Lettre 1013 : Henri Basnage de Beauval à François Janiçon

• [La Haye, le 30 septembre 1694]

Je [1] vous ay envoyé les 2 quartiers de mon journal avec diverses pieces contre M. Jurieu [2] par Possuel [3], associé d’Anisson [4]. Je suis en peine, si vous les avez receües. J’ai lu le livre du P[ère] Tirso Gonçales, general des jesuites, sur la probabilité en latin in 4° imprimé à Anvers [5]. Il est bien scholastique et sent furieusement le stile de professeur, comme il l’a esté à Salamanque. On a reimprimé icy le théâtre de Boursault [6] ; comme aussi quelques pieces de Palaprat [7]. Cet auteur nous est absolument inconnu, obligez-moy de m’en apprendre quelque chose. Cela me fait souvenir de vous dire que Mr Chauvin [8] dont vous me demandez des nouvelles et qui vous est connu par son Nouveau journal des sçavans, est du Dauphiné, et qu’il a esté ministre à Usez. Je vous diray aussi que c’est Mr de Larrey gentilhomme qui fait imprimer actuellement l’ Histoire d’Angleterre qui commence à Henri 7 e , dont Leers libraire porte les 1 eres feuilles à Paris : et qu’il est refugié à Berlin [9]. M. Possuel m’a dit que je pouvois envoyer mon journal par la poste à M. l’abbé Bignon sous le couvert de M. de Pontchartrain [10]. J’ay receu des épitaphes de M. Faydit pour M. Arnaud [11]. Je ne sçay si elles viennent de sa part, car sa lettre n’est point signée. On m’avoit aussi envoyé une requeste sur son procez pour son benefice [12]. Mais j’ay cru que je ne devois pas trop entrer dans cette constestation particuliere. Je le feray pourtant dans le quartier de novembre [13], puisqu’il paroist le souhaiter. L’on reimprime les Vies de Plutarque de Mr Dacier [14] et le Longin de Mr Boisleau [15]. M. Perrault va avoir sur les bras un adversaire ; c’est Mr Perizonius [16]. Il travaille contre luy pour les Anciens. M. Perrault pourroit bien essuyer* quelques injures. Un auteur anglois a pris le party des Modernes contre M. Temple, qui a escrit en faveur des Anciens. Il s’appelle Woton [17]. J’avois conseillé à Mr Possuel de prendre avec luy Vindiciæ nominis Germanici contra obtrectatores Gallos [18]. Le P[ère] Bouhours y est horriblement maltraité, pour avoir mis en question si un Allemand peut estre bel esprit [19]. Si vous pouvez me fournir de bons mémoires pour Mr Arnaud, j’y ferois un article [20]. Obligez-moy de me descrire quelques circonstances curieuses.

On a traduit en françois les Memoires de Melvil [21], qui avoit esté employé par Marie Stuart, reyne d’Escosse. Il y a des particularitez curieuses et des traités qui rabattent un peu la gloire de la reyne Elizabeth. On a reimprimé l’ Histoire des conclaves que vous avez veue à Paris il y a 4 ou 5 ans [22]. On y a ajousté les derniers conclaves, et un portrait de tous ceux qui composent la Cour de Rome.

Un M. Tollius qui est connu par bien des ecrits va publier Longin avec une traduction latine, il y joindra les notes de Boisleau et Dacier [23]. Un Allemand a escrit contre la Critique du Nouveau Testament du P[ère] Simon [24] ; on dit que ce P[ère] a perdu sa bibliotheque dans le bombardement de Dieppe [25]. C’est un malheur d’autant plus grand pour luy qu’il est irreparable. Vous aurez sans doute sçu la conqueste que nous avons faite du Pere Vassor qui s’est venu ranger parmi nous depuis 15 jours [26]. Je connoissois son nom par un in 4° qu’il publia en 1688 De la véritable religion. C’est un homme de merite. Il est d’Orleans, et l’on dit que sa famille est considerable. Il avoit quitté l’Oratoire depuis 12 ans.

Il est vray que les divisions avec M. Jurieu se sont rallumées depuis quelque temps avec plus de violence que jamais. Je ne suis point l’auteur de la dénonciation de sa morale [27] ; mais ceux que vous me dittes qui en ont esté scandalisez, devroient l’estre de ce que M. Jurieu a presché une morale si peu evangelique, bien plus que ceux qui l’ont denoncée. C’est luy qui a rallumé le feu et qui a recommencé de m’attaquer lorsque je ne songeois plus à luy. Vous avez veu que je me suis engagé par ecrit à le convaincre d’estre un malhon[n]este homme devant son propre consistoire. Il n’a ozé accepter le defi [28]. Je luy offre tous les jours la meme chose et je suis bien sûr qu’il ne s’y hazardera pas. Le dernier synode nous avoit donné des commissaires pour terminer nos démeslez [29] ; mais comme il sembloit qu’il ne remporteroit que de la confusion d’un eclaircissement en forme, il a pris pour pretexte de ne les point recognoistre qu’il y avoit du crime d’Estat [30]. Pour le reduire de ce costé-là, M rs les commissaires se sont addressez à M. le grand pensionnaire pour sçavoir si le pretendu crime d’Estat allegué par M. Jurieu les devoit arrester [31]. Il leur a respondu que non et qu’il les exhortoit à executer leur commission. Malgré cela il s’est révolté et a protesté contr’eux, et ils l’ont cité au prochain synode de Harlem comme rebelle [32]. Pour se munir de prétexte, afin de ne point recognoistre des juges, il s’est avisé de se pourvoir devant les juges de police, et a exposé sans m’appeller, que mes écrits contre luy estant sans nom d’auteur, ny d’imprimeur, ils devoient estre deffendus aux termes des ordonnances du pays. Ce qui luy a esté accordé sur son faux énoncé, que je ne m’estois point nommé, quoy que je me sois nommé, comme vous l’avez pu voir [33]. C’est un[e] médiocre res[s]ource pour justifier sa fuite, et la frayeur où il est que l’on n’approfondisse la noirceur de ses calomnies. En voilà trop sur cet article. Les escrits que je vous ay envoyez par Monsieur Possuel [34] vous en instruiront plus amplement. Adieu etc.

Notes :

[1] L’extrait manuscrit porte à croire qu’il s’agit d’une lettre de Bayle (voir note critique a), mais il ne fait aucun doute que cette lettre est de Basnage de Beauval et qu’elle s’adresse, non pas à François-Michel Janiçon (1674-1730), ministre réfugié à Utrecht, mais au père de celui-ci, François Janiçon, à Paris. La mention des « 2 quartiers de mon journal » suffirait d’ailleurs à exclure l’attribution à Bayle et à confirmer celle à Basnage de Beauval, éditeur de l’ HOS.

[2] Sur les compositions de Basnage de Beauval dans sa bataille avec Jurieu, voir Lettres 781, n.6, 813, n.1, et 857, n.14.

[3] Jean Posuel (parfois Poysuel) (1644 ?-1725 ?), libraire-imprimeur lyonnais, s’était rendu aux Provinces-Unies en 1694 : voir Lankhorst, Reinier Leers, p.101 ; H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux d’information, p.55-60. Fils d’un procureur, frère du libraire de Toulouse Jérôme Posuel (1643 ?- ?), il fut trois ans apprenti à Lyon chez Jean Girin et Barthélemy Rivière et huit ans au service de Philippe Borde et Laurent Arnaud avant de s’établir en 1672. Il était le cousin du libraire de Paris Charles I Robustel, qui fut son apprenti. A partir de 1675, il travailla en association avec les frères Anisson, ses beaux-frères, et avec Claude Rigaud.

[4] Jean Anisson (1642 ?-1721), libraire érudit à Lyon (1672-1691), puis directeur de l’Imprimerie royale (1691-1707), imprimeur ordinaire du roi (1699-1707), enfin député de la ville de Lyon au Conseil du commerce à partir de 1700. A Lyon, il travaillait en association avec son frère Jacques I (1643 ?-1714), ainsi qu’avec ses beaux-frères Jean Posuel et Claude Rigaud. Sur ces libraires-imprimeurs lyonnais, voir J.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d’imprimeurs-libraires (vers 1500-vers 1810) (nouvelle éd. Paris 2004), s.v. Sur Anisson, voir aussi G. Willemetz, Jean Anisson (1642-1721) (Lyon 2004), et H.J. Martin, « Les bénédictins, leurs libraires et le pouvoir. Notes sur le financement de la recherche au temps de Mabillon et de Montfaucon », Revue d’histoire de l’Eglise de France, 43 (1957), p.273-287.

[5] Thyrso Gonzalez de Santalla (1624-1705), jésuite espagnol, professeur à Salamanque et, depuis 1687, général de la Compagnie, Fundamentum theologiæ moralis, id est Tractatus theologicus de recto usu opinionum probabilium (Romæ, 1694, folio ; Antverpiæ 1694, 4°). Voir Sommervogel, iii.1591-1602 ; DTC, s.v. ; et le compte rendu dans l’ HOS, août 1694, art. XIII.

[6] Edme Boursault (1638-1701), Pieces de theatre de Mr Boursault. Suivant la copie, Paris 1694 ([La Haye 1694], 12°), imprimées par Henri van Bulderen ; l’édition de Paris avait été imprimée par Jean Guignard : Pieces de theatre de Mr Boursault : avec une lettre d’un theologien illustre par sa qualité et par son merite [Francesco Caffaro] consulté par l’auteur, pour sçavoir si la comedie peut estre permise, ou doit estre absolument deffenduë (Paris 1694, 12°), et avait été recensée dans le JS du 24 mai 1694.

[7] Jean Palaprat (1650-1721), Œuvres (La Haye 1695, 12°), imprimées par Jacob van Ellinkhuysen ; le deuxième volume fut publié deux ans plus tard (La Haye 1697, 12°), et une deuxième édition parut en même temps chez Abraham de Hondt (La Haye 1695-1698, 12°, 2 vol.). La publication est mentionnée dans l’ HOS, novembre 1694, art. X : « Extraits de diverses lettres ».

[8] Sur Etienne Chauvin et son périodique, le Nouveau journal des savants, voir Lettre 716, n.7.

[9] Isaac de Larrey (vers 1638-1719), Histoire d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, avec un abrégé des événemens les plus remarquables arrivés dans les autres Etats (Rotterdam 1697-1713, folio, 4 vol.). Voir les comptes rendus dans l’ HOS, avril 1697, art. V ; avril 1698, art. I ; juin 1706, art. X ; juillet 1706, art. II ; la publication est annoncée dès le mois août 1694, art. XV : « Extraits de diverses lettres ». Sur l’auteur, voir Lettre 803, n.1. Benjamin Furly avait demandé à Locke, de la part de Reinier Leers, des ouvrages sur l’histoire de l’Angleterre pour la documentation d’Isaac de Larrey : voir sa lettre du 12 mars 1692 (éd. E.S. de Beer, n° 1480).

[10] Bayle avait bénéficié de facilités semblables pour l’envoi des NRL à Pierre Rainssant et à la cour de France : voir Lettre 464, n.5. Louis Phélypeaux de Pontchartrain (1643-1727), à cette date contrôleur général des Finances (depuis 1689), secrétaire d’Etat de la Marine (depuis 1690) et secrétaire d’Etat de la Maison du Roi, allait être nommé chancelier de France en 1699. Il devait confier la direction des Académies à son neveu l’ abbé Jean-Paul Bignon (1662-1743), qui, après ses études au collège d’Harcourt et au séminaire de Saint-Magloire, avait été ordonné prêtre en 1691 ; depuis 1693, il était membre de l’Académie française et prédicateur du roi. Voir F. Bléchet, Recherches sur l’abbé Bignon (1662-1743), académicien et bibliothécaire du Roi, d’après sa correspondance (thèse de l’Ecole des Chartes, 1974) ; S. Balayé, La Bibliothèque nationale des origines à 1800 (Genève 1988), ch. III : « La Bibliothèque du Roi au siècle des Lumières : l’abbé Bignon », p.147-230.

[11] Jean-Baptiste Santeuil avait composé une épitaphe pour le cœur d’ Antoine Arnauld inhumé dans l’église de Port-Royal des Champs : voir Lettre 1008, n.7. Elle fut traduite par M. de Lafémas et diffusée à un public assez large. Or, Santeuil, tout en étant en bons termes avec les théologiens de Port-Royal, gardait des liens avec les jéusites, chez qui il avait fait ses études. Ceux-ci s’irritèrent de son épitaphe et Joseph de Jouvancy, appuyé par les Pères de La Chaize, Bourdaloue et Du Cerceau, insista pour qu’il rétractât publiquement ses vers à l’honneur d’Arnauld. Santeuil céda mais, excédé des pressions exercées par les jésuites, rompit temporairement avec eux. Ces événements donnèrent lieu à la publication de poèmes satiriques, tels que Santolius pœnitens et Santolius a Belgis laqueo suspensus, de l’ouvrage de Du Cerceau, Histoire des troubles causez par M. Arnauld après sa mort, ou le démeslé de M. Santeuil avec les jésuites (s.l. 1696, 12°) et de la réponse de Pierre-Valentin Faydit, Histoire du différent entre Mr Santeul et les jésuites, pour l’épigramme qu’il a fait sur Mr Arnauld (Liège 1697, 12°). Voir E. Jacques, Les Années d’exil d’Antoine Arnauld, p.706-707, 742 ; Dictionnaire de Port-Royal, s.v. Apparemment – comme nous l’apprenons par la présente lettre – Faydit avait envoyé l’épitaphe de Santeuil et la traduction de Lafémas à Basnage de Beauval pour publication dans l’ HOS, où avait paru la mention de la mort d’Arnauld dès le mois d’août 1694, art. XV.

[12] Pierre-Valentin Faydit (1644-1709), dit « Faydit de Riom », entra à l’Institution de l’Oratoire en 1662 à l’âge de dix-huit ans ; disciple d’André Martin, il s’initia à la philosophie de Descartes, dont il devint un défenseur acharné, publiant des manuels cartésiens malgré l’interdiction du Père Senault. Il quitta l’Oratoire en 1671 et s’établit dans sa ville natale, Riom, où il fut nommé au prieuré-cure de Saint-Jean, dont il prit possession le 10 novembre 1688. R. Pouzet résume le conflit qui s’ensuivit : « Dans l’acte de prise de possession, il est dit diacre du diocèse de Clermont et bachelier de l’université de Bourges, ce qui lui vaut de nouveaux ennuis car deux gradués lui contestent le titre de docteur de Bourges dont il se prévaut. Le procès qui s’ensuit met au jour une pièce qui va à l’encontre des déclarations de Faydit. Pouvait-il être à Bourges en 1669 pour des études de droit canon et civil, comme il le prétend, alors qu’il a été de l’Oratoire jusqu’en 1671 ? Il se défend dans des factums qui récusent la pièce sur laquelle s’appuient ses adversaires, expliquant que ses études à Bourges ne l’empêchaient pas de se rendre à Paris ou à Riom ; que le Faydit qui a séjourné à Notre-Dame-de-Grâces près de Montbrison, n’est pas lui mais son cousin germain Amable Faydit, qu’il n’est jamais allé à Nantes, etc. Il va si loin dans sa défense, accusant l’avocat général du Parlement, Lamoignon, de partialité en faveur d’un de ses adversaires, qu’ayant finalement perdu son procès, il est mis en prison quelque temps. Il semble qu’il se soit rendu à Rome sous le pontificat d’ Innocent XI, pour obtenir des indulgences. La cour retiendra seulement qu’il a profité de son séjour pour intriguer, à son habitude, sans avoir reçu pour cela aucun ordre. » Voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (art. de R. Pouzet) ; L. Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l’histoire de l’Oratoire, éd. A.-M.-P. Ingold et E. Bonnardet (Paris 1902-1911, 4 vol.), iii.337-339.

[13] Basnage de Beauval évoque souvent les publications de Faydit dans l’ HOS, mais il semble qu’il ait renoncé à faire état de son procès, affaire, en effet, fort mal engagée.

[14] André Dacier, Les Vies des hommes illustres de Plutarque, traduites en françois, avec des remarques (Paris 1694, 4°) : cette édition, inachevée, fut complétée bien plus tard (Paris 1721, 4°, 8 vol. ; Paris 1734, 4°, 9 vol., Paris 1734, 12°, 10 vol.).

[15] Sur la publication de la traduction du Traité du sublime du pseudo- Longin par Boileau en 1694, voir Lettre 985, n.6.

[16] Jacob Perizonius s’attaqua à Perrault dans son ouvrage De fide historiarum contra Pyrrhonismum historicum (Lugduni Batavorum 1702, 4°), et à Jean Le Clerc dans son Q. Curtius Rufus Restitutus in integrum et vindicatus per modum speciminis a variis accusationibus et immodica atque acerba nimis crisi viri celeberrimi Joannis Clerici (Lugduni in Batavis 1703, 8°). Voir T.J. Meijer, Kritiek als herwaardering : het levenswerk van Jacob Perizonius (1651-1715) (Leiden 1971), p.107-108.

[17] Sir William Temple (1628-1699) se déclara en faveur des Anciens dans ses Miscellanea. The 2 d part in 4 essays. I. Upon ancient and modern learning. II. Upon the gardens of Epicurus. III. Upon heroick virtue. IV. Upon poetry (2 e éd., London 1690, 8°), dont un compte rendu parut dans l’ HOS, juin 1692, art. I. William Wotton (1666-1727) avait pris le parti des Modernes dans ses Reflections upon ancient and modern learning (London 1694, 8°), dont un compte rendu parut dans l’ HOS, novembre 1694, art. VIII.

[18] Sur cet ouvrage de Johann Friedrich Cramer (1664-1715), Vindiciæ nominis Germanici contra obtrectatores Gallos (Berolini 1694, folio), qui défendait l’esprit des Allemands contre les insinuations dépréciatives de Bouhours, voir Lettre 1011, n.7.

[19] Sur ce trait d’esprit du Père Bouhours dans les Entretiens d’Ariste et d’Eugène (Paris 1671, 4°), voir Lettre 1011, n.6.

[20] Basnage de Beauval avait annoncé la mort d’ Antoine Arnauld (sur laquelle, voir Lettre 1008, n.7) dans l’ HOS, août 1694, art. XV, qui comportait également l’annonce de l’écrit ironique de Pasquier Quesnel, Question curieuse, si M. Arnauld est hérétique (Cologne 1690, 12°) ; en réponse à sa demande dans la présente lettre, il reçut une lettre de Janiçon qu’il inséra dans les « Extraits » de l’ HOS, novembre 1694, art. X. Il devait en remercier Janiçon dans sa lettre du 6 janvier 1695 (éd. Bots et Lieshout, n° 35, p.68).

[21] James Melville (1535-1617), Mémoires de Jacques Melvil, contenant une exacte relation de quelques évenemens du dernier siécle trés-importans, qui ne se trouvent point dans les autres historiens. Principalement par raport à l’Angleterre et à l’Ecosse, sous le régne de la reine Elizabeth, de Marie Stuard, et de Jaques I. Publiez sur le manuscrit de l’auteur, par George Scot, et traduits de l’anglois par G.D.S. (La Haye 1694, 12°), publiés par Adriaan Moetjens et piratés aussitôt par Jean Anisson (Lyon, Paris 1695, 8°), traduction des Memoirs of Sir James Melvil, of Hal-Hill, containing an impartial account of the most remarkable affairs of state during the last age, not mention’d by other historians, relating to the kingdoms of England and Scotland under the reigns of Queen Elizabeth, Mary Queen of Scots and King James, published from the original manuscript by G. Scott (London 1683, folio).

[22] Claude Vanel, conseiller à la Chambre des comptes de Montpellier, avait publié une Histoire des conclaves depuis Clément V jusqu’à présent (Paris 1689, 4°), qui était la traduction de Gregorio Leti, Conclavi de’ pontefici romani. Quali si sono potuti trovare fin a questo giorno (s.l. 1667, 4°) ; une deuxième édition de la traduction « augmentée de trois conclaves » fut publiée à Lyon (Lyon 1691, 12°), réimprimée à Cologne en 1694 ; une troisième édition augmentée devait paraître quelques années plus tard (Cologne 1703, 8°, 2 vol.). Voir le compte rendu de l’édition initiale de la traduction, HOS, septembre 1690, art. III, et l’annonce de la réimpression de 1694, HOS, août 1694, art. XV.

[23] Sur cette édition du Traité du sublime du pseudo- Longin par Tollius, voir Lettre 985, n.2.

[24] Richard Simon, Histoire critique du texte du Nouveau Testament, où l’on établit la vérité des actes sur lesquels la religion chrétienne est fondée (Rotterdam 1687, 4°) ; une deuxième édition revue et corrigée parut deux ans plus tard (Rotterdam 1689, 4°). Il s’agit ici de la critique publiée par Johannes Henricus Majus, Examen « Historicæ criticæ textus Novi Testamenti » a P. Richardi Simonio, in Gallia vulgatæ, publice institutum [...] a Johan. Henrico Majo [...] Accesserunt appendices et necessarii indices (Giessæ Hassorum 1694, 4°) ; une deuxième édition augmentée de cet ouvrage parut une douzaine d’années plus tard : Repetitum examen historicæ criticæ textus Novi Testamenti a P. Richardi Simonio, in Gallia vulgatæ, auctum introductione ad studium philolog. criticum et exegeticum atque examine « Artis criticæ » Joh. Clerici (Francofurti 1708, 4°).

[25] Voir la lettre adressée par Richard Simon à Jean-Alphonse Turrettini le 14 novembre 1694 : E. de Budé, Lettres inédites adressées de 1686 à 1737 à J.-A. Turrettini (Paris, Genève 1887, 3 vol.), iii.323-324 ; Pitassi, Inventaire Turrettini, n° 872 ; P. Auvray, Richard Simon (1638-1712) : étude bio-bibliographique avec des textes inédits (Paris 1974), p.216-217 : « [Simon n’a pas pu répondre à Fabricius à cause du] malheur qui est arrivé à notre ville, où j’ai perdu tous mes livres et tous mes meubles et même une somme d’argent assez considérable [...]. Tout ce qui me console dans une perte qui me touche si sensiblement, c’est que mes compositions et mes meilleures pièces manuscrites ont esté sauvées, parce que j’y avois pourvû auparavant, craignant depuis longtemps ce qui est arrivé à cette ville infortunée et que la Cour avoit entierement abandonnée. » Simon rapporte ensuite qu’on a accusé les nouveaux convertis d’avoir mis le feu à leurs maisons et certains le croient encore à la cour ; mais Simon, qui s’est renseigné, les innocente entièrement de cette fausse accusation. Il a rompu tout commerce avec Reinier Leers qu’il tient désormais pour un homme de parti. Il espère faire imprimer à Paris son supplément [ Nouvelles observations sur le texte et les versions du Nouveau Testament (Paris 1695, 4°)], qui est une quatrième partie de sa critique du Nouveau Testament. Il aurait pu être imprimé depuis deux ans, dit-il, si Leers n’avait pas eu de la considération pour Antoine Arnauld et pour les jansénistes.

[26] Sur l’arrivée de Michel Le Vassor à Rotterdam, voir Lettre 1010, n.4.

[27] Sur le pamphlet de Bayle, Nouvelle hérésie dans la morale touchant la haine du prochain, du 2 mars 1694, voir Lettre 970, n.5.

[28] Voir le Livre synodal : articles résolus au synode des Eglises wallonnes des Provinces-Unies des Païs-bas assemblé à Gouda, le 1 er mai 1694, art. XX : « Nôtre trés-cher frére Monsieur Basnage de Flottemanville, ayant demandé à cette assemblée de la part de Monsieur de Beauval, qu’il lui plût d’agir envers nôtre trés-cher frére Monsieur Jurieu, pour le porter à nommer deux arbitres entre les mains desquels, avec les deux qu’il nommeroit de son côté, ils remettroient l’un et l’autre les differens, qui sont entr’eux depuis si long-tems pour les terminer une bonne fois : La Compagnie qui n’a rien tant à cœur que de procurer la paix par toutes sortes de voyes, a bien voulu exhorter nôtre dit frére Monsieur Jurieu à consentir à cette demande ; à quoi il a répondu incontinent, qu’il regardoit cette exhortation de la Compagnie comme une action de charité et qu’il y penseroit. Mais depuis ayant appris que le synode avoit eu la complaisance d’accorder au sieur de Beauval un acte de sa demande ; il a répondu qu’il ne pouvoit, ni ne vouloit avoir de part à un tel relâchement de donner un acte de médiation à un homme, qui a si cruellement offensé nos synodes et ceux qui les composent, par ses libelles répandus par tout, lequel acte sera imprimé dans peu de tems, comme une preuve que le synode n’a pas trouvé son libelle fort mauvais : Ainsi le sieur Jurieu s’oppose audit acte, et déclare ne vouloir entendre à aucune médiation sur ce qui peut le regarder ; que premiérement le sieur de Beauval n’ait fait des soûmissions pour avoir maltraitté tant d’honnêtes gens ; ajoutant qu’il y a beaucoup d’affaires d’Etat mêlées dans le démêlé, qui ne sont pas du ressort du synode, et que le sieur Jurieu n’est pas en droit d’en compromettre ; et demande que sa réponse soit insérée dans l’acte. »

[29] Voir le Livre synodal : actes résolus du synode de Goes, 19 août 1694, art. XII : « A la lecture de l’art. 20 [du synode de Gouda, voir la note précédente], la Compagnie informée que la querelle entre Monsieur Jurieu et Monsieur de Beauval, est en pires termes que jamais par des imprimez de part et d’autre, qui contiennent des injures atroces, et des outrages trés scandaleux, a résolu de poursuivre le dessein chrétien qu’elle a témoigné au synode précédent de réconcilier ces Messieurs. C’est pourquoi aprés de meures réflexions sur les scandales qui naissent de cette division, et sur l’importance qu’il y a d’employer tout ce que cet[t]e Compagnie a de crédit et de pouvoir sur un pasteur de ce corps et sur un chef de famille d’une de nos Eglises pour les amener à la paix. Elle a député nos trés-chers fréres Monsieur Pierre de Joncourt secrétaire de ce synode et Mr Olivier pasteur de l’Eglise de La Haye avec Mr van der Haer son ancien, pour travailler de la part et en l’autorité de cette Compagnie à cette réconciliation par toutes les voyes que leur prudence et leur zéle trouveront convenables, et au cas que par malheur ils ne puissent réussir dans une si bonne œuvre, ils sont chargez de dresser des verbaux de tout ce qui se sera passé, afin qu’au synode prochain sans plus de délay, le synode puisse mettre fin à cette fâcheuse affaire. »

[30] Voir Bayle, DHC, art. « Zuerius », rem. P, § XIII : « C’est agir de mauvaise foi, que d’appeler preuve de commerce avec la Cour de France, ce qui s’est passé au sujet de certaines lettres que Mr Jurieu avoit écrites à Mr de Montausier. Les ennemis de Mr Jurieu ont eu la copie de ces lettres et de celles que Mr de Montausier lui répondit ; et s’en sont servis pour le chagriner, ou pour le démasquer, comme ils parlent. Ils en ont donné quelques extraits au public, qui témoignent qu’il faisoit des complimens au Roi de France tout-à-fait flatteurs, et diamétralement contraires au langage qu’il tenoit ici, et en conversation, et en chaire, et dans ses livres. Le dénonciateur toucha ce fait en passant. Cela mit fort en colere Mr Jurieu : il soutint que ces Messieurs [Bayle et Basnage de Beauval] en produisant ces extraits avoient [donné] une preuve à laquelle il n’y a pas de réplique, qu’ils ont entretenu un commerce peu honnete avec les ennemis de l’Etat. Il soutint que la Cour de France leur renvoioit ces lettres, et qu’en cela elle témoignoit la confiance qu’elle avoit en eux. En un mot, il soutint que la preuve est telle qu’en tout autre gouvernement que celui-ci on auroit placé ces Messieurs en lieu d’où ils ne seroient jamais sortis. Il n’y a point d’homme raisonnable, qui se puisse persuader que Mr Jurieu soit ici dans la bonne foi. »

[31] Nous n’avons pas trouvé de traces de cette demande mais, comme l’indiquent H. Bots et L. van Lieshout (éd. citée, p.59, n.34), Anthonie Heinsius a certainement rassuré les commissaires, qui pouvaient ainsi poursuivre leur examen.

[32] Le synode de Haarlem eut lieu en mai 1695. Voir le Livre synodal : actes résolus du synode de Haarlem, 19 août 1695, art. XLI : « L’affaire entre Messieurs Jurieu et Beauval, qui n’a pû être vuidée par Messieurs les commissaires (nommez dans l’article 12 du précédent synode), qui ont fait leur devoir pour réconcilier ces Messieurs, et dont ils sont remerciez. La Compagnie a conclu qu’il faut faire encore de nouvelles tentatives, en entendant les parties : et les commissaires établis dans l’article précédent sont chargez d’examiner si cette affaire est politique ; et en cas qu’elle ne le soit pas, ils tâcheront de la terminer. »

[33] Il s’agit apparemment de la suppression par les Etats de Hollande des deux pamphlets de Basnage de Beauval : Considérations sur deux sermons de M. Jurieu et M. Jurieu convaincu de calomnie. Voir le commentaire de Bayle dans sa lettre à Constant du 29 novembre 1694 (Lettre 1016) : « l’interessé [ Jurieu] n’a point trouvé d’autre voye de repondre que de surprendre par l’adresse et par le credit d’un de ses amis une defense de vendre ce livre et celui qui l’avoit precedé emanée des deputez des Etats de Hollande. Il a pris pour un sujet de triomfe la sentence de ces M rs. »

[34] Sur Jean Posuel, libraire lyonnais, associé avec Jean Anisson, voir ci-dessus, n.3.

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