthographe à celle de Warscheivisck qui est à la page 763 du même livre, car il voioit que ceux qui ont latinisé ce nom-là d’une maniere un peu douce, nomment cet auteur (Simon Starovolscius p.121. Elog. centum Polonor.) Varsevicius, ou (Alegambe, p.424) Warzavicius, ou Varsevitius, ce qui prouve que la terminaison polonoise n’étoit pas riczi mais wiczki. Dans la 2 e édition du Dictionnaire critique on a mis Warszewiczki par le conseil du correcteur d’imprimerie, Polonois de nation [27].

XI. Que s[aint] Antonin et Melin de Saint Gelais aient cru qu’ Heliodore aima mieux renoncer à son évêché que de consentir à la sup[p]ression de son roman, n’est pas un juste sujet de dire que ce n’est pas le seul Nicephore qui dit la chose [28] . C’est ainsi qu’il fau- / droit parler si des gens anterieurs à Nicephore, ou ses contemporains l’avoient dite. Mais si l’auteur n’a pas jugé à propos de détailler les preuves et les témoignages incontestables sur quoi Melin de Saint Gelais assuroit cela, parce que la brieveté de l’article ne le lui permettoit pas, il est prié d’en faire un article exprès à l’avenir. Rien ne convient mieux à son dessein que de telles anecdotes.

XII. Il dit pag[e] 306 qu’il y a des gens qui ont pris Longus auteur des Amours de Daphnis et Chloë pour Velius Longus qui a écrit sur Virgile, et duquel Aurelius Arcadius Charisius ce docte jurisconsulte nous a fait une si honorable mention dans son commentaire sur Lucrece. Je suis fort trompé si ceci n’est pris de l’épitome de Gesner [29] où l’on trouve ces paroles pag[e] 812. Velius in Lucretium à Charisio citatur, ce qui veut dire non pas que Charisius dans son commentaire sur Lucrece ait fait une si honorable mention de Velius Longus, mais qu’il a cité le commentaire que Velius Longus a fait sur Lucrece. Or ce Charisius n’est point le jurisconsulte Aurelius Arcadius Charisius dont l’abrégé de Gesner parle pag[e] 94[,] mais le grammairien Flavius Sosipater Charisius dont il est parlé pag[e] 233 du même a- / brégé [30].

Voilà les principales fautes que j’ai observées en parcourant les Essais de littérature de ce mois. On en trouve beaucoup de semblables dans les Essais preceden[t]s. Mr Pelhestre ne manquera pas de les decouvrir [31], et je souhaite qu’il le fasse d’une maniere à ne pas decourager l’auteur. Je suis si éloigné de souhaiter que les Essais tombent, que j’ap[p]réhende que cela ne leur arrive. On peut obvier à ce malheur en travaillant avec plus d’exactitude, et en prenant plûtôt le parti d’avoüer la det[t]e que de chercher de prétenduës justifications qui soient de nouvelles fautes : à quoi l’on doit ajoûter quelques autres cho- / ses dont on a été averti, et le soin de n’imputer pas aux auteurs que l’on critique ce qu’ils n’ont point dit. C’est ce que je prie l’auteur de bien peser quand il lira ce mémoire.

Le 28 e d’avril 1703.

Notes :

[1] Voir les Mémoires de Trévoux, éd. Amsterdam, janvier 1703, art. VI : « Remarques générales sur les Essais de littérature que l’on publie tous les mois à Paris depuis le mois de juillet 1702 » : lettre de Bayle sans indication du nom de l’auteur, qui constitue notre Lettre 1587. Les remarques de Bayle dans la Lettre 1587 et dans la présente lettre font l’objet d’une réponse de « l’abbé d’H... » datée de Montpellier le 24 août et publiée en tête des Essais de littérature du mois d’octobre 1703. Bayle suit de si près le texte de Tricaud, les lettres anonymes adressées (par lui-même) aux Mémoires de Trévoux et les annotations de l’édition des Essais de littérature faite à La Haye, que l’attribution de ces annotations à Bayle lui-même paraît très plausible : il s’attache à démontrer que l’érudition fort obscure de Tricaud repose sur des approximations et sur des informations de seconde main – préoccupation primordiale de Bayle dans le domaine de l’historiographie. Dans la préface des Essais de littérature, 15 avril 1703, tome II, éd. La Haye, Tricaud attribue ces critiques à « un sçavant de Hollande, dont le nom est fort connu parmi les gens de Lettres » : il semble bien supposer que Bayle en est l’auteur. Cependant, une allusion de Bayle à une erreur dans les notes de l’édition de La Haye semble arguer en sens inverse : voir Lettre 1599, n.4 et 5.

[2] Voir Lettre 1587, p.519.

[3] Cette erreur est corrigée par la suite dans le Grand dictionnaire de Moréri, mais elle est remplacée par une autre : dans le Moreri de 1759, il est précisé qu’il mourut le 6 septembre 1581 à l’âge de soixante-seize ans, trois mois et neuf jours. La date de sa mort est exacte, mais il naquit dans le diocèse d’Avranches le 25 mars 1510 et mourut donc à l’âge de soixante et onze ans, cinq mois et douze jours.

[4] Voir les Mémoires de Trévoux, février 1703, art. XXXIV : « Observations sur les Essais de litterature dont on a parlé dans les mois de novembre et de décembre envoyées aux auteurs de ces Mémoires par Mr Pelhestre ».

[5] Notre texte est conforme à celui des Mémoires de Trévoux : il y a ici un lapsus ou sous-entendu : « non pas s’il avait dit qu’il n’en avoit que 13 ».

[6] Essais de littérature, avril 1703, Préface. La remarque de Bayle est fidèle au texte de Tricaud.

[7] Essais de littérature, éd. La Haye, art. X : « De Ritibus ecclesiæ, imprimé pour la première fois à Rome en 1591 » : « C’est* Jean-Etienne Duranty, premier president au parlement de Toulouse, qui est l’auteur de ce livre. [...] » (p.41). Note de l’éd. de La Haye : « *On dispute fort à Paris présentement sur le véritable auteur du livre De ritibus, etc. Il a paru un petit écrit de 16 pages où l’on prétend démontrer, que c’est Pierre Danés, qui en est l’auteur. On dit que Mr Dupin y répondra, si cela n’est déja fait. » Essais de littérature, ibid., p.46 : « Le Pere Martène n’est pas fondé à soutenir, que les trois livres De Ritibus de ce magistrat ne sont pas de lui ; mais de *Pierre Danès évêque de Lavaur son ami, après la mort duquel il acheta la belle bibliotheque, où ce Pere benedictin croit un peu trop legerement, que ce manuscrit se trouva. » Note de l’éd. de La Haye : « *La plupart des preuves de nôtre auteur [ Tricaud] ne prouvent rien contre ceux qui prétendent, que Duranty revit le manuscrit de Danès, et y fit des changemen[t]s pour pouvoir se l’ap[p]roprier. »

[8] Germain La Faille, Traité de la noblesse des capitouls de Toulouse (Toulouse 1668, 4°) : sur cet ouvrage, voir Lettre 149, n.21.

[9] Essais de littérature, août 1702, art. IV, éd. La Haye, p.79-83. Bayle cite fidèlement la formule de Tricaud, p.80.

[10] Notre texte est fidèle aux Mémoires de Trévoux, éd. Amsterdam, p.473 : il y a ici un lapsus ou un sous-entendu : « cela ne veut rien dire d’autre si ce n’est qu’elle fut faite sur le manuscrit... ».

[11] Essais de littérature, août 1702, art. VI, p.91 : « Addition à cet article mise à la fin du second Essai de l’édition de Paris ». Bayle cite fidèlement la formule de Tricaud.

[12] Essais de littérature, novembre 1702, art. I : « Opera Origenis, etc. Paris[iis] 1512. L’édition latine des ouvrages d’ Origene de la traduction de Jacques Merlin docteur en théologie. Paris[iis] 1512 », p.255-273. Dans l’édition de La Haye, on trouve la note suivante, p.258-259 : « On a remarqué dans les Mémoires pour l’histoire des sciences de janvier 1703 pag[e] 59 édit[ion] d’Amsterdam, que le Pére Parvy ne pouvoit soûtenir l’ Apologie pour Origéne publiée en 1522 par le crédit qu’il avoit à la cour de Loüis XII s’il est vrai, comme l’auteur le dit un peu plus bas, que Loüis XII mourut la nuit du 31 décembre 1514 au 1 er janvier 1515. »

[13] Essais de littérature, avril 1703, art. I : « Illustres contemplationes de anima. Venet[iæ] » (p.241-249).

[14] Naudæana et Patiniana (Amsterdam, François van der Plaats 1703, 12°), que Bayle venait d’éditer : voir Lettre 1530, n.19.

[15] Naudæana et Patiniana, éd. Pierre Bayle (Amsterdam, François van der Plaats 1703, 12°), p.56. Traduction : « Il n’avait aucune piété mais voulait qu’on le tienne pour dévot. »

[16] Essais de littérature, avril 1703, éd. de La Haye, p.255-264 : « Epistolæ de rebus Hispanicis, Petri Martyr[i]. fol[io] ». Tricaud cite explicitement l’article « Ochin (Bernardin) », rem. E et F, du DHC de Bayle, d’où la précision que celui-ci apporte à sa critique. En effet, à la place de l’article « Martyr (Pierre) », Bayle renvoie à un article « Vermilli » (tiré du nom de famille de Pierre Martyr, Vermigli), mais cet article n’a pas été composé. Les remarques pertinentes sur Pierre Martyr sont celles de l’article « Ochin ».

[17] Nous n’avons su découvrir la référence de ces deux « fautes » de Vossius.

[18] Essais de littérature, avril 1703, p.291 : « Je me suis trompé en parlant de Monsieur Priolo, pour avoir suivi des guides peu sûrs. Monsieur Bayle que j’ay consulté, et un capucin à present dans l’ordre de Saint-Benoît, qui a abusé de ma credulité, ont causé mon erreur, que je reconnois aujourd’huy par les memoires, que Monsieur Priolo le fils de l’historien m’a envoyés, et que je suis bien aise de rendre publics tels qu’ils sont, quoiqu’ils ne me soient pas fort avantageux ; pour rendre la justice qui est dûë à la memoire de feu Monsieur son pere. » Tricaud publie, en effet, une lettre de Priolo fils, « directeur des gabelles de la généralité de Picardie, à Amiens », du 20 février 1703 et celle que celui-ci avait adressée à Bayle le 20 mars 1699 (Lettre 1422).

[19] Voir le DHC, art. « Priolo (Benjamin) » et notre Lettre 1422 : après son échange avec le fils aîné de Priolo, Bayle avait corrigé son article dans le deuxième édition du DHC.

[20] DHC, première édition (1697), préface, §IV : « J’ai rapporté les erreurs de beaucoup de gens avec quelque liberté. N’est-ce pas une entreprise téméraire et présomptueuse ? La réponse à cette question seroit bien longue, si je ne m’en rapportois à ce que j’ai déjà dit là-dessus dans mon Projet. Je supplie mon lecteur d’y avoir recours. [...] J’ajoûte encore que quand il s’agit de ce qui n’est pas avantageux à la mémoire d’un homme, je ne m’en ren[d]s point garant, je ne fais que rap[p]orter ce que d’autres disent, et je cite mes auteurs. C’est donc à ceux-ci, et non pas à moi, que les parents doivent adresser leurs plaintes. [...] Ne croyez pas que je me vante de n’avoir rien dit que de vrai ; je ne garantis que mon intention, et non pas mon ignorance. » Bayle renvoie à son Projet, §VI, où il avait développé les mêmes arguments sur les citations et sur les erreurs des auteurs cités.

[21] Leçon de déontologie de la part d’un éminent citoyen de la République des Lettres, portant sur la nature même de la « critique ».

[22] Voir le DHC, première édition, art. « Priolo (Benjamin) », rem. G, sur la qualité de l’édition de Leipzig (1686) de l’ouvrage composé par Priolo : Conatus historici, autrement intitulé Benjamini Prioli ab excessu Ludovici XIII de rebus Gallicis Historiarum libri XII. Cette histoire de France a été « contrefaite trois fois dans les païs étrangers, une fois à Utrecht, et deux fois à Leipsic » (rem. F).

[23] Essais de littérature, avril 1703, p.302 sqq. : « Addition à l’article des contes d’Eutrapel », qui met en accusation le DHC, où Bayle prétend « que Guillaume de Loris est le véritable auteur de ce roman, si on en excepte la fin qui fut faite par Jean de Meun[g], et il rejette l’opinion de ceux qui croient qu’Abelard est le veritable auteur de ce roman, et qu’il y a fait le portrait de sa chere Heloïse sous le nom de beauté ». Tricaud cite le DHC, art. « Abelard (Pierre) », rem. I ; voir aussi l’article « Héloïse », rem. C. Bayle cite l’ouvrage de Claude Fauchet (1530-1602), Recueil de l’origine de la langue et poèsie française, ryme et romans, plus les noms et sommaires des œuvres de CXXVII poètes françois vivans avant l’an M.CCC (Paris 1581, 4°), dont une nouvelle édition parut en 1610. Des Maizeaux revient sur cette querelle dans sa Vie de Mr de Saint-Evremond, in Œuvres diverses (Londres 1709, 4°, 3 vol.), i.LXIX.

[24] François Grudé (1552-1592), sieur de La Croix du Maine, Premier volume de la Bibliotheque du sieur de La Croix-du-Maine. Qui est un catalogue general de toutes sortes d’autheurs, qui ont escrit en françois depuis cinq cents ans et plus, jusques à ce jourd’huy : avec un discours des vies des plus illustres et renommez entre les trois mille qui sont compris en cet œuvre, ensemble un recit de leurs compositions, tant imprimées qu’autrement. Dedié et presenté au Roy. Sur la fin de ce livre se voyent les desseins et projects dudit sieur de La Croix, lesquels il presenta au Roy l’an 1583 pour dresser une bibliotheque parfaite et accomplie en toutes sortes. Davantage se voit le discours de ses œuvres et compositions, imprimé derechef sur la copie qu’il fist mettre en lumiere l’an 1579 (Paris 1584, folio).

[25] Voir le DHC, art. « Héloïse », rem. F, sur le silence d’ Héloïse : « Si le Roman de la rose eût été l’ouvrage d’Abélard, et s’il y eût fait le portrait de son Héloïse sous le nom de Beauté, elle n’eût eu garde de s’en taire ».

[26] Essais de littérature, avril 1703, p.304 : Bayle cite le passage fidèlement et renvoie à Conrad Gesner (1516-1565), Bibliotheca instituta et collecta primum a Conrado Gesnero, deinde in epitomen redacta et novorum librorum accessione locupletata, tertio recognita et in duplum post priores editiones aucta per Josiam Simlerum, jam vero [...] ex [...] Viennensi Austriæ imperatoria bibliotheca amplificata, per Johannem Jacobum Frisium (Tiguri 1583, folio).

[27] Allusion à Samuel Crell (dit Crellius), d’origine polonaise, correcteur d’imprimerie chez Reinier Leers à partir du mois d’août 1699 : voir Lettre 1465, n.1.

[28] Essais de littérature, avril 1703, p.304-305. Des Maizeaux ajoute à cet endroit (dans l’édition des OD), une note : « On peut remarquer ici, que ce n’est pas Melin de S[ain]t-Gelais, mais son pere Octavien de S[ain]t-Gelais évêque d’Angoulême qui a traduit ce livre d’Heliodore en vers françois. Voïez Journ[al] des savan[t]s, nov[embre] 1727, p.327. »

[29] Conrad Gesner, Epitome Bibliothecæ Conradi Gesneri, conscripta primum à Conrado Lycosthene Rubeaquensi : nunc denuo recognita et plus quàm bis mille authorum accessione (qui omnes asterisco signati sunt) locupletata : per Josiam Simlerum Tigurinum. Habes hic, amice lector, catalogum locupletissimum omnium ferè scriptorum, à mundi initio ad hunc usque diem, extantium et non extantium, publicatorum et passim in bibliothecis latitantium. Opus non bibliothecis tantum publicis privatisve instituendis necessarium, sed studiosis omnibus, cujuscunque artis aut scientiæ, ad studia melius formanda utilissimum (Tiguri 1555, folio).

[30] Velius Longus, grammairien latin du II e siècle après J.-C. Il est mentionné par Macrobe ( Saturnales, III, 6, 6) et par Servius ( Commentaire sur l’Enéide, X, 245) comme un commentateur de Virgile ; il est l’auteur d’un traité sur l’orthographe (Henrich Keil, Grammatici Latini, VII), où il fait des remarques philologiques sur des vers de Lucrèce. Bayle signale une confusion entre deux Charisius : d’une part, Aurelius Arcadius Charisius, jurisconsulte et magister libellorum (maître des pétitions) de Constantin ; d’autre part, Flavius Sosipater Charisius : grammairien latin du IV e siècle après J.-C. : il fut préfet de Rome, auteur d’une Ars grammatica en cinq livres dont la plus grande partie a été perdue (H. Keil, Grammatici Latini, I, 1857).

[31] Sur les « Observations » de Pelhestre, voir ci-dessus, n.4.

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