Lettre 1721 : Pierre Bayle à Pierre Des Maizeaux

A Rotterdam, le 23 e de juillet 1706

Je suis bien aise, Monsieur, que ma reponse à Mr Le Clerc [1] ne vous ait pas deplu. Il vous est arrivé la meme chose qu’à quelques personnes de ce païs ci ; ils avoient oüi dire qu’elle etoit pleine d’emportement et ils n’ont point trouvé que cela fut vrai. On ne peut rien voir de plus injuste que la plupart des lecteurs : je suis tres persuadé que ceux qui ont dit que je m’etois emporté dans cette derniere reponse sont les memes qui ont dit que mes precedentes reponses etoient molles, et marquoient un menagement trop timide. Ils ont deux cordes à leur arc : si un auteur ne leur donne point lieu d’emploier l’une contre lui, ils emploient l’autre, et quoi qu’il fasse il ne sauroit echap[p]er à leur censure.

Je vous suis le plus obligé du monde de la maniere genereuse dont vous vous interessez à tout ce qui me regarde, et je vous prie de croire que je m’en estime tres heureux, et que j’en suis tres recon[n]oissant. Le mepris que je sai que Mylord Schaftesburi a pour les petites disputes qui s’elevent entre les auteurs m’a obligé de ne lui rendre aucun compte de ce qui se passoit entre Mr Le Clerc et moi mais depuis que j’ai scu la conversation que vous avez eue avec lui [2][,] je ne puis me dispenser de lui en ecrire [3]. C’est ce que je fais dans l’incluse que je vous sup[p]lie tres humblement de lui faire tenir au plutot.

Mr Silvestre [4] m’ap[p]rit la mauvaise humeur de Mylord Sunderland fondée sur ce que j’avois eu des conferences avec le marquis d’Allegre [5]. C’est la plus grande fausseté du monde. Mr Leers se joignit à moi pour protester, et Mr Silvestre m’a promis de rap[p]orter à ce comte ce qu’il nous avoit oüi dire. Mais par votre / lettre j’ap[p]ren[d]s que ses plaintes contre moi sont fondées sur la sup[p]osition que je seme des principes monarchiques et arbitraires [6], que j’eleve perpetuellement la grandeur de la France, et que je rabaisse le merite des alliez, de leurs generaux, etc. Je defie mes plus violen[t]s ennemis de trouver dans mes ouvrages la moindre ombre d’affectation de parler à l’avantage du roi de France, et de ses ministres et generaux, ni au desavantage des alliez, car il ne faut pas mettre en ligne de compte les Pensées sur les cometes, livre comme j’en ai averti au devant de la 3 e edition, qui fut fait dans la vuë de le faire imprimer à Paris [7], etc. On sait que l’abbé Renaudot se fonda entre autres choses pour empecher que mon Diction[n]aire n’entrat en France, [sur ce] qu’il contenoit des choses contre l’Etat [8].

Mais qu’est il besoin de me justifier ? je n’ai qu’à defier de montrer dans ce Diction[n]aire ou dans les ecrits posterieurs la preuve de ce qu’on avance. Si j’ai parlé des confusions des republiques de l’ancienne Grece [9], je n’ai fait que rap[p]orter ce qu’en ont dit les Grecs memes et les Romains, et l’on ne peut se plaindre si ce n’est de ce que je n’ai pas donné dans les préjugez republicains, mais que je me suis reservé le droit de parler de ces matieres sans preoccupation, et avec impartialité. Dequoi est ce que cela importe à Mylord Sunderland, ni au reste des Anglois, puis qu’ils veulent que l’on considere comme un des bons fruits des gouvernemen[t]s libres que l’on y permet d’ecrire en faveur du gouvernement absolu [10].

Je n’ai pu avoir l’honneur de saluer Mylord Hallifax [11], ni Mr Addisson [12] : ils sont à La Brille depuis long tem[p]s attendant / d’heure en heure le bon vent pour faire voile. Mr Silvestre aiant eu quelque af[f]aire à Rotterdam y vint de La Brille [13] il y a une quinzaine de jours, je fus averti qu’il seroit chez Mr Leers, et c’est là que j’eus le plaisir de m’entretenir avec lui une heure ou deux.

J’ai oublié de marquer que si c’est un signe de bonne intention pour la France que d’elever sa puissance, le feu roi Guillaume, ceux qui composerent les adresses des provinces pour l’exhorter à la guerre, ceux qui dressent les harangues de la reine Anne, ont eté et sont les mieux intentionnez du monde pour la France, car ils n’ont point eu et n’ont point d’autre refrein [ sic] que de dire que sa puissance est exorbitante, et que si on ne la reprime, c’en est fait de toute l’Europe. Je ne vous remarque point cela pour ma justification puisqu’il est faux que j’aie rien imprimé touchant ce pouvoir exorbitant [14].

Au reste Monsieur, le plan que vous me marquez comme une chose qui desarmeroit mes ennemis, est un conseil de bon ami, je vous en remercie de tout mon cœur, mais cela est impraticable pour moi, il ne me conviendroit pas à mon age de cinquante-neuf ans qui est[,] quant à la foiblesse de temperament que la nature m’a donnée une vieillesse plus infirme qu’à l’egard des autres hommes l’age de 70 ou de 75 ans, qui d’ailleurs lut[t]e depuis plus de six mois contre une maladie de poitrine, mal hereditaire, dont ma mere et sa mere sont mortes, et qui par consequent ne me permet pas de me proposer un long sejour en ce monde, d’ecrire en courtisan et en flat[t]eur des personnes qui sont en place [15]. Mes ennemis voudroient bien que cette inegalité de conduite me put / etre reprochée.

Vous ne comprenez pas qu’il puisse y avoir en Anglet[erre] tant de partisans du pouvoir absolu : je le compren[d]s bien ce me semble car il n’est pas plus facile en Angleterre de satisfaire son ambition qu’en France sans ramper, et sans s’accommoder du parti qui prevaut. Il y a autant de sources de meconte[n]tement là qu’ailleurs.

Je suis tres intimement Monsieur votre etc. Bayle

Pour vous epargner une partie du port j’envoie par la poste à part la lettre à Mylord Schaftesburi à sa maison de Chilsey proche de Londres [16]. Je vous envoie la Vie de Mr Daillé  [17] par la voie de Mr Farettes [18] et je me servirai de la meme voie mardi prochain pour la Vie de Malherbe  [19].

Mr Marais me doit une reponse depuis tres long tem[p]s [20][ ;] si je la recois, je lui ecrirai peu apres, et lui ferai vos complimen[t]s etc. Je les ai fait[s] à M rs Basnage et Furli qui vous font les leurs[.]

Notes :

[1] Sur la suite des écrits, des réponses et des répliques de Le Clerc et de Bayle sur les « formes plastiques » de Cudworth d’abord, et sur la théologie rationaliste ensuite, voir Lettres 1656, n.11, 1667, n.7 et 10, et 1683, n.5 et 11.

[2] Bayle répond à une lettre perdue de Des Maizeaux, mais on devine que Shaftesbury avait entretenu Des Maizeaux de la lettre que Le Clerc lui avait adressée le 25 janvier (Lettre 1696), où il tente, en effet, de discréditer son adversaire auprès du lord anglais.

[3] Voir Lettre 1722.

[4] Sur le voyage de Pierre Silvestre à Hanovre et sur son passage promis à Rotterdam, voir Lettres 1715, n.2 et 6, 1717, 1720, n.2 et ci-dessous, n.12 et 13.

[5] Charles Spencer (1675-1722), 3 e earl de Sunderland, secrétaire d’Etat, gendre de Sidney Godolphin, le Lord High Treasurer, soupçonnait Bayle de trahir les intérêts des alliés auprès d’ Yves d’Alègre (1653-1733), prince d’Orange, baron de Flageac, d’Aubusson, comte de Champeix, seigneur de Tourzel, Montaigu, et autres lieux, prisonnier et négociateur français à La Haye. Alègre avait conduit une belle carrière militaire : nommé maréchal des camps le 30 mars 1693, lieutenant-général le 29 janvier 1702, il servit à partir du 21 avril à l’armée de Flandre sous le commandement du duc de Bourgogne. Après la mort, le 10 août, du comte de Coigny (1652-1704), Alègre fut nommé commandant de l’armée de Moselle le 12 octobre 1704. Pris prisonnier le 18 juillet 1705, il fut conduit aux Provinces-Unies et obtint de Louis XIV les pleins pouvoirs pour négocier avec les alliés. C’est sans doute à ce moment-là que Bayle avait pu croiser Alègre à La Haye ou à Rotterdam même. Après l’échec des négociations, Alègre retourna en prison. Pendant sa captivité, il fut nommé gouverneur de Saint-Omer (septembre 1706) et lieutenant-général du Haut-Languedoc (janvier 1707) et fut libéré, lors d’un échange de prisonniers, en 1712. L’année suivante, il abandonna sa lieutenance-générale et servit dans l’armée du Rhin sous le commandement du maréchal de Villars, puis commanda dans le Palatinat au siège de Landau et à celui de Fribourg. Nommé ambassadeur à Londres en 1714, il n’y fut pas envoyé. En 1723, il fut nommé gouverneur et lieutenant général dans les Trois-Evêchés, et maréchal de France le 2 février 1724. Voir Pinard, Chronologie historique militaire, i. 221, iii.221-226, Saint-Simon, Mémoires, s.v., et S. Surreaux, Les Maréchaux de France des Lumières. Histoire et dictionnaire d’une élite militaire dans la société d’Ancien Régime (Paris 2013), s.v., p.785-787.

[6] Dans ses lettres d’avril-mai 1697 (Lettres 1247, 1252), Michel Le Vassor avait averti Bayle que la réception de DHC en Angleterre avait été mitigée sur le plan politique puisqu’on le soupçonnait d’adhérer à la doctrine absolutiste de Hobbes et de Machiavel, plutôt qu’à la philosophie du pacte politique incarnée à cette époque par John Locke. Sans même faire allusion à l’ironie de l’ Avis aux réfugiés, Le Vassor avait bien souligné le fait que les Anglais le soupçonnaient d’être hostile à la « Glorieuse Révolution », ce qui, aux yeux des hommes politiques, suffisait à faire de Bayle un allié de la France.

[7] Bayle, Pensées diverses [...] (3 e éd., Rotterdam, R. Leers 1699, 12°), Préface : « Deux raisons qui m’ont paru considérables, m’obligent à mettre ici une petite Préface. Il m’a semblé nécessaire d’ap[p]rendre d’abord à mes lecteurs, 1. pourquoi le style de cet ouvrage est celui d’un catholique romain, soit qu’il s’agisse de la religion, soit qu’il s’agisse des affaires d’Etat. 2. Pourquoi cette troisieme édition n’est pas telle que je l’avois promise. On verra l’éclaircissement de la premiere de ces deux choses, dans le récit que je vais faire touchant l’origine de cet ouvrage. Comme j’étois professeur en philosophie à Sedan, lors qu’il parut une comète au mois de décembre 1680, je me trouvois incessamment exposé aux questions de plusieurs personnes curieuses, ou allarmées. Je rassûrois, autant qu’il m’étoit possible ceux qui s’inquiétoient de ce prétendu mauvais présage ; mais je ne gagnois que peu de choses par les raisonnemen[t]s philosophiques ; on me répondoit toûjours que Dieu montre ces grands phénomenes, afin de donner le tem[p]s aux pécheurs de prévenir par leur pénitence les maux qui leur pendent sur la tête. Je crus donc qu’il seroit très-inutile de raisonner davantage, à moins que je n’emploïasse un argument qui fît voir, que les attributs de Dieu ne permettent pas qu’il destine les cometes à un tel effet. Je méditai là-dessus, et je m’avisai bientôt de la raison théologique que l’on voit dans cet écrit. Je ne me souvenois point de l’avoir luë dans aucun livre, ni d’en avoir jamais ouï parler ; cela m’y fit découvrir une idée de nouveauté qui m’inspira la pensée d’écrire une lettre sur ce sujet pour être inséré[e] dans le Mercure galant. Je fis tout ce que je pus pour ne point dépasser les bornes d’une telle lettre ; mais l’abondance de la matiere ne me permit pas d’être assez court, et me contraignit à prendre d’autres mesures ; c’est-à-dire à considérer ma lettre comme un ouvrage qu’il faudroit publier à part. Je n’affectai plus la brieveté, je m’étendis à mon aise sur chaque chose, mais néanmoins je ne perdis pas de vûë Monsieur de Visé [rédacteur du Mercure galant]. Je pris la résolution de lui envoïer ma lettre, et de le prier de la donner à son imprimeur, et d’obtenir ou la permission de Mr de La Reinie, si elle pouvoit suffire pour l’impresion de mon ouvrage, comme elle avoit suffi pour l’impression de quelques traitez sur les cometes ; ou le privilége du Roi, s’il en fal[l]oit venir là. Il garda quelque tem[p]s mon manuscrit sans savoir le nom de l’auteur, et quand on fut lui en demander des nouvelles, il répondit qu’il savoit d’une personne à qui il l’avoit donné à lire, que Mr de La Reinie ne prendroit jamais sur soi les suittes de cette affaire, et qu’il fal[l]oit recourir à l’ap[p]robation des docteurs, avant que de pouvoir solliciter un privilége du Roi : détail pénible, long et ennuïeux, où il n’avoit pas le loisir de s’engager. On retira le manuscrit ; et comme la suppression de l’académie de Sedan fut cause que je me retirai en Hollande, pendant l’automne de 1681, je ne songeois plus à faire imprimer à Paris ma Lettre sur les cometes. Vous voïez le motif qui me fit prendre le style d’un catholique romain, et imiter le langage et les éloges de Mr de Visé sur les affaires d’Etat. Cette conduite étoit absolument nécessaire à quiconque se vouloit faire imprimer à Paris ; et je crus que l’imitation du Mercure galant en certaines choses, rendroit plus facile à obtenir ou la permission de M. de La Reinie, ou le privilége du Roi. Et comme je pris toutes sortes de précautions pour n’être pas reconnu auteur de cette Lettre sur les cometes, qui fut imprimée en Hollande peu de mois après mon arrivée, je ne changeai rien dans le langage dont j’ai parlé. Je crus que rien ne seroit plus propre qu’un tel langage, à faire juger que la Lettre sur les cometes n’étoit point l’écrit d’un homme sorti de France pour la religion. »

[8] Voir le Jugement de Renaudot sur le DHC dans notre annexe I du tome X. Renaudot se plaint, en effet que Bayle « trouve aussi par tout de quoy rendre le regne odieux à l’occasion de la revocation des edits, et des plaintes des refugiez. » (p.8). Plus loin, il désigne les « manquements » de Bayle à l’égard des rois de France : « Les faits historiques qui regardent notre histoire, pourroient être regardez avec indifference, et les extraits méprisez autant que les auteurs dont ils sont tirez s’il ne regnoit par tout une affectation visible, de ramasser tout ce qu’il y a d’odieux et d’infâmant sur la personne de nos derniers rois. Ainsi toutes les histoires fabuleuses de la Confession de Sanci, du baron de Feneste, d’Aubigné, et toutes les galanteries y sont rapportées amplement. D’où il resulte quantité de petits faits, recueillis de propos deliberé pour rendre suspecte la conversion de Henry IV. Tous les plus mauvais libelles sont ses principaux témoins, et particulierement les histoires de Beze et d’autres calvinistes, qui sont par tout justifiez, et les catholiques blâmez. » (p.8-9).

[9] Bayle s’étend sur « les désordres et les confusions du gouvernement démocratique » dans le DHC, art. « Hobbes (Thomas) », rem. C.

[10] Bayle pointe une contradiction dans les accusations des Anglais contre sa position politique (absolutiste), mais cette façon ironique d’argumenter ad hominem ne pouvait guère satisfaire ses critiques.

[11] Charles Montagu (1661-1715), earl de Halifax, avait soutenu la cause de Guillaume d’Orange lors de la « Glorieuse Révolution », ce qui lui avait ouvert une carrière politique : il devint l’allié de Godolphin au Trésor et profita de la faveur des Whigs auprès du roi. Il devint ainsi un membre clef du groupe de jeunes Whigs – constitué de John Somers, Thomas Wharton et Edward Russell – connu sous le nom de junto, qui fut l’élément stable du gouvernement entre 1694 et 1700 et qui continua à exercer une certaine influence politique jusqu’en 1714. Le 1 er mai 1697, Halifax fut nommé premier Lord du Trésor et entra au cabinet du gouvernement comme ministre des Finances ( chancellor of the Exchequer), mais, malgré le rôle vital qu’il avait joué dans la création de la Banque d’Angleterre (1694), les conflits politiques le conduisirent à donner sa démission le 15 novembre 1699. Nommé baron Halifax le 13 décembre 1700, il résista aux attaques des Tories aux Communes, mais, après l’accession d’Anne au trône, dut quitter le conseil privé de la reine au mois de mars 1702. Désormais, pendant huit ans, ses ambitions politiques furent bloquées par Godolphin. Son voyage à Hanovre au mois de mai 1706, en compagnie de Lord Monthermer, Joseph Addison et de Pierre Silvestre, eut pour but de présenter à l’électrice Sophie de Hanovre les actes du Parlement anglais établis en sa faveur et de conférer au prince électoral, le futur roi George II d’Angleterre, l’ordre de chevalier de la Jarretière. Au voyage d’aller et de retour, il s’arrêta à La Haye afin de négocier avec les Etats-Généraux les droits de succession au trône britannique et les « traités de la barrière » visant à protéger les Provinces-Unies et la Grande-Bretagne d’une attaque française. Il devait être remplacé par Charles, vicomte Townshend, comme plénipotentiaire dans les négociations de paix en mars 1707. Privé de charges par Godolphin, puis par Harley, Halifax ne put jouer de rôle politique qu’à la tête de l’opposition dans la Chambre des Lords. Après la mort de la reine Anne, il fut l’un des régents qui gouvernèrent jusqu’à l’arrivée du roi George I er  ; il reçut quelques honneurs tardifs, étant nommé chevalier de la Jarretière et earl de Halifax en 1714 ; le 14 décembre de la même année, il fut nommé lord lieutenant du Surrey. Le 15 mai 1715, il tomba malade et mourut quatre jours plus tard. Voir ODNB (art. de S. Handley) ; G. S. Holmes, British politics in the age of Anne (London 1967) ; H. Horwitz, Parliament, policy and politics in the reign of William III (Manchester 1977).

[12] Joseph Addison (1672–1719) avait été l’élève de Thomas Burnet à l’école de Charterhouse à Londres et c’est dans cette même école qu’il avait fait la connaissance de Richard Steele, qui devait être un ami et collaborateur presque toute sa vie. Addison fit d’excellentes études à Oxford et fut nommé à Magdalen College, où il devint fellow en 1697. Son allié le plus proche y fut le prédicateur High Church Henry Sacheverell. Addison se fit connaître par différentes publications et réussit à établir une relation de confiance avec le grand poète John Dryden, ainsi qu’avec l’imprimeur Jacob Tonson et avec le dramaturge et poète et dramaturge William Congreve. Surtout, il obtint la protection de Lord Somers et de Charles Montagu, futur Lord Halifax (voir la note précédente), ce qui lui permit d’entrevoir une carrière diplomatique, qu’il prépara par un séjour en France et en Italie entre 1699 et 1704 : à Paris, il rencontra Malebranche et Boileau-Despréaux. Après la mort de Guillaume III, les Whigs Somers et Halifax avaient perdu tout pouvoir : Addison rentrait donc en Angleterre sans perspective précise de carrière. Il entra au Kit-Kat Club, le célèbre cercle culturel qui se réunissait chez Jacob Tonson. C’est là, sans doute, que Des Maizeaux fit sa connaissance : Addison devait le protéger et Shaftesbury lui procura ensuite la bienveillance de Lord Halifax (Shaftesbury à Halifax, le 16/27 décembre 1708 ; J.H. Broome, An Agent, p.60, 71 sqq.). Il suffit d’un poème à la gloire de Marlborough après la bataille de Blenheim (Höchstätt) pour qu’Addison retrouve un poste politique comme sous-secrétaire au bureau du secrétaire d’Etat pour les affaires du Sud, d’abord Charles Hedges et ensuite, en décembre 1706, Sunderland (le gendre de Marlborough). C’est aux mois de juin et de juillet de cette année-là qu’il accompagna Halifax à Hanovre pour tenir la cour au courant des événements politiques en Angleterre et des perspectives du futur George I er . En 1708, Addison devait être nommé secrétaire du lord lieutenant d’Irlande, Thomas Wharton, mais la situation politique s’était renversée en 1710 lors de son retour à Londres : le parti de Marlborough et des Whigs avait été écarté, Harley et les Tories avait pris le pouvoir. Addison compensa cet échec par une éclatante réussite dans le monde culturel en collaboration avec Richard Steele : les journaux The Tatler, The Spectator, The Guardian, enfin The Freeholder connurent une diffusion extraordinaire ; sa pièce Cato, représentée pour la première fois en 1713, marqua l’histoire du théâtre en Angleterre. Sa carrière politique reprit avec l’accession de George I er, mais cette renaissance fut de courte durée, car ses protecteurs Halifax et Sunderland devaient rapidement s’éclipser jusqu’en 1717 : Addison s’associa alors à la faction Whig de Sunderland et de Stanhope, rivale de celle de Townshend et de Robert Walpole ; il fut recompensé par le poste de secrétaire d’Etat pour les affaires du Sud, mais dut se retirer en 1718. Il mourut le 17 juin 1719. Voir ODNB (art. de P. Rogers) ; P. Smithers, The Life of Joseph Addison (Oxford 1954, 1968) ; Joseph Spence, Observations, anecdotes, and characters, of books and men, éd. J. M. Osborn (Oxford 1966, 2 vol.).

[13] Pierre Silvestre avait accompagné Halifax, Addison et Monthermer pour une mission diplomatique à Hanovre : voir ci-dessus, n.4 et 11.

[14] Nouvelle contradiction signalée par Bayle dans les accusations de ses ennemis, mais cette remarque ne pouvait qu’irriter ses adversaires.

[15] Bayle refuse avec ces bonnes raisons un conseil donné par Des Maizeaux dans sa lettre perdue, mais il devait néanmoins s’adresser à Shaftesbury, dont la protection devait s’avérer efficace : voir Lettre 1722.

[16] La Lettre 1715 fut envoyée directement à Shaftesbury à son adresse londonienne à Little Chelsea.

[17] Sur cet ouvrage d’ Adrien Daillé, voir Lettre 1717, n.13. Dans sa lettre du 21 septembre, Bayle signalera qu’il avait oublié de signaler à Farettes que le volume était destiné à Des Maizeaux : voir Lettre 1729, n.6.

[18] Farettes, contrôleur à la grande poste de Londres, qui servait d’intermédiaire pour l’envoi des lettres de Bayle à Des Maizeaux : voir Lettre 1671, n.10.

[19] Il s’agit de la Vie de Malherbe par Honorat de Bueil de Racan, publiée pour la première fois dans un recueil intitulé Divers traitez d’histoire, de morale et d’éloquence (Paris 1672, 12°), auquel Bayle renvoie dans le DHC, art. « Cain », rem. E, « Malherbe (François de) », rem. A, B, C, E, et « Meziriac (Claude Gaspar Bachet, seigneur de) », rem. B. Il soutenait ainsi un nouveau projet de recueil biographique annoncé par Des Maizeaux, mais qui ne semble pas avoir abouti : voir Lettre 1717, n.12-14.

[20] La dernière lettre connue de Mathieu Marais à cette époque date du 5 août 1705 ; Bayle lui avait répondu le 28 décembre de la même année (Lettre 1692), mais nous ne connaissons aucune autre lettre de Marais avant celle du 1 er décembre 1706 (Lettre 1738).

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